HUITIÈME LEÇON
Sommaire. — Suile des moyens conlenlifs pour le pied bot. — Bandage inamovible de Ciieselden et de M. Richet.- Boltine de gultapercha, de M. Giraldès. — Plâlre coulé de Dieffenbach. — Appareil de Fabrice de Hilden. — Sabot de Venel. — Appareils de Jaccard, de d'Ivernois et de M. Mellet. — Appareils de Scarpa, de Boyer el de Delpech. — Appareils modernes. — Appareils de M.V. Duval. — Mode d'application des appareils et soins à prendre pendant le traitement. — Distinction des deux périodes du trai- . tement.
Messieurs, nous allons aujourd'hui passer en revue les bandages et appareils imaginés dans le but de remédier aux déformations du pied bot, et étudier leur mode d'application.
Cheselden, il y a cent cinquante ans environ, avait eu l'idée d'employer le bandage inamovible, et se servait de bandelettes trempées dans un mélange de farine et de blancs d'œufs délayés dans de l'eau ; ce moyen était non-seulement insuffisant, mais d'une applicalion très diflicile. Il fallait déplacer la main qui faisait la réduction pour placer les bandes, puis maintenir le pied jusqu'à dessiccation complète; ces conditions se représentent pour tous les bandages de la même espèce, et quelle que soit aujourd'hui leur perfection , nous ne croyons pas l'appareil de stuc de M. Richet, que son auteur a proposé pour des cas semblables, desliné à plus de succès que celui de Cheselden. Je ne parle actuellement que des inconvénienis de l'application, vous comprendrez
m LKÇONS U OHTHOPÉDlE,
mieiix plus tard l'inlcrêt^ qu'il y a à pouvoir visiter le pied entièrement soustrait au chirurgien dans les appareils de cette espèce.
T.a gutta-percha employée par M. Giraldès offre beaucoup moins d'inconvénients; on peut aisément la mouler sur le membre et la laisser se durcir par le refroidissement, tout en maintenant la réduction ; on peut, de plus, composer son appareil de valves amovibles; dans les cas simples, de semblables moyens pourront être essayés, mais il faut reconnaître que jusqu'à présent ces appareils ont compté peu de partisans.
Il en est un qui semblait au premier abord réunir toutes les conditions de solidité, de facilité dans l'application, c'est le plâtre à mouler employé par Dieffenbach: en effet, la réduction opérée, vous coulez du plâtre délayé sur tous les points du pied laissés libres par la pression des mains ; et quand cette portion du plâtre est solidifiée, le pied est déjà suffisamment maintenu pour que vous puissiez ôter les doigts et compléter l'enveloppe. Ici la pression est exacte, la résistance absolue, et répartie également sur toutes les surfaces. Mais le plâtre ainsi coulé sur la peau s'échauffe et se resserre en séchant. Pour éviter la douleur ainsi provoquée, Dieffenbach enveloppa préalablement le membre d'une bande de flanelle, l'appareil devient ainsi supportable. Mais la pression, qui semble également répartie, ne l'est pas en réalité, les muscles tendent en effet à ramener le pied à la position que l'appareil a pour mission de combattre, de là des pressions trop fortes dans différents points; n'y eût-il qu'un simple détachement de l'épi-
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derme, qui s'opère bien focilemeni sur la peau délicate et mince d'un enfant, l'appareil n'est plus supporté. Ajoutez à cela que, le fût-il, l'accroissement rapide du jeune être qui, à partir des huit premiers jours, gagne pendant les trois premiers mois un quart ou un tiers de son poids chaque mois, vous obligera à recommencer de temps en temps l'appareil, et vous comprendrez pourquoi le plâtre a dû tomber dans l'oubli.
Je ne suis pas d'avis cependant qu'il faille l'abandonner complètement, et si je vous ai exposé les diflicultés qui entourent son emploi , c'est moins pour en pi'oscrire l'usage que pour vous faire voir à ce propos à quels soins minutieux il faudra vous astreindre, si vous voulez traiter vos malades par la main et les bandages seuls : ce que je crois du reste faisable dans bien des cas, lorsque l'on agit de bonne heure. Je crois même qu'avant de recourir aux machines que vous ne serez pas toujours d'ailleurs à même de vous procurer, vous pourrez en pareil cas vous servir du plâti'e.
