‹ Leçons d'ophthalmologieChapitre 8 sur 45 · I. — Maladies des paupières · texte numérisé non relu

I. — Maladies des paupières

Les maladies des paupières paraissent avoir la même fréquence à Bordeaux et à Paris. La proportion est de 10 p. 100 environ. Les blépharites, à elles seules, entrent dans ce chiffre pour moitié; viennent ensuite les chalazions : 3 p. 100; reste 2 p. 100 pour toutes les autres affections réunies : ectropions, orgeolets, trichiasis, etc.

Les blépharites proprement dites et Pectropion reconnaissent le plus souvent pour cause un catarrhe ou une obstruction des voies lacrymales ; un grand nombre de chalazions et d'orgeolets se rattachent à une anomalie de la réfraction et se développent sous l'influence d'une asthénopie persistante. Aussi remarquet-on que cette catégorie des maladies des paupières, de même que Pasthénopie, est plus fréquente à Paris qu'à Bordeaux.

Le trichiasis est presque toujours la conséquence d'une conjonctivite granuleuse ancienne.

IL — Maladies des voies lacrymales.

La proportion est de 11 p. 100 dans les deux villes.

Je crois avoir démontré, d'une manière irréfutable, que le rétrécissement des voies lacrymales, avec toutes ses conséquences, reconnaît pour cause, dans le plus grand nombres des cas, une anomalie de la réfraction statique qui, le plus souvent, est l'hypermétropie. A ce sujet, je ne puis que répéter ici ce que j'ai dit ailleurs (I) :

« Pour moi, l'arrêt du passage des larmes, les accidents inflammatoires et les altérations organiques de toute nature qui en sont la conséquence, reconnaissent, comme point de départ, le simple boursoufflement de la muqueuse qui tapisse les voies d'excrétion, par suite d'un état congestif qui, luimême, est la conséquence forcée de l'excès de travail imposé au muscle ciliaire, pour combler le déficit de la réfraction statique.

» Et qu'y a-t-il d'étonnant à cela? Ne sait-on pas déjà que les hypermétropes, les astigmates, tous ceux enfin chez lesquels le pouvoir d'accommodation s'exerce dans des conditions défavorables, ont les yeux habituellement injectés et larmoient à la moindre occasion; que beaucoup de blépharites ciliaires, de chalazions, d'orgeolets n'ont pas d'autre origine qu'un déficit de la réfraction statique. Ces petites maladies des paupières occupent, dans l'échelle anatomo-pathologique, un rang autrement élevé que la simple congestion, et l'on pourrait admettre à priori, sans forcer l'analogie, que la muqueuse des voies lacrymales peut devenir le siège de productions inflammatoires en rapport avec sa structure histologique. Je n'en demande pas autant, et même je ne crois pas que les choses se passent de cette façon, par cette raison qu'étant donnée la conformation anatomique, l'extrême étroitesse et la disposition tortueuse du conduit lacrymo-nasal, il doit suffire du moindre état congestif des parties molles, pour oblitérer ce canal, alors surtout que la force d'expulsion qui met les larmes en mouvement est presque inappréciable.

(1) Bulletin mensuel de la Clinique du DT Badal, p. 62. Paris, 1877.

» Tout ce qui suit n'est plus que la conséquence de l'obstacle permanent apporté au libre écoulement du liquide lacrymal. Suivant des circonstances individuelles pouvant varier à l'infini, les accidents consécutifs prendront les formes les plus diverses; mais, en définitive, la cause originelle aura été une anomalie de la réfraction.

