DIVERSES PÉRIODES DE L'HISTOIRE DE L'HÉBREU
Immobilité dorhcbreii depuis Moïse jusqu'à l'exil.
5. — Depuis Moïse jusqu'à la captivité de Babylone, l'hébreu biblique demeura le même avec quelques nuances légèrement diverses, provenant soit de la diversité des milieux, soit de la variété des genres littéraires employés. Le fait d'une telle immobilité durant près de 10 siècles (( n'a rien d'incroyable, remarque Renan (i), pour celui qui s'est fait une idée juste de la fixité des langues sémitiques. Ces langues ne vivent pas comme les langues indo-européennes; elles semblent coulées dans un moule d'où il ne leur est pas donné de sortir ». Les inscriptions cunéiformes de la Chaldée montrent l'assyrien invariable pendant vingt siècles; l'hébreu, qui lui ressemble, a donc bien pu demeurer immobile aussi ; d'autant mieux que Moïse le fixa par l'écriture, et que les Israélites, séparés des peuples jusqu'à la captivité, ne parlèrent point ni n'entendirent parler un autre langage.
Deux périodes dans 6. — Dcux pénodcs sculement (2) partagent donc l'histoire 1 histoire Je l'hébreu. ^^ la lauguc hébraïquc. La première s'étend jusqu'à l'exil; la seconde embrasse les siècles qui suivirent le retour.
Caractères de l'hébreu pendant la l" période.
7. — La première période, qui Commence à Moïse (3), est regardée comme l'âge d'or de la littérature sacrée. Elle a vu naîtrelaplupartdes livres historiques, prophétiques et poétiques de l'Ancien Testament. — Dans tous ces écrits antérieurs à l'exil, la phrase hébraïque est généralement pure, uniforme, sans laisser pourtant d'avoir ses nuances qui varient avec les temps et les milieux. Ainsi les poésies lesplus anciennes de l'Ecriture (4), les parties historiques du Pentateuque, le livre des Juges, cewx àe S amuel , etc., se distinguent par la concision du langage et l'énergie des figures, la sobriété dans l'expression et une simplicité vigoureuse dans la construction grammaticale. Plus tard, à l'époque de Salomon et des premiers prophètes, Abdias, Joël, la phrase biblique trahit déjà une certaine préoccupation littéraire, qui devient de plus en plus apparente aux vm® etvn® siècles, dans les^écrits d'Isaïe, de Michée, etc. L'hébreu de cette époque est harmonieux, souple, très étudié ; c'est l'hé-
(1) Op. cit., p. i3o. — Voir aussi Wogué, op. cit , p. io4-
(2) Des critiques (cf. Trochon, op. cit., t. I, p. 220) admettent trois et même quatre périodes. Nous ne croyons pas que leur manière de voir soit très fondée. Cf. Gornely, op. cit., pp. 255-267; Loisy, Histoire du texte de la Bible, pp. 47-56.
(3) Des rationalistes -^ contre toute vraisemblance — font descendre cette période jusqu'au vin* siècle av. J.-^C.
(4) Cf. Nomh., XXI, i4-i5, 17-18, 27-80. Voir surtout le cantique de Débora, Jtig.y V, et l'élégie de David sur la mort de Jonathas, II Rois, i, 18-27.
2o8 LEÇONS D'INTRODUCTION GÉNÉRALE
breu littéraire et classique. Par contre, dès la fin du vii^ siècle, la lang-ue tend à déchoir et perd de sa concision élég-ante, de sa force. La phrase est plus diffuse et plus incolore. Tels prophètes voisins de l'exil n'ont plus le ton lyrique et soutenu de leurs devanciers, et leurs oracles sont rendus dans un style qui se rapproche d'une prose assez terne. Il est néanmoins des écrivains — comme Nahum, Habacuc — qui, à la même époque, parlaient encore un hébreu très châtié; ce qui permet de supposer que, pendant les cinquante dernières années qui précédèrent la prise de Jérusalem (687-587), une langue populaire moins savante et moins pure commençait à s'introduire en Palestine, à côté de l'ancien hébreu littéraire de Moïse, de Salomon et d'Isaïe.
brerb'iifikiuf dans ^- — ^^ sccondc péHode commence à l'exil ; on peut Tapla 2' période. pelcr l'époquc de la décadence. C'est l'araméen qui, en s'infiltrant dans le vocabulaire des Juifs, contribua surfout à la décomposition de leur langue. De vrai, l'araméen était parlé beaucoup autour du pays de Ghanaan ; il prit même droit de cité en Israël, quand des colons assyriens vinrent occuper les territoires des tribus captives; enfin, il devint tout à fait répandu, lorsque la domination perse et la domination syrienne furent prépondérantes en Palestine.
