L*HELLÉNISME ALEXANDRIN
eut pour but de le faire reconnaître comme fils du dieu, d'une façon solennelle et qui fût ébruitée même hors d'Egypte. Après lui, son frère Philippe Arrhidée, puis son fils Alexandre ^Egos, qui ne mirent jamais le pied en Egypte, furent, comme lui, dieux et rois pour le protocole. Nous arrivons ainsi au moment où leur satrape, l'industrieux Ptolémée, fils de Lagus ou Lagide, devint dieu et roi à son tour. Nous savons, par une inscription hiéroglyphique retrouvée au Caire en 1871, qu'il avait eu soin, au temps où il n'était encore que « Sa Sainteté le satrape Ptolémée », de réparer des temples et de restituer au clergé des biens confisqués par Xerxès. Les prêtres reconnaissants n'éprouvèrent aucune difficulté à lui confectionner une généalogie divine. 11 fut, pour ses sujets de race égyptienne, le fils de Râ et l'incarnation d'Horus, le Taureau puissant à Memphis, l'image du bouc divin à Mendès, au même titre et pour les mêmes raisons que tous ses devanciers. Les formules étaient immuables, et il n'y a rien de particulier à remarquer de ce côté. Ce qui est pour nous plus intéressant et sur quoi je voudrais fixer aujourd'hui votre attention, c'est l'apothéose à la mode hellénistique, différente de l'autre, par laquelle les Lagides et, à leur exemple, les autres dynasties hellénistiques devinrent objet de culte pour leurs sujets de race grecque ou macédonienne.
Ici, nous n'avons plus affaire à un troupeau docile et silencieux. Alexandrie a été, dès sa naissance,
peuplée comme elle le fut d'un ramassis d'aventuriers venus de tous les parages de la Méditerranée, une ville affairée, agitée, curieuse de nouveautés, prompte à la médisance, à l'irrévérence et même à l'émeute, bref, en tout le contre-pied du caractère égyptien. Les Lagides voulaient bien de temps à autre aller jouer leur rôle de Pharaons à Memphis, mais ils se seraient cru retranchés du monde civilisé s'ils y avaient fixé leur résidence. C'est à Alexandrie qu'ils avaient bâti leur palais et leur Musée; c'est là qu'ils voulaient vivre en Hellènes. 11 ne leur déplaisait pas, en somme, de garder l'attitude de conquérants et de rester étrangers à ce vieux peuple décrépit dont il ne paraît pas qu'aucun d'eux se soit jamais soucié d'apprendre la langue. Et pourtant, ils devaient nécessairement en venir à importer dans leur capitale hellénisante l'instrument de règne qui leur servait si bien en terre égyptienne. Ils ne pouvaient laisser indéfiniment constater par les Egyptiens que, dieu à Memphis ou à Thèbes, le Pharaon était pour ceux qui le connaissaient le mieux un simple mortel. Alexandre lui-même leur avait donné l'exemple en réclamant les honneurs divins des Grecs aussi bien que de ses sujets barbares. Du reste, un motif que j'ai déjà indiqué en passant exigeait que leur autorité de parvenus fût rattachée d'une manière quelconque à une origine divine et par là légitimée : c'est que les Grecs eux-mêmes ne concevaient la royauté (pacriXet'a) que comme un héritage dévolu aux descendants des dieux et appelaient « tyrans » (rypawot) tous les potentats improvisés. La mythologie grecque s'était complu jadis à multiplier les généalogies héroïques; mais il y avait longtemps que les Olympiens ne descen-