DUT PAS ETRE INGONNU DES HÉBREUX
Dans la terre de 5. — Il paraît Certain^ en effet, que parmi les Hébreux habitant la terre de Gessen plusieurs savaient écrire, h' Exode (i,
II ; v,6, 10, i^^ ^diYlQ des schoterlm {U'>^'^^3r^\[2)j on scribes, qui, sur l'ordre des Pharaons, devaient présider aux travaux de leurs compatriotes israélites, et noter par écrit leur présence, la quantité des matériaux employés, la besogne accomplie, etc.
Avant même la captivité d'Éçrypte, nous croyons que les
Dès le temps d'A- ,. . ^ ©J r . ' J l
braham et des pa- Hcbieux u ignoraiciit Das l'art d'écrire. Abraham ne venait-il
triaiches, ses fils. ,, , . .
pas d un pays où récriture était en usage depuis de longs siècles ? En Ghanaan où il arrivait, l'écriture était également répandue. Gomment donc le patriarche et ses descendants, Jacob et Ses fils, mêlés si intimement aux Ghananéens et aux Phéniciens (3), n'auraient-ils point été initiés à l'écriture de ces peuples? Les relations commerciales qu'ils avaient avec eux (4) l'exigeaient en quelque sorte, car les marchands de Tyr et de Sidon employaient l'écriture pour tenir leurs livres de compte. N'est-il pas vraisemblable dès lors que les Abrahamides durent les imiter? Aussi quelques critiques modernes ne font point difficulté de reconnaître, que « les Hébreux ont écrit de très bonne heure, peut-être même dès l'origine. Ge qui justifie le nom de peuple du livre, que l'antiquité a donné au peuple juif); (5).
(1). Cf. Viçouroux, la Bible et les découvertes mod., t. II, p. BSg.
(2) La racine de ce nom signifie « écrire ». L'arabe cL l'assyrien confirment cette signification. Cf. GtiGniM'i, Thésaurus, t. III, pp. 1895-1 896.
(3) Cf. Gen.i xlix, 18.
(4) Cf. Gen., xliii, ii, 12; xx, ^^\ xxiii, 16 ; xxxiii, 19.
(5) Cf. Ph. Berger, Histoire de l'écriture dam Vantiquilé, p. i38; art. Écriture dans l'Encyclop» de LiclUenberger, p. 240; Trochon, Introduction, t. I, pp. 257-258.
Forme probable l'écriliire hébraïque primitive.
Les plus <anciens monumentsd'cpigraphie hébraïque.
6. — Nous ne savons pas au juste quelle était la forme de l'écriture primitive des Hébreux.
Il est très probable qu'Abraham, à son arrivée dans la Terre promise, adopta l'écriture phénicienne, beaucoup plus simple que celle de la Chaldée, beaucoup plus apte surtout à rendre les articulations propres à sa lang-ue : mais le fait de cette substitution, si vraisemblable soit-il, n'est pas démontré (i). Ce qui paraît sûr, néanmoins, c'est que Moïse se servit des caractères phéniciens pour la rédaction du Pentateurjue; les écrivains bibliques jusqu'à la captivité firent de même.
Or, les plus anciens monuments d'épigraphie hébraïque sont les inscriptions de la stèle de Mésa et de l'aqueduc de Siloé(2). Elles remontent celle-ci au vni*^ et celle-là au ix^ siècle av. Jésus-Christ. Tous les caractères que nous y découvrons sont analogues à ceux de l'alphabet phénicien archaïque (3). On peut donc se rendre compte par là de ce qu'était la forme graphique de l'ancien hébreu depuis Moïse jusqu'à l'exil.