Ces machines ont été singulièrement multipliées ; je n'ai pas la prétention de vous les faire connaître toutes, mais je vous engage à examiner quelques-unes de celles que je vous mets sous les yeux. En voici une qui représente assez bien celle de Fabrice de Hilden; elle est inscrite sous le n" 1254 dans les collections de la Faculté. Elle se compose de deux attelles, l'une interne, l'autre externe; ces attelles se moulent sur le membre, elles sont épaisses eX larges et faites de cuir bouilli. L'interne porte sur la cuisse, la jambe et tout le bord correspondant du pied ; elle est fenêtrée au niveau de la
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malléole. L'exter.ne s'applique sur la cuisse cl la jambe et descend jusque sur l'angle exierne. Ces deux pièces sont reliées par deux courroies jamijières qui sont fixes et se serrent à volonté ; mais la puissance principale de cet appareil imparfait est représentée par une courroie fixée perpendiculairement sur l'attelle interne, et qui vient, en passant sous le pied comme un étrier, se fixer à divers degrés de tension, sur l'attelle exierne, et tend, par l'intermédiaire de la portion pédieuse de l'interne, à ramener le pied en dehors et à déprimer l'angle externe par l'intermédiaire de l'attelle exierne. Mais, en supposant que cet appareil puisse remplir ces indications, il néglige entièrement d'agir sur le calcanéum pour l'abaisser.
Je vous présente mainterTant ces deux machines de fer, à pièces multiples et compliquées, mais qui sont construites de manière à pourvoir aux principales indications. J'avais d'abord songé à les attribuer à A^erdier et ïiphaine, qui, à ce qu'il paraît, traitaient la torsion congénitale des pieds par une méthode rationnelle; mais ces chirurgiens, qui exerçaient à Paris à la fin du siècle dernier, ont tenu leur procédé secret; et une lettre, publiée par Maisonabe dans son journal sur les difformités (1), attribue d'une manière positive ces machines à Venel. A la fin du siècle dernier, ce chirurgien, on le sait, a joui d'une grande réputation pour la cure des pieds bols, et son appareil est resté célèbre sous le nom de sabot de Fmel ; seulement on était fort loin de savoir
(I) Voyez 0/7. cil., 2" partie, p. 102.
PIEDS BOTS. i^-'
en quoi consistait ce fameux sabot ; et M. Bouvier accepte encore pour tel l'appareil décrit et figuré sous ce nom par MM. d'Ivcrnois et Mcllet; mais celui que ce dernier auteur représente dans son livre (1) est, de son aveu même, modifié par Jaccard, d'Ivcrnois et par luimême. Du moins est-il certain que Jaccard, successeur direct et élève de Yenel, a adressé à Lévcillé, en 1817, pour les collections de la Faculté, la machine que je vous présente et qu'il attribue expressément à son maître, tandis qu'il réclame pour lui-même celle qui porte à tort le nom de Yenel (2). Voici donc le vieux sabot de Venel, tel qu'il a été envoyé par Jaccard. Vous voyez que la partie podale est composée de pièces en tôle mobiles , mues par des vis de pression ; le pied difforme étant placé dans la machine, convenablement garni de compresses, de manière que la plante soit appliquée, autant qu'il est possible, contre la pièce qui en constitue le fond, T une plaque est poussée et retenue au moyen d'une vis de pression contre l'angle du bord externe; 2° une pareille pièce est poussée et retenue de même contre le gros orteil, en même temps qu'elle le pousse en bas, entraînant dans ce sens tout l'avant-pied dont elle embrasse la convexité; 3" une troisième est encore poussée et retenue par les mêmes moyens que les premières contre l'arricre-pied, où elle agit sur la face interne du calcanéum , qu'elle repousse en dehors et attire en bas à l'aide de son extrémité
(1) Page 4 16.
(2) Ces machines furent remises en 1817 à la Faculté, par M. Mellet (op. cit., p. 9).
