‹ Leçons d'introduction générale théologique, historique et critique aux Divines EcrituresChapitre 66 sur 251 · Si l'on veut en trouver d'autres également hostiles · texte numérisé non relu

Si l'on veut en trouver d'autres également hostiles

aux deutérocanoniques, il faut descendre jusqu'au xii^ siècle.

biiry |xn"s'^)'. ^'^'"" L'évêquc dc Chartrcs, Jean de Salisburj (f 11 80), son ami et

3) Pierre de Celles, gon successcur Picrrc dc Ccllcs (f ii83), et un théologien du

(xii" s.). ....

môme temps, Jean Beleth, — esprit peu judicieux et d'une érudition médiocre, — rompirent avec les opinions communément professées par leurs contemporains.

Le premier ne voulut s'en tenir, en matière de Canon, qu'au Prologus galeatus de saint Jérôme. — Le second n'admettait que vingt-quatre livres dans l'Ancien Testament. — Enfin, le troisième n'entendait reconnaître que vingl-deux livres canoniques, parmi lesquels il rangeait Judith au lieu et

(i) On sait que l'Éc^lise russe est fille de l'Ee^lise grecque.

(2) Malou, op. cit., t. II, p. ï3G.

(3) Deinterpretibus div. Script., dans Mignc, Pat. lat.A. i3i, col. 996.

4) Jean Belelh.

(xii« s.).

OPPOSITION AUX DEUTÉR. EN OCGID. PENDANT LE MOYEN AGE iSg

place à'Esdras. Quant aux livres de Tohie, des Machabées, de la Sagesse et de VEcclésiastiffue, il les écartait, tout en avouant que l'Eglise les approuvait à cause de leur ressemblance avec les écrits de Salomon. Ce qui surprendra peutêtre, c'est que Beleth paraît adn^iettre l'autorité de Barucli^ au moins comme livre de lecture publique.

6. — Plus tard encore, aux xiiie, xiv® et xv® siècles, nous rencontrons des témoins peu favorables aux deutérocanoniques.

5) Hugues de Meutionuons i) le dominicain et cardinal Hug^ues de Saint-

Saint-Cher(xiii'= s.). ^ ^ cD

Cher (f 1263). Dans son catalogue des Ecritures, après avoir énuméré les protocanoniques, il ajoute :

Restant apocrypha: Jésus (Eccli.), Sapientia, Pastor, Et Machabxornm libri, Judith, atque Tobias. Hi, quia sunt, dubii^ siib canone non nnmerantiir ; Sed quia vera canunt, Ecclesia suscipit illos (i).

^) '"^^'^"'f/f ^^''^ 2) Nicolas de Lyre (f t34i). Le célèbre franciscain refusait aux deutérocanoniques l'autorité qu'il attribuait aux autres livres sacrés (2).

') [x"v= s î^^''^"' 3) Guillaume Ockam (-j- 1 347), surnommé le Z)oc^e?/r m?;mcible. Ce théolog-ien dit positivement que l'Eglise « ne reçoit pas au nombre de ses Ecritures canoniques les livres de Judith^ de Tofne, des Machabées, de la Sagesse et de VEcclésiastique » (3).

8)Tostat(xves.). [^^ ^ostat (f i455), évêquc d'Avila et exégète estimé. Il a émis sur l'inspiration et la canonicité des deutérocanoniques : Sagesse, Ecclésiastique, Machabées, Judith, Tobie, des assertions pour le moins équivoques; car il semble ne point reconnaître à ces livres la même autorité infaillible qu'à tous les autres : « Leur autorité, dit-il, n'est pas suffisante pour argumenter contre n'importe qui et pour prouver ce qui est contesté. Ils ont cela de moins que les livres canoniques » (4)- « L'Église ne sait point, ajoute-t-il ailleurs (5), si les auteurs de ces livres furent inspirés par le Saint-Esprit » (6).

9) s. Antonin. ^) ^c saiut évêquc de Florence, Antonin (f i459). « Peu

d'écrivains^ dans le moyen âge, ont été aussi peu fixés que lui, observe Malou (7), sur la forme du Canon. On re-

(r) ProL in Josue.

(2) Cf. Prxf. in Tohlam.

(3) Dialog., III, tr. i, i6.

(4) Voir le texte entier dans Cornelv, op. cit., i43, note 5.

(5) Cf. Cornely, /6?rf., p. i44,

(6) Voir Malou, op. cit., t. II, pp. io5-io6. .