Opinions diverses 7. — Deux opiuious out cours parmi les érudits modernes
sur rorif,Mne de l'ai- "^ . . 111 i m » 1 » • •
phabet hébréo-phé- pour cxpliqucr l'origine de cet alphabet hébréo-phénicien (4). — L'une, défendue par l'allemand Deecke (5), rattache l'écriture phénicienne à l'écriture cunéiforme^ soit chaldéenne, soit assyrienne. Ce sentiment est loin d'être communément adopté (6). — L'autre opinion, qui est la plus suivie de nos jours, fait dériver l'antique écriture phénicienne de l'écriture égyptienne (7). En réalité, la parenté des deux écritures ne peut guère être contestée (8). Mais les orientalistes ne s'entendent pas absolument pour expliquer comment la première dépend de la seconde.
(i) Il est certain au moins que l'écriture phénicienne est antérieure au siècle de Moïse. Cf. Vigoureux, /)ic^^o?^'t. de Zrt i?/^/e, 1. 1, col. 4i4-Ai5. ,^ A A • ■ r
(2) Cf Berffer, op. cit., pp. 190, 19^. — l our la comparaison des caractères des deux inscriptions, voir Preis%verk, Gramm. hébraïque, p. xiv.
(3) Cf. Ph. Berger, o/>. Ci7.,pp. i:î2-i27. •» x „- -, , ., •• 1 • w lli) On ne soutient plus aujourd hui 1 ancienne thèse qui donnait à I écriture hébraïque la priorité
sur l'écriture phénicienne, et sur toutes les écritures de l'Orient en général.
(f)) Der Vi'spninq des altsemUiscItcn Alphabets, etc,
(G) Tout récemment on a émis l'idée (pie l'alphabet phénicien pourrait bien aA'oir pour prototN^io récriture cypriote, dérivée elle-même des hiéroglyphes hittites, (cf. Berger, op. cit., pp. 84-89). Cette opinion n'est i)Our le moment (pi'une simple hyj.othcse. ,,,,-.•
(7) Parmi tous les systèmes d'écriture connus, aucun ne se rapproche plus du phénicien archaïque aue le système égyptien. Au reste, les relations incessantes qui existèrent de tout temps entre l'Egypte et la Phénicie (cf. Maspero, Histoire anc. despeuples de iOrientj pp. iGi et suiv.; \ip., etc., éd. 4*.) suffîraientpresque à jnstiner notre assertion. ...... ^ , .. ,
^8) On ne doit pas" chercher cependant une entière similitude de lorme entre tous les caractères graphiques des Phéniciens, tels que nous les coiuiai.ssons parles inscriptions, et ceux des Egyptiens; pour plusieurs le rapprochement n'est pas évident (cf. Berger, op. cit., p. 118V Mais il faut remar- (luer avec Ph Berger {op. cit., pp. n8, 119), que l'alpliahel iihcmcien est un alphabet ejugraphique, tandis (lue les formes correspondantes de l'écriture égyptienne ont elé tracées au /calum sur papyrus. Pour trouver l'équivalent exact des formes phéniciennes, dit Maspéro, il faudrait prendre des gra;-
ORIGINb: DE L'ALPHABET IIÉBIIÉO-PIIÉNICIEN 2i3
bet'hX^A'héS^^^^^ 8- — D'après M. de Roii-é (i) et la plupart des égyptolorhaberégypticn!^'" S'^GS récents (2), Ics Pliéiiiciens auraient emprunté les formes de leurs 22 lettres à l'écriture cursive, c'est-à-dire à l'ancienne écriture hiératique, et leur alphabet aurait été complet du preopmious diverses, ^j^^, ^^^^ (3).— D'après M. Halévy (4) et quelques critiques (5), l'emprunt a été fait directement aux hiéroglyphes (6), mais il n'a porté que sur douze ou treize lettres seulement; les autres lettres dériveraient de ces dernières modifiées à l'aide de traits différentiels (7).
invemeulï"dèTai. 9- — Q^oi qu'il cu soit (8), ce sont les Phéniciens qui inphabet propiemeat ^gi^t^rent l'alphabct proprement dit (9), et leur écriture de-
fili égyptiens, c'est-à-dire des inscriptions cursives tracées à la pointe; le parallélisme serait beaucoup plus saisissant.
