‹ Leçons d'ophthalmologieChapitre 5 sur 45 · X. Application à la médecine légale. Simulation · texte numérisé non relu

X. Application à la médecine légale. Simulation

Quelque vaste que paraisse ce programme, j'ai l'intention de le parcourir en deux ans. Ce temps suffira aux élèves laborieux pour qu'arrivés à la fin de leurs études, ils soient en état de se prononcer, avec connaissance de cause, sur la plupart des maladies des yeux et des anomalies fonctionnelles de l'appareil de la vision.

Entendons-nous bien. Je ne veux pas dire quechacunde vous pourra, au début de sa pratique, se poser en oculiste; telle n'est pas ma pensée. Le diagnostic de beaucoup de maladies ophtalmoscopiques, l'analyse parfois si complexe des paralysies musculaires, et par-dessus tout la recherche et le traitemenl de certaines anomalies de la réfraction, nécessiteront souvent le concours d'un spécialiste. D'un autre côté, la pratique si délicate de la chirurgie oculaire demande une main plus exercée que ne peut l'être celle

du médecin appelée de rares intervalles à pratiquer une opération. Mais je prétends qu'après avoir suivi régulièrement un cours d'ophtalmologie, nul ne pourra méconnaître, comme on le fait encore trop souvent, désaffections relativement fréquentes et dont la symptomatologie est auaujourd'hui bien connue. N'est-il pas déplorable de voir le glaucome donner lieuchaquejour à des méprises fâcheuses, et cela, non pas seulement dans les campagnes, mais aussi dans de grandes villes, si bien que, la plupart du temps, les spécialistes ne sont appelés à opérer le second œil que lorsque le malade a déjà perdu le premier ! Et l'asthénopie ? Vous ne sauriez vous imaginer, Messieurs, les interprétations incroyables auxquelles donne lieuchaquejour ce symptôme — car ce n'est qu'un symptôme, -- et à quels traitements héroïques : dérivatifs, vésicatoires, sangsues, que sais-je encore, sont soumis de malheureux amétropes, auxquels il ne manque que des lunettes convenablement choisies.

Les affections des voies lacrymales, elles, ne peuvent être méconnues, puisqu'elles sautent aux yeux, et vous savez quelles sont les tristes conséquences d'une fistule lacrymale, ou même simplement de l'oblitération prolongée des conduits éliminateurs des larmes ; pourtant rien n'est plus rare que de voir ces maladies faire l'objet d'un traitement tant soit peu efficace. Faute d'habitude, sans doute, bien peu de médecins se hasardent à pratiquer le cathétérisme ou l'injection des voies lacrymales : on essaie de quelques collyres, on n'arrive à rien, et les malades, découragés, prennent le parti de laisser aller les choses.

Il n'est pas jusqu'aux ophtalmies externes qui ne réclament une médication mieux en harmonie avec l'état de la science. Il ne suffit pas de savoir formuler des collyres réputés classiques; encore faut-il les appliquer à propos.

Or, je puis vous affirmer, qu'à cet égard, il est très désirable de voir s'introduire quelques réformes dans la pratique courante des petites maladies des yeux : témoin ces cautérisations que rien ne justifie la plupart du temps et l'emploi intempestif de collyres qui ne sont pas sans dangers.

Il y aurait injustice à rendre les spécialistes responsables de cet état de cboses. L'enseignement officiel des maladies des yeux vient à peine d'être créé en France, et l'on comprend très bien que les étudiants, laissés jusqu'ici à peu près sans direction en matière d'ophtalmologie, aient négligé une étude qui demande du temps, une attention soutenue, surtout quand il s'agit des maladies fonctionnelles de l'œil, et beaucoup de persévérance lorsqu'on veut arriver à quelque habileté dans le maniement de l'ophtalmoscope.

J'ai la conviction que cela changera, du moins tous mes efforts tendront vers ce but, et j'espère l'atteindre sans exiger de vous plus de temps que vous n'en pouvez raisonnablement consacrer à cette partie de la science.

Comment devrai-je m'y prendre pour vous faire parcourir en deux ans le cercle entier des connaissances ophtalmologiques, sans rien négliger des parties essentielles? Voici le plan auquel je me suis arrêté :

Pendant toute la durée de l'année scolaire, je ferai chaque semaine une leçon théorique dans cet amphithéâtre et une leçon clinique à l'hôpital Saint-André. Pendant toute l'année, également, il y aura, deux fois par semaine, à la salle de consultation de l'hôpital, des exercices d'ophtalmoscopie et d'optométrie, alternativement. Enfin, j'espère qu'avant peu un laboratoire d'ophtalmologie pourra être installé près des pavillons de dissection pour ceux d'entre

vous qui désireront s'exercer à la médecine opératoire et se livrer à des recherches d'histologie, d'anatomie pathologique, ou même d'optique physiologique.

Ce cours sera, dans sa plus grande partie, essentiellement pratique. Toutefois, je ne saurais me résoudre à ne jamais franchir le cercle un peu étroit des connaissances classiques, et je me propose de consacrer chaque année quelques leçons à vous exposer d'une façon complète certaines questions d'ophtalmologie : actualités, découvertes récentes, travaux personnels, si j'en ai à vous présenter, trouveront place tour à tour dans ces leçons spéciales.

Je prétends même que c'est un devoir pour moi d'en agir ainsi. En effet, dans l'enseignement officiel, les professeurs ont une double tâche à remplir : la première, la plus immédiatement utile sans contredit, est de former des praticiens; la seconde est d'étendre les conquêtes de la thérapeutique, de produire, si faire se peut, des travaux originaux, de soutenir la lutte avec les Universités étrangères, enfin de concourir, dans la mesure de leurs forces, à maintenir à notre pays cette suprématie scientifique qui finirait par lui échapper si nous n'y prenions garde.

Or, vous comprendrez sans peine qu'un cours portant invariablement sur les mêmes matières et réduit par là même à un simple énoncé de faits acquis, ne serait guère de nature à atteindre ce résultat.

Messieurs, pendant soixante ans notre pays n'a pris qu'une faible part aux progrès de l'ophtalmologie et nous aurions mauvaise grâce à ne pas reconnaître que la voie nouvelle dans laquelle nous marchons a été ouverte par les maîtres qui ont illustré les Écoles de Vienne, de Heidelberg, de Berlin et d'Utrecht. Cet aveu ne doit pas nous humilier outre mesure ; la France est assez riche en gloi-

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