TI^.MOIGNAGES INDIRECTS EN FAVEUR DU CANON DU N. T
que nous avons reçue de lui, et toutes celles que nous possédons. Vous pourrez en tirer beaucoup de profit))(i).I[y adonc toute probabilité que l'évêque de Smyrne avait collectionné les
• lettres du grand Apôtre et même les autres écrits apostoliques
du Nouveau Testament, comme il avait collectionné les épîtres de l'évêque d'Antioche (2).
Conclusion. Par couséqucut nous ne doutons point que dès le commence-
ment du second siècle tous les livres canoniques de l'alliance nouvelle, tels que les a énumérés le concile de Trente, aient été connus, lus, et tenus pour divins dans l'Eglise chrétienne.
foîrni*'p!aH^héS! 12. — A CCS témoiguages directs que transmettent les Pères apostoliques, nous voulons joindre le témoignage d'un hérétique célèbre de la même époque, Basilide. Il florissait vers l'an 120 à Alexandrie, où il enseignait avec éclat. Or, Basilide
CONNUT AUSSI ET UTILISA LE CaNON DU NoUVEAU TESTAMENT EN USAGE DANS LES EgLISES AU COMMENCEMENT DU II® SIECLE.
Cette assertion est un confirmatiu^ de la précédente. ^,'^'i*T].^}'^ 13. — Que Basilide ait connu le recueil sacré désis^né déjà
de Basilide. ^ o j
communément sous le nom de xb EùaY^é^^'o^? c'est ce que personne n'osera contester. En effet, Eusèbe affirme que cet hérésiarque composa sur V Évangile, eîç xo EùaY^éXtov, vingt-quatre livres que réfuta un écrivain de ce temps. Agrippa Castor (3). Cet ouvrage n'était point, comme plusieurs l'ont cru, un résumé du système théologique de Basilide; c'était plutôt un commentaire des récits évangéliques, car Clément d'Alexandrie,qui eut ces livres entre les mains, les désigne positivement sous le titre de Traités exégétiques (Iv iiù eaoaxw Tp(xa) twv <( 'E^YjYYjTtxwv ») ; ce qui est d'ailleurs parfaitement conforme à la formule d'Eusèbe : eiç xb Eua^ys^'-ov.-. auvià^ai {BacrtXeiâr^ç) Pt6X(a.
^^^"?e"Batiiide^"°" 1^- — Quaut à l'étcndue de VEha.^-i€kio^ de Basilide, nous ne pouvons la déterminer d'une manière absolue. Il paraît certain, toutefois, que l'hérésiarque possédait dans son recueil évangélique les trois Évangiles de saint Matthieu, de saint Luc et de Saint Jean (4). — Enfin, Basilide connaissait également les Épîtres de saint Paul, — il s'est servi du moins, au témoi-
(i) AdPhiL, i3, 2.
(2) Cf. Loisy, op. cit., p. 32.
^3 ' tiist cccIbs IV 7 •
(4) Cf. Goriie\y'Jop'.cit.,\). 169, note 6; Loisy, ojo. cit., p. 26; Godet, op. cit.,t. II, p. Bg.
g-nage d'Origène, de VEpitre aux Romains, — ainsi que la première lettre de saint Pierre (i).
gtl^ indilil'if^^^' 15. — De nombreux témoignages indirects non^ permettent encore de croire à Texistence d'un Canon du Nouveau Testament au commencement du second siècle.
Ce sont d'abord les emprunts tacites mais réels, et quelquefois LITTÉRAUX, QUE LES PÈRES APOSTOLIQUES, OU LEURS CON- TEMPORAINS, FONT AUX ÉCRITS DE LA NOUVELLE ALLIANCE,
Lf>.s emprunts laci- 16. — « Lcs tcxtcs sacTcs sout par cux cxpIoités de façon
tes iaits par les Pè- ,.,..,. .