(i) Mémoire sur Vorigine égyptienne de l'alphabet phénicien.
(2 ) Brugsch, Ebers, Maspéro, etc.
(3) Voir le tableau des deux alphabets comparés dans M. de Rougé, Mémoire sur la propagation de t'alph., pi. l. Trochon '{op. cit., t. I, p. 257) et Maspéro {lue. cit., p. 745) l'ont reproduit.
(4) Mélanges d'épigraphie sémitique, pp. 168 et suiy.
(5) Ph. Berger [op. cit., pp. 1 19-120) paraît être de cet avis.
(6 On distingue trois formes d'écriture égyptienne : V hiéroglyphique, l'hiératique et la démotique. — La première, sorte de pictographie, est la représentation des objets par leur image dessinée (un disque représentait le soleil), ou par un symbole convenu les désignant ^un disque représentait encore le four solaire par métonymie). — L'écriture hiéroglyphique ne s'employait guère que sur les monuments publics ou privés, et s'écrivait indifféremment de gauche à droite ou de droite à gauche. — L'écriture hiératique ou sacrée est une altération cursive de la précédente. Pour accélérer la rapi-
touj( gauche; suivant la loi des écritures cursives, elle alla s'altérant de plus en plus. — L'écriture c/e'moiique ou populaire est dérivée de l'hiératique, dont elle n'est qu'une forme très simplifiée par suite de la réduction des signes et de l'abréviation de leur tracé graphique. On croit qu'elle prit naissance entre la xxi^ et laxxv® dynastie sous l'influence de nécessités commerciales.
Voir sur cette question Maspéro, les Écritures du monde oriental, Appendice à son Histoire anc. des peuples de l Orient, pp. 728-744; Ph. Berger, op. cit., pp. 90-104.
(7) Gf.Ph. Berger,, op. cit., pp. 119-120; Loisy, 0;;. cit., pp. 70-71.
(8) Dans l'état actuel de nos connaissances linguistiques, nous ne pouvons guère décider laquelle des deux thèses de M. de Rougé ou de M. Halévy doit être préférée. Néanmoins il semble que l'antique alphabet phénicien— au moins pour plusieurs lettres — présente une ressemblance plus saisissante avec l'écriture hiératique qu'avec les hiéroglyphes; le parallélisme, quoi qu'en ait dit Welhausen, n'est point un « trompe-l'œil ». Mais il est vrai aussi que certaines lettres ([eheth,par exemple, et le hé, le tsadé et le zaïn, le dalelh et le resch, Vaïn et le qof, Vaïn et le shav), sont tellement similaires qu'elles paraissent dériver l'une de l'autre. En tout cas, nous croyons que l'alphabet phénicien archaïque n'a point dû être emprunté de toutes pièces et d'un seul coup à l'égyptien.
(9) L'antiquité (cf. L\xca.m,Pharsale, ni, 220-221) leur a toujours fait l'honneur de cette invention. Peuple marchand et voyageur, les Phéniciens répandirent partout leur système graphique qui devint le type de l'alpliabet grec et de nos alphabets modernes.
De ce que les Phéniciens ont créé l'alphabet proprement dit, il ne faudrait pas conclure que l'alphabétisme fût absolument inconnu avant eux. Il est prouvé que les Égyptiens distinguèrent l'articulation de la voix, les consonnes des voyelles, et qu'ils possédèrent de véritables lettres. C'étaient toujours les hiéroglyphes, auxquels fut donnée une valeur phonétique constante, — la valeur de la première lettre des objets représentés; ainsi, l'hiéroglyphe du bon a la valeur /, parce que le nom de cet animal, en égyptien, commence par cette articulation. Toutefois, les Égyptiens ne perfectionnèrent point leur système.
