‹ Leçons d'orthopédieChapitre 29 sur 35 · VINGTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGTIÈME LEÇON

SoMMAiKE. — Traitemeiil des déviations de la taille. — Historique.

— Moyens employés par Hippocrale, A. Paré, Ranchin, Glisson, Nuclf, Andry, etc. — Moyens dynamiques. — Altitudes, gymnastique. — Leur utilité. — Moyens mécaniques. — Extension verticale, Glisson, Nuck, Heister, Roux, etc. — Machine de Levacher. — Ceintures et corsets orthopédiques modernes. — Appréciation de cette méthode. — Exiension horizontale. — Lits orthopédiques, Venel, Heine (de Wurizbourg), Milly, Ilumbert (de Morley), Maisonabe, Delpech, Shaw, etc. — Appréciation de la méthode. — Pressions latérales. — Leur combinaison avec l'extension verticale et horizontale. — Venel, Ltvacher, Levacher (de la Feulrie), Mayor, etc. — Appréciations. — Application simuKanée des moyens dynamiques et des moyens mécaniques.

— Ceinture à levier, IJossard (d'Angers). — Valeur de cette méthode. — Sur quelles bases doit en définitive reposer le traitement des déviations de la taille. — Résultats généraux du traitement.— Les courbures seules peuvent être redressées, la torsion est incurable. — Opinion des orlhopédistes à ce sujet. — Conclusions sur la valeur réelle et le rôle de l'orthopédie.

Messieurs, nous allons maintenant aborder les tjueslions Ihérapculiques relatives au traitement des déviations de la taille. Leur nombre, les difficultés réelles qu'il y a à les résoudi^e, nous ont obligé à étudier longuement la (jueslion patbologi(|ue dans son ensemble ; nous devrons ne pas perdre de vue les enseignenienis qui en découlent. Chaque indication doit être en effet bien comprise, cl, aillant que le permetlent les diflicullts pn.ti(iues du fraiicmcnt, individuellement salis-

faile ; mais il faut bien prendre garde d'oublier qu'elles sont toutes solidaires.

L'histoire de l'art nous les fera voir presque tontes isolément poursuivies et par conséquent sacrifiées les unes aux autres, et, chose plus étrange encore, le traitement entrepris sans savoir même si la déviation dont on voulait la guérison était curable et jusqu'à quel point; aussi nulle part le terrain orthopédique n'a-t-il été plus fertile en illusions, la connaissance inexacte des véritables caractères de la déviation pouvant du resle, ainsi que nous l'avons vu, les entretenir et les propager.

Nous avons depuis longtemps pris à tâche d'éclairer ce point obscur et nous vous devons l'exposé exact des résultats de cette étude difficile et délicate. 11 importe en effet, avant d'imaginer un moyen de traitement, de savoir ce que l'on peut obtenir, et quelles sont pour cela les conditions à remplir; on a précisément fait le contraire : aussi le nombre et la complication des méthodes et des instruments sont-ils considérables. 11 sera néanmoins instructif de les passer en revue, mais cà la condition de voir chemin faisant de quelles vues l'on s'est inspiré pour les créer, à quelles indications ils répondent et quels sont les résultats qu'ils fournissent.

« C'est aussi une connaissance précieuse, dit Hippocrate, que de savoir quels essais ont échoué et pourrjuoi ils ont échoué (1). « C'est après avoir décrit le procédé de Voutre et démontré son inefficacité que le père de la médecine écrit ces remarquables paroles. Ce procédé

(4) Hippocrale, Des articulations, Irad. de Litlré, t. IV, p. 24 3.

consislail :i placer sous la gibbosité, le sujet étant étendu sur le dos et soumis à l'extension cl à la contre-extension, une outre vide qu'il s'agissait d'insuffler à l'aide d'un soufflet de forge; mais c'est à la méthode de l'extension horizontale combinée avec les pressions directes qii'Hippocrate conseille de recourir, et quelle que soit l'iuiperfection des moyens mis en œuvre, il donne en substance les indications principales des méthodes modernes qui ont eu le plus de faveur.

Le malade, après un bain d'étuve, était couché sur le ventre sur un plan uni et résistant, les bras fixés au corps par un lien circulaire; des lanières étaient convenablement placées sous les aisselles, au-dessus des genoux, des talons, autour du bassin et rehces à deux bâtons en forme de pilon ; l'un recevait les liens axillaires et répondait à l'extrémité supérieure du plan sur lequel était couché le malade, vis-à-vis de la tête; l'autre, les liens des membres inférieurs et du bassin et prenait [)oint d'appui à l'autre extrémité vis-à-vis des pieds, A l'aide de ces leviers et de ces lacs se faisaient l'extension et la contre-extension; quant aux pressions directes, c'est tantôt avec la paume des mains, en s'asseyant sur la bosse, en y appliquant le pied, ou à l'aide d'autres moyens qu'elle doit être faite; le plîis puissant consiste en un long levier de bois dont une extrémité est fixée dans une entaille pratiquée dans la muraille, et l'autre est conllée à un ou deux aides, taudis que le plein appuie sur la gibbosité protégée par un coussin (1).

(1) Loc. cit., p. 203 et suiv.

S8() LEÇONS U'OKTHOI'ÉDIE.

Tout cela élait si bien tombé dans l'oubli au xvi* siècle, qu'Ambroise Paré ne savait opposer autre chose aux déviations de la (aille qu'un corselet de fer dont il nous donne la figure (1), moyen aussi pauvre et aussi insuffisant que la plupart des corsets que l'on a employés depuis.

Lazare Rivière rapporte que Ranchin, qui vécut à la fin du xvi' siècle et au commencement du xvii"-', eut à traiter madame de Montmorency, à laquelle était survenu un déjettement de l'épine, qu'on appelait luxation des deux vertèbres, par suite d'un catarrhe tombé du cerveau sur l'épine. L'illustre chancelier de la Faculté de Montpellier imagina d'abord de soumettre sa malade à l'action d'une presse à linge ; mais ce mode de traitement dut être abandonné, car il gênait singuhèrement la respiration. II fallut recourir à un nouvel expédient ; deux hommes vigoureux furent chargés de maintenir la malade, tandis que l'on exerçait à l'aide d'un cric dont une extrémité garnie de linge était appliquée contre la bosse et l'autre contre une muraille, une pression des [)lus vigoureuses sur la gibbosité; celte fois, on put réitérer ces tentatives, et l'on continua, est-il dit, jusqu'à ce que la malade fût guérie. L'histoire est là pour nous renseigner sur cette guérison, qui peut déjà compter comme exemple d'illusion orthopédique.

Cependant, au miheu de ce même siècle, Glisson (2) eut de nouveau recours à l'extension. L'appareil qu'il

(I) Ambroise Paré, édil. Maigaigne, l. II, p. 6H. ^2) Do racliiliililc, I 630.

inventa et que l'on désigne sous le nom d'escarpolette anglaise, devait d'ailleurs être fort incommode. Il conseillait cependant de faire croire à l'enfant qui y était soumis qu'il s'agissait d'un jeu, ce qui me semble assez difficile à concilier avec la suspension par le dessous des bras, la Ictc et les mains; la partie inférieure du corps dont on augmentait quelquefois le poids avec des sabots de plomb, servant à l'exlension, tandis que l'on balançait l'enfnnt à l'air. C'est d'ailleurs sous l'influence de la même idéequcNuckinventait un collier à l'aide duquel il suspendait l'enfant par le cou en le faisant élever à l'aide de cordes et de poulies et que naissaient plusieurs autres appareils qui, comme les béquilles, par exemple, doivent être rapportés à la méthode des extensions verticales.

Les méthodes et les moyens allaient du reste se multiplier singulièrement dès le xvui" siècle.

Andry (1) appelle l'attention sur les ressources que peut offrir l'emploi des attitudes, et indique avec soin la série de celles que l'on peut utilement conseiller en pareil cas; il les emprunte du reste en partie à Léonard de Vinci. Lorsqu'un enfant « penche trop l'épaule sur un côté », il recommande 1° de le faire se tenir sur un seul pied et de choisir celui qui répond à l'épaule élevée, les nécessités de l'équilibre devant l'obliger à relever l'épaule qui répond au pied détaché du sol ; 2" de faire porter un poids sur l'épaule qui baisse, se basant sur cette observation que l'épaule qui porte un fardeau

(1) Op. cit., t. II, p. 124 et suiv.

monte toujours plus haul que celle qui n'est pas chargée, il fait indilTéremmenl porter une échelle ou un poids, on peut môme confier celui-ci au bras correspondant à 1 épaule abaissée, le même effet tendra toujours à se produire. Il conseille encore, dans le même but, de lever un tabouret ou une chaise avec le bras, de mettre le poing sur la hanche du côté qui baisse, et enfin, dans la position assise, d'avoir un fauteuil à accoudoirs inégalement élevés.

Ces moyens pourraient être multipliés encore; ils sont, du reste, d'un tout autre ordre que ceux que nous avons eu occasion de rencontrer jusqu'à présent; ce n'est plus une action mécanique, mais bien une action dynamique qui est mise en œuvre; l'une et l'autre remplissent des indications diverses en concourant utilement au même but. Les altitudes ne représentent d'ailleurs qu'une partie de ces moyens dynamiques, la gymnastique a une bien autre puissance ; on a même pu croire, mais à tort, qu'elle pouvait suppléer tous les autres moyens.

Nous n'avons pas encore vu reparaître, si ce n'est dans le singulier essai de Ranchin, la pression hippocratique, c'est Venel et Levacher qui la remirent en usage. C'est donc autour de l'exlension et des pressions, des attitudes et de la gymnastique que tendent à se grouper les méthodes successivement mises en usage dès les premiers essais que tenta l'orthopédie; c'est désormais dans ce cadre que nous verrons aussi se placer les moyens plus nombreux que nous aurons à vous faire connaître, de telle sorte que dès à présent

DÉVIATIONS DE La taille. o85

nous pouvons nous servir de ces différents groupes pour diviser notre sujet.

