‹ Leçons d'histoire grecqueChapitre 125 sur 136 · LES DIEUX SAUVEURS · texte numérisé non relu

LES DIEUX SAUVEURS

daient plus sur la terre pour y chercher des aventures amoureuses, et il était bien hasardeux de chercher un père divin à celui qui, pendant plus de quarante ans, s'était appelé le fils de Lagus. Son voisin Séleucus, le roi de Syrie, se faisait ou se laissait appeler fils d'Apollon et n'y gagnait pas beaucoup de prestige, soit à Séleucie, soit à Antioche. Il y avait un moyen plus simple d'anoblir les Lagides, et un moyen qui fut essayé ; c'était de les rattacher à la lignée des rois de Macédoine : mais c'était là une idée d'archiviste, sans action sur les foules, et, au surplus, Alexandre, qui était un roi bien authentique, ne s'était pas contenté, pour régner hors de Macédoine, d'être le fils de Philippe.

L'espèce de scepticisme et de désillusion qui s'empara de la Grèce subjuguée par les Macédoniens facilita les visées des successeurs d'Alexandre. Il était maintenant démontré par l'expérience que les dieux patrons des cités ou n^avaient pas pu ou n'avaient pas voulu défendre leurs concitoyens, et les patriotes découragés s'étaient réveillés tout d'un coup aussi incrédules, ou peu s'en faut, que les philosophes. Les dieux apparemment ou n'existaient pas, ou, comme l'enseignait Épicure, sommeillant dans leur félicité, ne s'occupaient pas des affaires humaines. Les vrais Sauveurs, les vrais Secourables étaient les potentats qui pouvaient réellement, quand il leur plaisait, protéger, honorer, enrichir leur clientèle. Et pourquoi ne pas appeler dieux ceux qui remplissaient l'office délaissé par les dieux? On dit que déjà, un siècle plus tôt, lorsque les victoires de Sparte délivrèrent du joug athénien les alliés d'Athènes, les Samiens avaient élevé des autels à Lysandre et les Thasiens à Agésilas. Durant les inter-

minables guerres qui eurent pour conséquence le démembrement de l'empire d'Alexandre, les villes grecques étaient toujours au pouvoir de quelqu'un et toujours prêtes à acclamer un libérateur. C'est ainsi que, en 307, les Athéniens, délivrés de Cassandre par Démétrius Poliorcète, appelèrent celui-ci et son père Antigone « Sauveurs, dieux Sauveurs, dieux et rois », leur élevèrent des autels desservis par des prêtres spéciaux et introduisirent leurs images dans le peplos brodé tous les ans pour Athêna. Quelques années après, délivrés de nouveau parle même Sauveur, ils firent plus encore. Ils logèrent Démétrius dans le Parthénon, le temple de la Vierge, dont ce soudard fil un mauvais lieu, hanté par des filles de joie. En l'y conduisant processionnellement, au milieu des fumées de l'encens, ils chantèrent autour de lui une cantate que, pour leur éternelle honte, un grammairien, Alhénée, nous a conservée dans ses Deipnosophisies. On comparait au Soleil ce dieu « beau et souriant », qui, vu ses succès d'amiral et de libertin, était évidemment fils de Poséidon et d'Aphrodite. « Les autres dieux », lit-on dans cet ithyphalle sacrilège, « les autres dieux ou sont loin de nous, ou n'ont pas d'oreilles, ou n'existent pas, ou n'ont pas de nous le moindre souci : mais toi, tu es présent, nous te voyons, non pas en bois ni en pierre, mais en vraie nature ». Ptolémée,filsde Lagus, fut vers le même temps placé au rang des dieux par les Rhodiens, qu'il avait secourus, durant le fameux siège de 304, contre le Poliorcète. Les Rhodiens, en gens positifs, y mirent les formalités nécessaires et délivrèrent à Ptolémée un brevet valable dans ses propres États. Diodore rapporte qu'ils envoyèrent demander à

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