Rappelons à cette occasion que l'histoire de l'écriture dans l'antiquité se partage en deux périodes- Videographisme et le phonéfisme. L'idéographisme fou l'hiéroglyphisme) est la peinture des idées, le phonetisme est la peinture des 50ns.— Or, on représenta les idées de deux manières : directement on symboliquement. Directement par la figure des objets eux-mêmes : la lune par un croma?z^. Symboliquement par une figure de convention exprimant d'ordinaire une ou plusieurs idées abstraites. Nombreux sont les procédés qu'on employait pour tirer les symboles des images des choses. Tantôt on les formait en prenant la partie pour le tout : la tête de bœuf pour exprimer l'idée du bœuf; , tantôt en prenant la cause pour l'effet : le disque du soleil pour l'idée de jour; tantôt par métaphore :
Les variations de l'écriture hébraïque.
L'écriture hébraïque carrée.
Opinion des anciens sur l'origine de celle écriture.
vint celle des Hébreux depuis Moïse (et avant Moïse même) jusqu'à la captivité.
10. — Pendant la période postérieure à l'exil, et qui se termine à Jésus-Christ, l'antique écriture hébréo-phénicienne subit de notables chang-ements. Elle se transforma peu à peu en cette écriture qu'on a appelée depuis carrée, ou assyrienne^ — épithètes dont Tune se rapporte au dessin général de ses caractères, et l'autre à son origine.
Les traditions juives, Origène, saint Jérôme, etc., attribuent cette transformation de l'écriture hébraïque à Esdras, qui aurait rapporté de Babylone l'alphabet carré ou araméen. Ce sentiment n'est plus admis de nos jours. Il est prouvé que le changement dont nous parlons ne s'opéra point tout d'un coup, mais successivement et presque insensiblement.
Voici comment on explique ce fait.
11. — Après la captivité de Babylone, la vieille langue héiransforniatiôn de Kj-aïaue subit l'influcnce toujours ^grandissante de la lan^^ue
1 écriture hébraïque ^'^ ^ .) o ^ o ^
en écriture carrée, aramécnuc (i); or^, la même influence s'exerça aussi sur l'écriture. L'alphabet hébreu carré n'est donc que le développement naturel de l'alphabet araméen de l'époque perse.
Avec les documents épigraphiques que nous possédons, il est facile de suivre ces modifications graduelles des caractères araméens (2), qui se produisirent à peu près parallèlement
un têtard de crenoiiillc pour exprimer des centaines de mille; tantôt enfin par cni^-me : la plume d'aulruclie Dour rendre l'idée de justice ; on sait, en effet, que les plumes de cet animal sont égales (c'f Berffcr o« cit , pp. O-^-qG)- Les idéogrammes constituèrent le fonds primitif de l'écriture égyptienne (ainsi fmedei'ccriture assyro-chaldéenne}.Mais cette manière d'écrire était fort compliquée eûrès n •. " /-x* 1.» „„^;r. rriionv Ail hniit H'iin pprlain temns. du reste, les idéoerainmes « éveillè-
Comment les modernes expliquent la
le mot ouïes mois ae cenc lu^o, ,,«i ...... -.... ^ ~^.~^ ^ - — ^--^ •-- ----- -.-..-. - ...^
titua donc au sens purement figuralil des signes une valeur phonétique représentant d une manière fixe el en dehors du sens idéographique proprement dit, une prononciation, un son déterminé. Le plionélisme commen(;a par le rébus, mais bientôt il devint syllabique, pour aboutir définitivement à la
forme alphabétvjue. , . , x- i i" •. • ^ - a - i.-j.