(7) Loc.clt., p. 107.

i4o LEÇONS D'INTRODUCTION GÉNÉRALE

trouve dans ses écrits toutes les fluctuations de saint Jérôme... Ainsi, il reçut les deutérocanoniques comme vraiment canonicjues^ en disant que le concile de Nicée les avait sans doute reçus ; il les rejeta comme purement humains^ en les comparant aux écrits des docteurs; enfin il les approuva comme ecclésiastiques, en disant que l'Église les reçoit comme vrais, utiles, propres à édifier les fidèles». io)Cajeun. 6). Enfin le cardinal Gajetan (-|- i534), qui appartient au

XVI® siècle. Pour lui, les livres absents du Canon des Juifs (les deutérocanoniques) « non sunt canonici, hoc est, non sunt regulares ad firmandum ea quœ sunt fidei. Possunt tamen dici canoiiici, hoc est regulares ad œdificationem fidelium, utpote in Ganone Bibliœ ad hoc recepti » (i).

Critique des té- 7. — Il uc uous cu coûtc poiut d'avoucr que quelques écri-

moignages certaine- . ^•> > ^ ^ r-\

ment défavorables, vams du mojcn agc out pu sc trompcr sur 1 étendue du Canon de l'Ancien Testament. On excusera difficilement d'erreur Notker, par exemple, Jean de Salisbury,Beleth, Guillaume Ockam, et Gajetan.

Nous observerons toutefois que ces auteurs ont erré ici sur une question de fait, plutôt que sur une question de principe ; — à la différence des protestants, qui en matière de canonicité scripturaire compromettent et repoussent les traditions de l'Église chrétienne. Jean de Salisburj, notamment, déclare suivre dans l'espèce les traditions des docteurs catholiques, et en particulier de saint Jérôme (2); malheureusement il eut le tort, comme maints commentateurs de son époque (3), de s'en rapporter trop exclusivement au sentiment de ce dernier.

Nous remarquerons encore que ces écrivains ne refusent pas absolument toute autorité aux deutérocanoniques, car ils confessent que l'Église les approuvait, au moins pour la lecture publique.

Enfin, n'oublions pas que si tel exégète du moyen âge a commis des erreurs regrettables relativement à la question du Canon des Écritures, ses opinions isolées et personnelles n'ont point fait varier la croyance générale de l'Église.

ciiiiquc des te- 8. — Ouaut aux autres théologiens et crilicpics donton nous

moignagespeii l'avo- ^ , • r i i i i l C * •

râbles. opposc Ics témoiguagcs peu favorables, — Hugues de ^aint-

(i) Comm. in J'Jsth., x, 3,

(2) Cf. Epist. 143, ad Henric. comitem, clans Mit;nc, i'rt/. /a/., t. 139, col. 12.).

(3) Ce fut surtout le tort de Cajetan. Voir ce que nous disons plus luui i\ ce sujet, n. i?».

Comment expliquer

1) Hugues de

Sainl-("her.

Comment expliquer 2) Nicolas de Lyre.

CRITIQUE DES TÉMOIGNAGES DEFAVORABLES i4i

Cher, Nicolas de Lyre, Tostat, saint Antonin, Gajetan, — il n'est pas irnpossii)le, croyons-nous, de les expliquer et de les justifier en partie.

i)IIug'ues de Saint-Cher se garde bien, d'abord, de confondre les deutérocanoniques avec les apocryphes proprement dits, « quorum auctor et veritas ignoratur ». S'il les appelle cependant apocryphes, c'est uniquement parce que « leurs auteurs sont pour lui inconnus », mais il a soin d'ajouter a) que leur véracité est certaine, et b) que l'Eglise les reçoit (i). Il les a d'ailleurs commentés, comme les autres parties de l'Écriture. On voit, dès lors, que la distinction établie par Hugues de Saint- Cher entre les livres canoniques et les livres ecclésiastiques n'a point théoriquement l'importance que d'aucuns voudraient lui donner; le savant cardinal n'a eu que le tort de se montrer trop respectueux du Canon de saint Jérôme.

9. — L'attitude défavorable de Nicolas de Lyre vis-à-vis des deutérocanoniques surprend moins, quand on se rappelle que le célèbre franciscain était un converti du judaïsme. Toutefois il a interprété ces livres, — à l'exception cependant des fragments à'Esther, — avec le même soin que les protocanoniques de l'Ancien Testament.

Comment expliquer 10. — Tostat, évcquc d'Avila, ne semble point avoir eu une idée bien précise du Canon scripturaire en général. Il paraît soutenir cette thèse, qu'un livre sur l'origine divine duquel des doutes se sont élevés, ne mérite pas d'être inscrit au Canon. C'est peut-être en ce sens qu'il écrit : « L'Église ne sait point si les auteurs de ces livres (les deutérocanoniques) ont été inspirés ». Malgré cela, Tostat distingue nettement le Canon de la synagogue de celui de l'Église. S'il attribue aux deutérocanoniques une moindre autorité qu'aux protocanoniqueS:, c'est vraisemblablement parce qu'il se place au point de vue des Juifs et des hérétiques à combattre. En tout cas, s'il nomme apocryphes les livres de Tobie, de Judith de la Sagesse, de V Ecclésiastique et des Machabées, c'est en ce sens seulement que leurs auteurs ne sont pas connus (2).

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