OPINIONS PLUS LIBRES SUR L'KTENDUE DE L'INSPIRATION
est inspirée. SPECIAL à cliaquc livrc soil I'œuvre de l'inspiration divine.
Remarque. Lçg livrcs doiit sc composc la Bible appartiennent à presque
tous les genres de littérature. On range dans le genre /lislorique : la Genèse^ les Evangiles, les Actes, tic, dans le genre poétique: les Psaumes, Job; dans le genre didactique : \q^ Provei^bes, VEcclésiastey la Sagesse, etc. ; dans le genre épistolaire : les lettres de saint Paul, de saint Pierre, de saint Jean, etc.; dans le genre oratoire : les Prophètes ; dans le genre idyllique : le Cantique des cantiques; dans le genre élégiaque : les Lamentations, etc.
Prouve.
16. — Pour prouver notre assertion, partons de ceprincipe : Puisque Dieu a inspiré l'Écriture, nous devons lui attribuer, comme à Vauteur principal, tout ce qu'il y a d'essentiel àdi\\s chacun des livres sacrés. Or, il est essentiel à un livre, — quel qu'il soit, — d'appartenir à un genre littéraire déterminé^ d'être conduit et ordonné d'après les règles de ce genre, d'en présenter les caractères distinctifs. Cela est si vrai, que si l'on voulait changer, par exemple, — sans toucher d'ailleurs aux idées, — la forme poétique de Y Enéide, ou la forme oratoire des Catilinaires, en la forme simple de l'histoire ou de la conversation, on n'aurait plus les chefs-d'œuvre de Virgile et deCicéron. De même, si on enlevait au livre de Job sa poésie, pour le réduire aux proportions d'un vulgaire entretien, on n'aurait plus le chef-d'œuvre divin que tout le monde admire. Les pensées seraient conservées, soit; mais le livre, le poème de Job, aurait disparu. Voilà pourquoi les livres de l'Écriture, tels que nous les lisons, ont dû recevoir de l'Esprit-Saint le genre littéraire propre qui les distingue. C'est Dieu qui en a tracé le cadre.
LEÇON HUITIÈME
L'inspiration verbale des saintes Écritures.
Histoire de la controverse relative à l'inspiration verbale. — Conformité de celte théorie i) avec Ir Ian);^açe de la lîihic, et certains textes soit de l'Ancien, soit du Nouveau Testament; — -a) avec les traditions dos Pères ; — 3) avec les données de la psychologie.
Raison de colle 1. — La qucstion de rinspiration verbale a pris aujourd'hui
leçon. 11 • /-11*'
une telle importance, que nous croyons nécessaire de lui consacrer une leçon spéciale de notre cours. Et, de vrai, cette question a une histoire.
Histoire delà con- 2. — C'cst vcrs Ic Commencement du rx® siècle, dans une
trovcrsG rcifilivp à
V inspiration vcr- Icttrc de saiut Ag^obard, arclievôquc de Lyon (i), à Frédéi^ise, ix« sièci abbé d'un monastère de Tours, que nous rencontrons la pre-
mière attaque explicite contre l'inspiration verbale. — Ce coup resta isolé (2).
xvi" siècle. ^q xvp sièclc, le problème fut agité de nouveau, à Toccasion
des fameuses propositions de Lessius et de Hamélius, censurées par la faculté de Louvain. Cette fois, les avis se partagèrent, mais les théologiens et les interprètes demeurèrent en majorité favorables.
Du côté des protestants, l'affirmative fut défendue avec énergie. Quelques-uns, — les Buxtorf, Heidegger, etc., — exagérèrent môme, en soutenant l'inspiration des points-voyelles du texte hébreu.
D.uis n<.tre si,vic. ^- — Dcpuîs plus d'uu sièclc, l'opiulon contraire a prévalu, non seulement chez les exég-ètes hétérodoxes, mais encore chez les catholiques. Mais voici que, de nos jours, l'ancienne théorie regagne du terrain. « Ce n'est pas une tendance isolée, c'est tout un mouvement de retour qui se produit » (,'V).
(i) Sur saint Ai,-ol);ir(l. voir iMaLillon, Prœfatio in sxc. l\ hcnedictinum. n. n8 et ss. ; Chcvallard. Hist.de satnl Af/nbard. Lyon, i8(l().
{9.) L'opinion de saint Au;ol)ar(l trouva de nombreux contradictein-s à l'époque où elle se pnuluisit. (3) licvur hihlii/ue, octobre iS<j't, p. 5G3.
L'INSPIRATION VERBALE ET LA BIBLE Bg
Contemporains Parmi Ics riitiques et les théolo^-iens qui ont défendu l'in-
qiii (léfendt'Mt I //i.s"- ^ . .
pivatioa verbale, spiration vcrbalc dansée siècle, ou qui la défendent encore présentement, nous pouvons citer de Scliaezler, Fernandez, le llir, Grandvaux (r), Tanquerey, Bruneau, Loisy, Lévesque, Lagrang-e, etc.
