CARACTERES GÉNÉRAUX ET PARTICULIERS DE L'HÉBREU
6) Absence de flexions casiielles
7) Simplicité de la svntaxe.
lue de Taction elle-même, qu'il considère soit comme accomplie déjà, soit comme non accomplie encore; de là deux temps seulement : le parfait et V aoriste ou imparfait (i).
G) Le nom n'a point de flexions casuelles (nominatif, génitif, accusatif); les cas sont indiqués par des particules, ou par la place du mot dans la phrase.
7) En hébreu, la syntaxe est d'une extrême simplicité; point de ces inversions, point de ces phrases subordonnées les unes aux autres, point de ces longs enroulements de la période comme parle Cicéron, qui distinguent nos langues classiques. L'hébreu juxtapose les idées, et se contente de les réunir par la copule et (i), qui tient heu de presque toutes les autres conjonctions. 8) L'immutabilité. 8) Enfiu, l'hébrcu se fait remarquer par sa fixité et son immutabilité. Pendant de longs siècles, cette langue est restée la même. « Elle n'a pas végété, dit Renan, elle n'a pas vécu; elle a duré ».
Caractères particuliers de l'hébreu.
1) L'hébreu tient le milieu entre l'araméen et l'arabe.
2) L'hébreu riche en synonymes.
7. — Toutefois, au miHeu des langues sémitiques, Thébreu garde ses traits distinctifs, sa physionomie particulière.
i) Comparé à Taraméen qui est pauvre, sans harmonie, lourd dans ses constructions, dénué d'aptitude pour la poésie, et à l'arabe, qui est extraordinairement riche en voyelles et en formes, l'hébreu paraît tenir le milieu entre l'un et l'autre. Moins flexible que l'arabe, il est plus limpide et plus élégant que l'araméen ; il se rapproche de celui-ci par la simplicité, et de celui-là par le ton et la grâce du coloris.
2) Ce qui caractérise encore l'idiome hébraïque, c'est l'abondance des synonymes qu'il possède pour désigner les choses de l'ordre religieux ou moral, et les choses de la nature. Qu'on hse par exemple les 176 versets du psaume 118% on verra que chacun renferme l'expression toujours diversifiée de la loi de Dieu. Les critiques comptent dans la langue sainte au moins 1 4 termes différents pour exprimer la confiance en Jéhovah; 9 pour exprimer le pardon des péchés; 26 pour V observation de la loi, etc. (2). Également nombreux sont les synonymes pour dénommer les objets et les phénomènes naturels (3). Le lion porte 7 noms différents suivant ses différents âges; plus de 20 expressions rendent l'idée de hauteur, de montagne; i5 celle de désert; i3 celle de voyager, de
(O Cf. Preiswcrk, Grammaire hébraïque, pp. 65-6(3, éd. [^\
(2) Cf. Gesenius, Gesch. der liehr. Spr., | 14.
{3} Voir Herder, Histoire de la poésie des Hébreux, leç. l'-e.
2o4 LEÇONS D'INTRODUCTION GÉNÉRALE
marcher; 19 qualifient les diverses sortes d'épines; i4 les divers genres de filets; plus de 12 les différentes espèces de pluies (1). — A cette richesse du vocabulaire hébraïque on devine bien que les enfants d'Israël furent un peuple éminemment religieux, un peuple de pasteurs, habitant des pays de pâturages, des régions montagneuses très arrosées. ;^) Lhéhreu pau- 3) Par contre, le dictionnaire hébraïque ne renferme point
vie en expressions j, . ,.| ,. - ,-n ui.
abbiraites. Q cxprcssious philosophiques ou scientinques; 1 abstraction ne
paraît pas avoir été jamais dans le goût des Sémites (2). Il est relativement pauvre aussi en termes usuels; ce qui ne surprendra personne, car TAncien Testament, le seul monument littéraire qui nous reste de l'idiome d'Israël, est avant tout une œuvre religieuse.
(1) Cf. Renan, op. cit., p. i3g. — L'arabe est bien plus riche encore que l'hébreu. ( 0 Cf. Munk, Palestine, pp. 4^3 et suiv.
LEÇON DEUXIÈME Histoire de la langue hébraïque.
I.cs origines de l'hébreu. — Son ancienneté. — Sa parenté avec les idiomes de Chanaan. — Territoire de la langue hébraïque. — Les deux périodes principales de l'histoire de l'hébreu. — Les caractères de l'hébreu depuis Moïse jusqu'à l'exil. — Les caractères de l'hébreu après l'exil jusqu'à notre ère.
Lhébreu n'est pas ^ — On a CFU lon^^temps que riiébreu avait été la première
la première langue OIT! , i
de ihumaniié, laiig-ue dc l'humanité, — celle dont Adam et Eve se servaient sous les ombrag-es de TÉden (i). Ce sentiment n'est plus guère admis aujourd'hui. Dès le iv^ siècle, beaucoup étaient d'un avis contraire, saint Grégoire de Nysse entre autres (2).
dlJTnlTan'' î^im'il 2. — L'hébrcu n'est même, pas parmi les langues sémiti- ''i""- ques,la plus ancienne, quoi qu'en ait pensé Richard Simon (3).