Les groupes qui se rapportent aux moyens mécaniques proprement dits comprendront des subdivisions selon la manière dont ils ont été mis en usage ; nous avons vu paraîire Veœtension verticale avec Glisson, nous verrons Vextension horizontale entrer dans la pratique avec Venel ; nous venons de dire que cet auteur et Levacher avaient inauguré l'emploi moderne de la pression; ce fut aux pressions latérales, le sujet étant assis ou debout, qu'ils eurent recours, tandis que pour appliquer le même principe, Mayor (de Lauzanne) proposa de tenir le malade dans la position horizontale; ce sont là, pour ainsi dire, les idées mères de Iraitements en apparence bien divers. Nous allons maintenant rattacher à ces groupes les différents moyens imaginés et mis en usage selon les inspirations de chacun.

Nous n'entrerons pas dans de plus amples détails à propos des attitudes, ce que nous vous avons dit d'après Andry en donnant une idée suffisante, la gymnastique dispose de moyens plus puissants.

Vous trouverez dans ï Atlas de Delpech (1) sur l'or- Ihomorphie l'indication et la description d'exercices variés, ayant tous pour but de mettre en jeu la force musculaire et tendant à en régler la dépense de telle sorte qu'elle soit utilisée en vue d'un résultat particulier, se traduisant par une action déterminée sur tel ou tel point de l'épine, et d'y produire des tractions, des

(4) Pl. 84 à 67.

LEÇONS d'oRTHOPÉDIF..

mouvements dont il est laeile de prévoir l'utilité, qui est d'autant plus grande que l'on peut, dans ces exercices, arriver à décharger la colonne vertébrale du poids de tout le corps.

C'est à ce résultat que l'on tend dans le jeu de l'escalier spiral, de la corde à nceiids ou de la corde unie, du mât poli, dans lesquels tout le poids du corps est porté et soulevé par les membres thoraciques, landis que par son propre poids la partie inférieure du corps exerce dans certains moments une traclion sur le racliis et que les nécessités particulières de l'exercice obligent à certaines attitudes qui mettent nécessairement enjeu les muscles de l'épine. La traction sur l'épine, selon son axe, est encore plus assurée dans l'exercice des cordes obliques, et lorsque l'on joint à des cordes semblablement disposées le chariot roulant sur lequel les malades, lorsqu'ils s'étendent, peuvent laisser reposer la partie antérieure du tronc comme dans une goultière, on les a mis à peu près dans les conditions de la natation, car pour avancer ou se maintenir, ils sont obligés de se servir simultanément des membres supérieurs et inférieurs.

Ils ne sont du reste bien soustraits à l'action de la pesanteur que dans les exercices horizontaux, mais aucun ne réunit à ce point de vue d'aussi grands avantages que la natation.

Quelle que soit, d'ailleurs, l'ulilité de tous les exercices de ce genre, qui est rendue évidente, par exemple, par les résultais auxquels était arrivé l'abbé dcFontenu, en redressant à un certain point ses courbures normales

par un exercice quotidien, el que fait très bien comprendre ce que nous savons de la fâcheuse intluenco du poids du tronc sur le rachis qui lui est livré sans défense, par suite de l'inertie des ligaments et des muscles; quels que soient enfin les avantages de l'exercice contre celte débilité et le mauvais état général du sujet, cependant il ne faudrait pas vous flatter de suffire avec les attitudes et la gymnastique seules au traitement des déviations de la taille. En supposant même que, durani les exercices, l'action musculaire lutte toujours d'une manière suffisante contre le poids de la tête et du tronc, celui-ci réagit à son tour lorsque les muscles sont fatigués et se reposent-, il faut donc, de toute nécessité, qu'à ce moment au moins le rachis soit soutenu : de là le besoin de moyens mécaniques.

Je dois dire cependant que le traitement des déviations par la gymnastique seule, sans appareil mécanique, a été tenté de nos jours, et madame Martigny, qui dirigeait le traitement, m'ayant appelé à diverses reprises à constater les résultais qu'elle obtenait, j'ai pu examiner plusieurs sujets chez lesquels la déviation était restée stationnaire ou avait reculé. Un des cas les plus remarquables était celui d'une jeune fille qu'elle croyait avoir guéri et qu'elle fit ramener de la province pour me la montrer, elle avait pris de l'embonpoint et avait, à la vérité, une conformation qui pouvait sembler assez régulière pour un œil moins exercé ; il était néanmoins facile d'y découvrir les stigmates de la torsion. La gymnastique sera donc un très bon auxiliaire dans le trailement des déviaUons de la (aille; à coup sûr

elle constitue un des meilleurs moyens préventifs.

Quelle que soit d'ailleurs la nature des moyens préventifs que vous mettrez en usage , soit- que vous les empruntiez à l'hygiène, aux mo^lificateurs généraux, aux frictions ou aux moyens dont nous venons de vous parler, et qui sont les plus puissants de tous et à peu près les seuls réellement efficaces, il importe dès lors de conseiller de faire reposer les malades sur un lil dur et dans le décubitus dorsal ; vous, pouvez en effet prédire presqu'à coup sûr que les petites personnes pour lesquelles on vous consulte se couchent sur le côté.

Les moyens dynamiques peuvent donc faire la base d'un traitement préventif et s'associer heureusement aux moyens mécaniques pour le traitement curatif. Nous avons maintenant à examiner ces derniers.

Déjà nous avons eu occasion, en parlant de la machine proposée par Glisson, de dire que la traction réalisée à l'aide de son appareil s'opérant par le soulèvement de la partie supérieure du tronc, tandis que toute la partie inférieure était livrée aux lois de la pesanteur, avait réalisé l'extension verticale; souvent peut-être vous avez vu pratiquer l'extension verticale sans vous en douter dans ce jeu maladroit qui consiste à prendre un enfant par la tête et à le soulever, ou plus communément encore par les individus qui marchent avec des béquilles. Ceux-ci sont suspendus par les aisselles, ceux-là par la tête, le moyen de suspension seul varie; seulement si le soulèvement du corps entier par l'action des membres thoraciques aidés de ces leviers appelés béquilles, est acceptable, il n'en est plus de même de

DÉVIATIONS DE LA TAtLLtî.

cette sorte de pendaison à laquelle Glisson et.Nuck condamnaient leurs malades; aussi y i-enonça-t-on bientôt, et tout en continuant à faire des appareils qui ne différaient guère les uns des autres que par la manière dont ils prenaient leurs points d'appuis supérieurs, songea-ton à trouver un point d'appui inférieur pour la résistance, il devait nécessairement être placé sur le bassin.

Heister (1), qui déclare tout d'abord que le meilleur moyen dont on puisse se servir est une cuirasse garnie de lames de fer ou de baleines, surtout à l'endroit qui doit appuyer sur la bosse, ce qui nous fait rétrograder jusqu'à A Paré, rappelle cependant (|ue les chirurgiens ont encore imaginé d'employer contre cette difforuiilé un instrument particulier qui a la forme d'une croix, dont il donne la ligure. La lige est appliquée contre le rachis, l'extrémité inférieure est fixée au bassin par des liens, et l'extrémilé supérieure au cou, par une espèce de collier, tandis que les bras de la machine répondent aux épaules, de telle sorte qu'à l'aide d'une large courroie passée sous les aisselles, le tronc se trouve à la fois soutenu et suspendu.

Cet appareil fut modifié par un chirurgien nommé Roux, qui allongea la tige de manière à venir prendre point d'appui sur l'occipul et le menton pour soulever le tronc; ce même auteur se servait aussi d'un corps de fer-blanc prenant inférieurement point d'appui sur les lianclies et repoussant en haut la mâchoire inférieure et l'occiput.

(1) [nslitul de chirurgie, t. lH, p. 103 ei, pl. xxiv; traducl. franç. par Paul. Avignon, 1770.

Mais parmi les machines de ce genre, la mieux conçue esl celle que Levaclier imagina, et qu'il présenta à l'Académie de chirurgie en 1768 (1). Cette machine a pour pièce principale une lige en fer jouant à l'aide d'une crémaillière dans une douille en cuivre solidement fixée à un corset hien baleiné, qui embrasse le thorax et les hanches ; cette tige se recourbe à sa partie supérieure et est reliée à un système assez compliqué qui saisit solidement la tête, de telle sorte que le jeu de la crémaillière tendant à éloigner l'une de l'autre les deux extrémités de la tige, la colonne vertébrale est soumise à une Iraction continue que l'on peut graduer à volonté. Levacher oblint, à ce qu'il paraît, des succès apparents dont il rendit témoins Louis, Andouillé, Didier, Delamalle et autres membres de la docte société-, il se loue beaucoup de sa machine, ce qui ne l'empêcha pas d'en inventer une autre peu de temps après.

Il fait, du reste, des distinctions cl des réserves importantes ; il ne compte plus sur le succès après douze ou treize ans, ni lorsque la courbure a commencé de bonne heure et a fait de grands progrès ; « cependant, ajoute-t-il, il n'y a rien de désespéré, surtout si la courbure est sans torsion des vertèbres, car la torsion est l'accident qui résiste le plus à l'action de la machine et à quoi il faut prendre garde pour ne pas porter un pronostic inconsidéré. =>

Il y a dans ces appareils dont la valeur est, du reste,

(4) Levacher, Nouveau moyen de prévenir el de guérir les courbures de l'épine {Mém. de l'Acad. de chir., <762, t. IV).

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mille ou nsscz faible, une idée nouvelle dont il ûiut tenir compte, c'est d'appliquer l'extension au malade debout, de manière à lui permettre de marcher et même de se coucher avec sa machine ; la plupart de ces appareils modernes, que l'on désigne sous le nom de ceintures orthopédiques^ utilisent cette donnée. Seulement, ainsi que vous le voyez, de même que l'on a renoncé primitivement à la suspension de Glisson et de Nuck, de même maintenant on a laissé de côté comme incommode la traction exercée sur la têle comme la pratiquait Levacher, ou la pression sur la mâchoire et l'occiput. On est revenu au point d'appui indiqué par Heister, et c'est sous les aisselles que vous voyez dans ces différentes ceintures s'établir la pression supérieure. Cette région est embrassée par un croissant mélallique suffisamment garni, tandis qu'inférieurement un point fixe est offert par une ceinture pelvienne, chaque appareil offre ordinairement deux tuteurs ou béquilles, de telle sorte que c'est sur les parties latérales du tronc que sont transportées dans les appareils modernes les tiges de sustentation.

