XXI. L'hypermétrope de degré élevé, possédant une ampli
tude d'accommodation considérable, supérieure, en tous cas, au déficit de la réfraction statique, sera conduit : 1° par la synergie qui existe entre la convergence et l'accommodation; 2° par le besoin d'avoir de grandes images, si l'acuité est mauvaise, ce qui est fréquent en pareil cas, à placer les objets très près de l'œil et à travailler à la façon des myopes, mais toujours en mettant au point, ce qui suppose un effort considérable, d'où asthénopie à la fois accommodative et musculaire, si la vision binoculaire est encore possible.
Jamais ces sujets, même lorsque le rapprochement extrême rend la vision binoculaire impossible, n'arrivent à placer les objets en deçà du punctum proximuin, comme on serait tenté de le croire.
XXII. Dans l'hypermétropie absolue, soit que l'accommodation se trouve diminuée par l'effet de l'âge, soit que le déficit de la réfraction statique atteigne un chiffre élevé, le sujet, pour voir de près, le moins mal possible, est conduit à placer les objets au voisinage du foyer antérieur de l'œil, et l'accommodation n'exerçant plus alors qu'une faible influence sur la grandeur des plus petites images pouvant être distinguées les unes des autres, il en résulte que, si la vision est devenue monoculaire, l'hypermétrope ne se donne même pas la peine d'accommoder.
XXIII. Il n'en est pas de même dans la vision à distance; le sujet améliore notablement son acuité en compensant, le plus possible, son déficit de réfraction statique, par la mise en jeu de son amplitude d'accommodation.
F. Vision des myopes.
XXIV. Au-delà du punctum remotum, la dimension des plus petits objets pouvant être distingués les uns des autres, par un œil myope, doit être d'autant plus considérable que la distance est plus grande. Inversement, la distance doit être d'autant plus petite que les objets sont plus petits.
XXV. Pour les objets placés au-delà du punctum remotum, l'acuité du myope privé d'accommodation est d'autant plus mauvaise que la distance est plus grande, la pupille plus large et l'amétropie plus élevée. Toutes choses égales d'ailleurs, cette acuité est supérieure à celle de l'hypermétrope de même degré, privé d'accommodation.
XXVI. En deçà du punctum remotum, la dimension des plus petits objets pouvant être distingués les uns des autres, par un
œil myope privé d'accommodation, doit être d'autant plus considérable que ces objets se rapprochent davantage du foyer antérieur de l'œil.
XXVII. En pareil cas, l'acuité est d'autant plus mauvaise que la distance est moindre.
XXVIII. Il existe, pour chaque œil myope privé d'accommodation, deux points placés à égale distance du punctum remotum, l'un au delà, l'autre en deçà, pour lesquels un même objet présente le même degré de visibilité.
XXIX. Pour voir le mieux ou le moins mal possible, le myope privé d'accommodation doit placer les objets le plus près possible du punctum remotum, contrairement à ce qui a lieu pour l'hypermétrope, qui doit placer les objets au foyer antérieur.
XXX. Si l'acuité est mauvaise et le punctum remotum éloigné (myopie faible), le sujet ne gagnerait rien à travailler de près, dans le but de grandir les images, car l'accroissement proportionnellement plus rapide des cercles de diffusion rendrait la vision moins bonne encore. En pareil cas, des verres convexes sont nécessaires pour le travail de près.
XXXI. Le myope de degré faible, possédant une amplitude d'accommodation suffisante pour permettre le travail de près, à la distance habituelle de la vision distincte, se comporte à peu près comme un emmétrope.
XXX II. Si l'amplitude d'accommodation est peu élevée et la myopie comprise entre 2 et 5 dioptries, le sujet placera les objets au voisinage du punctum remotum. La convergence des axes optiques n'entraîne pas alors nécessairement un effort d'accommodation.
XXXIII. Si la myopie est élevée et l'accommodation puissante (enfants), la convergence des axes optiques sollicitera la mise en jeu de la réfraction dynamique, et le sujet placera les objets en deçà du punctum remotum. Il y sera conduit d'autant plus impérieusement que l'acuité sera moins bonne, et cela dans le but d'avoir de grandes images rétiniennes. Souvent alors, le rapprochement des objets est tel que la vision binoculaire devient impossible.
XXXIV. Cette exagération apparente de la myopie disparaît avec la perte du pouvoir d'accommodation. Ce fait, joint au rétrécissement de la pupille chez les vieillards (d'où moindre étendue des cercles de diffusion) et probablement aussi à certaines modifications séniles dans l'indice moyen de réfraction
du cristallin, a donné lieu à cette croyance que la myopie diminue avec le progrès des années.
XXXV. Chez les myopes de même degré, l'acuité à distance, sans verres correcteurs, dépend du diamètre de la pupille; elle est indépendante de l'acuité vraie, à moins que cette dernière ne soit très mauvaise et inférieure à celle qui résulterait de la perte du pouvoir d'accommodation dans un œil possédant, au fond, une acuité normale. Chez l'hypermétrope, au contraire, la mise en jeu instinctive du pouvoir d'accommodation, si faible que puisse être celui-ci, suffit à mettre en évidence les différences d'acuité qui peuvent exister d'un sujet à l'autre.
G. Aphakie.
XXXVï. A 6m de distance, la vision d'un œil emmétrope opéré de cataracte et non pourvu de lunettes, est environ cent cinquante fois plus mauvaise, toutes choses égales d'ailleurs, que celle du même œil en possession de son cristallin, mais entièrement privé d'accommodation.
XXXVII. L'écart diminue avec la distance, et, au voisinage du foyer antérieur, l'œil privé de cristallin peut arriver à voir des objets presque aussi petits que l'œil normal privé d'accommodation.
XXXIII. L'acuité avec correction, d'un œil opéré de cataracte, est à peu près sans influence sur la distance à laquelle le sujet peut compter les doigts, à moins d'ainblyopie prononcée ou d'insuccès opératoire. Cette distance dépend surtout du diamètre de la pupille : elle est d'autant plus grande que la pupille est plus étroite.
XXXIX. Toutes choses égales d'ailleurs, l'opéré de cataracte primitivement myope peut compter les doigts à une distance plus grande que celui qui était emmétrope; au contraire, l'œil hypermétrope ne peut les compter qu'à une distance moindre. Pour les degrés élevés d'amétropie, la différence est considérable.
H. Amétropie par anomalies du système réfringent.
XL. Les formules établies pour J'amétropic axile, et les conclusions auxquelles elles donnent lieu, s'appliquent, à peu de chose près, à l'amétropie qui résulte d'une anomalie du système réfringent, ou qui dépend à la fois de ces deux causes.