‹ Leçons d'histoire romaine république et empireChapitre 24 sur 29 · L ADMINISTRATION FINANCIERE DU PAS-EMPIRE · texte numérisé non relu

L ADMINISTRATION FINANCIERE DU PAS-EMPIRE

Pendant longtemps, doux siècles au moins, la vie avait été commode et douce pour un bourgeois de province. Je dis de province, parce qu'à Rome il n'y avait plus de bourgeoisie, ou plutôt, il n'y en avait, jamais eu. Sous la République, tous les citoyens étaient réputés égaux : nobles et chevaliers pouvaient avoir des privilèges de fait, accaparer les magistratures et les ferme- générales; ils n'avaient point de privilèges de droit. Auguste mit le droit d'accord avec le fait- Il institua sous le nom d'ordre sénatorial une aristocratie qui put seule prétendre aux magistratures électives et aux grands commandements militaires; sous le nom d'ordre équestre, une pépinière d'officiers et d'administrateurs. Lé prestige de ces ileux ordres privilégiés reposait à la fois sur la fortune et les honneurs. Au-dessous, il y avait le commun des mortels, désigné sous le nom générique de plèbe, comprenant les citoyens de naissance Libre et les affranchis. Enfin, au bas de l'échelle sociale, les esclaves.

Dans les villes de province, il y avait un degré de moins dan- la stratification des couches superposées. La place qu'occupaient à Rome les deux ordres prh ilégiés était tenue par la bourgeoisie du lieu, c'està-dire par les familles assez riches pour aspirer aux fonctions municipales, — magistratures et sacerdoces, — Lesquelles étaient, de par la tradition romaine en vigueur dans tous Les municipes, non seulement gra-^ tuile-, mais onéreuses et interdites par là au menu

fretin populaire. N'allons pas nous apitoyer d'ores et déjà sur la condition humiliée de cette plèbe qui se voit fermer le chemin des honneurs; nous arriverons bientôt à conclure, et pour de bonnes raisons, que sa part se trouva être la meilleure.

D'abord, dans ia société romaine comme dans toutes les sociétés hiérarchisées, il s'était produit une adaptation de l'individu au milieu où il était appelé à vivre. On ne voit trace nulle part de celle poussée de bas en haut, de cet assaut continuel livré autour des places prises et qui sont toujours à prendre, de cette manie ambitieuse qui agile les sociétés imbues d'idées égalitaires. Même en Grèce, les villes qui avaient fait autrefois l'expérience des orages démocratiques se sentaient tout apaisées, et l'espèce brouillonne des démagogues avait disparu. A plus forte raison, les habitants des provinces qui avaient jadis fait partie de royaumes despotiquement gouvernés — et il y en avait beaucoup — ignoraient-ils les exigences de la logique, qui fait ailleurs tant de mécontents. Du reste, s'il y avait des classes dans la société romaine, il n'y avait pas de castes; on pouvait mouler d'un degré à un autre ; les classes supérieures, généralement infécondes, ouvraient leurs rangs à des recrues parties de plus bas. L'esclave lui-même pouvait être affranchi et faire souche de citoyens libres.

Ensuite, et c'est un point à retenir, la plèbe profitait dans une large mesure de la richesse acquise par l'aristocratie et la bourgeoisie. Laissons de côté Home où la populace, paresseuse el avilie, ne compte guère pour vivre el s'amuser que sur les largesses de l'Etat

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et les sportules distribuées par les millionnaires : revenons à notre bonne ville de province, que nous placerons n'importe où, car, de l'une à l'autre, il n'y a pas de différence essentielle. Il y a là généralement un théâtre ou un amphithéâtre, — parfois les deux, — un aqueduc et des bains publics, où, moyennant une redevance infime ou gratuitement, le prolétaire va satisfaire un goût de propreté qui est devenu chez lui un besoin. Le théâtre s'ouvre pour lui, et toujours gratuitement, chaque fois que des magistrats ou des candidats aux magistratures jugent à propos de réchauffer à leurs frais leur popularité. Au lieu de jeux scéniques, ce sont, parfois des réjouissances mieux accueillies encore, des courses de chevaux ou, joie suprême! des combats de gladiateurs. Il n'y a pas que les vivants pour songer à l'amusement du peuple. Que de testateurs généreux ont voulu perpétuer leur souvenir et faire chanter leurs louanges après leur mort ! Les recueils d'inscriptions sont remplis de ces dispositions testamentaires par lesquelles les défunts constituent des renies perpétuelles ;i dépenser en banquets commémoratifs, jeux, distributions d'argent. Les uns testent en faveur du municipe tout entier; les autres, en faveur de leur classe ou de leur corporation, ou encore, suivant un exemple donné par l'État depuis Nerva et Trajan, instituent des fondations alimentaires, qui serviront ;'i élever ci doter des enfants pam res. Que <•<■ soit là de la charité ou une forme spéciale el raffinée de l'égoïsme, peu importe : il n'en esl pas moins \ rai que les coutumes romaines, sans contrainte légale exercée sur les riches, mettaient à la disposition de

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