resapost. qu il cst impossiblc, dit Reuss, de s'y tromper; en certams en-
droits, les exhortations revêtent les formules employées par leurs illustres prédécesseurs (les apôtres), et Ton se convainc facilement que les écrivains de cette seconde génération faisaient déjà une étude des autres de la première... Clément, ajoute le professeur de Strasbourg, Ignace, Polycarpe, parlent nominativement de certaines Epîtres de Paul, en écrivant précisément aux Eglises qui les avaient reçues. Ils en parlent comme de documents appartenant encore à ce« Églises, comme étant leur héritage spécial . Ils en parlent pour les leur rappeler, pour les exhorter à les relire et à les méditer » (2). — Ne suit-il pas de là que des collections ou recueils du Nouveau Testament devaient être déjà aux mains des fidèles dans les premières années du second siècle ? Lcs rationalistes eux-mêmes l'avouent (3).
Autres témoigna- 17. — Parmi Ics témoiguagcs indirects à produire en fa-
par 'rhérésie'. ^""^"'^ vcur de notre thèse, mentionnons enfin les emprunts que deux
chefs gnostiques du temps, Valentin et Marcion, ont faits à la
littérature du Nouveau Testament.
1) Vuieuiin. Valentin dogmatisait à Rome vers l'an i4o. Or, nous savons
qu'il connut et utilisa beaucoup le quatrième Evangile, dont
,., ^ ^ ^ son école fit d'ailleurs toujours usag-e (4). Si l'on en croit même
htendue du Canon J o \ /
vaientinien. saiut Iréuéc ct Clémcut d'Alexandrie (5), les synoptiques étaient
, V, ., aussi en honneur auprès des disciples de Valentin. L'un des
Les Lvaiujilps. ^ *■
principaux d'entre eux, Ptolémée, a cité dans sa lettre à Flora plusieurs paroles empruntées visiblement à saint Marc et à
(i) Cf. Clcm. d'Alex., Strom., iv, 13.
(3) Op. cit., pp. riS-aA.
(3) Cf. Sabaticr, arl. C«no/t, clans V Encyclopédie de Liclitcubcrçcr, t. II, p. 5(j3.
(4) (.f. S, Ireii., Adver. hieres., m, u, 17.
(5) Cf. Slrom., iv, y, etc. ; s. Ircn., Adv. /iseres., m, 14, 3.
LE CANON DES HNOSTIOUES AU Ile SIÈCLE
Les Epitres.
2) Marcion.
Le Canon marcionite.
L'Évangile.
L'Apôtre.
Conclusion.
saint Mattliieii. C'est une preuve que le maître admettait Tautorité de ces écrits.
Quant à saint Paul, Valentin le lisait ég'alement. Il lui a pris certaines expressions caractéristiques : TïAYjpwjjLa, a'.a)v, 'j:v£U[j.aitxoi, ^puyaoi, uXixo»', yoiVoi, etc. Les Epitres préférées des Valentiniens paraissent avoir été celles aux Ephésiens et aux Colosslens, dont ils allég-uaient volontiers des textes en faveur de la théorie des éons. — En somme, Valentin et son école durent recevoir toutes les Ecritures du Nouveau Testament que recevait TÉg^lise.
18. — Quant à Marcion, — qui vint à Rome vers i58 ou i4o, — il eut un Canon assez arrêté, quoique incomplet, du Nouveau Testament. Il le divisa en deux parties, qu'il appelait VEva7igile et V Apôtre. — UEvangile comprenait seulement les récits — mutilés (i) — de saint Luc. — \J Apôtre ne renfermait que dix Epitres de saint Paul rangées dans l'ordre suivant : GalateSy Corinthiens, Romains, Thessaloniciens, Laodicéens [Ephésiens), Colossiens, Philémon et Philip^ pieîis.
Marcion avait donc sa Bible \k lui, son Canon scripturaire. S'ensuit-il, comme Reuss le croit (2), que la collection marcionite n'avait point d'analogue dans le passé ? Non, et même nous pensons que le recueil de l'hérésiarque n'était autre que le recueil de l'Église déjà existant, mais abrégé par lui, au moyen de suppressions arbitraires et sous l'influence d'un système préconçu (3).
Dès la première moitié du second siècle, les fidèles avaient donc à leur usage des collections ou Ca?îons du Nouveau Testament.
État du Canon du N. T. au commencement du II* s.