Mais l'action de toutes ces machines est, vous le comprenez bien, insignifiante au moins comme appareils de redressement, ce sont tout au plus des appareils contentifs. Comment supposer, en effet, qu'une extention quelque peu eflicace pourra être établie quand pour cela il faudra presser fortement une région comme l'aisselle, dont la sensibilité se révolte contre toute action douloureuse, tandis que la mobilité du scapulum élude la majeure partie de la pression? Aussi verrez-vous, par

âOO LEÇONS d'orthopédie.

exemple, en consultant l'orthomorphie (1) de Delpech, que cet auteur, après avoir imaginé et employé pendant quinze années un appareil de cette espèce dont la construction complexe ra[)pelle à la fois celui d'Heister et celui de Levacher, y renonça complètement plus tard.

Les appareils de ce genre que font aujourd'hui les fabricants ne sont, en définitive, quelles que soient les pièces qu'ils y ajoutent, qu'une variété de corsets, et pour obtenir en prenant point d'appui sur le bassin une véritable et puissante action, il fallait disposer d'une manière toute différente le levier auquel la ceinture pelvienne sert de base de sustentation. C'est ce qui a été réalisé avec beaucoup de bonheur dans un appareil dont nous ne vous parlerons que plus tard, car pour expliquer son action nous aurons besoin d'invoquer l'application de principes que nous étudierons en faisant l'histoire des pressions. 11 nous reste encore, avant cela, à vous parler de l'extension horizontale.

Avant de vous dire à quels appareils l'application de ce nouveau principe donna naissance, il est bon de vous rappeler que, dans la position horizontale, la colonne vertébrale étant débarrassée entièrement du poids de la tête et du tronc tend à se redresser spontanément, ainsi que le prouve l'accroissement de la taille au moment du lever. Dans les courbures pathologiques permanentes, même prononcées, il y a toujours dans cette position un certain degré de redressement qui s'opère, et dont il faut même toujours juger lorsque l'on examine un malade, soit en

(i) AtUis, pl. Lxxiii, p. 4 05.

DÉVIATIONS DE LA TAlLLIî. 391

employant simplement le déciibitus, soit en exerçant des tractions sur les extrémités ; aussi l'on comprend, lorsqu'on a pu observer les changements que produit celte altitude dans les déformations, que M. Bouvier professe que la seule position horizontale agit presque aussi puissamment que tous les moyens mécaniques.

Quelles que soient l'exactitude et la justesse de ces observations, je n'hésite cependant pas à déclarer que l'adoption de la position horizontale comme condition première de l'application des moyens mécaniques, fît reculer la science orthopédique ou tout au moins retarda ses progrès. Quelle est d'ailleurs la valeur des moyens mécaniques dont elle permet l'appHcation, au moins en ce qui concerne l'extension que seule nous examinons encore.

Ceci nous conduit à vous parler des lits orthopédiques. L'année même ou Levacher montrait à l'Académie de chirurgie l'appareil que vous connaissez, Venel imaginait l'extension horizontale et inventait à cet effet un lit mécanique qu'il ne- fit cependant connaître que plusieurs années plus tard, et dont on trouve la description dans les mémoires de la Société des sciences physiques de Lausanne (année 1788), et dans l'ouvrage de M. Mellet (1). Venel exerçait à la fois des tractions sur la tête, au moyen d'un serre-tête auquel était fixée une corde, et sous les aisselles au moyen de lacs, pour l'extension de la partie supérieure du tronc ; sur le bassin, au-dessus des genoux et des

(1) Op. cil., p. 169.

392 LEÇONS U'OKTIIOI'ÉDIE.

malléoles, pour celle qui devait agir sur la partie inférieure du corps ; son malade était étendu sur un plan horizontal ou légèrement incliné, et c'est à l'aide d'un treuil que les puissances extensives étaient mises en mouvement.

Cela était déjà fort compliqué, c'est cependant un des appareils les plus simples parmi ceux de ce genre, il devait en effet trouver des imitateurs. Heine de Wurtzbourg inspiré, d'après le dire de M. Mellet, par la lecture de la brochure de Yenel, adopta à son tour l'extension horizontale ; quoiqu'il en soil il crut pour l'appliquer devoir inventer un nouveau lit. Ce fut de Wurtzbourg que nous vint la méthode de l'extension horizontale, elle s'introduisit en France d'une manière assez singulière.

Vers 1820, un jeune homme, employé de commerce, après avoir vainement cherché à Paris des moyens eflîcaces de traitement pour une courbure d'arrière en avant de la colonne vertébrale, vint, spr les indications de d'Ivernois, se confier aux soins de Beine à Wurtzbourg. 11 ne tarda pas à entrevoir l'avanlage qu'il y aurait à fonder à Paris un établissement analogue à celui de Heine, et s'élant rendu compte de la disposilion du lit à extension à l'action duquel il était soumis, en ayant même pris le dessin, il revint à Paris et y fonda le premier établissement orthopédique destiné à la cure des déviations du rachis, bien connu depuis sous le nom d'élablissement de Chaillot ou de Milly du nom de son fondateur. Ce fut la machine de Heine (pii y faisait les

l)^;vl.vTl0^s dk la ïailli;. 393

Trais du Iraileiiient, mais sou imporlaleur n'avait eu garde d'oublier de la perfeclionner.

Avant celte épo.que, Humbert avait, il est vrai, déjà établi à Morley un établissement du même genre, où il opérait aussi à l'aide de maebines toutes spéciales, mais à peine l'extension borizontale fut -elle acclimatée à Paris qu'elle s'y multiplia singulièrement, si bien, (|u'apparurent presque simultanément les lits de Maisonabe, de Jalade-Lafond, de Martin et Duvoir, et divers établissements dont il est inutile de vous parler. De son côté, Delpecb employait à Montpellier l'extension borizontale et donnait en 1828, dans son Traité de l'orlhomorphie les dessins des lits qu'il avait imaginés, et dès 1823, Shaw Taisait connaître en Angleterre une méthode de traitement qui se rattache à celle dont nous retraçons l'histoire (I).

Ces extensions sur des lits Turent depuis reprises un peu par tout le monde; je ne puis donc, après vous avoir fait assister à la naissance et aux débuts de la méthode, vous dire par qui elle fut employée dans la suite, je ne puis davantage entrer dans la description particulière des machines mises en usage, pas même de celles que je vous ai indiquées tout cà l'heure, et qui du reste ont été oubliées et remplacées par d'autres. 11 nous suffira de nous rendre compte d'une manière générale des principes de la construction de ces machines, toutes tellement compliquées en apparence qu'il semble,

(1) On Ihc nature and Ircalmenl of Ihe distorsions lo ivhich thc spiiw, elc. London, !823,

en les voyant, (iiie les conditions qu'elles remplissent sont impossibles A réaliser clans la pratique. Le lit de John Shaw peut seul être excepté de cette critique que je ne saurais trop sérieusement adresser à d'énormes complications instrumentales, dont l'inutilité est démontrée par la machine nouvelle qui succède cliaque jour à l'ancienne, et cela dans bien des cas enirc les mains du même orthopédisle.

Tous ces appareils ont pour base une planche ou un sommier, un plan résistant et suffisamment garni ; ce plan peut être horizontal ou incliné, il est des lits où l'une de ces positions est invariablement adoptée, d'autres comme ceux de Delpech, où elle peut être graduée à volonté. Les forces extensives sont empruntées à l'action de la pesanteur, à celles des ressorts, ou bien à des mécanismes plus ou moins compU(iués : c'est ainsi que dans le ht de Heine, l'exlension est pratiquée à l'aide de ressorts d'acier, avec des poids de fonte dans la machine de Maisonabe, avec des leviers dans celle de Humbert; c'est à l'aide du mécanisme bien connu du tourne-broche que l'appareil de Jalade-Lafond était mis en action.

Toutes ces forces que plusieurs se sont efforcés de calculer aussi exactement que possible, à l'aide de cadrans indicateurs adaptés au ht, sont le plus habituellement transmises aux deux extrémités du tronc par l'intermédiaire deceintin^es pelviennes, de colhers embrassant la mâchoire inférieure et la région occipitale, ou de casques dans lesquels est logée la tête et auxquels sont fixées des cordes ou des lanières, mises

elles-mêmes en rnpport avec les agenis d'extension.

Ces quelques indicalioiis suffisent pour vous foire comprendre que les extensions sont faites [larallèlement à l'axe du Irone, agissent sur les deux extrémités de la lige rachidienne qu'ils tirent en sens inverse, se répartissent par conséquent sur toute l'étendue de cette tige, aussi bien sur les parties saines que sur les parties maliides, sur les ligaments que sur les muscles, et tendent à amener et à maintenir à un certain degré de distension les moyens d'union des différentes pièces de la colonne vertébrale et les organes chargés de la mouvoir.

Ce n'est donc que très indirectement que l'on peut arriver par cette méthode à agir sur les difformités elles-mêmes ; de là sans doute des inconvénients bien faciles à prévoir, mais que nous n'examinons pas encore, et que l'on a voulu éviter en modifiant la construction de certains de ces appareils.

C'est ainsi que John Shaw a le premier cherché à faire porter plus particulièrement les effets de l'extension longitudinale sur des portions déterminées delà colonne vertébrale. Nous avons dit que son appareil avait le mérite de la simplicité : le malade est étendu sur un plan incliné, de telle sorte que le poids du corps fournit la principale force d'extension. 11 importe pour cela que le tronc soit solidemeut fixé; la tête et le bassin sont retenus par un bandage approprié, le thorax à l'aide " d'un corset noa baleiné; mais chacune de ces régions repose sur une planchette séparée, munie deroulettes, de telle sorte qu'un intervalle libre qui tendra à augmenter

^•^O LKÇONS d'oui HOPÉDIK.

par l'elTel de la Iraclion peut être ménagé enirc la lêlc et les épaules, ënire les épaules et le bassin.

C'est à l'aide de cette disposition qu'ils ont cni|)runlée à l'auteur anglais, que MM. Pravaz et Jules Guériu, voulurent localiser l'extension de manière à ne pas fatiguer inutilement les parties saines de l'épine, et à concentrer toutes les forces extensives sur celles qui sont courbées.

