‹ Leçons d'histoire romaine république et empireChapitre 23 sur 29 · Leçon du 9 décembre 18l)o · texte numérisé non relu

Leçon du 9 décembre 18l)o

l'administration financière du bas-empire. 26S

l'âge d'or. Le rhéteur historien Florus, qui écrivait sous Trajan, en pleine prospérité, assure déjà que l'empire romain est atteint de débilité sénile; plus tard, S. Cyprien, amplifiant par un artifice de rhétorique des maux réels, déclare que les forces de la nature même sont épuisées et que le monde, mal réchauffé par les rayons d'un soleil sans vertu, est à l'agonie. Il a fallu aussi écarter les exagérations partiales d'historiens modernes qui poussent au noir la peinture de la société antique pour rendre plus lumineuse, par effet de contraste, l'auréole dont, ils prétendent entourer la race germanique, appelée à régénérer le monde et à tout purifier — y compris le christianisme lui-même — des souillures romaines. Toutes défalcations faites, nous avons trouvé, en tin de compte, que la décadence de l'empire romain à partir du ine siècle de notre ère est un fait indéniable, dont les causes apparaissent nettement dès que l'on sort des brouillards de la phraséologie. Ces causes, nécessairement multiples et complexes, j'ai cru devoir alors, par souci de la clarté, les réduire à trois principales : 1° l'instabilité du pouvoir impérial, due à un vice originel et engendrant la guerre civile ; 2° la poussée continue et toujours croissante des Barbares du dehors, Tune et l'autre cause aboutissant au même effet, à la diminution de la vitalité physique el économique épuisée par un effort incessant; enfin 3° la perturbation apportée dans ce qu'on a appelé de nos jours « l'ordre moral » par l'avènement d'une religion qui se déclarait elle-même incompatible avec toute autre, une religion qui, longtemps pourchassée par les empereurs comme secte anarchiste, ae cessa

d'être persécutée que pour persécuter à son tour, au nom d'intérêts d'un ordre supérieur, qui n'avaient plus rien de commun avec le souci de la prospérité matérielle et terrestre de l'empire.

L'analyse des phases de cette mémorable lutte religieuse, dans laquelle la tradition chrétienne n'a voulu voir qu'un conflit entre l'erreur et la vérité, entre l'Esprit du mal et Dieu, a pris dans le cours de l'année dernière une place proportionnée à son importance, et c'est la raison pour laquelle je n'ai pu poursuivre l'histoire du ive siècle au delà du règne de Julien. Avant de reprendre la tâche, je voudrais revenir en arrière pour étudier, en nous tenant plus près de terre et oubliant les querelles théologiques, l'étal de la société considérée dans ses rapports avec le gouvernement, autrement dit, l'étal et le progrès de la législation, qui, de plus en plus tracassière, de plus en plus tournéeen Providence bureaucratique, dirige, régente, opprime et entrave toutes les formes de l'activité humaine. Le trait caractéristique de celle législation, c'est la préoccupation constante de multiplier et de rendre plus énergiques les moyens dont dispose le fisc pour prélever sur la richesse publique la part qu'il réclame. La pièce principale de la machine gouvernementale au ivc siècle, la plus constamment retouchée et perfectionnée, est le pressoir qui serf ;i exprimer le rendement de l'impôt.

Essayons, en puisant presque exclusivement dans les textes du Gode Théodogien, de nous représenter la condition d'un contribuable de la classe moyenne au iv siècle, d'un ho in nie appartenant à la bourgeoisie îles communes ou municipe* de l'empire.

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