‹ Leçons d'ophthalmologieChapitre 6 sur 45 · XX XIII · texte numérisé non relu

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res de toutes sortes pour que nous puissions être tiers encore de la part qui nous reste, et elle a donné trop de preuves de son génie scientifique, de sa puissance créatrice, de sa vitalité enfin, pour qu'à nos regrets se mêle aucune inquiétude sur l'avenir.

Nous avons été vaincus sur le terrain de l'ophtalmologie, parce que, là aussi, notre armement était incomplet. Si l'on considère, comme l'a fort bien dit un spécialiste étranger, « que cette science touche, d'un côté, à la phy- » sique et aux mathématiques, de l'autre, à la médecine et » à la chirurgie générales; que l'optique doit être aussi » familière à l'oculiste que la pathologie du système ner- » veux et les finesses de la médecine opératoire, » on se demande ce que pouvaient faire, de plus qu'ils n'ont fait, des spécialistes abandonnés à eux-mêmes, obligés de pourvoir à tout et dont la plupart devaient consacrer la meilleure partie de leur vie à lutter contre des difficultés sans cesse renaissantes.

Ce qui est surprenant, c'est qu'il se soit trouvé des hommes de mérite pour s'engager dans une carrière qui exige de longues années d'étude, nécessite des sacrifices de toutes sortes, et semblait devoir ne conduire à rien. Que d'efforts n'a-t-il pas fallu pour vaincre l'indifférence générale, faire tomber des préventions injustes, avoir raison du dédain des uns, du mauvais vouloir des autres, et obtenir enfin pour l'ophtalmologie une toute petite place à côté des sciences officielles.

Maintenant, le chemin est plus facile, les maladies des yeux sont enseignées dans les Facultés de l'État par des professeurs spéciaux, pourvus de ces deux éléments de travail qui ont manqué si longtemps aux oculistes : un hôpital et un laboratoire.

Si un petit groupe de volontaires, livrés à leurs propres

ressources, et que soutenait seul l'amour de la science, ont pu sauver l'honneur du drapeau, que n'est-il pas permis d'attendre des forces régulières qui s'organisent en ce moment.

Certes, la France sera toujours une terre hospitalière, et je suis, nous sommes tous ici à Bordeaux, grands partisans du libre-échange, mais nous serions vraiment sans excuse si, dans quelques années, notre pays importait encore des spécialistes étrangers.

Je ne veux pas terminer cette leçon d'ouverture sans rendre un juste et public hommage à ceux de nos compatriotes qui ont travaillé avec le plus d'ardeur au relèvement de l'ophtalmologie.

A leur tête se place M. Giraud-Teulon. Indépendamment de son œuvre personnelle, qui est considérable, les oculistes français lui doivent d'avoir été initiés de bonne heure aux travaux des écoles allemande et hollandaise.

Javal nous a donné une traduction de cette œuvre colossale qui s'appelle Y Optique physiologique d'Helmholtz, et a publié, en outre, nombre de mémoires intéressants sur la physiologie de l'œil et les anomalies de cet organe, l'astigmatisme et la myopie en particulier.

Monnoyer a pris une large part à l'introduction toute récente du système métrique en ophtalmologie; grosse petite question enfin résolue à la satisfaction générale, grâce au concours des spécialistes étrangers.

Les traités d'oculistique qu'ont publiés récemment MM. Abadie et Sichel, les placent au rang des maîtres.

Nos chirurgiens ont mis au service de l'oculiste ce grand sens pratique, cette habileté opératoire qui sont les traits caractéristiques de la chirurgie française et font, de nos grands praticiens, les premiers chirurgiens du monde.

MM. Panas, Trélat, Gusco, Gayet, d'autres encore, se sont acquis, en ophtalmologie, une juste notoriété.

Les médecins militaires, appelés fréquemment à traiter des ophtalmiques, surtout en Algérie, et mis journellement en demeure de résoudre certaines questions de médecine légale se rattachant à l'oculistique, se sont trouvés naturellement conduits à faire une étude spéciale des maladies des yeux. Aussi s'est-il constitué dans l'armée un petit groupe d'ophtalmologistes distingués, en tête desquels marchent MM. Perrin, Poncet et Guignel.

Enfin, des médecins, des physiologistes, des physiciens, des mathématiciens même, continuant en cela la tradition des savants français du XVIIIe siècle, ont apporté aux oculistes le concours de ces connaissances spéciales indispensables pour l'étude de la pathologie de l'œil dans ses rapports avec celle des autres organes, et la recherche des lois physiques et mathématiques qui régissent la plupart des fonctions visuelles. Ici, il me faudrait citer tant de noms,, que je me vois contraint d'y renoncer. Je ne puis cependant passer. sous silence celui du savant professeur de physique de la Faculté de médecine de Paris.

Par ses ouvrages et ses leçons sur l'optique de l'céil, M. Gavarret a puissamment contribué à vulgariser les notions physico-mathématiques qui sont la base même de la science que nous cultivons. A un autre titre encore il a bien mérité de l'ophtalmologie : il est un de ceux qui ont le plus contribué à créer son enseignement officiel. Qu'il me soit permis de lui adresser ici l'hommage de ma respectueuse gratitude.

Messieurs,

Ce n'est pas sans quelques regrets que j'ai quitté Paris, et la direction d'une clinique déjà ancienne, à laquelle était

resté attaché le nom de son fondateur. Je vous avouerai même qu'en arrivant à Bordeaux j'ai été quelque peu effrayé des difficultés matérielles de toutes sortes que paraissait devoir rencontrer l'organisation de notre jeune Faculté. Je suis certain maintenant que ces obstacles s'aplaniront.

Le nombre des malades qui se présentent à notre consultation de l'hôpital Saint-André nous promet un vaste champ d'observations ; ce qui nous manque encore, c'est une installation qui permette d'utiliser complètement ces matériaux d'étude. M. Denucé, notre honoré doyen, et M. Levieux, l'administrateur si zélé. de l'hôpital des cliniques, s'emploient activement, je le sais, à nous mettre le plus vite possible en possession du local qui nous est destiné. Ce n'est plus, paraît-il, qu'une affaire de quelques mois. Patience donc!

Quoi qu'il arrive, soyez assurés que vous trouverez en moi un guide dévoué, toujours prêt à vous aider de ses conseils; je ne ménagerai ni mon temps, ni ma peine, et m'estimerai suffisamment récompensé de mes efforts si, dans quelques années, notre Faculté arrivait à tenir un rang honorable en ophtalmologie. Pour cela, Messieurs, j'ai besoin de votre concours, et j'espère qu'il ne me fera pas défaut.

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