Chacun de ces auteurs imagina à cet effet, un lit dont le [ilan incliné et des châssis pouvant se séparer l'un de l'autre constituent la base, seulement celui de M. Guérin diffère de celui de Pravaz eu ce que les châssis sur lesquels repose le corps du patient sont au nombre de trois, tandis qu'il n'y en a que deux dans celui de Pravaz ; de telle sorte que c'est le litde M. Guérin qui ressemble le plus à celui de John Shaw. Il est cependant d'une construction beaucoup plus compliquée que ce dernier, mais de même que l'appareil primitif il n'a pas rempli les espérances de la théorie, aussi ces appareils, abandonnés par leurs auteurs, ont-ils été-pkis tard remplacés par d'autres, ainsi que nous le verrons.

Il n'est donc pas facile de réaliser avec la seule extension longitudinale une des conditions les plus nécessaires au traitement des difformités qu'elle a la prétention de combattre, à savoir l'action sur la difformité ellemême. On a pu, il est vrai, plus efficacement en modifier l'action dans le but d'éviler aux muscles et aux ligaments une partie de la fatigue inutile qu'on leur imposait, en faisant en sorte que les puissances extensives auxquelles ils étaient soumis ne fussent pas assez inva-

riables dans leur aclion pour ne pas leur permellre de réagir dans une certaine mesure ; c'est ce que peuvent permettre, par exemple, les extensions pratiquées à l'aide des poids, ou celles qui sont laites à l'aide de ressorts élastiques, comme le pratique encore M. Bouvier; c'est à quoi voulaient atteindre aussi certains exercices permis ou favorisés par la disposition des machines; c'est ce qu'en particulier Jalade-Lafond avait cru réaliser à l'aide d'un mécauisme compli(]ué qui, selon les expressions de Thillaye dans son rapport à l'Académie de médecine (1), donnait successivement V une action croissante, 2" une action décroissante, o" un repos ou tension modérée après laquelle elle agissait de nouveau de la manière indiquée ; mais, quelle que puisse être la valeur pratique des différentes manières de comprendre et d'appliquer l'extension longitudinale, il n'en reste pas moins acquis qu'elle est complètement insuffisante.

C'est aux pressions latérales surtout que l'extension longitudinale est venue emprunter la puissance qui lui faisait défaut; combinées avec elle, les pressions ne constituaient qu'un moyen adjuvant dont chacun avait été d'ailleurs conduit à se servir d'une façon ou d'une autre, mais les pressions latérales ont, elles aussi, fait la base de méthodes particulières dont il convient d'examiner également les moyens et le mode d'action. De même que l'extension longitudinale, on les a employées dans la position debout ou dans le décubitus.

Comme complément de l'extension longitudinale qu'il

(1) 6 septembre 182.'i.

m Leçons d oRTiiorÉbiiî.

ne pratiquait que pendant la nuit, Yenel faisait porter pendant le jour à ses malades un corset à tuteur muni de plaques et de vis, à l'aide duquel il soutenait le rachis et exerçait des pressions qu'il croyait surtout propres à maintenir les parlies saillantes. De son côté, Levacher reconnaissait que l'extension à laquelle il avait recours ne suffisait pas toujours pour redresser la colonne vertébrale, en parliculier, « lorsqu'elle était torse sur ellemême », et l'année même (1768) où il faisait connaître à l'Académie de chirurgie sa machine à extension , il inventait un fauteuil à l'aide duquel ou pouvait exercer des compressions que dès lors il combina aux extensions pour le traitement des difformités du rachis, ce que fit également son homonyme Levacher (de la Feutrie).

Le fauteuil (1) décrit par ce dernier est composé de quatre montants solides, percés de trous, auxquels est adaptée à une hauteur convenablè une planche qui sert de siège et (pii, grâce à deux autres planches de six pouces, qui lui sont adaptées de champ, et dont l'une peut à volonlé être rapprochée ou éloignée à l'aide de vis, forme non-seulement un siège pour le malade, mais encore un étau dans lequel peut être solidement fixé le bassin. 11 devient facile alors d'exercer des tractions en sens inverse sur le tronc du malade, à l'aide de larges lanières matelassées, dont les extrémités munies de liens solides sont engagées dans les trous ménagés de distance en distance dans les montants.

Supposant, comme Levacher, une déviation à con-

(4) Levacher (de la Feulrie), Du rakitis, p. Paris, 1772, pl. T.

DÉVIATIONS DE LA ÎAILLË. ô99

vexité droite, nous pourrions, comme vous le comprenez, agir sur la convexité, c'est-à-dire sur la bosse, en l'attirant à gauche, à l'aide d'une ou de plusieurs lanières fixées aux montants du même côlé, tandis que la partie supérieure et inférieure de la colonne serait attirée en sens inverse par des lanières dont le plein répondrait au nanc et à l'aisselle gauches, et dont les extrémilés seraient reliées et serrées aux montants du côté droit.

11 était ulile de vous donner l'idée de la machine de Levaeher et de sa manière d'agir, car il y avait dans l'application de ces pressions latérales et alternatives des données loutes nouvelles une méthode entièrement neuve et dont la puissance semble incontestable, et que de nos jours MM. Chailly et Godier ont voulu de nouveau réaliser dans la position verticale à l'aide d'un appareil portatif; mais cette méthode était restée oubliée jusqu'à l'époque où Mathias Mayor la reproduisit sous une aulre forme (I).

Rappelant que pour redresser un arc on est obligé d'en attirer avec les deux mains les extrémités contre soi, tandis qu'avec le genou on en repousse le milieu en sens inverse, envisageant de plus la tête et les hanches comme les extrémités d'un levier dont on peut se servir à peu près de même, tandis que l'on déprime la courbure saillarite placée entre ces deux extrémités, Mayor proposa d'étendre le malade sur une grande attelle ou couchette, de manière que le côté même qui est convexe et proéminent repose sur ce plan résistant et fasse corps avec

(1) Mémoire sur le traitement des gibbosités , par M. Mayor [Jouriutl des progrès des sciences et Institut m.édical, t. XIII, p. 161).

fl^^ LEÇONS D'0RTIinPK!)IF..

lui :ui moyen d'un lien transversal qui l'y lixe, landis que la tête et le bassin seront attirés par des liens obliquement disposés dans un sens opposé à l'action du lien transversal. « De cette manière, dit-il, la tête et les hanches, c'est-à-dire les deux extrémités de l'arc, seront retenues en place et inclinées sur la planche du côté de la bosse, tandis que celle-ci sera compressée et entraînée dans le sens opposé, par l'effort du lien transversal ». Le même but peut être atteint en plaçant le malade sur le dos « pourvu qu'on fasse agir directement sur la bosse le milieu d'un lien compressif, dont les deux chefs seront ramenés en travers pour le fixer au bord opposé de la planche , c'est-à-dire au bord qui répond à la partie concave de la taille. »

Delpech (1) avait déjà employé des moyens analoj^ ues en se servant de tirages perpendiculaires combinés avec l'extension parallèle , mais la machine de Levacher devait encore être reproduite sous une nouvelle forme.

M. J. Guérin, renonçant en effet à l'extension parallèle dont il avait reconnu l'insuffisance et les inconvénients, imagina ce qu'il appela Vexiension sigmdide (2), « destinée, selon lui, à substituer des courbures artilicielles aux courbures pathologiques, de manière à donner à la colonne la forme d'un S dans un sens directement opposé à l'S que représente ordinairement la déviation pathologique. » C'est toujours le bâton dont on veut redresser la courbure en la poussant en sens contraire jusqu'à en produire une en sens inverse; M, Guérin

(1) Delpech, Orlhomorph., Allas, pl. lx, p. 102. I (2) Gazelle médicale, 1835, p. 733.

dkvIaTions hk La TaIlli:. /|01

donne du reste, comme Mnyor, celte comparnison pour expliquer l'action de sa machine qui agit en effet comme celle de Levaclicr et comme celle de May or, avec celte différence qu'elle comporte un mécanisme parlienlier.

Deux châssis, placés sur une couchette et fixes i)ar un de leurs angles, l'inférieur gauche pour le châssis su[)éneur, le supérieur droit pour l'inférieur; trois coussins, le moyen fixe, les deux autres destinés à suivre les mouvements des châssis : telles sont, sans compter les agents moteurs, crémaillères et manivelles, les pièces principales du nouveau lit de M. Guérin. Les châssis pivotant sur un angle opposé, aux deux extrémilés d'un même diamètre transversal, doivent nécessairement, lorsqu'on les fait glisser sur le plan horizontal de la couchette, se porter en sens inverse et attirer dans leur direction les exirémités du cQj^ps qui y sont fixées, de telle sorle ([ue les jambes et le bassin se portent de droite à gauche, les épaules et la tête de gauche à droite. La convexité des courbures venant arcbouter, d'autre part, sur deux plaques rembourrées que l'on fixe à leur niveau, les portions courbes de l'épine sont placées dès lors dans la condition de l'arc dont on athre les exirémités vers soi, tandis que l'on repousse en sens inverse la partie courbe jusqu'à la défléchir.

Quel que soit le mécanisme employé, c'est toujours la même idée et l'effet produit est toujours identique. L'idée fondamentale est non-seulement la même, mais les moyens accessoirement mis en usage sont semblable;s. Les deux Levacher étaient arrivés à employer simullanément l'extension et les pressions latérales,

LEÇONS D'oRTIIOfÉDtE.

Mayor disposait obliquement ses liens supérieurs et inférieurs, afin d'obtenir la môme combinaison, et M. Guérin cherchait le même résultat à l'aide de lanières et de ressorts, comme dans les lits à extension parallèle.

Ici, du moins, l'extension parallèle n'est-elle plus qu'accessoire, c'est un véritable progrès, et si ce moyen ne détruit pas la torsion, bien qu'il ait été imaginé pour la combattre, au moins en tirant et en pressant en sens inverse sur les courbures, vous n'êtes pas exposé à distendre des parties saines ou déjà trop relâchées, et êtes-vous dans de meilleures conditions pour redresser et étendre celles qui en ont véritablement besoin.

Des pressions et des extensions, voilà donc ce que peuvent nous fournir les différents appareils orthopédiques que nous venons de [)asser en revue. Depuis Hippocratc, nous avons vu créer bien des machines, mais nous n'avons rencontré aucune idée véritablement nouvelle.