Le srillahisme (Uii marque la seconde évolution de 1 écriture, consiste a donner a 1 idéogramme comme valeur ])hoaétique invariable, le son de la première syllabe du mot dont il avait primitiveat représente ridée. Ainsi, en cunéiforme par exemple, l'idéogramn
ment représente
SI eu uuutiiijiiiii. l'ai ..-v,..w,..v, . ..^^v.^.amme du ciel ou du dieu du ciel, anu devint un caractère syll'abique pour rendre le son an. el l'ou s'en servit pour écrire celte articulation phonétique, lors même ([u'il ne s'agissait point d'exprimer l'idée de ciel. Le syllabisme est donc sorti de l'idéographisme.
lonc sorti de I uieograpnih.uc. . ^ ,, , . r i i • , i i, •
\ son tour ralphal)élisme naquit du syllabisme, car au heu de donner au signe la valeur phonciaue d'une yllabe entière, on se contenta de lui atlribuer le son de rarticulalion initiale. Par exem- ,1e en én-vpVien l'idéogramme de Vaiqlc devint le signe nlphabçlique « a », parce que « aigle « se disait ahom, mot qui commence par l'arliculalioa a. L'alphabetisme est le dernier terme de l'évolution de l'écriture, . , ,.„ ,, > , • . i n i • i t=. ••
1 es Assvriens (lui se servaient des cunéiformes, ne dépassèrent point le syllabisme; les Egyptiens décomposèrent là syllabe et conc^-urent un alphabet (pi'ils ne surent pourtant point déga-er entièrement des formes idéographlipies el syllabiques. Seuls les Phéniciens arrivèrent jusqu'à la perfection et à la simplicité de l'alphabetisme pur. (i) Voir plus haut, p. 208.
(2) Lire à ce sujet les intéressantes observations dePh. Berger, op. cit., pp. 218-220.
TRANSFORMATION DE LA VIEILLK ECRITURE HÉBRAÏQUE 2i5
dans l'écriture hébraïque; de telle sorte qu'au t^"" siècle (av. J.- G,) sinon dès le ii% les Juifs avaient substitué — pour la plupart des usag-es sacrés et profanes, — Fécriture carrée à l'antique écriture phénicienne (i).
cie^nfe'nrdfspmrt 12. — Cette dcmièrc écriture ne disparut point toutefois feïiiébmu?'''''^''' entièrement. La numismatique juive l'atteste. A l'époque des Machabées, alors que l'hébreu carré était devenu déjà d'un usage g"énéral, les monnaies frappées par Simon et ses successeurs, portent des légendes en caractères phéniciens archaïques. La même écriture se retrouve sur les monnaies de Barcochba, dont la révolte amena la ruine définitive du judaïsme en l'an i34 (ap. J.-C). On croit même que, dans la transcription des livres saintsavant Jésus-Christ, l'écriture araméenne n'était pas universellement employée. « L'étude des LXX, remarque Loisj, laisse voir que les anciens traducteurs grecs ont eu sous les yeux, au moins pour certains livres, des manuscrits qui étaient rédigés dans une écriture plus voisine de l'ancien alphabet que de l'alphabet araméen » (2).
Remarque. G'cst précisément cet usage simultané et parallèle des deux
écritures, qui caractérise la période s'étendant depuis l'exil jusqu'à notre ère. Après Jésus -Christ, l'écriture carrée régna à peu près exclusivement.
Dans quel sens 13- — Ou voit maintenant dans quel sens on peut faire
Esdras est l'auteur . %ni ii <• • \ i-, '
deiatiansforniation nouncur a JLsdras dc la transformation de lécriture hébraïque.
de l'écriture hébraï- t~» • w^ -i • m ^r. i
que. — Four justiher cette attribution, il suffît de rappeler qu'Es-
dras résume et personnifie dans l'histoire juive toutes les traditions relatives au retour de l'exil. — Il se peut, du reste, qu'Esdras, sans vouloir innover, ni exclure l'ancien alphabet, ait employé, le premier à Jérusalem, la forme d'écriture araméenne usitée de son temps enBabylonie; ainsi, son exemple et l'influence de son école auront autorisé la substitution des caractères araméens aux caractères de l'hébreu archaïque. Ce n'est là qu'une hypothèse, mais elle est très admissible.
