‹ Leçons d'introduction générale théologique, historique et critique aux Divines EcrituresChapitre 65 sur 251 · LEÇONS D INT. (J · texte numérisé non relu

LEÇONS D INT. (J

i3o LEÇONS D'INTRODUCTION GÉNÉRALE

Les deutérocanoniques étaient donc reconnus généralement dans l'Église d'Occident, au vie siècle.

Les deuiétocnno- 3^ — Qn nc s'cn étonncra point. La diffusion de la Vul"-ale

mques pénètrent *■ . -^

nvcc la vuigaie en hiéronymicnnc dut contribuer pour beaucoup à produire ce résultat. Cette version, où les protocanoniques étaient mélangés avec les deutérocanoniques, commençait alors à se répandre non seulement à Rome, mais aussi dans les Gaules, en Espagne, etc. Saint Avit, évêque de Vienne (f 617), saint Gésaire d'Arles (f 542). saint Grégoire de Tours (f SgS), lisaient la Bible dans celte traduction. C'est d'elle encore que se servaient plus ordinairement les papes Jean III (560-673), Benoîtl*'' (674- 578) et Pelage II (578-590). Saint Grégoire le Grand (590-604) la prenait également de préférence pour texte de ses commentaires. Oji comprend donc qu'avec la Vulgate les deutérocanoniques aient pénétré vite et partout en Occident.

2" assertion :

le Canon en Orient.

4. — En Orient, dans le même siècle, les deutérocanoniques DE l'ancienne alliance RENTRERENT EN POSSESSION DU CRÉDIT GÉNÉRAL.

Un revirement d'opinion s'opéra donc chez les Orientaux 1 ) Les sectes orien- eu favcur dcs deutéi'ocanoniques. Nous le conjecturons i) de

taies dissidentes et , . -^ . "^

les deuttrocanoni- qc fait ouc Ics scctcs oHcntales — Ncstoricns de la branche

ques. ...

chaldéenne, Jacobites syriens, Arméniens, Coptes — , qui se

séparèrent vers cette époque de l'unité, ont toujours traité les

deutérocanoniques avec le même respect que les protocanoni-

2) Les versions an- qucs (i). — Eu outrc, 2) il cst Certain que les anciennes ver-

ciennes et les denté- . .

rjoanoniques. sious usitécs cn cc tcmps-là dans ces sectes dissidentes ren-

fermaient les deutérocanoniques. Nous en sommes surs a) pour la version éthiopienne (achevée vers la fin du ve siècle), où manquent cependant nos deux livres des Macliabées (2); — h) pour la version arménienne (v^' siècle; — c) pour la version géorgienne (vi® siècle), d'où peut-être \ Ecclésiastique a été éhminé; etc.

Trois difficuitcs. 5. — A ces téiuoignagcs du vi^ siècle favorables aux deutérocanoniques, certains criticjues (3) opposent les assertions défavorables de Junilius, évèque d'Afrique (vers 55o), de saint Grégoire le Grand et de Léonce de Byzance.

(1) (>r. Assi'in.irii, lUhliol/ieca oi'ienl., l. III; Viuccnzi, op. cit., p. i, pp. lacj, ss.; Gorncly, o/j.

cit., pi>. 12'A-Illt.

(a) Il est probable qu'ils s'y Irouvaiont autrefois. (■.i) CI. liody, De Hiùliorum lexlibits, pp. G:)3-Gr)4.

OPPOSITION QUE RENCONTRÈRENT LES DEUTÉR. AU Vie S.

Test

a) Juniiius. 6. — Le premier range, au point de vue de Tautorité, les

livres de l'Ancien Testament en trois groupes : les livres d'au-

Sa théorie défavo- ' i y" • • i i t

labie sur lauiorité ioTité par/ aite, — qui sont reconnus de tous; les livres d au

des livres de l'Ane. . , . i • • » i

tonte moyenne^ — qui sont reconnus par la majorité; les livres d'autorité nulle, — qui ne sont admis que par quelquesuns. Au premier groupe appartiennent, selon lui, les livres canoniques proprement dits. Aux autres groupes se réfèrent les livres qui ne sont pas canoniques. Or, les Paralipomènes, Job, Tobie, Esdras, Judith, Estlier, Machabées (l, II) font partie du deuxième groupe; le Cantique et la Sagesse îoni partie du troisième (i).