Nous avons à notre disposition des moyens dynamiques et des agents mécaniques, nous savons que l'on a quelquefois voulu n'utiliser que l'un ou l'autre de ces ordres de moyens, mais pour le plus grand nombre la nécessité de leur combinaison est implicitement au moins admise, et cependant, lorsque l'on examine la manière de faire de chacun, on constate que l'indication dynamique est ordinairement sacrifiée à Tindicalion mécanique. Quel exercice, quelle action laisse-t-on en effet aux muscles, quand on emploie les appareils que nous connaissons? On a voulu redresser, on a poursuivi ce

DIîVÎATIONS de la TaILlIî.

but avec tout l'aveuglement de la préoccupation, un même orthopédisle a changé pour cela jusqu'à quatre fois de méthode et il n'y est pas arrivé, personne n'y a pu complètement atteindre, et cependant c'est un bien mince résultat que de redresser la colonne, il faut la maintenir droite.

Nous savons qu'il faut pour cela des muscles dont la coniractilité soit énergique, des ligaments dont la résistance soit complète, et nous savons aussi que, quelle que soit l'heureuse influence d'une bonne alimentation, elle n'est réellement utilisée dans ce but que lorsque le sujet développe et mainlient par un exercice suftlsant son système musculaire. On tient eomple, il est vrai, de cette nécessité, et Delpech a insisté en particulier sur la nécessité de recourir à différents ordres de moyens; il compte sur les très heureuses ressources qu'offrent les exercices gymnastiqucs, et plusieurs partagent son opinion; mais est-ce remplir ces indications que d'employer les moyens mécaniques et de faire exécuter ensuite des exercices dans lesquels les effets de la pesanteur viennent à faire de nouveau sentir leur influence à la colonne vertébrale, à laquelle vous retirez le soutien que vous lui donniez tout à l'heure? C'est jus(|u'à un certain point, au contraire, mettre en lutte les deux ordres de moyens employés : c'est l'ouvrage de Pénélope, où la nuit on défait le travail du jour.

Bien plus, on a fait de la position horizontale la condition rigoureuse des moyens extensifs et môme des moyens compressifs, il a fallu par conséquent non- seulement tenir les malades presque continueflcment étendus

kOll LEÇONS d'orthopédie,

sur un lit, mais on a cru devoir encore ajouter à celle cause (l'affaiblissement pour les muscles devenus inactifs et pour les ligamenls relâchés sous l'influence de la débilité génénde, l'action d'extensions parallèles qui, nous vous l'avons fait remarquer, en allongeant les ligamenls du côlé concave, tendent aussi bien à les distendre du côté convexe, qui agissent en somme beaucoup plus sur les ligaments sains que sur ceux à qui les progrès du niai ont enlevé leur souplesse; de telle sorte que j'ai vu ainsi obtenir des élongations extraordinaires presque sans aucun bénéfice pour la déviation. On adopte de semblables moyens alors que le traitement peut durer deux ou trois ans et qu'il est reconnu que la seule position horizontale agit presque aussi puissamment que tous les moyens mécaniques (1).

La méthode des extensions parallèles semblerait, par cela même, complélement jugée, et cependant on l'emploie encore dans les élablisscmcnis orthopédiques, et elle donne môme des guérisons véritables, durables, dont M. Bouvier a pu citer des exemples; ce qui prouve tout simplement, ainsi que j'ai eu occasion de le dire ailleurs, qu'un mauvais procédé peut réussir enire les mains d'un habile opérateur.

La méthode des pressions doit-elle encourir les mômes reproches? La manière dont elle agit est toute différente : en repoussant directement la convexité d'une courbure rachidienne vers le côté concave on distend très cnergiqiiement la portion des ligamenls qui se trouve rélrac-

(1) Bouvier, loc. cil.

tée et affaissée el l'on n'allonge pas l'aulre portion déjà distendue outre mesure ; au contraire, on tend à la raccourcir un peu el à lui rendre ses dimensions normales. Le moyen est donc bon, mais par malheur la courbure dorsale entraîne habituellement deux courbures secondaires sur lesquelles l'opérateur n'a aucune prise pour appliquer les pressions latérales. Dans les méthodes que nous avons examinées, on n'agit efficacement que sur la courbure dorsale; de plus, les muscles restent inaclifs, et non-seulement on ne leur laisse rien à faire, on ne sollicite pas leur contraction , mais encore on a voulu que la position horizontale fût également de rigueur pour appliquer cetle méthode.

J'ai eu occasion de vous rappeler que MM. Chailly et Godier avaient voulu, à l'aide d'une machine portative, prati(iuer sur le sujet debout les pressions que Levacher obtenait à l'aide de son fauteuil; mais là n'est pas encore la solution du problème, car si nous rejetons le principe de la position horizontale comme base d'opérations pour ainsi dire, nous avons avant tout voulu établir qu'il fallait simultanément et non successivement remplir l'indication dynamique et l'indication mécanique, c'est-àdire à la fois soutenir et redresser la colonne vertébrale, exercer et par conséquent fortifier les muscles qui concourront ainsi à opérer le redressement et seront aptes ensuite à le maintenir au degré que l'on aura pu obtenir.

Ce problème, je l'ai déclaré résolu lorsque, dès '1837, j'ai dit que la ceinture à levier, dite ceinture Hossard^ bien qu'introduite dans la science par un homme qui lui était étranger sous bien des rapports, offrait tous les

LKÇONS d'orthopédie.

avantages que nous cherchons; mon expérience personnelle et les faits qui se sont produits depuis cette époque à propos du traitement des déviations de l'épine n'ont fait que me confirmer dans celte appréciation.

Ainsi que l'a dit l'inventeur, le système de Mayor, qu'il faut, nous le savons, rapporter à Levacher, est celui qui se rapproche le plus du sien. Cet appareil a en effet pour but de déterminer, à l'aide d'une pression légère, des courbures inverses à celles que l'on veut combattre, seulement la pression n'est exercée que sur la convexité de la courbure principale, et c'est à l'action musculaire qu'est laissé le soin de corriger les courbures de compensation, de telle sorte qu'il faut non-seulement que le sujet soit debout, mais encore qu'il marche pour que l'appareil agisse efficacement.

Supposez que vous exerciez avec la main une pression latérale sur la convexité de la courbure dorsale d'un sujet atteint de déviation, sous l'influence de l'effort que vous ferez pour redresser ainsi sa courbure par pression directe, le tronc tendra à s'inchner du côté opposé à la pression; mais cette inclinaison rompant l'équilibre, l'exposerait à des chutes, aussi le sujet s'incline-t-il instinctivement du côté de la main qui le presse, et pour y arriver, redresse ses courbures de compensation, ce qui ne peut se faire sans que la principale ne se redresse aussi. Il faut donc que, pour obéir aux lois de l'équilibre, le malade mette en œuvre une gymnastique continue et instinctive. xMaintenant, messieurs, vous comprendrez aisément la construction de l'appareil Hossard, son action et sa portée.

Un point fixe est pris sur le bassin à l'aide d'une ceinture très solide, retenue par un sous-cuisse passé au côté gauche. A cette ceinture est adapté un levier liiit d'une seule pièce. Ce levier, qui doit être inflexible et résistant, répond à la ligne médiane en bas, mais la croise obliquement de bas en haut pour se porter à gauche; son inclinaison peut, du reste, être augmentée ou diminuée par un mécanisme très simple qui ne nuit en rien à sa fixité- A l'extrémité supérieure libre vient s'attacher une large courroie de cuir qui doit contourner obliquement le côté droit du thorax et venir se fixer en avant et à gauche sur la ceinture elle-même, de telle sorte que quatre pièces seulement constituent fout l'appareil.

Vous comprenez aisément comment la pression est appliquée sur le centre de la courbure dorsale par la courroie dont les extrémités sont fixées à gauche, tandis que le plein embrasse, en l'enlaçant, la partie latérale droite de la poitrine, et vous voyez dès lors comment on peut reproduire avec l'appareil ce que nous faisions avec la main, vous savez également quels effets doivent s'ensuivre

L'action de cet appareil ne peut être brusque, la pression doit être modérée ; elle peut être proportionnée à la force du sujet par l'inclinaison que l'on donne au levier et par la tension de la courroie-, il n'y a pas là de force mécanique qui vienne lutter avec plus ou moins de violence contre une disposition anormale, il est vrai, mais à la formation de laquelle ont présidé les mêmes lois que celles qui régissent le développement normal

/lOiS LKÇO^S d'oUTHOI'KUIK.

des parties, mais iiiio aclioii [latieiile qui tend à ramener à une meilleure direction les forces de la nature, et non à les anniliiler en voulant les remplacer et qui, comme elles, agit graduellement.

Les appareils de celte espèce sont rares en orthopédie ; je n'en connais qu'un qui puisse lui être comparé, c'est celui que nous vous avons indiqué à propos du genou cagneux et qui, comme celui que nous étudions actuellement, réclame le concours des muscles pour agir, mais en dirige incessamment l'action contre la difformité qu'il veut combattre. Est-ce à dire que la ceinture Hossard soit un appareil parfait? assurément non, mais c'est certainement le meilleur de tous ceux qui ont été inventés contre les déviations de la taille.

D'abord l'appareil, entraîné par la lanière, tend à remonter à gauche par suite de l'inclinaison du corps, ce qui exige l'emploi du sous-cuisse (jui devient quelquefois une véritable complication, tant il peut être difficile à supporter; je me suis bien trouvé pour en adoucir ie contact de le faire garnir en peau de lièvre. Lorsque le malade veut se baisser, l'extrémité supérieure du levier s'éloigne du corps et tend à faire saillie à travers les vêtements, ce qui contrarie beaucoup les malades, peu soucieux de laisser se trahir la présence d'un appareil de cette nature, et cependant ce ne sont là que de minces inconvénients, tels que peuvent en comporter toutes les méthodes, toutes les applications thérapeutiques : il y a des reproches plus sérieux à adresser à cet a ppareil.