LEÇONS d'orTHOPÉDIR.
recourbée qui, formant lalonnière, presse sur sa partie supérieure. Cet appareil est pourvu, de plus, d'une tige jambière en fer doux qui s'ap|)lique sur le côté externe du membre; elle se fixe en bas par une douille à la partie postérieure du côté externe du sabot et en baut se relie à la jambe par une courroie qui embrasse le membre au-dessous du genou ; cette tige étant en fer doux peut, par conséquent, être infléchie à volonté et garder l'inflexion donnée. Grâce à cette tige, le pied est relié solidement à la jambe, et, ce qu'il y a de plus important, c'est qu'elle fournit un levier puissant qui, selon le degré d'inflexion que vous lui donnez, vous permet d'agir avec une force continue et mesurée sur le pied, qui est ainsi sûrement attiré dans un sens convenable.
Cette machine est compliquée, c'est son plus grand défaut, car elle est incontestablement puissante; c'est à sa simplification que se sont attachés les successeurs de Venel, en lui laissant son nom, M. Maisonabe a donné la figure et la description de la machine que Jaccard avait envoyée en même temps que celle de son maître et que je n'ai pas retrouvée à la Faculté; celle que M. Mellet décrit n'en diffère pas assez sensiblement pour que nous ne prenions pas sa description comme type. Une semelle en bois montée sur des tasseaux, une équerre en fer, fixée sur le bord externe, de manière à répondre à l'angle de ce bord et portant la tige jambière en fer doux engagé dans une douille, voilà les pièces principales. C'est le même plan que celui de l'appareil plus haut décrit; mais, au lieu des plaques multiples et des
vis, nous avons actuellement ; 1" une talonnière en cuir, lacée sur la face antérieure de la jambe, fixée par deux courroies à la partie inférieure de la semelle , ce qui constitue un vrai progrès ; 2" un bouton est fixé en avant sur cette même face inférieure et sert à fixer une courroie qui se rattache d'autre part à un bas de laine dont on a chaussé le malade; 3" des boutons placés sur les bords de la semelle fixent des courroies en cuir destinées à presser et cà maintenir l'avant-pied. Tel est l'appareil que l'on appelle aujourd'hui sabot de Venel ; il ne s'est guère modifié entre les mains de d'Ivernois et de M. Mellet que par la substitution d'une semelle en bois à la semelle en tôle qu'avait conservé Jaccard, auquel il doit être rapporté ; mais si la partie podale cherche à remplir les mêmes indications que celle de Venel , elle en diffère complètement comme construction. Il a néanmoins suffi à la pratique étendue de ces orthopédistes, et nous vous ferons voir que les appareils modernes ne sont que d'autres perfectionnements, c'est du moins le mot dont on se sert, de cet appareil primitif.
A la même époque, cependant, un autre fut presque aussi célèbre, mais n'a pas eu à beaucoup près le même avenir, car il est oublié avec juste raison, c'est celui de Scarpa (1). Je mels sous vos yeux cet appareil [n° 1 -285), il est appliqué sur un moule en plâtre, et ce qui doit vous frapper tout d'abord, c'est qu'il n'a pas de partie jambière; par contre, la partie podale qui
(1) Mém. de physiologie et de chir. prat., traduits par Léveillé. Paris, 1804, p. 172.
'lo2 LEÇONS d'oRTHOPIÎDIE.
le constitue est assez compliquée, mais il est facile de se rendre compte qu'elle ne peut avoir pour but que de déplisser le pied en attirant sa partie antérieure en dehors et en pressant sur l'angle du bord externe, mais qu'elle ne peut en aucune façon appliquer la plante du pied sur le sol ni attirer le calcanéum en bas. La pièce principale est une plaque demi -circulaire en acier, appelée par son auteur hypomochlion, qui embrasse une partie de la plante du pied , au-dessous de la malléole externe, l'angle que vous connaissez, et se recouri3e sur la face dorsale j sur la convexité de cette première pièce, vis-à-vis de l'angle du bord externe et parallèlement à ce bord, est fixée une lame d'acier large de deux doigts, très élastique et dépassant en avant et en arrière les bords de la plaque recourbée. De ces extrémités partent des courroies en cuir, la postérieure est portée, sans toucher le calcanéum, sur le bord interne du pied audessous de la malléole, puis sur le cou -de-pied où elle doit exercer une pression sur le scaphoïde, et va se rattacher enfin à la partie antérieure de la plaque recourbée. L'antérieure est conduite sous la tcte des métacarpiens et ramenée à son point de départ, c'est-à-dire à l'extrémité antérieure du ressort où elle est fixée ; c'est donc l'élasticité de celte pièce qui représente la puissance de cet appareil, c'est à elle qu'est confié le soin de dérouler le pied ; il est difficile de comprendre, lorsque l'on a vu quelques pieds bots, que Scarpa ait eu des succès avec de semblables moyens.
