‹ Leçons d'ophthalmologieChapitre 9 sur 45 · III. — Maladies de la conjonctive · texte numérisé non relu

III. — Maladies de la conjonctive

Les maladies de la conjonctive et de la cornée sont en assez grand nombre pour qu'il soit possible d'établir quelques divisions.

Conjonctivites catarrhales aiguës. — Elles occupent le premier rang, par leur fréquence; la proportion est de 15 p. 100 à Paris, de 13 p. 100 à Bordeaux. La différence est peu considérable; cependant je dois faire remarquer qu'elle le serait bien davantage, sans l'épidémie de rougeole qui vient de sévir avec intensité dans cette dernière ville. Beaucoup d'enfants ont été atteints, consécutivement, d'ophtalmies phlycténulaires et surtout catarrhales.

Le maximum de fréquence s'observe vers trois ans. A Bordeaux, l'accroissement est énorme; je relève 10 cas à cet âge, pour 2 ou 3, au plus, aux âges voisins. Cette brusque élévation est due, je le répète, à la rougeole. La plupart des enfants qui m'ont été conduits étaient de constitution débile.

Somme toute, l'ophtalmie catarrhale aiguë, maladie essentiellement contagieuse, paraît être plus fréquente à Paris, et il ne faut pas en chercher la cause ailleurs que dans la facilité plus grande qu'elle trouve à se propager. A Bordeaux, l'habitation de l'ouvrier est relativement vaste, aérée ; souvent aussi elle est isolée, grâce au système de ces petites maisons connues sous le nom d'échoppes, qui n'ont qu'un rez-de-chaussée et abritent une seule famille, si bien que la Cité bordelaise occupe une superficie énorme, eu égard au chiffre de sa population. On sait ce que sont à Paris les logements d'ouvriers : bâtiments immenses, à cinq ou six étages, habités quelquefois par des centaines de personnes , qui se trouvent placées dans les meilleures conditions possibles pour s'infecter réciproquement.

Une remarque encore, à propos des conjonctivites catarrhales aiguës. Elles s'observent à tout âge; mais tandis qu'elles se montrent rares après huit ans, elles redeviennent fréquentes de vingt à quarante. Voilà qui pourrait sembler singulier, étant admis que la prédisposition au catarrhe oculaire diminue avec l'âge, si l'on ne savait que, la plupart du temps, il faut invo-

quer la contagion. Et, en effet, il est facile de s'assurer, en interrogeant les malades adultes, que, chez beaucoup d'entre eux, la maladie a été communiquée par les enfants. Les gens du peuple, les femmes en particulier, se marient jeunes ; dès lors il n'y a rien d'étonnant à ce que, à partir de vingt ou vingt-cinq ans, on constate une augmentation de fréquence des ophtalmies catarrhales. C'est ainsi que, sur 1,000 malades (Paris et Bordeaux), je trouve une proportion de 2 p. 100, de huit ans à vingt ans, et de 3 p. 100, de vingt à trente ans. Mais si l'on tient compte de ce fait que le chiffre de la population, pour cette dernière période, se trouve diminué de près d'un tiers, on voit qu'en réalité les conjonctivites catarrhales aiguës y sont à peu près deux fois plus fréquentes.

Conjonctivites catarrhales chroniques. — Si les conjonctivites aiguës sont plus fréquentes à Paris, par contre Bordeaux l'emporte pour les cas chroniques. L'insouciance, on peut même dire l'incurie des malades, suffisent à expliquer cette anomalie.

Conjonctivites phlycténulaires. — J'ai rangé sous ce titre toutes les affections éruptives de la conjonctive. La proportion est sensiblement plus forte à Bordeaux qu'à Paris :8 p. 100 au lieu de 6. Le maximum de fréquence s'observe de deux à cinq ans, puis les cas deviennent de plus en plus rares. La maladie n'est pas transmissible, aussi ne remarque-t-on pas chez les adultes cette recrudescence que j'ai signalée pour la conjonctivite catarrhale aiguë et qui est le fait de la contagion des enfants aux parents.

Le plus souvent, l'état général des petits malades laisse beaucoup à désirer.

Conjonctivites granuleuses. — La proportion des granuleux est considérable, comme à toutes les consultations gratuites. Je trouve 8,5 p. 100 à Paris, et 9,5 p. 100 à Bordeaux. Chez beaucoup de ces malheureux, l'affection primitive a été suivie de désordres graves, trop souvent au-dessus des ressources de l'art. Presque tous ces malades sont manifestement strumeux, et il est extrêmement rare, du moins à Bordeaux, de rencontrer des sujets sains, robustes, atteints de véritable ophtalmie granuleuse.

Conjonctivites folliculaires. — Au point de vue du traitement et surtout du pronostic, elles doivent être distinguées avec soin

— lOde la forme précédente; ces conjonctivites sont, du reste, relativement rares. La proportion ne dépasse pas 2 p. 100. Elles frappent de préférence les sujets lymphatiques, et il n'est pas rare de les observer chez plusieurs personnes de la même famille.

Ophtalmies purulentes. — L'écart est notable entre Paris et Bordeaux : un peu plus de 2 p. 100 dans la première ville, et 1 p. 100 dans la seconde. Sur les 11 cas observés à Paris, je trouve 9 nouveau-nés, gravement atteints pour la plupart. A Bordeaux, au contraire, l'ophtalmie des nouveau-nés figure dans ma statistique pour deux cas seulement, encore ont-ils été des plus légers. Je ne sais à quoi attribuer cette immunité relative. Il est à craindre que des observations ultérieures ne viennent modifier cette proportion.

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