Réponse. Uopiuiou dc JuniHus ne doit pas être prise en considéra-

tion. Elle reproduit les errements de Théodore de Mopsueste, et d'autre part « elle est sans aucune attache avec les idées qui ont eu cours dans FEglise d'Occident au v^ et au vi® siècles » (2). Le Canon de Févêque africain est donc « nullius momenti et auctoritatis », dit très justement Cornely (3).

vo térocanoniques.

Réponse.

*) leoSn^"^ '^ ' — Saint Grégoire le Grand (590-604) en introduisant

une citation du premier livre des Machabées se montre assez

rabie^^uf ^les^dtu- ^éfavorablc aux deutérocanoniquës : « Non inordinate agimus, déclare-t-il, si ex libris non canonicis, sed tamen ad sedificationem Ecclesiae, editis testimonium proferamus » (4). Cette réflexion du grand pape ne laisse pas que de surprendre, lorsqu'on sait qu'il aimait à citer comme Ecritu?^e tous les deutérocanoniquës, — sauf pourtant Judith et Baruch (5). On a voulu expliquer saint Grégoire en disant qu'il s'était placé au point de vue juif, et que les livres déclarés par lui non canoniques étaient ceux que la synagogue n'insérait pas dans son Canon (6). Peut-être vaut-il mieux soutenir que saint Grégoire a subi ici l'influence des préfaces de saint Jérôme, et qu'il croyait pouvoir admettre quelque difl'érence, — sur le terrain de la pratique et quant à l'usage à en faire, — entre les deutérocanoniquës et les autres livres de l'Ancien Testament. Au surplus, n'oublions pas que le pontife dans le passage cité parle comme docteur privé, et exprime un sentiment

(i) Cf. Instituta regularia divinae legis, dans Migne, Pat. lat., t. 68.

(2) Loisy, op. cit., p. 107.

(3) Op. cit., p. 125.

(4) Moral., XIX, 2 1 .

(5) Il n'eut probablement point l'occasion de faire des emprunts à ces livres. {<ô] Cf. Cornely, op. ci7., pp. 126 127.

i32 LEÇONS D'INTRODUCTION GÉNÉRALE

tout personnel. Son opinion, du reste, était très conciliable avec les décisions de ses prédécesseurs, car saint Grégoire supposait vraisemblablement que ceux-ci « avaient voulu dresser le catalogue des Ecritures sans déterminer la mesure d'autorité qui revenait à chaque partie, et il regardait ces décisions comme disciplinaires » (i).

c) Léonce de 8. — Ouaut à Léoncc de Byzance, nous reconnaissons qu'il

Byzance. ^ . iit ^ i^ k ' rn

Son Canon incom- (lonnc (2) uu Canou lucomplct des livres de 1 Ancien Testament. Non seulement il passe sous silence les deutérocanoniques, mais il omet môme Eslher.

Réponse. Ccs lacuues s'expliquent par les influences que dut subir

l'écrivain grec pendant son séjour au monastère de saint Sabas, près de Jérusalem. Son catalogue des saints livres représente donc au fond celui des Eglises palestiniennes (3) . D'ailleurs, Léonce de Byzance cite comme Ecritures divines la Sagesse et V Ecclésiastique ; il connaissait aussi Baruch^ qu'il réunit au livre de Jérémie.

Le Canon de 1 Ane. 9, Au VII® SIECLE, EN OcCIDENT COMME EN OrIENT, l'aC-

Tesl. au vu* s. ^

CORD SE MAINTIENT, ET MEME S AFFIRME DE PLUS EN PLUS, RELA- TIVEMENT A l'autorité DES DEUTEROCANONIQUES DE l'aNCIENNE ALLIANCE.

I) En Occident.

S. Isidore de Séville.

Ueinai(|iie.

10. — En Occident^ nous rencontrons trois principaux témoins favorables : saint Isidore (-j- 636), évêque de Séville, et les deux évoques de Tolède, saint Eugène (-j- 667) et saint Ildefonse (f 669).

