DONNÉES, PRÉSENTES ET FUTURES, ACTUELLES ET POSSIBLES, DES
SCIENCES, OU d'adhérer AVEC OBSTINATION ET DANS UN
ESPRIT EXCLUSIF A TELLE INTERPRÉTATION DÉTERMINÉE d'uN TEXTE, QUAND CELUI-CI PEUT RECEVOIR DES SENS DIFFÉRENTS, ET NON DÉSAPPROUVÉS PAR l'EgLISE.
Utilité pour l'exé-
14. — Nous avons remarqué plus haut, et personne ne le gèse des progrès de ^\q^ g^^g jgg scieuccs dc tout Ordre marchent avec les siècles, et réalisent chaque jour de véritables progrès. Or, l'exégèse biblique ne peut que gagner à suivre ce mouvement vers la lumière, si conforme aux aspirations les plus légitimes de l'esprit humain.
En effet, i) dans les questions d'ordre exégético-scientifique, l'interprète, mieux éclairé, saura abandonner les explications surannées ou inexactes d'un texte, qui donnent aux incrédules l'occasion de discréditer la Bible. — Ainsi encore, 2) l'interprète catholique, sans se séparer quant au fond des Pères et des Docteurs de l'Eglise, saura s'inspirer souvent d'un critérium d'exégèse plus large, — d'un critérium plus en rapport surtout avec les éléments de recherche fournis par les sciences, et lui permettant mieux de montrer les harmonies intimes qui régnent entre la science et la foi. Ce sera vraiment l'exégèse biblico-scifentifique qui doit, de nos jours, venger la révélation en confondant le sophisme (4).
(i) Encyc. a7., p. 36.
(2) Ihid., p. 38.
(3) Sur toutes ces questions, voir pour le détail les articles du P. Brucker : Vapologie biblique dans les Etudes, année 1894. n"* d'avril, d'août et de septembre; ou bi(n son travail : Les principes de l*apologie biblique d'après V Encyclique « P rovidenttssimus Deus >', c'a.is les Questions actuelles d'Ecriture s., pp. go-i44.
(4) Cf. Gonzalez, op. cit., t. II, p. 5g3.
LEÇON QUATRIÈME
De l'interprétation biblique dans ses rapports avec la tradition et l'enseignement de l'Église.
L'interprète authentique des Lcrilures. — L'Église interprète autorisée, officielle, de nos saints livres.
— Décret du concile de Trente, édictant les lois de l'interprétation catholique. — L'Eglise a le droit d'interpréter la Bible; étendue de ce droit. — M lyens pour connaître l'interprétation qu'a dopte l'Eglise. — Les Pères ont aussi le droit d'imposer leur interprétation; dans quel cas et à quelles conditions. — Comm 'nt il convient d'entendre les lois formulées par le concile de Trente.
— L'analogie de la foi catholique, guide sûr de l'interprète des Ecritures. — Usage qu'on peut faire en herméneutique de l'analogie de la foi. — Les lois de l'herméneutique catholique n'entravent point les progrès de l'exégèse.
Quel est linter- ^ — L'intcrprètc autheîiUciue des Écritures est l'Esprit-
prèle autrientique 1 ^ ^ ^ ^
des Écritures. Saint lui-mêmc, qui les inspira.
Or, FEsprit-Saint, pour interpréter sa propre parole dans la Bible, entend se servir d'intermédiaires, qui sont les auteurs sacrés, V Eglise, les Pères,
Les écrivains sa- Q. — Lcs autcurs sacrés, e-râce à l'inspiration qui les illu-
crés s expliquent "^ ^ ^ , *,
muiueiicniont. mina, sout tous infaillibles dans ce qu'ils ont écrit; ils se complètent, d'ailleurs, et s'expliquent les uns par les autres. Tels points de doctrine, moins développés ou plus obscurs, chez celui-ci, seront mis, chez celui-là, dans une plus abondante lumière, laquelle nous permettra de les mieux saisir et de les pénétrer davantage. Dans ce cas, c'est TEsprit-Saint toujours qui parle, et qui interprète ses propres pensées.
Par conséquent, Pexég-ète a le devoir de comparer entre eux les lieux parallèles doctrinaux de l'Ecriture, d'étudier à l'aide
L'analogie de z« /-oi d'unc saiue [théologie ce qu'on est convenu d'appeler Va7ialogie de la foi biblique (i), c'est-à-dire Vensemble des enseignements révélés contenus dans nos saints livres.
biblif/ue .
Remarque 3. — Toutefois, l'interprétation d'un écrivain sacré par un
iinpoilanle. ^ ^ * ,
Uutre écrivain sacré a ses difficultés et ses périls ; les fantaisies et aberrations de l'exégèse protestante, qui se réclame si fort de cette méthode herméneutique, le prouvent trop. De fait, les textes des auteurs inspirés ne sont jamais que lettre morte, quoi qu'on dise ; et l'Esprit-Saint entend que nous ayonsun interprète vivant de ses révélations écrites.
(i) Moins étendue que l'analogie de la foi catholiqw, dont nous parlerons plus loin p. 543.
