‹ Leçons d'histoire ecclésiastiqueChapitre 6 sur 47 · L'amour et le respect, ne sont toutefois que des · texte numérisé non relu

L'amour et le respect, ne sont toutefois que des

Digiti:

34 DB L*HIST01RB KGGLÉSIASTIQCB.

coDdilioQS accessoires : la plus fondamentale et la plus ia« dispensable de toutes, c'esMa scien ce. En histoire plu», qu*en tout le reste , et en histoire ecclésiastique inflnimentl plus qu*en toutes les autres, la demi-science est désastreuse;: la légèreté, la négligence, le superficiel. Ta peu près, n*ap-" portent que dévastations et ruines dans des champs que le travail sérieux peut seul cultiver. Que d'erreurs historiques accumulées par Tignorance! Que d'accusations iniques maio* tenues en dépit des plus irrécusables documents ! Quelles fausses appréciations des faits , tristes fruits de la paresse qui se traîne dans Tornière commune, plus encore que de la mauvaise foi qui s'opiniâtre à mentir ! Devant cette vaste conjuration de Terreur contre la vérité quelle est avant toat la mission de l'histoire? Sans doute établir et publier la vérité. Or pour accomplir victorieusement cette mission^ Thistoire doit approfondir quatre points différents : les sources, les époques, les doctrines, les systèmes. Si elle ne porte pas sur ces quatres côtés l'attention la plus sérieuse, elle fausse sa marche et connive à Terreur bien loin de la dissiper.

^X.es sources. L'histoire sérieusement faite doit à la fois les vérifier et les apprécier. Nos historiens rationalistes ont étrangement abusé des sources et les ont étrangement falsifiées. Or telles sont la légèreté et la paresse de notre temps que Ton accepte sur leur parole , sans aucun contrôle , les assertions qu'ils prétendent appuyées. Allez aux sources : ou bien les passages allégués n'existent pas , ou leur texte en est tronqué et falsifié , ou la physionomie générale en est totalement différente. Et non-seulement il les faut vérifier, mais il les faut apprécier. Qui n'a vu cent fois, dans le trop fameux procès d'Alexandre YI, au bas de pages chargées d'accusations les plus graves : voyez Burckhardi voyez Guichardin.,,? Or qu'est-ce que Burckhard? Un pamphlétaire haineux , ennemi de race , de politique , de ran-

Digiti:

DE l'uistoibk ecclésiastique. 35

cune d'Alexandre VL Qu'est-ce que Guichardio? Uu historien auquel Voltaire, peu scrupuleux sans doute , reproche l'impudeur de ses meusonges. Il est de toute évideoce que cette appréciation des sources est fondamentale , elle décide du degré de croyance à accorder à des assertions , et njodifie par suite profondément les affirmations de Thistoire. Que de procès historiques sont à réviser, uniquement parce que la légèreté, le parti pris, la haine ont laissé les faits s'appuyer sur des bases ruineuses, ont accepté sans contrôle une parole absolument indigne de foi I

Les é poques. Ne pas se faire de chaque époque la synthèse vraie r ne la pas considérer sous sa physionomie propre , c'est se mettre en danger de n'en comprendre ni les biens ni les maux, ni les avantages ni les désastres; c'est très souvent être injuste ou indulgent à l'excès, c'est parfois même fausser les faits et dénaturer les institutions et les œuvres. Combien de fois nos frivoles histoires ontelles donné du moyen-âge les appréciations les plus erronées, uniquement par ignorance de l'époque et par cette prétention ridicule de la ju£er d'a£rès nos idées modçrnes.1 Que ïïe*"soinses ont été dites sur le ràle de la Papauté au moyen-âge! que d'autres sur les croisades I que d'autres sur l'inquisition I que d'autres sur le servage, faute d'avoir nettement saisi le caractère d'une époque, d'avoir judicieusement tenu compte de ses ressources, de ses désavantages, de ses besoins!

hesdoctnnes. Un historien qui enregistre des faits sans tenir compte des doctrines, n'a plus, en histoire de vues sérieuses ni d'appréciations équitables. Méconnaissant ce qui fait l'âme et la vie de l'histoire, il lui devient impossible de porter sur les hommes et les choses aucun jugement vrai. Essayez donc d'étudier le moyen-âge, ses institutions, ses luttes , ses efforts , parfois ses rigueurs sans pitié , si vous n'avez pas de l'unité religieuse, des droits de la vé-