Il est vrai que le cliirurgien de Pavic employait, au bout de trois mois, un second appareil à l'aide duquel il pouvait
medre la plante du pied à plat et repousser définitivement le calcanéum en dehors, c'est-à-dire compléter le déroulement du pied; mais rien dans cet appareil ne pouvait attirer le talon en bas. Nous avons ici une tige jambière : vous remarquerez que c'est une tige d'acier formant ressort, ce qui est loin de valoir la lige en fer doux à inclinaison fixe de Venel ; cette tige est fixée à une pièce demi-circulaire en acier, convenablement garnie, à laquelle s'adapte une semelle en cuir. La partie postérieure du pied est engagée dans celle loge et y est maintenue seulement par une courroie qui se fixe à ses angles antérieurs ; l'avant-pied est mis à plat sur la semelle et maintenu par une courroie ; un ressort d'acier horizontal, fixé en arrière à la plaque talonnière et parallèle au bord externe du pied, représente celle du premier appareil, elle peut se relier en avant à la pointe et continuer à l'attirer en dehors. Cet appareil , que Searpa faisait porter nuit et jour pendant six mois, est plus efficace que le premier, qu'il aurait pu complètement suppléer; mais il néglige, je le répète, une condition capitale; de plus, les conditions de sa construction, les forces élastiques qu'il met en usage, doivent le rendre complètement insuffisant dans les cas difficiles.
Nous avons à peu près le môme jugement à porter de celui de Boyer qui, pour défiéchir le pied et porter la pointe en dehors, se servait d'une semelle brisée transversalement vers le milieu de sa longueur, dont les deux parties sont unies par une vis serrée au moyen d'un éerou, de manière à rendre la partie antérieure du soulier immobile, lorsqu'on lui adonné la direction
qu'on juge convenable de faire garder au pied. Cet appareil est aussi pourvu d'une tige jambière élastique, mais dans aucune de ses parties ne peut lutter contre l'ascension du calcanéum ; du reste, Boyer, qui dit seulement avoir avec celte machine redressé plusieurs fois des pieds qui étaient singulièrement contournés en dedans, ajoute qu'elle ne remplit que deux indications : ramener la plante du pied à une direction horizontale, et la pointe à une situation convenable (1). Nous devons cependant vous faire remarquer ce mouvement horizontal de la semelle que nous n'avions pas encore rencontré et qui a été utilement reproduit dans les appareils modernes. Il ne nous reste plus qu'à vous faire connaître les principaux d'entre eux, car nous ne nous arrêterons pas à l'appareil de Delpech, le nom de l'aulenr nous engage seulement à vous dire qu'il avait aussi son appareil, qui n'est du reste qu'une imitation de celui de Scarpa ; il nous offre en effet les mêmes pièces principales ('2).
Dans les appareils modernes, nous allons beaucoup plus nous attacher à voir comment les indications sont remplies qu'à les décrire sous le nom de leurs auteurs, ce qui nous entraînerait trop loin. Nous retrouvons dans tous la tige jambière et la semelle, celle-ci est en bois, comme dans l'appareil dit sabot deVenel, mais n'est plus représentée que par une simple planche de chêne suffisamment garnie cl taillée selon les dimensionsdu pied. La tige jambière est en acier bien trempé, elle est in-
(1) Tome IV, p. 613 et suivantes.