Sur quoi ^i corn- 14. — Lcs Hébreux écrivirent leurs œuvres littéraires sur
Tendaient. ^''^'''''' ^cs papyrus, ct sur des peaux préparées à cet effet (pergamè-
nes). Pour tracer les caractères, ils se servaient du kalam,
sorte de roseau taillé qui retenait une certaine quantité d'encre.
(i) Cf. de Wogué, Mélanges d'archéologie orientale, p, i66. (a) Op. cit., p. 94.
2i6 LEÇONS D'INTRODUCTION GÉNÉRALE
On roulait {volveré) ces bandes de papyrus ou de parchemin sur lesquelles on écrivait d'un seul côté ; de là le nom de rowleaii donné aux livres saints, et l'expression rouler^ déroule?^ un livre pour le fermer, et pour l'ouvrir (cf. Jer., xxxvi, 2, 4, 6; /5., xxxiv, 4; XXXVII, i4; Ezech.^ 11, 9; Apoc, vi, i4, etc.). — Les Hébreux surent écrire aussi sur des plaques de métal (Exod., xxviii, 36), et sur des tablettes de bois {Ezech., xxxvii, 16). Écrivirent-ils sur des briques d'argile, comme les Assyriens et les Chaldéens, nous l'ignorons; ce qui est certain, c'est qu'ils gravèrent des textes et des inscriptions commémoratives sur la pierre (cf. Exod., xxxi, 18; xxxiv, 28; Deut., xxvii, 8; Jos., viii, 82). Job (xix, 24) nous laisse entendre comment on s'y prenait: les caractères étaient gravés dans la pierre d'abord, puis l'on versait du plomb fondu dans les creux; ainsi le métal rendait les lettres plus visibles et les préservait des altérations de l'air.
LEÇON QUATRIÈME
Le texte hébreu biblique depuis les origines jusqu'à la fin du 11^ siècle de
l'ère chrétienne.
Six périodes principales dans l'histoire du texte hébreu. — Le texte hébreu depuis Moïse jusqu'à Esdras. — Les altérations du texte hébreu avant l'exil. — Caractère et portée de ces altérations. — Les remaniements du texte hébreu après l'exil, — Efforts des docteurs juifs pour fixer le texte biblique. — Les travaux d'Esdras, des sopherim. — La fixation définitive et l'uniformisation du texte hébreu au ii« siècle ; Akiba.
Les périodes principales de l'histoire du texte hébreu.
Objet de la leçon.
1 . — L'histoire du texte hébreu biblique peut être partagée en six périodes. La i''^ s'étend de Moïse à Esdras, soit du xv^ siècle au ve avant Jésus-Christ; — la 2® part de la fin du V® siècle avant Jésus-Christ, et se termine avec le 11® siècle de l'ère chrétienne; — la 3^ comprend les trois siècles qui suivirent, du iii^ auvi®; — la 4® s'étend depuis le vi^ siècle jusqu'au xii^; — la 5® embrasse tout le moyen âge jusqu'au XIX® siècle; — enfin la 6® est la période des temps modernes.
Nous n'étudions dans cette leçon que les deux premières périodes.
Le texte hébreu depuis Moïsejusqu'à Esdras.
Caractère des altérations qu'il subit.
2. — La première période — de Moïse à Esdras -— vit paraître la plupart des livres du Canon hébreu. Nul doute que pendant ce laps de temps (environ 1000 années) le texte sacré n'ait subi quelque altération.
Depuis son apparition jusqu'après l'exil, le texte hébreu
BIBLIQUE subit DES REMANIEMENTS, MAIS CES ALTERATIONS, TOUT ACCIDENTELLES, n'aTTEIGNAIENT POINT LA SUBSTANCE DES DOC- TRINES NI DES FAITS.