Le premier s'exprime avec une netteté qui écarte d'avance toute objection (4). Après avoir énuméré les livres du Canon palestinien, il ajoute : « Ouartus est apud nos ordo V. T. eorum librorum, qui i?i canone kebraïco non sunt. Quorum primus Sapientiae liber est, secundus Ecclesiasficus, tertius Tobias, quartus Judith, quintus et sextus Machabœorum, quos, licet Hebraii inter apocrypha séparent, Ecclesia tamen Christi inter divinos libros et honorât et praedicat » (5).

Il est étrange cependant que saint Isidore ne mentionne nulle part la prophétie de Baruch. Peut-être faut-il voir là un der-

(i) Cf. Loisy, o/). cil., p. i/p.

(•j) Dans son oiivrai;<; he Soctis, aci . Il, G.

('.il Voir plus haut, |)|i. mj-i'io, n. i:>.

(4) Cf. ilody, op. cit., p. (>54.

(5) EhjmoL, vi, i, y; Prosem. proL, 7, 8,

LE CANON DE L'ANCIEN TESTAMENT AU Vile S. i33

niervestig-e des hésitations qui s'étaient élevées dans les siècles précédents sur la canonicité de ce livre. Il n'est pas impossible non plus que Baruch ait été compté par saint Isidore avec Jérémie. Néanmoins plusieurs critiques en doutent (i). s Eugène et s. Quant à saint Eue-ène et à saint Ildefonse de Tolède, ils ne

lltletonse de lolede. -^ ^ i i» i o

font que reproduire, le premier le Canon de 1 évoque de Séville, et le second le Canon de saint Augustin (2).

2) En Orient. \\, — Eït Orient^ nous trouvons au vii*^ siècle deux témoi-

gnages favorables.

La version de Paul C'cst i) la versiou svriaque (616-617) de Paul de Telia (3),

de Tellca. ^ «^ a • tt '♦ 1

qui renfermait tous les deutérocanoniques. Un manuscrit de cette traduction, du viii^ siècle, et provenant du monastère de Sainte-Marie au désert de Scété, en Egypte, fut acquis vers les premières années du xvn^ siècle par la bibliothèque ambrosienne de Milan. On y trouve à côté des Psaumes, de Job, etc., la Sagesse, V Ecclésiastique, Bàruch joint aux Prophètes, VÉpître de Jérémie et les fragments de Daniel. Le concile 2) L'autrc témoiu est le concile in Triillo (4), tenu à Cons-

tantinople en 692. Ce synode, qui fait autorité chez les Grecs à régal d'un concile œcuménique, décida d'adopter le Canon scripturaire du concile de Carthage de 4i9 (5). On y joignit, il est vrai, les Canons du concile de Laodicée (6), et le catalogue biblique de saint Athanase ; mais ces additions, après l'adoption des décrets de l'assemblée de Carthage (4 19)? l^i*^ d'impliquer une contradiction de la part des Pères grecs, signifiaient seulement que ceux-ci entendaient respecter toujours les usages des vieilles et grandes Églises. En outre, — ne l'oublions pas, — les Pères du concile in Trullo avaient seulement décidé de déterminer la matière des lectures publiques dans les ÉgHses orientales, selon les différentes liturgies (7). Passons aux siècles suivants.

Le Canon delAnc. 12. — Au VIII^ ET AU IX*^ SIECLES, LA FOI DES EglISES d'OcGI-

Jiècies'!'"' """' ^^ '''" DENT ET d'OrIENT AUX DEUTEROCANONIQUES NE VARIE POINT, ET

(i) Cf. Loisy, op. cit., ]). i43.

(2) Voir dans Mig:ne, Pat. lat.j t. 87, col. 394,"et t. 96, col. \\o. Gomp. s. kn^. De doct, christ.. Il, 8.

(3) Voir plus bas, Section iv«. . . ,

(4) Cette assemblée fut ainsi désignée, parce que les Pères siégeaient dans une salle du palais impérial de Constantinople, appelée TpoGXXo;. Ce concile fut la continuation des 5<= et 6« conciles œcuméniques.

(5) Voir plus haut, p. 116.

(6) Le 6o« canon de ce concile, on le sait, offre un catalogue des livres de l'Ancien Testament entièrement conforme à celui de saint Cyrille de Jérusalem.