(2) Delpech, Orthopédie. Atlas, pl. 76 et 77,
floxible, mais formée de plusieurs pièces articulées enlre elles et mises en mouvement par des vis de pression ou par des crémaillères, etc. Le jeu de cette tige a pour but de reproduire des mouvements qui nous sont déjà connus. Voici, par exemple, un appareil que construit M. Charrière : il est armé de trois vis de pression que ce fabricant a substituées pour raison économique aux rouées dentées et aux vis sans tin ; ces vis sont au nombre de trois : la moyenne amène, comme vous voyez, l'extrémité supérieure de la tige jambière en dehors, c'est ce que Venel et ses successeurs obtenaient par l'inflexion de leur tige de fer doux ; le mouvement en dehors peut être porté aussi loin que vous le jugerez convenable; en dedans, au contraire, vous voyez que la lige ne dépasse pas la perpendiculaire ; la vis inférieure vient presser sur le bord externe de la semelle, et, comme l'étrier en acier qui termine la tige jambière est Oxé sur la semelle par un clou rivé qui permet cependant à celle-ci de se mouvoir, vous voyez qu'à mesure que vous serrez cette vis, la pointe de la semelle se porte en dehors, c'est le mouvement que nous voyions tout à l'heure se produire dans la semelle brisée de l'appareil de Boyer. En tin la troisième vis, placée à peu près au niveau de la malléole, est antéro-postérieure e par un mécanisme très simple fléchit la portion de la tige jambière qui est au-dessous d'elle sur celle qui est au-dessus, c'est-à-dire le pied sur la jambe et tend, par conséquent, à élever la pointe du pied en abaissant le calcanéum ; une inflexion antéro-postérieure de la tige (Je fer doux peut donner le même résultat. Mais pour
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que ces mouvemenis soient efficaces, il faut que les deux pièces principales de l'appareil fassent corps avec la jambe et le pied. Pour la jambe, rien de plus simple: voici un bracelet en acier bien garni qui embrasse la partie postérieure du membre au-dessous du genou et qui se termine par une courroie en avant ; ce bracelet est fixé solidement à l'exlrémité de la tige jambière et la courroie s'y raltache également. J'ai dit à l'extrémité, mais ce n'est pas exact, car vous voyez une nouvelle portion de tige portant aussi un bracelet s'articuler à la lige jambière, et qui est destiné à venir prendre un second point d'appui au-dessus du genou en embrassant la cuisse. Déjà M. Mellet avait cru devoir allonger ainsi la lige de Venel, et vous voyez que les orthopédistes modernes ont suivi ses errements; mais cette pièce est entièrement inutile, je la crois même nuisible; aussi, loin de vous croire obligés de l'adopter parce que vous la verrez chez le fabricant, supprimez-la dans les appareils dont vous vous servirez. Vous voyez encore que la tige jambière est ainsi fabriquée, qu'elle peut s'allonger au besoin; cela a pour but de permettre de faire servir la machine à des enfants de différents âges ; mais ces appareils qui servent à tout le monde, sont bien près de ne servir à personne : faites faire une machine pour votre malade, pour ehacun de vos malades; enfin, exigez que le bracelet qui embrasse la jambe ne soit pas flexible, qu'il soit large et parfaitement rembourré.
Fixer et maintenir le pied sur la semelle n'est pas aussi facile ; vous voyez dans toutes ces machines des semelles nues ou offrant à leur partie postérieure, pour
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loger le talon, un quarlicr analogue à celui des chaussures ; quelques-unes perlent une empeigne à leur partie antérieure, mais la plupart présentent un système plus ou moins compliqué de courroies qui viennent se rattacher par leurs extréuiilés à des boutons métalhques dont les parties latérales de la semelle sont garnies ; on peut varier leur position, grâce à la multiplicité des points d'atlache. L'avant-pied est toujours aisément maintenu, mais il n'en est pas de même de l'arrière-pied ; cependant dans beaucoup d'appareils on se contente de courroies, mais le moyen le plus sûr de maintenir le talon et le seul efficace dans les cas difficiles, c'est la lalonnière lacée, imitée de Yenel.