Nous avons ditipie, pour (pic son action lut efficace,

DKVIA'JIU.XS DK LA TAlLLIi.

il lallait (|iie la lanière pressât sur le centre de la convexité; ce que vous savez des variétés de hauteur que peut présenter le centre de convexité de la courbure dorsale vous indique déjà que vous serez obligé de modifier la longueur du levier selon les cas; mais si la courbure principale répond à l'épaule ou au défaut des côtes, il devient impossible d'agir sur le centre de cette courbure, et dès lors la ceinture Hossard devient inutile ou nuisible. Ces cas sont rares, à la vérité, et chez le plus grand nombre des malades il vous suffira, ainsi que je le disais tout à l'heure, sans abandonner le principe, d'apporter à l'appareil quelques légères modifications.

Je n'ajouterai pas à ces reproches celui de son impuissance à agir sur la torsion, c'est un défaut qui lui est commun avec tous les autres; mais aucun n'agit plus efficacement et plus sûrement sur les courbures. Je serais donc disposé à en faire le moyen principal de traitement des dévialions de la taille; voyons cependant (juelle est, à propos du principe de traitement inauguré par cette ceinture, la manière de voir des orthopédistes les plus autorisés.

Lorsque cette ceinture parut en 1835, les circonstances qui accompagnèrent sa présentation à l'Académie, et la manière tout industrielle dont procédait M. Hossard, qui entendait exploiter son brevet, disposèrent mal en sa faveur plusieurs des membres de la savante compagnie; quelques-uns cependant en apprécièrent l'utilité, et nous fûmes bientôt à même de vérifier les résultats de son cm|)loi dans l'établissement du

docleiir Tavernier. Nous pûmes dès lors reconnaître son efficacité dans les cas spécifiés tout à l'heure. Cependant M. J. Guérin, qui faisait son entrée dans l'orthopédie et venait de modifier le lit de Shaw, dont il se servail à la Muette, se posa en antagoniste déclaré de la ceinture à incliiiaison qu'il regardait comme un moyen inefficace et dont l'emploi était périlleux, car elle gênait le développement du bassin, gênait la respiration et prédisposait aux affections de poitrine; il rappelait d'ailleurs que Delpecli avait employé un appareil de ce genre.

Le chirurgien de Montpellier a en effet inventé une machine qu'il a fait représenter dans son atlas; il l'appelle corset à inclinaison latérale. Cette machine soutient le thorax à l'aide d'un berceau formé de lames de ressort de pendules recouvertes d'une peau mince de veau, embrassant la poitrine et lacé par devant; elle peut, à l'aide de l'inclinaison d'un tuteur à deux jambes fixé à la partie postérieure d'une ceinture pelvienne, exercer une pression sur le côté droit du thorax (1). Bien que (;e moyen ne fût pour lui qu'accessoire et que la manière dont est construit l'appareil en fasse beaucoup plutôt un appareil de sustentation que d'inclinaison, il est intéressant de noter que l'utilité du principe de l'inchnaison ait été dès lors reconnue par un aussi éminent observateur.

L'utilisation de ce principe n'avait pas non plus échappé à M. Mellet, dont nous avons eu plusieurs fois

(1) Delpech, Orthomorph., Allas, p. 4 06, pl. lxxiv; t. H, p. 143 et 294.

DÉVIATIONS DE LA TAILLE. Ûll

occnsion de louer la pratique orthopédique, et vous trouverez dans son livre le dessin d'un appareil dont la puissance est représentée par une tige de fer doux qui, à la manière du levier de Vencl pour le pied bot, peut être infléchie dnns un sens déterminé; cet appareil agit presque uniquement sur l'épaule forte qu'il tend à abaisser et à repousser en avant; son action, comme appareil d'inclinaison, est donc peu prononcée, mais il en établit le principe et les considérations étendues dans lesquelles entre l'auteur à son sujet ne laissent aucun doute à cet égard (1).

Mais le principe de l'inclinaison efficacement appliqué par M. Hossard devait compter parmi ses partisans les plus convaincus un orthopédiste dont la pratique a eu de nos jours un grand retentissement; ce point de l'histoire d'un simple appareil est même un des plus curieux chapitres de celle de l'orthopédie moderne : j'ai eu occasion de l'écrire ailleurs (2).

Après avoir successivement inventé, prôné et employé le lit de Shaw modifié, les lits à extensions sigmoïdes, les Hts à flexions opposées, les ceintures à tuteurs latéraux , un siège produisant l'obhquation du bassin, la myotomie rachidienne, iM. J. Guérin imagina et employa, sous le nom de ceinture à flecoion, un appareil tellement analogue à celui de M. Hossard, que celui-ci^, toujours conséquent avec sa qualité d'inventeur breveté, intenta une action en contrefaçon et obtint gain

(1) Mellet, op. cit., pl. v, p. 201 et suiv.

(2) Malgaigno, Revue médico -chirurgicale, 1852, t. XII, p. 58

^12 LIiÇONS D'oUTHOPÉDIli.

de cause. Nous ne voulons ici cliorcher dans tout cela qu'un enseignement, c'est le fait de l'adoption du moyen que nous avions jugé bon par un orthopédiste qui l'avait jugé détestable, et cela malgré l'emploi de tous les appareils et moyens imaginés ou imaginables.

Beaucoup plus récemment, dans les excellentes leçons que vous savez, M. Bouvier vient de déclarer en foute impartialité, car il a pour les appareils qui agissent dans la position horizontale une vieille préférence, que les ceintures à inclinaison et à pression peuvent, dans certains cas, faire la base du traitement (1). Je diffère seulement d'opinion avec M. Bouvier en ceci, que je les crois applicables dans la très grande majorité des cas, et il me reste à dire qu'il est toujours utile d'y associer d'autres moyens.

Le traitement des déviations de la taille ne peut en effet consister dans l'adoption et remf)loi d'un appareil ou d'une méthode quels qu'ils soient, et si nous vous avons exposé avec autant de détails les condilions anatomiques et physiologiques, et les causes qui président à leur dévelofipement, c'éiait surtout dans le but de vous taire bien saisir l'esprit et la portée du traitement.

La soustraction de l'action qu'exerce la pesanteur sur les parties supérieures du corps est, nous l'avons fait voir, le moyen le plus efficace que nous ayions pour effacer les courbures du rachis , et la simple position horizontale la remplit merveilleusement. 11 n'est donc pas surprenant que l'on y ait si largement recours, et

(I ) Bouvier, op. cil, p. 514.

DÉVIATIONS DE LA TAILLE. AiS

nous n'avons garde, pour noire part, de nons priver d'un aussi utile auxiliaire. Les malades auxquelles nous iïiisons porter la ceinture à inclinaison, — elle est ac- (iiellcmcnt dans le domaine public, — doivent pendant la nuit cire couchées sur un lit formé d'un sommier et (l'un matelas de crin, assez dur pour former un plan uni et résistant, mais qu'il faut se garder de rendre douloureux. 11 importe en effet que les petites malades y conservent une position déterminée. Je vous ai dit que d'habitude elles se couchaient sur le côté et se pelotonnaient sur elles-mêmes; il faut qu'elles soient droites et le plus ordinairement couchées sur le dos; s'il est nécessaire, vous les attacherez sur leur lit pour être sûr qu'elles garderont une bonne position ; rien ne vous empêche d'ailleurs d'ordonner pendant le jour, si vous le jugez utile, un repos momentané dans ces mêmes conditions; le redressement des courbures et le développement des fo-rces musculaires étant principilement cherchés par l'action de la ceinture à levier, vous avez soin d'ailleurs de faire prendre à vos malades autant d'exercice que possible.

Mais il est des cas prévus où l'application de celte ceinture est inutile ou nuisible ; où trouverons-nous alors la puissance nécessaire pour obtenir la décurvation du rachis? Nous la demanderons encore à la position horizontale que nous nous garderons d'ailleurs de rendre permanente, mais que nous appliquerons dans toute sa rigueur. Or il n'est guère qu'un moyen d'utiliser entièrement les ressources qu'offre le décubilus, c'est d'y joindre l'extension.

Leçons d'orthopédIk.

Nous sommes en eiïet de l'avis de M. Mellet, qui a très bien envisagé et étudié celle question : «l'extension seule remplit bien les eondilions de rectitude et d'immobilité nécessaii es et c'est à cela qu'elle doit tout son mérile (1). » 11 n'est donc pas besoin d'exercer ces tractions puissantes pour lesquelles on a tant inventé de machines, il suffit de fixer la malade sur son lit; en agissant ainsi vous avez tous les bénéfices de la position horizontale qui, « seule agit aussi puissamment que les moyens mécaniques », ainsi que nous l'a déjà dit M. Bouvier ; el sachant ce que vous deviez demander à ces extensions, si mal comprises d'habitude, vous n'avez pas à craindre de provoquer les accidents dont j'ai eu à vous parler à leur occasion. La bonne position durachis et son immobilité étant dont assurées, vous aurez encore à votre disposition comme puissant moyen d'action, les pressions faites d'après le système de Levacher et de Mayor, mais vous aurez soin de munir vos malades d'appareils de sustentation qui leur permettront de prendre de l'exercice sans trop perdre des bénéfices de la position horizontale et des pressions, el de manière à en assurer les effets.

J'ai insisté tout d'abord, messieurs, sur les moyens dont l'emploi domine tout le traitement, mais nous ne voulons cependant pas vous renfermer dans leurs limites ; sans vous parler encore de la gymnastique que vous mettrez en usage selon que les forces du sujet vous le permettront, el en préférant ainsi, que je vous l'ai dit,

(i) Mellet, p. 186.

DÉVIATIONS niî LA TAILLK. /| 1 5

les exercices horizontaux et la natation qui est le meilleur de ses exercices; des prescriptions hygiéniques et médicamenteuses devront compléter le. traitement, L'alimenlation, les habitudes, les occupations de vos petites malades devront d'autant plus être par vos soins modifiées et surveillées, que vous savez que c'est aux conditions défavorables dans lesquelles se trouvent sous ce rapport les petites fdles qu'est due leur fâcheuse prédisposition aux déviations de la taille; et bien que sous ces diverses influences leurs forces et leur santé renaissent le plus ordinairement, les toniques, les ferrugineux, les frictions sèches ou excitantes ne devront pas non plus être négligées.