19. — Mais ces collections n'étaient point absolument identiques dans toutes les Églises. Elles variaient pour le nombre, comme pour l'ordonnance et la disposition des livres.
On constate que l'accord existait sur la majorité des écrits apostoliques — sur les trois quarts du nombre total, dit Reithmayr (4), — mais il y avait dissidence au sujet de plusieurs livres.
(i)Cf. s. Iren., Ado. hœres., i, 27, 2; TertuUien, Adv. Marc.,iv, 2.
(2) Hist. du Canon, p. 77.
(3) Cf Loisy, op. cit., p. 71.
(4) Op.cit , t. I, p. 69.
174 LEÇONS D'INTRODUCTION GÉNÉKALIi:
nemennnsérés!'^^' ^^ ^^^ nous pouvons affirmer de certain, c'est :
i) que le Canon évangélique (saint 3/a^^/i/ew, saint J/(2rc, saint Li^c, saint Jean) fut déterminé en fait dès Tan 120 ou i3o;
2) que le recueil à peu près complet (il n'y a guère que la lettre à Philénion dont on ne retrouve point clairement la trace) des Epitres de saint Paul fut aussi constitué à la même époque;
3) enfin ^ue V Apocalypse, au moins en Asie Mineure, et trois des Epitres catholiques : la /«"e de saint Pierre, la /'■® de saint Jean et celle de saint Jacques, jouirent auprès des Eglises d'une autorité incontestée.
Canon
bilmentTd]omi9m ^^' — ^^ ^^i esi probaôlc, c'cst que les Actes suivirent les destinées du troisième Evangile, et devinrent comme une annexe de l'EjaYYéX'.ov. — Il se peut que les Epitres de saint Jean furent adjointes de môme au quatrième Evangile (i).
Les livres laissés*
21. — Bref, parmi les vingt-sept livres qui composent la littérature du Nouveau Testament, cinq seulement : VEpitre à Philémon, VEpitre de saint Jude, la Ib de saint Pierre, la Ih et la ///e de saint Jean, furent laissées dar^s l'ombre au commencement du n* siècle. Ce sont ces écrits surtout qui, avec V Apocalypse, fournirent la matière des discussions dans les âges suivants, comme nous le verrons.
(i) Cf. Loisy, op. cit., p. 44»
LEÇON TROISIÈME Le Canon du Nouveau Testament depuis le milieu du IP siècle jusqu'au IV^.
Le Canon du Nouveau Testament à la fin du ne siècle. — Les cinq témoins principaux qui nous le font connaître. — Le Canon de saint Justin; le Dtates^aronàt Tatien ; le Canon de saint Irenée ; le Canon du Muratorianum ; le Canon de saint Théophile d'Antioche. — Le Canon du Nouveau Testament au m* siècle. — État du Canon i) en Occident; 2) en Orient (Clément d'Alexandrie, Origène). Premières controverses sur V Apocalypse.
Le Canon du N. T. 1. — Pendant la période des i5o années qui s'écoulèrent u'Tjusqiràu'^uie? depuis le ii® siècle jusqu'au iv% un noyau ferme et plus complet des livres canoniques apparaît dans les ouvrages des Pères et des écrivains ecclésiastiques. En même temps, la notion de l'inspiration et de l'autorité des écrits de la nouvelle alliance se précise. « Le type d'un Canon sacré, dit Sabatier, était celui de l'Ancien Testament ; c'est vers ce type absolu que tendait, dans sa formation progressive, le nouveau Canon de l'Eg-lise. A la fin du second siècle, cette notion idéale est atteinte » (i); au moins les textes qui en témoignent sont-ils plus explicites et plus nombreux que dans l'âge précédent.
Objet et division 2. — Afin de micux montrer les progrès du Canon du Nou-
eçon. ^^^^ Testament à l'époque que nous étudions, nous partageons
cette période en deux sections ; l'une comprend les dernières
années du second siècle, l'autre embrasse le troisième siècle
tout entier.