Nous sommes donc aujourd'hui suffisamment armés pour agir mécaniquement sur les torsions du pied, les indications sont remplies plus ou moins complètement par tous les appareils ; mais ne pourrait-on pas faire de moindres frais de mécanismes ? Je crois que l'on dédaigne beaucoup trop la tige de fer doux dont je suis pour ma part très disposé à faire usage ; je ne suis du reste pas seul de mon avis. M. Yincent Duval a bien voulu me remettre, pour les collecfions de la Faculté, les deux modèles de machines dont il se sert dans sa pratique; vous y voyez la tige de fer doux entièrement analogue à celle de Venel; elle se fixe au-dessous du genou par une courroie et est reçue in férieu rement dans une douille tixéc sur une équcrrc en acier à peu près quadrangulaire et que porte la semelle de bois à sa partie postéro-externe. Cet appareil nous présente, de plus, une é(iucrre interne de même forme, rembourrée
comme l'externe ; une talonnière dont les chefs passent dans les mortaises pratiquées dans les équerres au niveau de la face supérieure de la semelle et se relient pour s'attacher à des boutons que vous voyez au-dessus des mortaises sur les faces externes des équerres ; enfin une large courroie à deux chefs est fixée par une de ses extrémités sur le bord interne de la semelle et sert à maintenir l'avant-pied. Le second modèle est construit sur les mêmes données, seulement la lige jambière, plate et en acier, est pourvue de deux vis, l'une pour produire l'inclinaison du levier en dehors, l'autre la bascule du pied et le porter dans la flexion. Quoi qu'il en soit, voici deux appareils presque aussi simples que celui des successeurs de Venel et qui suffit journellement à la pratique la plus étendue ; ils me servent d'exemple pour vous démontrer que l'une des conditions essentielles de la construction d'un appareil, la tige jambière, doit être représentée par un levier résistant non élastique, susceptible de s'incliner en dehors ou d'être infléchi en avant, que ce soit la nature du métal employé ou un mécanisme qui vous permette d'obtenir ces deux positions dont l'importance est capitale. Si vous avez recours à un mécanisme, qu'il soit le plus simple possible ; les vis de pression remphssent ces conditions. Nous vous avons déjà dit que nous étions d'avis que la tige jambière s'arrêtât au-dessous du genou cl qu'elle y fût solidement fixée.
Quant à la semelle, vous voyez que l'on a définitivement adopté le bois pour la construire, il suffit qu'elle soit assez épaisse pour être absolument inflexible et
pouvoir supporter les vis à boutons qui servent à fixer les courroies et l'arliculalion de l'étrier de la pièce jambière; je vous ai dit à ce propos que cette articulation pouvait être mobile , afin de vous permettre à l'aide d'une vis de pousser et de fixer la pointe de la semelle en dehors ou en dedans ; cela est bon à conserver pour certains cas. Les courroies seront en cuir, elles doivent aussi ne pas céder; vous les attacherez sur l'avant-pied, dans la direct ion que vous jugerez la plus convenable, vous rappelant qu'elles ont pour but de le maintenir à plat et de déprimer l'angle du bord externe; vous en aurez autant que vous voudrez, pourvu que l'indication soit comprise et remplie; enfin vous aurez une ou deux courroies pour le talon ou bien la talonnière de Venel. Ce qui peut m'aider à vous prouver que c'est dans ces conditions très simples que se trouvent les bases de la construction de tous les appareils à pieds bots, c'est ce fait dont vous venez d'être plusieurs fois témoins, à savoir, que depuis que les indications ont été bien comprises par cet auteur dans son appareil primitif et dans celui de ses successeurs, tous ceux que l'on a construits depuis et qui sont efficaces y ressemblent plus ou moins.
La manière d'appliquer ces appareils est imphcitement comprise dans ce que nous vous avons dit de leur mode d'action, de l'étude de la réduction de la difformité et des indications qu'il y a à poursuivre ; mais nous devons encore examiner devant vous quelles sont les conditions pratiques de leur emploi, les précautions qu'elles commandent et quels résultats on obtenait
LEÇONS d'okTHOI'ÉDIE.
alors que ces moyens seuls étaient mis en usage par les orthopédistes.