(7) Cf. Magnier, op. cit., pp. 271-272.

i) Les mss.

2) Le> écrivains

b) Alcuin, c) Théodulfe,

i34 LEÇONS D'INTKODUCTIOiN GÉNÉRALE

LES HÉSITATIONS ISOLEES DE QUELQUES PÈRES OU ÉCRIVAINS ECCLE- SIASTIQUES NE SAURAIENT BRISER l'iIARMONIE DE CET ACCORD UNI- VERSEL.

j)En Occident. ^^' — ^^ ^^^ ^^^ Egliscs occidentalcs nous est attestée par

les manuscrits et par les écrivains du temps.

i) Parmi les manuscrits mentionnons seulement VAmiatiniis qui représente la Vulgate hiéronymienne; le Paulinus et le Statianus, qui représentent les recensions de la Bible faites par Alcuin sur Tordre de Charlcmagne. Or, ces manuscrits, qui renferment tous les deutérocanoniques sauf Baruch, nous transmettent les traditions des Ég-lises d'Angleterre, d'Allemag-ne, de France^et d'Italie, touchant le Canon des livres de FAncien Testament,

2) Parmi les écrivains occidentaux des viii® et ix^ siècles a) Bède, sig-nalons a) le vénérable Bède (f ySS), qui cite indifféremment comme Ecriture les protocanoniques et le's deutérocanoniques. — b) Alcuin (f 8o4), qui inséra dans sa Bible tous les deutérocanoniques, sauf Baruch^ et qui les tenait tous pour inspirés. — c) Théodulfe d'Orléans (f 821), qui adopta le Canon de saint Isidore, et dont les Bibles reproduisent le catalogue scripturaire du Cavensis {ywt^ siècle), c'est-à-dire le Canon complet, — y compris Baruch, — des livres protoca-

d\ Amaiaiie, et Houiqucs ct dcutérocanoniqucs de l'Ancien Testaments — '- d) Amalaire (-j- 887) et Rhaban Maur (-j- 856), qui suivirent l'un et l'autre l'évêque de Séville sur la question du Canon biblique. On s'explique donc bien ces paroles d'une lettre de Nicolas l^'' (i) aux évoques des Gaules : « Vêtus Novumgue Testamentum recipienda sunt^ non quod codici canonum ex toto habeantur annexa, sed quod de his recipiendis saficti papœ Innocenta prolata videtur esse sententia » (2).

2) En Orient. 14. — [^a foi dcs Egllscs d'Orient, — spécialement la foi de

l'Eglise grecque, — nous est révélée clairement, quoique d'une manière indirecte, — par un fait très significatif. Ce fait est le silence de Photius (f 891) sur les deutérocanoniques de TAncien Testament. Ce patriarche des schismatiques grecs, dans le but de justifier sa conduite et pour accentuer encore

(i) Dnns Mipnc, Pal. lai., t. i kj. col. gor?.

(■j) Le cniioii (riiiiiocenl I" se trouvait dans la collection des canons qui fiircnl envoyés nar le pape Adrien a Gliarleina^'iu' en 77/». et qu'on ado|>ta en 8o'î comme taisant loi dans 1 Ee^lise dos Francs. Cf. Loisy, op. cit., j». 158.

Rhaban Maur.

Confirmalur.

Photius.

TEMOIGNAGES DEFAVORABLES AUX VIÏIo ET IXe S.

Difficulté.

Réponse.

la division entre Rome et Constantinoplc, n'aurait certainement point manqué de relever le différend, s'il en eût existé un entre les Orientaux et les Occidentaux, relativement à la canonicité des saints livres. Or, non seulement il ne signale rien de pareil, mais il rapporte en l'approuvant le Canon du concile de Carthage de 419 (i).

Il est vrai qu'il rappelle aussi le 25^ canon des apôtres, et le 60® canon de Laodicée. — C'est une inconséquence assurément; nous croyons quand même que Photius et ses corelig-ionnaires admettaient, en pratique comme en théorie, l'autorité des deutérocanoniques. Nous sommes d'autant plus autorisé à le soutenir que la foi des Grecs schismatiques à cet égard n'a jamais varié, et que le Canon complet de l'Ancien Testament, tel que nous le trouvons dans les LXX, a toujours été celui de leur Eglise (2).