Absence de ren- 3. — Nous maiiquons de doiiuées positives pour bien
s eignements certains ^ ^ . .
touchant le texte hé- établir Qucl était l'état du texte hébreu biblique avant l'exil,
breu avant lexil. ■•• ^ ^ ,
Chacun sait que les autographes des écrivains sacrés ont depuis longtemps disparu (i); le texte original actuel n'est
(i) Personne ne connaît l'époque de cette disparition. On a longtemps cru que les autographes
avaiet " ' ' ' ' ' i t. i „ tvt i i . j r r>.„
Pendant la caJDtivité, les Juifs possédaient encore leurs livres saints (cf. Dan., ix, ii. Voir aussi Josèphe, Antiq., xi, cap. i, n. '^). Ce qui paraît probable, c'est que, au retour de l'exil, de nouveaux manuscrits remplacèrent les anciens devenus très difficiles à lire et qu'on détruisit.
Avant re.riZ.lc texte hébreu subit des altérations.
que la reproduction d'une recension palestinienne , qui paraît avoir été définitivement adoptée au second siècle par Técole d'Akiba (i); et encore les manuscrits les plus anciens de ce texte hébreu traditionnel — ou massorétique — ne remontent guère au delà du xi*' siècle (2).
Quoi qu'il en soit, nous ne pouvons pas nier que le texte hébreu ait subi des altérations matérielles pendant les siècles qui précédèrent Texil.
Objection.
Réponse.
Remarque.
1- preuve i^ — j\ ']N^'est-ce pas la loi de toute littérature manuscrite
prise de considéra- / r
tions générales. J'éprouvcr dcs accidcuts de transcription? Il est impossible que des copistes, soit par inadvertance, soit par ig-norance, soit par suite de l'état mauvais des manuscrits dont ils se servent et qu'ils reproduisent, ne tombent pas une fois ou l'autre dans des méprises et des fautes (3).
On objectera peut-être que l'Esprit-Saint veillait sur la transmission du texte sacré. — Nous répondrons que la providence de Dieu n'avait point à se montrer plus soigneuse des manuscrits hébreux que des manuscrits grecs de la nouvelle alHance. Or, dans ces derniers, les variantes se comptent par centaines.
5. — Nous remarquerons cependant que le texte biblique, surtout pour la partie du Pentateugue, subit moins de retouches et d'altérations avant l'exil qu'a/?rè5. Car a) les exemplaires des livres saints furent moins nombreux à cette époque reculée. — En outre, h) ces exemplaires furent copiés avec plus de fidélité et de succès. Les scribes à qui ce soin était confié connaissaient parfaitement la langue hébraïque, qui n'avait pas cessé alors d'être la langue parlée. — On sait, d'ailleurs, c) que le rouleau de la Lo^, œuvre de Moïse lui-même, était conservé dans l'arche (4). Combien de temps garda-t-on ce précieux manuscrit, nous l'ignorons; ce qui est sûr, c'est qu'au temps de Josaphat (vers 910 ou 9 11) l'exemplaire de la Loi — autographe ou copie — demeurait encore aux mains des lévites (5). Trois siècles plus tard, sous le règne de Josias (64 1-6 10), Helcias retrouvait dans le temple le rouleau sacré (6). Le peuple ne voulut point s'en séparer au moment du départ pour l'exil,
(À En i839 on a' découvert en Grimée des ma.i iscrits hébreux de l'Ancien Testament, dont le plus ancien remonte, croil-on, à l'annce 916 ap.J.-C. , . n ; /• 7
(3) Gela est surtout vrai pour la transcription de l hébreu (cl. louzard, art. De la cotiser uation au texte hébreu dans la Revue bibl., i8«j7, pp. 3/^, ss).
(4) Cf. Dent., XXXI, y, 26.
(5) Cf. II Par., xvii, 8, i3.
(6) Cf. IV Roi^, xxii, 8, i3.