L'HIGLÏSE, INTP:RPRlVrR AUTORISÉE DES ÉCRITURES 535
LÉ-iisect latnv 4. — Cet îiiterprolc autorisé de la Bible, cette voix vivante
dilion sont linler- -. ,^. , ii'i?^!* il < i*»'
lerprète vivant, in- fie Dieu, c cst 1 iiiglisc et la traclitioiî.
iai)iibie,des Ecriiu- ]j^y^Q g^ l'autre ne forment, à bien prendre, qu'une môme
autorité divine enseignante. Ici, néanmoins, nous les séparerons, parce qu'elles constituent l'une et l'autre deux sources distinctes dérègles d'interprétation catholique. L Église première Nous douncrous même à l'Ec-lise le pas sur la tradition. Ce
interprète des Ecri- ...
tures ici-bas. u'cst pas pourtaut quc cette dernière soit une interprète moms
infaillible, moins authentique, mais l'Église a été établie par son divin Fondateur, dépositaire officielle, juge suprême ici-bas de toute révélation, écrite et orale. Telle est la doctrine de saint Irénée: « Ubi... charismata Domini posita sunt, ibi discere oportet veritatem, apud quos est ea, guœ est ab apostolis, Ecclesiœ successio... Ili enim... Scripturas sine periculo nobis exponunt » (i). Saint Vincent de Lérins dit mieux encore : « Quia Scripturam pro ipsa ^ua altitudine non uno eodemque sensu universi accipiunt... aliter namque Novatianus, aliter Sabellius, aliter Donatus exponit, aliter Ariu s... ahter postremo Nestorius... idcirco multum necesse est propter tantos tam varii erroris anfractus, ut propheticœ et apostolicœ interpretationis linea secundum ecclesiastici et catholici sensus normam dirigatur » {2).
Comment TÉglise entend que la Bible soit interprétée.
5. — Or, la volonté de l'Église par rapport à la méthode d'interprétation de la Bible est formelle.
Voici les paroles mêmes du concile du Vatican, écho des conciles antérieurs, notamment de celui de Trente : In rébus fidei et morum ad œdificationem doctrinœ christianœ pertinentium, is pro vero sensu sacrœ Scripturœ habendus sit^ guem tenuit ac tenet sancta Mater Ecclesia, cujus est judicare de vero sensu et iîiterpretatione Scripturarum sanctarum; atque ideo neniini licere contra hune sensum, aut etiam contra unanimem consensum Patrum, ipsam Scripturam sacram interpretari (3).
Ces déclarations des Pères du Vatican exigent un commentaire.
4" règle dher- 6. DaNS LES CHOSES DE LA FOI ET DES MŒURS, SE RAP-
ufuf-Tlm'.lvlL PORTANT A l'ÉDIFICATION DE LA DOCTRINE CHRETIENNE, l'eXÉ-
tion de l'Église.
(i) Adv. hasres., lib. iv, cap. 26, n. 5, (2) Commonit. 2,
{3) Concil. Trid., sess. iv, décret, de edit. et usu sac. lib.; Concil. Val., sess, m, cap. 2, de revel.
GÈTE CATHOLIQUE REGARDERA COMME LE VRAI SENS DE l'ÉgRI- TURE CELUI QUE RECONNAÎT AUTHENTIQUEMENT l'EgLISE.
4) L'Église a le droH d'imposer son interprctalion .
Preuves,
7. — i) Que l'Église ait le droit d'imposer son interprétation dans les passages des Écritures « intéressant la foi ou les mœurs », c'est ce qui ressort a) de Y autorité suprême et infaillible, qu'elle possède comme société religieuse, chargée de connaître ici-bas et déjuger des choses de la foi. Or, rien ne touche de plus près à la religion, que l'interprétation dogmatique et morale de la Bible. — b) C'est ce qui ressort aussi du caractère de nos saints livres, dont l'origine se rattache la plupart du temps à des circonstances particulières. Ils ne renferment donc qu'une partie de la révélation, transmise par Dieu et par Jésus-Christ ; conséquemment, ils demandent à être complétés, expliqués par la tradition orale, dont l'Eglise a été établie l'infaillible gardienne. — C'est ce qui ressort encore c) de la pratique des apôtres et des anciens Pères. Ceux-ci, pour réfuter les Gnostiques,les Manichéens, les Ariens, qui se prévalaient et abusaient des Ecritures, alléguèrent constamment l'interprétation des textes sacrés que proposait l'Eglise; ceux-là donnèrent également toujours pour critérium de la foi leur enseignement oral. Cf. / Tim., vi, 20-21 ; II Tim.^ i, i3-i4; II, 12; Co/., II, 6-8; Gal.^ i, 8-9 ; I Joan., 11, 19, 27 ; IV, I, 6 ; Act., XX, 3i, etc. (i).
2) Étendue du droit d'interprétation de l'Église
8. — 2) Quant à V étendue de ce droit d'interprétation aut/ientiçue de l'Eglise, remarquons qu'il ne porte directement que sur les textes doctrinaux, et les passages qui leur sont connexes. C'est ce que signifie cette clause restrictive, ajoutée intentionnellement par les conciles du Vatican et de Trente : In rébus fidei et morum ad œdificationem doctrinœ pertinentium .
Aussi bien l'Eglise n'a-t-elle jamais défini le sens des textes bibliques, qui ont rapport exclusivement à Tliistoire, à la géographie, et aux sciences. Néanmoins, nous affirmons que rinterprétation de ces textes n'échappe pas absolument à son contrôle ; partant, l'exégète catholique a le devoir, non seulement de ne point contrarier la pensée de l'Eglise sur ces questions, mais de se conformer d'une manière générale à son enseignement et à son esprit. Saint Augustin professait
(i) Voir sur ce sujet Ranokler. op. cil., pp. ^49-276, éd. 2; Kohlgruber, op. cil., pp. a5a-a6o; Solwiii, Ilermen. Inll. Imlitnlwncs, pp. i3(j-i4;î.