» Sans doute, il est des cas où une coarctation des canaux, où le gonflement inflammatoire des parties molles qui succède à un traumatisme, à une conjonctivite, etc., etc., sont la cause première des accidents, aussi n'ai-je en vue, dans ma démonstration, que ce groupe de maladies (53 p. 100) dans lesquelles l'exploration la plus attentive ne permet de constater, au début, aucun des symptômes de ce que l'on est convenu d'appeler l'état inflammatoire, et où le cathéter ne révèle l'existence d'aucune stricture, si ce n'est à une période avancée de l'affection. »

Et je concluais ainsi :

« Les maladies des voies lacrymales se divisent, au point de vue étiologique, en deux groupes principaux :

» L'un comprend toutes celles de ces affections dont la cause principale est ailleurs que dans un état anormal du système dioptrique de l'œil. Ces causes, extrêmement nombreuses et souvent évidentes , sont énumérées dans tous les ouvrages classiques. Chacune d'elles, considérée isolément, ne figure que pour un chiffre très-faible dans le nombre total des maladies des voies lacrymales; l'ensemble atteint 45 p. 100 de celles que j'ai eu l'occasion d'observer.

» Le second groupe, le plus nombreux (55 p. 100), est constitué par ces maladies des voies lacrymales dont la cause était restée jusqu'ici obscure et avait donné lieu aux hypothèses les plus diverses. Dans tous les cas, le point de départ des accidents est une fatigue de l'accommodation, c'est-à-dire du muscle ciliaire, se rattachant à un vice de construction de l'appareil réfringent de l'œil. L'anomalie la plus fréquente est l'hypermétropie de degré léger. L'hypermétropie élevée n'a été notée que dans un petit nombre de cas : 1° parce qu'elle est relativement rare; 2° parce que les sujets qui en sont atteints sont contraints de porter des lunettes dès leur enfance, et échappent par là aux conséquences de leur infirmité.

» Les maladies des voies lacrymales sont excessivement rares chez les myopes, par cette raison bien simple que, chez eux, il

ne saurait y avoir d'asthénopie accommodative, puisque la réfraction statique suffit. Ce fait est la démonstration éclatante du rôle prépondérant qu'on ne saurait refuser désormais à la réfraction dynamique, dans le développement des affections de l'appareil lacrymal.

«Enfin, la presbytie, physiologique ou précoce, certains états de la vision binoculaire où l'accommodation s'exerce dans des conditions défavorables : différence de réfraction entre les deux yeux (anisométropie) ou entre les différents méridiens d'un môme œil (astigmatisme), figurent au tableau statistique dans la proportion de 15 p. 100 environ.

» L'influence de lasthénopie musculaire, suite de myopie élevée, demande de nouvelles recherches. En pareil cas, il faudra tenir compte de la scléro-choroïdite postérieure concomitante. »

Ce travail date de près de trois ans, et tout ce que j'ai observé depuis lors n'a fait que me confirmer dans cette opinion que l'asthénopie accommodative, ou tout au moins la fatigue prolongée de l'accommodation, est la cause la plus fréquente des maladies des voies lacrymales.

Comment se fait-il alors que ces affections soient aussi fréquentes à Bordeaux qu'à Paris, étant donnée, comme on le verra plus loin, la fréquence beaucoup moins grande des cas d'asthénopie dans la première de ces villes? Cela tient, je crois, à ce que le traitement des maladies des voies lacrymales et aussi des anomalies de la réfraction, n'est pas encore entré, autant qu'à Paris, dans les habitudes de la population. Très peu de jeunes hypermétropes consentent à porter lunettes, et ceux qui sont âgés acceptent difficilement de porter les verres dont ils auraient besoin, tant ils ont peur de prendre un numéro trop fort qui leur abîme la mie. Plus tard, quand survient l'engorgement du conduit lacrymo-nasal et l'épiphora, les malades reculent devant l'emploi de moyens curatifs qui, j'en conviens, n'ont rien de particulièrement agréable.

Au début, j'ai eu toutes les peines du monde à décider quelques consultants à me laisser pratiquer le cathétérisme ; pourtant ce mode de traitement n'est pas nouveau à Bordeaux, et plusieurs de mes confrères paraissent, tout comme moi, y avoir recours... quand les malades veulent bien s'y prêter. Je dois dire, du reste, qu'à ma Clinique, le pli est pris maintenant, et il est rare que dans la salle d'attente il ne se trouve

pas quelques anciens malades munis de leurs sondes, pour servir d'exemple et d'encouragement aux nouveaux.

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