,v.,h'"rïnfnrmr .,, ^' — Devrai, LA THEORIE DE l'inspiration verbale nous
/«n^rt^e^ rfe la parafa CONFORME AU LANGAGE DE LA BlBLE.
Preuve générale ^ — gj^ effet, la Bible s'appcUc elle-même « la parole de
Dieu », les « paroles de Dieu », la « voix de Dieu », les « oracles de Dieu », les « oracles vivants de Dieu », les « saintes lettres de Dieu », 1' « écriture de Dieu ». (Cf. / Cor., ir, i3; Rom., m, 2 ; // Tim., ni, i5; Act., xir, 38.)
Mais il y a des textes qu'il importe de citer, et d'analyser.
pri^s'èrdrilSS! ^- — ^^^ textes se trouvent d'abord dans l'Ancien Testament,
Un jour, le Seigneur dit à Moïse : Scribe tiôi yerbx /lœc qidbus et tecum et cum Israël pepigi fœdus (2). Il tint le même langage au prophète Isaïe: S urne tib'i librum grandern et SCRIBE in eo stylo horninis... Etadjecit Dominus looui ad nie.., (3). De son côté, Jérémie reçut un ordre semblable : Ilœc dicit Dominus : scribe viricm sterilem... scribe tibi omnia vERBA, quœ locutus sum ad te, in libro... Toile volumen libri, et scribe in /^o omnia verra qùœ locutus sum tibi... ex diebus Josiœ usque ad diem hanc (4). Personne ne niera qu'en pareil cas Dieu n'ait étendu son inspiration jusqu'aux mots (5).
Ce qu'on objectera, peut-être, c'est que le nombre de ces passages , où l'inspiration verbale paraît clairement supposée, est fort restreint, et partant, que la preuve reste à faire pour le reste des Ecritures. Nous l'accordons; mais il nous semble cependant que la démonstration incombe plutôt ici à nos adversaires. Qu'on explique pourquoi Dieu aurait usé de
(i) MM. Le Hir et Grandvaux, après avoir hésilé quelque temps, finn-ent par se convaincre que les vieux théologiens avaient raison, et ils crurent, comme eux, que les mots du texte orig,inal autographe de l'Ecriture ont été inspirés. Nous tenons ces détails de M. Grandvaux lui-même.
(2) Exode, xxxiv, 27.
(3) /.?., VII, 1, 5 et suiv.
(4) Jet'., XXII, 3o ; xxx, 2; xxxvr, 2, etc.
(5) Quelques théologiens citent à l'appui de la même doctrine des textes comme ceux-ci ; Hœc dicit Dominus.. . ; Hsec verba locutus est Dominus. ..; ou encore; FacUan est verbum Domini ad me dii'ens .. etc. Ont-ils le droit de fonder unarg-ument sur ces paroles ? Nous n'osons pas l'affirmer. Ces formules ne se réfèrent-elles point plus justement à l'inspiration ad loguendum? Ahien prendre, en effet, les prophètes attestent seulement par là qu'ils disent ce que Dieu leur met sur les lèvres. Cf Jer..i, 9.
procédés différents dans la rédaction littéraire de son verbe (icrit. En attendant, nous inclinons à croire que l'action divine s'est exercée uniformément sur l'écrivain sacré, et qu'elle a atteint son œuvre entière.
Preuves spéciales, prises du Mouv.Tcst.
7. — Enfin, dans le Nouveau Testament (// Tlm., ni, i6; I[ Pet., I, 20, 2i) nous lisons que toute l'Ecriture est inspirée de Dieu. Or^ que faut-il entendre par omnis Seriptura... OMi^i^ prophetia Scrlpturœ(i)^ Nul doute qu'il ne s'agisse au moins des pensées. Mais convient-il de s'arrêter là? Est-ce que l'Ecriture — verbum Del scriptum — ne se compose pas de pensées et de mots? PonY(\\io\, dès lors, restreindrait-on aux seules pensées la double affirmation des apôtres, que nous venons de rapporter? Sûrement, ce serait mutiler sans raison le sens naturel de leurs phrases; d'autant que saint Pierre — plus explicite encore que saint Paul — ajoute: Spirltu sancto iNSPiRATi (ç£p6[j,£vct) LOGUTi suNT (sXàX'/jŒav) saHCtî Del homines. C'est assez dire que l'influx inspirateur pénétra l'action de l'homme tout entière, cette action psychologique que désigne le verbe locutl sunt. L'inspiration atteignit donc et la conception de l'idée dans l'intellect, et la formation du mot correspondant, du signe graphique, dans l'imagination.
\jinapiratio7i verh. conforme aux iradilions des Pères.