Témoignages moins i'avoiabies aux

15. — Nonobstant cet'accord universel des Églises chrétiendeutéioc pendant j^^g Quelques liésitatious se produisirent au vnie siècle et au

les \\\\^ et x° s. ' \. \ r

ix® touchant l'autorité de certains deutérocanoniques.

On objecte surtout, — en Orient^ — les témoignages défavorables de saint Jean Damascène (-|- 754) et de Nicéphore, patriarche de Constantinoplc (f 828). Le premier exclut positivement du Canon la Sagesse ^\ Y Ecclésiastique (3). Le second range parmi les livres contestés (àvii^sY^l^-sva) , les Machabées, la Sagesse^ V Ecclésiastique, Judith, Susanne (fragment de Daniel) et Tobie (4).

1) En Orient.

S. Jean Damascène.

Nicéphore.

Réponse.

16. — Ces témoignages contraires ne détruisent point l'accord général des ÉgHses que nous avons constaté. — Au fond, saint Jean Damascène ne fait que reproduire le Canon de saint Épiphane qui, pour des raisons particulières (5), s'était borné à mentionner le Canon palestinien (6). — Quant à Nicéphore, s'il donne un catalogue biblique différent de celui qu'avait adopté le concile ia Trullo, nous devons reconnaître, avec le P. Cornely (7), qu'il n'entend point ainsi exposer ni faire valoir son propre sentiment, pas plus que l'opinion de son Église ou celle de ses contemporains. Historien fidèle, il

{\) Nomocan. et Canon. Syntag., iii. II, c. 3,

(2) Cf. Malou, op. cit., t. II, pp. i3i-i32.

(3) De fide or thod., ly, 17.

(4) Dans Miçne, Pat. grœc, t. 100, col. io56. ^

(5) Cf. Magnier, Etude nir la canonicité des s. Ecritures, pp. ^^i-'i']^.

(6) Cf. S. Epiphaii., De pond, et mens., 4.

(7) Op. cit., p. 129.

paraît s'être proposé uniquement de conserver un document remontant à une époque antérieure. — Au reste, remarquonsle bien, Nicéphore et saint Jean Damascène savent bien distinguer soigneusement les deutérocanoniques des écrits qu'ils appellent dcTrôxpuça.

2 en Occident.

Alcuin,

Aulpert, s. Agobard.

Réponse.

17. — On objecte encore, — enOccidenf, — les témoignages i) d'Alcuin qui n'admettait point Baruch, et qui semble avoir rejeté aussi VEcclésiastigne (i); — 2) de l'abbé Ambroise Autpert (f 778), qui comptait seulement a 24 livres » dans tout l'Ancien Testament ; — 3) de saint Agobard de Lyon (f 84o),qui n'en reconnaissait que 22 « d'autorité divine» (2).

Ces témoignages en partie défavorables ne trahissent que des hésitations personnelles; la foi générale de l'Eglise n'est donc pas atteinte. Observons, en outre, que les écrivains qu'on cite, notamment Alcuin et saint Agobard, ont subi plus ou moins les influences du Prologus galeatus de saint Jérôme; ce qui expliquerait assez l'oubli dans lequel Baruch était encore parfois laissé à cette époque. En tout cas, Alcuin lui-même n'était pas absolument hostile aux deutérocanoniques, car il leur faisait des emprunts comme à des livres (S! Ecriture (3). Quant à Autpert, il a eu le tort de trop croire au symbolisme des vingt-quatre livres et des vingt-quatre vieillards, si cher à saint Jérôme et à son 'école.

(i) Adv. Elipand., lib. I, 19, dans Mig-ne, Pat. lat., t. loi, col. 25/4.

(2) Dans Mi(y;nc, Pat. lat., t. 17, col. 796.

(3) Cf. Alcuinus, Devirtut. etviiiis, i4, i5, 17, 18, dans Migne, Pat. lat., t. 101, col. 628,

LEÇON CINQUIÈME

Le Canon de l'Ancien Testament dans l'Église chrétienne depuis le X^ siècle jusqu'au XVP.