Digiti:

36 DB L*HIST01BB KGCLÉSlASflQUB.

rite, de la royauté souveraine de la Révélation, des ïiéti justes I Essayez de juger Tinquisition si vous êtes entach de Terreur libérale sur la tolérance I Essayez de parcoi rhistoire de la Papauté si vous ne croyez pas à sa divine toute puissante mission dans le monde! N'en doutons pa c'est à Tabsence de doctrine qu'il faut attribuer les er> reurs historiques très graves de plusieurs ouvrages vénal de plumes catholiques elles-mêmes, et dont il serait témé raire d'accuser la bonne foi.

Les systèmes. Un système préconçu est la véritable pe^ de rhistoire, et ce qui altère le plus son impartialité. Qi ne connaît les erreurs où l'esprit de système a fait tomber à notre époque des historiens qui sont loin d'ailleurs d'êlri sans valeur. Tel s'est fait une idée préconçue de la Papauté il contournera toute l'histoire des premiers siècles de FÉr glise pour établir que les prérogatives du Saint-Siège sort de dates et de conquêtes successives. Fleury veut que 11 primitive Eglise soit le type immaculé de l'Eglise des autre? siècles : il taira les faits et altérera les situations. Un oU' vrage récenl veut que le Christianisme ait trouve le monde, absolument et sous tous les rapports, prêt à le recevoir ce système préconçu fait faire à l'auteur dans l'esquisse de la société païenne de véritables tours de force.

3. Cet ordre d'idée nous mène droit à la troisième condition d'une bonne histoire : V impartialité. Une double tendance est'à éviter soigneusement : tout défendre , tout excuser; au contraire tout attaquer, tout détruire. L'histoire impartiale se fraie un chemin sûr au milieu de ces deux écueils.-Pour les événements, les institutions, les hommes, elle dispense dans une mesure équitable le blâme et réloge, elle pèse les parts de responsabilité, ne méconnaît pas les circonstances atténuantes, tient judicieusement compte des temps, entrevoit le but, fait bénéficier de l'innocence des

DB l'hISTOIBB BGGLÉSl astique. 37

intentions les hommes et les choses iniquement incriminés. En un mot, Thisloire impartiale ne sait pas plus taire le mal qu'elle ne sait voiler sous un inqualifiable silence la vertu , les glorieuses œuvres et les bienfaits. Ahl vraiment I c*est bien sous ce rapport plus encore que sous les autres qu'on a dit de Thistoire « qu'elle était tout entière à refaire. » De nos jours on revient enfin à l'impartialité historique; des procès sont révisés, des condamnations répi^tées définitives se dissipent aux clartés d'une vraie science, des noms voués depuis des siècles à l'exécration et au mépris reparaissent sous l'auréole d'une innocence et d'une gloire reconquises. C'est dans cette voie qu'il faut marcher avec une croissante assurance. L'esprit de parti , la haine de secte Ont multiplié les mensonges, ont déchiré des gloires longtemps incontestées, ont réhabilité des mémoires trop justement flétries : il imgorte^ grandement de dévoiler ces partialités iniques et de recôîoquérir à Thîstoîre la justice qui est le plus* sacré de ses devoirs comme le plus inviolable de ses droits.

4. L'histoire, en quatrième lieu, sera donc courageuse. Elle n'a été que trop et trop longtemps pusillanime , elle n'a que trop cédé devant les violences et les mensonges impudents de l'ennemi. Le Protestantisme venu , le Philosophisme et l'impiété implantés parmi nous, l'histoire n'a plus été, entre leurs mains, qu'un instrument de persécution et de haine, ils ont largement tous pratiqué le mot de leur chef : MenteZy mentez toujours! Jls^^ontjrnenti. Là, du reste , n'est pas l'étonnant ni l'étrange ; l'étrange , c'est que les historiens catholiques se soient senti chanceler devant ces haineuses déloyautés I Qu'un Launoy ait découronné nos saints et ravagé nos origines chrétiennes : on a vu des hommes comme Tillemont devenir hésitants et irrésolus. Que l'école ptotestanto ait versé à pleines mains sur la Papauté Tin- Leçons d'histoire. — Tome I. 3

Digiti:

Page 1