‹ Leçons d'introduction générale théologique, historique et critique aux Divines EcrituresChapitre 187 sur 251 · Enfin, Ton ne doit pas confondre avec le sens scrip · texte numérisé non relu

Enfin, Ton ne doit pas confondre avec le sens scrip

Ne pas confondre t i / • i r^

le sens accommo- turairc proprement dit le sens accommodattcCy que les Grecs

datice avec le sens r x

scripturaire. appellent ciicore 7.CL10L x6XXY]atv, sens par rapprochement ,

Le sens accommodatice est un sens que le texte de VEcri-

Définition du sens . ••,•> • • T> j.' ^^, ^

accoramodaiice. turc nc conticM m n cxprimc, n\ais que t on tire par analogie des paroles inspirées , en adaptant à une personne, à une chose, à un événement, ce que l'auteur sacré dit d'une autre personne, d'un autre fait, d'une autre chose.

Exemple. Quand l'Eglise applique aux saints Confesseurs ces paroles de V Ecclésiastique (xliv, 17) qui historiquement concernent Noé : Invetitus est... justus, et in iempore iracundiœ factus est reconciliatio, elle prend le texte dans un sens accommodatice.

(i) Cf. Bainvel, /e,s Contresens bibliques des prédicaleurs, pp. u, ss. (a) Voir plus haut p. 443.

{'À) Confess. lib. xii, cap. 3i.

USAGE PERMIS DU SENS ACCOMMODAÏICE /l7<)

Sens accommoda- 12. — Rcmarquoiis quc le sens accommodatice peut être Tiîusif!"^"'' '^ eœte?isi/\ ou simplement ai/usif, suivant qu'il y a, ou non, quelque rapport ?'éel, quelque analo^ne véintable {ex parte rei) entre la pensée de TEsprit-Saint, et celle qu'on prête à la phrase inspirée. Cette analogie, ou ce rapport réel, suppose une sorte d'identité morale entre les objets, personnes, événements, choses.

Exemples. Une personne qui a péché emprunte pour s'excuser les paroles d'Eve : Serpens decepit me {Gen., m, i3); elle donne au texte un sens accommodatice extensif^ car, de fait, il y a véritablement analogie de situation entre elle et la première femme, l'une et l'autre ayant succombé à une tentation du démon. — Mais lorsque, pour dénoncer le danger des compagnies mauvaises, je cite ce verset du Psaume ^iHr, x 27 : Cum perverso per?;er^er/^, j'use d'un sens accommodatice alluslfj car ici le rapport n'est qu'apparent; il existe dans les mots, et nullement dans la pensée.

Usac^e crmis du ^*^- — Ou Ic voit, Ic scus accommodaticc n'est point i) un sens accommodai!- g^j^g véritable, ui surtout 2) uu scus inspiré^ qu'on puisse attribuer à l'Esprit-Saint. Il est donc défendu de s'en servir pour démontrer une vérité de foi (i).

Néanmoins V accommodation ingénieuse de l'Ecriture, si elle se tient dans des limites raisonnables, peut être pour l'orateur sacré d'un précieux secours; « elle édifie la vertu, dit Léon XIII, et nourrit la piété » (2).

Aussi les Pères (3), parfois même Jésus-Christ, et les écrivains bibliques (4), en ont usé avec succès. La liturgie de l'Eglise offre également de nombreux exemples de textes scripturaires, pris dans un sens accommodatice (5). Règles à suivre Daus l'accommodatiou des passages et des phrases de t1on^dL^''eTtS"scrip- l'Écriturc, OU obscrvcra les règles suivantes,

turaires.

i« règle. 14. — i) Il faut se garder de donner le sens accommo-

datice comme le vrai sens de l'Esprit-Saint.

2« règle. 15. — 2) On évitera dans l'accommodation de l'Écriture ces

subtilités et raffinements d'exégèse, où le texte biblique est

(i) Cf. Acosta, De Chrisio revelato, lib. III, cap. 12, i3.

(2) EncycVuine Provide?ît. Deus, p. •28, éd. Poussielgue.

(3) Saint Ambroise, saint Augustin, saint Grégoire, saint Bernard entre autres. — De nos jours le cardinal Pie a excellé dans ce genre d'adaptation des saintes Écritures.

(4) Cf. Hebr., xiii, 6 coll. Ps. cxvii, 6; Malt., Vii, 28 coll. Ps., iv, g; Ephes., iv, coll, Zach., vin, 16. — Voir Zapletal, op. cit., pp. 54-55.

(5) Cf. Acosta, op. cit., lib. III, cap. 6.

48o LEÇONS D'INTRODUCTION GÉNÉRALE

violenté à l'excès. Saint François de Sales appelle ces interprétations forcées « une détorse w, et il les compare a au carillon des cloches à qui l'on fait dire tout ce qu'on veut ». Il ajoute : « L'Ecriture sainte doit être traitée avec plus de solidité et de révérence. Ce n'est pas une étoffe qu'on puisse tailler à son gré, pour s'en faire des parements à sa mode » (i).

3« règle, 16. — 3) Le seus accommodatice ne doit être employé

qu'avec réserve, — de nos jours surtout, où le criticisme a habitué les esprits aux interprétations exactes, rigoureuses, des textes. Qu'on n'allègue pas à rencontre de cette règle les exemples de l'antiquité patristique. Aux premiers siècles du christianisme régnait une admirable ferveur et simplicité de foi. « C'était, dit le P. Longhaye, une avidité sainte d'épuiser, s'il se pouvait, toutes les richesses du texte et d'en dégager tous les symboles. Par là s'explique chez les plus illustres Pères, chez saint Ambroise, chez saint Augustin, chez saint Grégoire le Grand, ce goût si vif et hardi pour l'interprétation figurative... Tout au rebours, l'esprit actuel, et parmi les croyants eux-mêmes, serait plutôt critique, exigeant, poussant jusqu'à la défiance et àl'ombrage les scrupules de l'exactitude, la passion du certain » (2). Ces dispositions de notre siècle imposent au prédicateur et à l'exégète une réserve attentive.

4e règle t 17. — 4) Le sens accommodatice doit être employé seule-

ment quand il y a une relation réelle entre l'idée exprimée par l'Esprit-Saint, et celle qu'on veut rendre soi-même. C'est pécher contre cette règle et tomber dans le ridicule, que d'appliquer au Sacré-Cœur ce texte du Psaume lxiii, 4 : Accedet homo ad cor altum, et exaltahitur Deus; — ou à l'Immaculée-Conception de Marie ces paroles du Psaume ix, 36 : Quœretur peccatum illius et non invenietur (3)? Malheureusement, beaucoup abusent du sens accommodatice simplement allusif, et cet abus trahit très souvent une ignorance regrettable du vrai sens de l'Ecriture. Moins on étudie la Bible, et plus on donne libre carrière à son imagination pour l'interpréter.

B« rèjçie. 18. — 5) Enfin, ce serait profaner la parole de Dieu, que de

(\) Des écrivains modernes pèchent contre cette loi êlémcnt.'iire en citant à fort ot à travers de nombreux textes de la 13il)le, qu'ils présentent sous un faux jour, après les avoir fait passer par le prisme de leur trop inventive imagination.

(2) Longhaye, la Prédication, yt. 296.

(3) Voir sur ce sujet l'intéressant ouvrage du P. Bainvel, les Confrescens bibliques des prédicd' leurs. — Ou y relève ([uelques exagérations et parfois un peu de sévérité.

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