Mais avant tout, messieurs, et ce précepte est encore le corollaire de l'étude que nous avons faite ensemble, commencez le traitement de bonne heure, dès qu'apparaît la moindre tendance à la déviation ; méfiez-vous même, en présence de l'état général que vous connaissez; ayez la prévoyance de ce qui peut arriver, insistez pour que l'on entre dans la voie des réformes et des exercices nécessaires au bien-être de ces jeunes sujets ; avertissez de ce qui devra inévitablement suivre si la déviation commençante est laissée à elle-même et si déjà elle est établie, gardez -vous de promettre au delà de ce que peuvent donner les soins les mieux entendus et les plus allenlifs. Il est d'ailleurs si important dans une question semblable d'être complètement éclairé sur ce dernier point qu'avant de terminer cette leçon je vous demanderai encore à examiner quels sont les résultats généraux du traitement des déviations delà taille.

^''6 i.iîçoNs D'oRTiinpÉDir:.

Déjà nous avons à plusieurs reprises insisié sur ce fait que les inllexions pures, ou avec une torsion à peine sensible, sont les seules/iui puissent guérir entièrement, mais qu'il est impossible lorsqu'il y a une torsion un peu prononcée de la faire disparaître complètement.

C'est ce que M. Bouvier professe également lorsqu'il dit que « l'art est lout-puissant contre les inclinaisons vicieuses des vertèbres produites par les mouvements de leurs jointures, mais qu'il n'arrive que bien rarement que des déformations, même commençantes, s'effacent complètement. On peut même, ajoute -t-il, se demander s'il y avait réellement déformation lorsque cela a lieu ( I ). »

Les résultats observés par M. Bouvier et ceux que j'ai pu moi-même étudier concordent exactement, c'est ce qu'il importait d'établir, et nous aurons à voir tout à l'heure s'il en est ainsi pour les principaux auleurs dont nous avons eu à examiner les méthodes de traitement. C'est le moyen le plus sûr de se faire à cet égard une opinion bien arrêtée, et c'est ainsi d'ailleurs qu'il m'a été donné de pouvoir procéder depuis longtemps déjcà.

Si je ne puis en effet comparer mon expérience personnelle à celle que permet seule une pratique spéciale, l'expérience que je possède est, en revanche , peut-être plus décisive et plus variée. Après de laborieuses campagnes contre les abus de l'orthopédie, après avoir montré à force de persévérante observalion (ont ce que peut renfermer d'illusions l'exposé d'une pratique

(t) 0/7. cit., p. 517, 519.

spéciale, et ce que les chirurgiens devaient au juste y trouver, mon suffrage ayant acquis un certain prix aux yeux (le beaucoup d'orthopédistes, je fus appelé par eux à devenir témoin et juge de leurs succès.

J'ai donc ainsi passé en revue à peu près tous les modes de traitement, et sans m'arrêteraux cas vulgaires, mon examen a dù porter sur les faits les plus saillants et contrôler les guérisons prétendues complètes obtenues pour des déviations bien caractérisées.

Or, je dois à la- vérité de dire que pas une seule ne méritait ce nom, l'embonpoint revenu masquait tout simplement des saillies qui, au toucher, révélaient encore une torsion irrémédiable. Beaucoup de médecins y étaient pris cependant ; plusieurs orthopédistes même croyaient de très bonne foi qu'elles avaient disparu, et après avoir constaté au doigt les saillies accusatrices, confessaient qu elles leur avaient échappé.

Les résultais du traitement sont souvent, en effet, de nature à inspirer une légitime satisfaction; mettant en œuvre des moyens propres à redresser les courbures, et s'appliquant aussi, à l'aide de l'hygiène et des médicaments, à remédier au mauvais état général; changeant complètement par conséquent les conditions où l'enfant avait vécu jusqu'alors en le soustrayant aux causes qui avaient préparé et amené la déviation, et en corrigeant avec le redressement des courbures ce que cette déviation avait engendré de plus vicieux au point de vue des changements de rapport et de la gêne apportée dans l'exercice régulier des organes; il amène souvent un changement notable et rapide dans l'élat de la dévia-

LEÇONS D*0UTH0PÉDIE!.

tion, et (olUe une Iransformntion dans l'état général auquel il a permis de reprendre son niveau. L'action combinée des moyens mécaniques et dynamiques mis en usage explique celte heureuse influence du traitement sur la santé et la réduction ou du moins l'atténuation de diffornnités souvent considérables, car il n'est, en définitive, possible le plus souvent d'effacer qu'un de leurs traits.

C'est déjà un résultat digne de nos efforts, et à lui seul il suffit pour établir l'opportunité du traitement; mais sans parler des cas où l'on peut complètement échouer, cela n'a, pas suffi aux orthopédistes qui ont voulu, ou cru voir s'effacer sous l'influence de leur toute-puissante intervention, tous les éléments de la dif- . formilé.

Seuls les faits donnés par les orthopédistes modernes peuvent être examinés avec fruit à ce point de vue. Nous pouvons bien en effet nous demander comment Levaclier put, en peu de temps, obtenir des résultats semblables à ceux qu'il annonce dans sa preuiière observation par exemple, et soupçonner que, malgré l'examen des doctes membres de l'Académie de chirurgie, il y a eu à cet égard quelque illusion ; mais ces observations ne nous fournissent pas assez d'élémenis de jugement. Toujours «st-il qu'il faut prendre acte de la déclaration de l'auteur relativement à la difficulté de la guérison lorsque la courbure est avec torsion des vertèbres.

De nos jours une déclaration plus catégorique encore nous est fournie par un médecin qui s'est occupé avec

DÉVIATIONS DE LA TAlLLE. /ll9

le plus grand zèle du traitement et de l'étude des difformités el de celles de la taille en particulier. Maisonabe, dont je vous ai à plusieurs reprises cité les travaux, après avoir cru pendant longtemps à la possibilité de la guérison complète, après avoir cité à l'appui, des observations dans lesquelles, malgré une déviation très prononcée avec torsion de la colonne vertébrale, les malades avaient paru complètement guéris, ou d'autres où après le traitement n'existait plus aucune trace de la déviation (1), vint en 1835 déclarer devant l'Académie de médecine « qu'il fallait, — sa machine ou toute autre ne pouvant produireces merveilles, —renoncer à l'.espoir de rendre la taille bien faite à un bossu, l'allongement de l'épine et toutes sortes de compressions n'y pouvant rien » (2). Maisonabe ajoutait à ses conclusions le défi de démontrer le contraire. Ce mémoire eut, vous le comprenez, un grand retentissement et ne Tut pas étranger aux recherches nombreuses que je crus devoir un peu plus tard entreprendre à ce sujet.

Je fus conduit à examiner en particulier les faits mis au jour par un orthopédiste non moins célèbre que celui dont nous venons de parler. M. J. Guérin avait demandé à l'Académie de médecine, dès 1836, une commission pour suivre les merveilleux résultais (jue promettait l'extension sigmoïde. Après quatorze mois de traitement sur dix jeunes filles à colonne déviée, la

(H) Journal des difformilés, l. \, p. 342-500.

(2) Maisonabe, Mémoire élablissanl l'incurabUité de la déviation latérale droite de la colonne oerlébrale , lu à l'Académie royale de médecine, le 28 novembre 1 835.

Û20 LEÇONS d'orthopédie.

commission constata, dit- il, que toutes étaient améliorées et que la plupart, guéries, n'offraient plus aucune trace de la difformité ; au total, il y avait :

5 guérisons complètes ;

2 à peu près complètes ;

2 améliorations considérables;

1 amélioration légère (1).

Le rapport, lu et adopté en commission, ne fut cependant jamais lu en séance; il nous est donc difficile de juger d'après cela de la valeur réelle de l'extension dite sigmoïde. Quel qu'eût été le soin qu'ait pu apporter la commission à l'examen des malades qui lui furent soumis, le contrôle de la discussion publique eût été d'autant plus nécessaire, que l'auteur lui-même devait prendre en 1837 le soin de nous apprendre que l'extension sigmoïde qui succédait à l'extension parallèle déclarée impuissante, était elle-même insuffisante. JVTais, grâce à l'application du principe de la tlexion, emprunté au système de Mayor, il allait être possible, selon lui :

De guérir presque toujours complètement les déviations au premier degré ;

De rendre complètement curables presque toutes les déviations du deuxième degré;

Quant aux déviations du troisième degré, il voulait bien confesser qu'aucune n'était complètement curable.

(1 ) J. Guériii, Mémoire sur t extension sigmo'ide cl l(i (lexioii. 1 838, p. 42.

DÉV1AÏ10^S DE LA TAILLE. /l2l

Ces assertions élaient jusiifiées i)ar un autre rapport lu à rinslilut par Double qui se trouvait être aussi le rapporteur de la commission de l'Académie de médecine. La discussion ne pouvait s'établir à propos de ce rapport lu au nom de la commission des prix, il comprenait d'ailleurs comme à l'Académie de médecine l'histoire de dix malades :

1° Quatre cas de déviations musculaires du deuxième degré, complètement guéries;

2° Trois cas de déviations osseuses du deuxième degré, considérablement améliorées;

3° Deux cas de déviations osseuses du troisième degré, améliorées, et enlin,

k" Un cas d'inclinaison musculaire du cou, redressée.

C'étaient donc huit cas de guérisons complètes ou d'améliorations considérables sur dix malades, — et les deux derniers même étaient améliorés, — le tout à l'honneur des applications du principe de la flexion ; certes, de pareils succès étaient faits pour prouver la puissance de la méthode. Mais quelle idée pouvons-nous nous faire de cette puissance lorsque deux ans après, l'auteur, cette fois en possession de la myotomie rachidlenne, écrivait, à propos du traitement des déviations du rachis : «Toutes les personnes qui se sont livrées à cette branche de l'art savent combien les résultats étaient longs et difficiles à obtenir, et combien peu étaient complets. » Quels que fussent donc les efforts de l'auteur, quel que fût son désir d'adopter enfin une méthode réellement efficace et qui ne conduisît pas à un aveu semblable à celui que nous venons de vous rapporter encore, il arrivait cepen-

A22 LEÇONS d'orthopédie.

dant, malgré les succès constalés par les commissions académiques, à une conclusion liatale qui, à bien prendre, ne diffère pas de celle à laquelle je suis moi-même arrivé.

En fut-il autrement avec la myotomie rachidienne? Ici du moins le contrôle fut complet, et bien que cette méthode soit « à peu près oubliée aujourd'hui » (1), l'étude historique d'une question est toujours trop instructive pour que j'omette de vous donner sommairement (2) les résultats de l'examen de cette méthode de traitement.