L'hébreu depuis 9. — On nc s'étouuera donc point que les Juifs restés en
exil jusqu'à J.-C. n a ' i • i / i »i
Palestine, et môles aux colons étrangers, aient parle un hébreu déjà fortement aramaïsé. Il en fut de même pour les Juifs déportés sur les rives de l'Euphrate.
Cependant les enfants d Israël n'abandonnèrent point entièrement leur langue nationale pendant la captivité. Ceux qui revinrent de Babylone savaient encore l'hébreu pour la plupart, et pouvaient le parler. Néhémie (cf. // Esd7\^ xiii, 24-25) s'efforça de le maintenir en honneur parmi le peuple, et l'on admet assez communément que les derniers prophètes, Aggée, Zacharie, Malachie, prononcèrent leurs oracles dans l'idiome où ils les ont rédigés (i). Toutefois ces tentatives de réaction n'empêchèrent point l'araméen de supplanter définitivement riiébreu, comme langue vulgaire.
Quand ihébrcu ^^^ "c croit pas quc la transition se soit faite avant le temps
cessa d'èlrc la langue vulgaire.
(i) On cite à lorL le passage de // Esdr., vin, 7-8, en faveur du senlimeut contraire.
L'HÉBREU SUPPLANTÉ PAR t/ARAMÉEN 209
des Macliabées. — Ce qui est sûr, c'est que l'ancien hébreu resta l'idiome littéraire, liturgique, officiel, sauf à être plus ou moins altéré par des aramaïsmes (i).
A l'époque du Sauveur, les Palestiniens parlaient Taraméen appelé aussi syro-chaldaïque (2).
(i) Voir quelques exemples dans Renan, op. cit., pp. i54-i55,
(2) Cf. de Rossi, Delta lingua... dl Cristo e degli Ebrei.., dà tempi de Maccalel; Vigouroux, le Noitv. Test, et les découvertes moderneSj pp. 9-5o.
LEÇONS d'introduction — ll\
LEÇON TROISIÈME
L'écriture hébraïque.
Opinions diverses sur les origines de l'écriture hébraïque. — L'écriture connue sous Moïse et avant Moïse chez les Hébreux. — Forme de l'écriture primitive des enfants d'Israël. — Opinions diverses sur I ori"-inc de l'alphabet hébrcophénicien. — Sa dépendance de l'alphabet égyptien. — Les variations de 1 écriture hébraïque. — L'écriture hébraïque carrée. — Les conditions matérielles de l'écriture chez les Hébreux.
sur ^ieTorigiI7e?^de ^- — ^^ ^^t asscz difficile dc préciser l'époque à laquelle les lécniure hébraïque. Hébrcux se Servirent pour la première fois de caractères graphiques ; la Bible nous renseigne peu là-dessus. Aussi bien les critiques modernes sont-ils divisés à cet égard.
Quelques uns estiment que les Israélites ne savaient point écrire avant leur séjour en Egypte (i). Ce sentiment nous paraît peu probable; — d'autres, — ce sont surtout les rationalistes (2), — vont jusqu'à prétendre que Moïse ignorait l'écriture, et d'après eux cet art n'aurait été connu des Hébreux qu'à l'époque des Juges, — plusieurs descendent même jusqu'à David et Salomon (3). Nous ne sommes point de cet avis.
L'écriture connue nu temps de Moïse chez les Hébreux.
2. — Les Hébreux connurent et employèrent l'écriture DÈS le temps de Moïse.
Maints passages des quatre derniers livres du Pentateuque l'attestent.
Preuves prises du 3. — i) Daus VExode, xviii, i4, uous lisous quc Moïse euque. reçut du ciel l'ordre de garder pœr écrit le souvenir de la bataille d'Amalec; — plus loin, xxiv, 4? 1-, qu'il mit/?ar écy^it les paroles de Jéhovah, qu'il rédigea le livide de l'alliance; — ailleurs, xxxiv, 28, qu'il écrivit la loi sur de nouvelles tables de pierre, après que les premières gravées par Dieu lui-même . eurent été brisées. (Comparez Nombres, xvii, 17-18; xxxiii,
(i) Loisy, ojD. cit., pp, 77, 78; Renan, op. cit., p. 118; Le Savoureux, Etudes historiques et Cxégétiques sur l'Ane. Test., p. i/j.
(3) Gescnius, de Wette, Hartmann, etc.
(3) Von Dohleii Valke, etc. — Voir aussi Renan, Histoire du peuple d'Israël, t. I cl IL passim.