Le Canon au moyen âe;e en Orient, dans l'Église |2:recque et dans les autres Égalises orientales. — Le Canon au moyen âge en Occident, i) — Les \Gmo\^na^e?, dé favorables. — Critique de ces témoignages. — 2) Les témoignages douteux; ils s'expliquent. — Causes générales des hésitations du moyen âge à l'endroit des deutérocanoniques. — 3) Les témoignages favorables, au x* siècle; — au xi° siècle ; — au xu" siècle; — au xiii' siècle; — au xiv" et au xv%

Le Canon au moyen âge, en Orient.

1 . — Si nous commençons par FOrient^ l'histoire du Canon de l'Ancien Testament pendant la période que nous étudions n'exige pas de développements bien considérables. greLue.^"' ^^^^''^ D'abord TÉglise grecque n'a plus varié, depuis le concile in Trullo (692), dans sa foi à l'autorité des deutérocanoniques de la première alliance. — On rencontre bien, sans doute, quelques expressions équivoques touchant le Canon scripturaire sous la plume de Zonaras, 'secrétaire d'Alexis Comnène (xii® siècle), de Balsamon (f 1200), patriarche d'Antioche, et du moine basilien Matthieu Blastarès (f 1 335) ([); mais il est reconnu que ces écrivains n'en admettaient pas moins tous les livres saints, conformément au catalogue biblique du concile de Carthage (de 419)- L'accord se maintint donc invariable chez les Grecs jusqu'au xvi® siècle (2).

2) Dans les autres 2. — Lcs autrcs ÉgHscs d'Oricut profcssèreut la même foi. Églises orientales. Ngstorieus, Arméniens, Syriens, Maronites, Éthiopiens, tous furent unanimes dans les mêmes croyances (3). Ludolf (/»), quoique protestant, avoue sans détour que l'Eglise d'Ethiopie ne faisait aucune différence entre les protocanoniques et les livres de Tobie, de Judith^ de la Sagesse et des Mâchabées. Aussi, d'après Malou, non seulement les Grecs, mais les

(i) Cf. Loisy, op. cit. y pp. i6i-i63. ,

(2) Voir plus bas,Lefon 7" n. io-i5, la suite de l'histoire du Canon de l'Ancien Testament danslLglise grecque schismatique.

(3) Voir plus bas, Leçon cit.

(4) Uist. ALthiop., lib. 111, cap. 4-

i38 LEÇONS D'INTRODUCTION GENERALE

Russes (i), les Arméniens, les Ethiopiens Jacobites, reçurentils, au concile de Florence (i439-i44^)? le Canon complet des Ecritures proposé par Eugène IV, et inséré par lui dans le célèbre décret De unione Grœcorum (2).

Mais la même entente ne régna pas absolument en Occident.

Le Canon au moyen âge en Occident.

3. — Nous pouvons résumer ainsi Thistoire du Canon de l'Ancien Testament chez les Latins, au moyen âge.

toi^e^Tu^'canon^aû DePUIS LE Xe SIECLE JUSQu'aU XVI®, DES HESITATIONS ET DES

S!" "^ ^" ^^^ " INCERTITUDES SE PRODUISIRENT DANS LES EgLISES OCCIDENTALES RELATIVEMENT A i/aUTORITÉ DES DEUTÉROCANONIQUES DE l'aN- CtENNE alliance; TOUTEFOIS, CES LIVRES DEMEURERENT EN POS- SESSION DE l'usage LITURGIQUE ET DE l'eNSEIGNEMENT PASTORAL; LES THÉOLOGIENS LES EMPLOYERENT GENERALEMENT DANS LES DIS- CUSSIONS SGOLASTIQUES ET LES COMMENTATEURS LES EXPLIQUÈ- RENT AVEC LE MÊME SOIN QUE LES PROTOCANONIQUES.

^'"'SfS. •'^''' ^' — En effet, au x<^ siècle, un moine de Saint-Gall, Notker 1) Notker (x«s.) {\ O^^)? reprenait l'étrange thèse de Junilius l'Africain. Selon lui, la Sagesse y VEcclésiaste, Job, Tohie, Esdras, Judith, Esther, les Paralipomènes et les Machabées étaient des livres « douteux, sans autorité, et à conserver seulement pour le souvenir et l'admiration » (3). Ce témoignage nettement défavorable est le premier que nous rencontrons en Occident à cette époque.

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