Les. philologues modernes attribueraient ce caractère de priorité plutôt à l'arabe (4), ou à l'assyrien (5). Ce qui paraît sûr, c'est qu'il n'y a point, à parler rigoureusement, entre les idiomes sémitiques connus de filiation directe. L'araméen ne dérive pas de l'hébreu, de l'assyrien ou de l'arabe. Ces langues, remarque Renan, se sont produites parallèlement et non comme les anneaux d'une même chaîne; elles sont sœurs et non filles les unes des autres (6).
Il s'ensuit que toutes représentent et conservent — plus ou moins parfaitement — le type de langage qu'on est convenu d'appeler sémitique,
ham 'a"4rrenfée''à 3. — Cc qui paraît certaiu encore, c'est que la langue parceiie de Chanaan. j^^ ^^^ Abraham, lorsqu'il émigra au pays de Chanaan (2000
(i) Telle fut l'opinion de plusieurs rabbins et de quelques Pères de l'ÉçIise. Cf. Saint Augustin, De civit. Dei, xvi, ii ; xvni, 89; saint Jean Chrysostome, In Gènes. homil.,xxx, 4; etc.— Des modernes sont aussi de ce sentiment. Cf. Danko, IHst. révélât, div., t. I, p. 4^-
(2) Cont. Euîiom, XIL — Sur l'hypothèse d'une langue sémitique, mère et prototype de tous les dialectes sémitiques connus, voir Renan, op. cit., pp. gS-ioo; Vigoufoux, la Bible et les découve7'fes mod., t. L, pp. 351-359.
(3) Histoire du V. T., p. 89, Rotterdam, i685.
(4) Schrader, Zeitschrift d. deutschen morgenl. Gesellschaft., t. XXVII; Baumgartner, op. cit., p. 53.
(5) Delilzsch, The heh. language vieioed in the light of assyr. research.
(6) Op. cit., p. 93.
2o6 LEÇONS D'INTRODUCTION GÉNÉRALE
ans au moins avant J.-C.) ne différait point substantiellement de celle dont se servaient les tribus chananéennes (i) ; car on ne voit pas que le patriarche ait jamais éprouvé de la difficulté pour se faire comprendre d'elles (2). Or, la lang-ue d'Abraham était l'assyrien (3). Cet idiome, arrivé à sa période flexionnelle quand Abraham descendit en Palestine, subit, au contact des Ghananéens et des Phéniciens, quelques légères modifications; on explique par là les différences qui existent entre l'hébreu biblique et l'assyro-babylonien des cunéiformes (4). H reste donc vrai que la langue du pays de l'Euphrate, celle des peuplades chananéennes et celle de l'Ancien Testament, n'étaient point trois langues isolées et distinctes, mais plutôt un seul et même idiome présentant, suivant les régions, trois formes ou variétés dialectales.
Telles sont, d'après les données actuelles de la linguistique, les origines^'probables de l'hébreu.
Où l'hébreu fut
modifia.
pnniiiivemeîrt paï- ^- — ^r, c'cst cu Chaldéc, daus le Sennaar — non loin du golfe Persique et de l'embouchure de l'Euphrate (5), — que l'hébreu et les idiomes sémitiques en général furent primitivement parlés (6). Des monuments, qui remontent à près de 4,000 ans avant Jésus-Christ (7), nous montrent l'assyrien — celui des dialectes sémitiques qui est apparenté le plus près à riiébreu, — comme entièrement constitué. Importé en Chanaan
Comment l'hébreu se psn" Abraham, — 28 sièclcs avant notre ère, — Passyro-babylonien se modifia au contact de l'idiome phénicien, et devint \ liébreUy c'est-à-dire la langue des émigrés venus d'au-delà. Cette forme dialectale du type sémitique fut fixée de très bonne heure, et il ne paraît pas que le séjour des Hébreux en Egypte ait exercé^ sur elle une sensible influence (8).
(i) Sur les (lifféronccs dialectales entre l'assyrien el le phénicien, voir Sayce, An Ass^yrian Grammar for comparative ■purposes, p. 7. "
(2) Les Ghananéens étaient d'origine chamite (cf. Gen.^ x, 5, G). Comment expliquer qu'ils parlaient un idiome sémitique? Voir là-dessus Schradcr, Die Heiligschriflen iind (las Allé l'esl.iWobiou, la Chaldée et l'Assyrie, dans la Bévue des questions hist.^ t. X, pp. 356-357 ; Vii^ouroux, la Bible el les découvertes, t. 1, pp. 420-424: les Livres saints et la critique, t. III, p. 507, éd. 3.
(3) Voir les preuves dans Vigouroux, la Bible, etc., t. I, pp. 4o2-43o.
(4) Cf. Sayce, op. cil , p. 6.
(5) Cf. Hiess, Dibel- Atlas. Bl. v.
(6) Les Sémites, après le déluge, habitèrent d'abord l'Arménie. A une époque que l'histoire ne précise pas, ils descendirent dans les plaines de la Chaldée, où ils se rencontrèrent avec les Chamites. Un des fils de Sem, Assur, se fixa dans le pays situé entre l'Euphrate el le Tiirro; on désigne celte région sous le nom d'Assyrie proprement dite. — Au moment de la confusion des langues," les descendants de Sem se trouvaient dans la terre d(> Sennaar (cf. Gen., xi, rî).
(7) Nous voulons parler des inscriptions de Sargon d'.Vnailé, — 3. 800 ans environ avant J.-C.
(S) Wares sont les termes empruntes par l'hcbreu au vocabulaire égyptien. Cf. Trochon, op. cit.,