Si la création de cette nouvelle méthode avait été pour M. J. Guérin l'occasion de reconnaître l'insuffisance de ses devancières, elle lui avait permis en revanche de faire espérer un changement radical à cet état de choses, car l'intrépide orthopédiste écrivait en même temps à l'Académie des sciences qu'il avait pratiqué déjà douze fois la myotomie rachjdienne, pour des déviations du deuxième et du troisième degré, avec torsion de la colonne et gibbosité proportionnées ; et pour toutes il avait pu poursuivre avec un succès constant le traitement par les appareils mécaniques (3). Les promesses qui avaient accompagné l'exposé du système général des flexions étaient, comme vous, le voyez, dépassées, le troisième degré lui-même devenait curable ; elles devaient cependant être moins réalisées encore.

(-1) Bouvier, op. cit., p. 515.

(2) Pour les détails, voir ; Bulletin de l'Académie de médecine, 4 843-1 844 ; Journal de chirurgie et Gazelle médicale, mêmes ann.ées.

(3) Gazelle médicale, p. 404, 1" colonne.

Les douze cas en question sont restés inédits, mais en 18/i3 (1) paraissait un\elevé général des cas traités dans le service dont M. Guérin avait été chargé à l'hôpital des Enfants. Entre autres difformités reçues dans ce service depuis 183'J, il y avait 57 déviations de l'épine pour lesquelles avait pu être fait un traitement complet, et sur ces 57 cas le relevé comptait :

2/j guérisons complètes ; 28 améliorations ;

Il cas sans amélioration ;

1 mort.

Ces résultats firent sensation, et je voulus voiries malades; on refusa de me les montrer. Je me mis néanmoins à l'œuvre, et des efforts persévérants me permirent d'en examiner 2/], sur lesquels 20 malades au moins avaient subi une ou plusieurs fois la section des muscles de l'épine; pas une seule n'était guérie complètement, et pour ne parler ici que des cas favorables, sur 13 de ces malades sorties de l'hôpital avec de l'amélioration, 7 en avaient déjà perdu le bénéfice au bout de quelques mois et même de quelques semaines ; chez 5 la déviation avait même fait des progrès, et chez 6 seulement l'amélioration avait persisté.

Malheureusement pour la puissance de la nouvelle méthodenos recherches étaient bien l'expression de la vérité, et les hommes les plus éminents par leur science

(1) Gazelle médicale, i " juillet

LEÇONS 1) OUTHOI'EDIE.

et leur caractère n'hésitèrent pas à le reconnaître (1). Un nouvel effort fut cependant tenté par l'auteur de la méthode, et en 18^8 dans un dernier rapport (2) sur le service orthopédique de l'hôpital des Entants, 9 cas nouveaux étaient publiés sous le contrôle d'une commission dont il avait lui-même choisi les membres.

De ces 9 cas, 7 étaient du deuxième degré, 2 du troisième. D'après le rapport, le 1 cas est un exemple de guérison complète, seulement l'angle inférieur du seapulum est encore un peu plus saillant et les côtes correspondantes un peu plus bombées; le 2", une guérison presque parfaite ; le o% une grande amélioration ; le l\% une amélioration ; le 5% un redressement avec traces imperceptibles de torsion ; un lil à plomb rencontre en effet toutes les apophyses épineuses à l'exception des quatrième,cinquième et sixième dorsales qui s'en écartent de 2 àS millimètres au plus. Dans le 6' cas on nous indique une amélioration, dans le 7« une guérison complète, dans le 8* une grande amélioration, et dans le 9' un redressement complet, les courbures n'offrant plus que des traces à peine perceptibles.

De tout cela la commission tire des conclusions en faveur de la méthode et termine par celle-ci : « Il est possible de guérir complètement, et dans l'acception la plus rigoureuse du mot, certaines déviations latérales au moyen de la myotomie rachidienne et du

(1) Voyez Velpeau, Rapport sur la valeur réelle de l'orthopédie {Bullel. de l'Acad. de mcd., l. X, et les discussions auxquelles il donna lieu).

(2) Ihipporl cilé, [). 4<.

traitement mécanique combiné. » Il aurait été désirable que la commission s'expliquât sur les déviations qui peuvent être ainsi guéries, car nous admettons aussi que certaines déviations peuvent être complètement guéries et cela sans myotomie ; en tous cas, cette conclusion n'est justifiée que par le résultat obtenu dans la septième observation. Est-ce assez pour des affirmations aussi formelles, alors surtout que le traitement mécanique par la ceinture à flexion et par l'extension élastique ayant été employé pendant toute la durée de la cure, peut bien revendiquer la meilleure part dans l'amélioration ou la guérison obtenue?

L'exposé des résultats de la myotomie rachidienne, même en tenant compte des faits les plus favorablement jugés, nous conduit donc encore à constater l'absence de guérisons complèles, et comme d'autre part la rétraction des muscles du racbis n'a jamais pu être cliniquement démontrée, vous ne vous étonnerez pas que personne en France n'ait eu la tentation d'imiter son auteur, et que nous n'ayons à vous en signaler les résultats qu'à titre de document historique.

Il est bien remarquable, toutefois, quelle que soit la nature des renseignements que nous avons pu vous fournir, qu'il se soit agi de.déclarations faites par les chirurgiens ou les orthopédistes, ou de la signification des cas qui ont pu être rigoureusement contrôlés, qu'il soil toujours ressorti un même fait devant lequel les méthodes, les systèmes et leurs inventeurs sont égaux : l'impossibilité d'obtenir une guérison complète pour les déviations de la taille compli(iuécH de toi'sion,

c'est-à-dire dans la très grande majorité des cas. . Cela méritait, vous on conviendrez, messieurs, d'arrêter votre attention ; dans l'espèce d'ailleurs ce n'est (]ue la reproduction de ce que nous avons eu à dire à propos du résultat du traitement orthopédique applicpié à chacunedes difformités que nous avons passées en revue. Mais est-ce à dire que l'orthopédie doive être pour cela décriée ou rejetée?

Son utilité m'a toujours paru assez évidente au contraire pour que j'aie regretté de ne pas voir figurer son étude dans l'enseignement officiel, et que j'aie cherché à combler cette lacune, mais les notions les plus élémentaires qu'elle renferme sont tellement éloignées de l'esprit des médecins et des chirurgiens que le plus grand nombre se contente tous les jours de s'en remettre entièrement du soin de l'appliquer à ceux qui en font spécialement profession.

C'est mal comprendre l'exercice de son art que de laisser ainsi à l'abandon une de ses parties quelle qu'elle soit; il n'y a, croyez-le bien, nul avantage à cet isolement de l'art dans l'art.

C'est cependant ce qui a été ou du moins ce qui est pour l'orthopédie. Serait-ce parce que, pour les familles obligées de recourir aux établissements particuliers, la nature de l'affection est un malheur qui réclame le secret le plus impénétrable? mais la pratique privée ne nous rend-elle pas chaque jour dépositaires ou témoins de choses plus délicates eneore? Serait-ce la complication des moyens que l'orthopédie met en usage ? mais vous avez vu, messieurs, que, lorsque l'on ose étudier ces

DÉVIATIONS m LA TAILLE. Û27

moyens, en tenant un compte rigoureux des indications à remplir et des résultais qu'il faut chercher, à quels éléments simples et à la portée de tous peuvent se réduire les données qui doivent présider à la construction des appareils et à leur application.

Pour revenir au sujet spécialement traité dans cette leçon, vous avez vu se réduire à un plan résistant- et à des lacs pour l'extension et la contre-extension, tous ces mystérieux appareils, lous ces lits pour le redressement de la taille qui encombrent les maisons d'orthopédie. Vous avez vu les orthopédistes eux-mêmes leur préférer une ceinture armée d'un simple levier et d'une courroie.

Mais en admettant même que ces moyens soient aussi compliqués, aussi difficiles à manier que les ont faits les orthopédistes, faut-il donc ignorer ce que ces moyens doivent et peuvent vous donner ; ne devez-vous pas en envoyant votre malade dans une maison d'orthopédie savoir ce qu'il pourra au juste y obtenir?

Ce que nous avons appris à ce sujet est certainement de nature à faire brèche aux prétentions quel'orthopédie a souvent affichées. Nous avons vu, en effet, que pour le pied bot comme pour les déviations de la taille les résultats sont imparfaits, sont incomplets, que l'orthopédie avait tort d^ se considérer seulement comme l'art de redresser ce qui était difforme ; mais qu'elle devait avant toutviser à consolider ce qu'elle pouvait obtenir, quelque minime que fût le résultat, et que les résultats qu'elle obtient de la sorte sont encore assez beaux pour ne pas s'en attribuer qu'elle ne saurait obtenir.

Quand nous enlevons le cristallin, nous avons rendu

^-8 LiîçoNs d'uuthoi'kuii-:.

à notre malade un grand service en le meltant à même de recevoir la sensalion lumineuse, mais nous nous gardons bien de compter sur le retour de la vision dans ses conditions normales. Quand, à l'aide de moyens rationnels et mis en œuvre de manière à ne pas compromettre la santé, nous avons pu rendre à une jeune fille dont la colonne rachidienne s'affaissait sous le poids de la tête et du tronc, sinon toute sa rectitude, au moins une taille quelquefois irréprochable pour des yeux non exercés, quand nous avons favorisé sa croissance, rendu à la santé générale le niveau qu'elle avait perdu, quand nous n'avons même obtenu que l'état stationnaire d'une déviation qui menaçait de prendre les effrayantes proportions dont vous avez vu des exemples, n'avons-nous pas aussi rendu à noire malade un véritable service? Il faut donc savoir où s'arrête la puissance souvent très grande des moyens que l'orthopédie met en usage, ne leur demander et ne promettre que ce qu'ils peuvent réellement donner; car s'il importe de savoir ce qu'il faut faire, il n'importe pas moins de savoir ce qu'il ne faut pas faire.

Ce sont là les préceptes que j'ai toujours professés à propos de tout ce qui regarde l'art chirurgical, et je tenais particulièrement à vous les rappeler au sujet de l'orthopédie pour laquelle on les a trop oubliés.

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