Le Canon du 3. A LA FIN DU H^ SIECLE, LES TRADITIONS DES PRINCI-
N. T. à la fin du ne s. ^ .^ ,/^ >
PALES Eglises d Occident et d Orient accusent l existence d'un Canon, qui renfermait tous les livres du Nouveau Testament a l'exception de la if Épitre de saint Pierre.
Cinq témoins à pro- 4. — PouT prouvcr ccttc thèsc, nous produirous Cinq témoins: saint Justin, Tatien, saint Irénée, le fragment dit de Muratori, et saint Théophile dAntioche.
duire.
(i) Art. Canon du N. T. dans VEncycl. de Lichtenberger, t. II, p. BgA-
lyô LEÇONS D'INTRODUCTION GÉNÉRALE
Saint Justin (fvers i63 ou 167) représentera les traditions des Églises de Palestine; Tatien, son disciple (m. vers lyS), celles de l'Eglise d'Édesse; saint Irénée (202), celles de TÉg-lise des Gaules; le fragment de Muratori, antérieur sûrement aux dernières années du n® siècle (i), celles 'de l'Eglise de Rome ; saint Théophile (186), celles de l'Église d'Antioche.
1) s. Justin. 5. — Saint Justin.
Originaire de Naplouse et juif de naissance, saint Justin se convertit vers l'an i3o, et vécut plusieurs années à Rome. Ses ouvrages reflètent donc à la fois les traditions romaines et les traditions palestiniennes.
L'Hùxv^eXiov Qr \\ est incontestable que la première partie du Canon
de s Justin. ' * ^ ^ .
du Nouveau Testament, — 1 Eùay^éXiov, — tut connue, admise et distinguée par lui; car il parle des 'A7cop1.vY5iJLovs6iJi.aTa ou 3féinoires des Apôtres, qu'il appelle aussi EùaYYsXta, et qu'il met sur le pied des Prophètes, auxquels ils étaient réunis d'ailleurs pour la lecture publique dans les églises (2).
Ces Mémoires, d'après lui, forment deux groupes : les uns sont l'œuvre des apôtres, et les autres ont été écrits par les disciples des apôtres (3). Saint Justin ne pouvait désigner mieux nos quatre Évangiles actuels, dont deux furent composés par les apôtres saint Matthieu et saint Jean, et deux par saint Marc et saint Luc, — celui-ci disciple de saint Paul, et celui-là disciple de saint Pierre.
Au surplus, le philosophe martyr leur fait à tous quatre de nombreux emprunts (4); il rappelle notamment le récit (deutérocanonique) de la sueur de sang (5), passage qui appartient en propre au troisième Évatigile.
Les 'A7roiJ.vY5[j.ov£U[JLaxa tûv 'AtuojioXcov de saint Justin sont donc bien les quatre Evangiles canonisés au concile de Trente (6).
L'A7rc(jTcXi>tov 6. — Quanta l'autre partie du Canon du Nouveau Testament, de s. Justin — ^f 'AuoaToXoi, — saiut Justin ne mentionne expressément
(i) Cf. Goclel, op. cit., t. II, p. 9G ; BatifFol, Anciennes littératures chrétiennes : la littérature grecque, p. 24.
(2) Cf. / ApoL, n. O7. — On s'étonnera peut-être que saint Justin emploie ici le tenue de 'Airoavr,tj.ov£6aaTa; mais il faut se rappeler que saint Justin écrivait aux empereurs, et qu'il faisait probablement dans sa pensée un rapprocbement entre les Évangiles composés par les disciples du Ciirist en vue de raconter la vie et la prédication de leur Maître, et les 'A7:ca'^y,acvî6aaTa de Xénopbon, où celui-ci relate les enseie^ncmenls de Socrate. D'aillenrs le terme n'est pas absolument nouveau. Saint Papias s'en était servi déjà (cf. Enseb., Uï$l. eccl., ni, 89).
(3) C^f. Dial. c. Tryp/i., n° io3.
(4) Ifjid.
(5) Cf. Loisy, op. cit., pj). 5o-5i .
(G) Saint Justin a connu cl cité aussi pai"ft)is des onvr.u^-C'; apocryphes, mais il faut bien prendre içarde (lu'il ne les assimile jamais aux « Mémoires des aj)ôtre« ».