Nous avons déjà dit qu'il Aillait commencer le traitement quelque temps après la naissance, alors que l'enfant a déjà pris un peu de développement et de forces et que les orages de la denlilion sont encore éloignés, il iaut du reste avant tout que la sanlé du petit sujet soit bonne, ainsi que les conditions hygiéniques et d'alimentation nécessaires à cet âge. Le membre n'est pas mis à nu dans l'appareil, quel que soit le soin avec lequel il ait été garni ; une bande de flanelle vous servira à l'envelopper; il faut que les courroies soient assez serrées pour s'opposer au déplacement du pied, mais pas assez pour produire des excoriations ou des eschares, ce sur quoi il faut bien vous mettre en giirde; c'est l'habitude, c'est l'attention que vous apporterez à bien observer l'effet des strictions que vous exercerez qui seules pourront sûrement vous guider. Quelle que soit d'ailleurs la solidité que vous aurez pu donner à votre appareil, rappelez-vous bien que pendant les premiers temps le pied tend presque fatalement à s'enrouler, malgré l'appareil ; il faut donc que vous veniez vous assurer à plusieurs reprises, pendant la durée de l'application, que tout est en ordre. Les pressions prolongées sont toujours à craindre dans ces conditions, aussi devrezvous rendre la liberté au pied après quelques heures, le faire doucement masser et frictionner dans les intervalles de l'application, et quand, après une huilaine de jours, par exemple, la tolérance s'est bien établie, votre surveillance peut se borner à une ou deux visites par jour.
IMF.DS nOTS.
et vous arriverez bicnlôt à le laisser appliqué nuit et jour. Il est bien entendu que toutes les plus minutieuses précautions de propreté sont prises. Vous verrez des orthopédistes recommander de ne pas laver le pied pendant toute la durée du traitement : si l'on peut leur accorder que des immersions prolongées puissent avoir des inconvénients, il ne faut pas croire que des soins de propreté ne soient pas indispensables au bon entretien de la peau, qu'il s'agit de conserver intacte et bien portante à tout prix.
11 faut continuer ainsi pendant trois mois, quatre mois, quatre mois et demi, cinq mois; dans ce laps de temps, si le sujet est jeune, ainsi que nous l'avons supposé, et si la rétraction musculaire, celle des jumeaux et soléaire en particulier, n'est pas trop grande, on a redressé le pied, on lui a même rendu sa forme et sa direction normales ; c'est ce que les orthopédistes ont souvent appelé guérison ; c'est ce qu'ils ont montré sur des moules aussi admirables que ceux que je vous mets sous les yeux. Mais est-ce la guérison que cet état qui laissera indubitablement venir la récidive, si vous ne persistez pas dans l'emploi de moyens mécaniques? est-ce la guérison, cette forme, quel(iue parfaite qu'elle soit, qui ne permet au malade que de se tenir debout, de faire quelques pas de long en large dans une académie, mais qui ne lui permettra pas de rentrer chez lui à pied? M. Mellet, que je me plais à vous citer, car son livre est empreint d'un esprit d'observation et de franchise que l'on aime à rencontrer en semblable matière, ajustement défmi cet état en disant que les malades sont
m LEÇONS d'oUTHOPÉDIË.
à la fin d'une première période, ils entrent ou plutôt ils vont entrer en convalescence, et dans cette période il faudra encore des appareils, appareils de jour et de nuit, que nous étudierons dans la prochaine leçon, il faudra surtout du temps. Qu'avez-vous à faire en effet dans celte deuxième période? Vous avez à apprendre à vos malades à marcher, vous avez à leur rendre les fonctions normales du pied, de manière qu'ils ne soient plus menacés de récidives. Nous vous dirons jusqu'à quel point la guérison peut être complète, afin que vous sachiez au juste ce que vous devez chercher ; mais il suffit, pour vous faire pressentir la durée de cette seconde période, de vous dire que vous avez des muscles à peine allongés qui tendent encore à se rétracter, des ligaments relâchés qui doivent se resserrer, des os atrophiés ou déformés, il faut du temps, dit Hippocrate, pour qu'ils reprennent leur configuration normale. La première période a pu être achevée en cinq ou six mois -, celle-ci, dit M. Mellet, peut durer dix, quinze, dix-huit mois et même, ajoute-t-il dans un autre endroit, on ne peut en assigner exactement le terme. Vous pouvez maintenant, messieurs, juger quelle est de ces deux périodes la plus importante, et où l'on en est au juste, au point de vue de la guérison, lorsque l'on fait mouler le pied pour le faire admirer.