CHAPITRE XXXV
GERMINATION
Définition de la germination.
Ses agent».
C’est en vain que les graines se seront répandues sur la terre, elles ne reproduiront pas l’espèce à laquelle elles appartiennent, si elles ne germent point.
Ou entend par germination ( germinatio ) la série des développements qu’éprouve l’embryon, depuis l'instant où il sort de l’engourdissement dans lequel il était chez la semence , jusqu’à celui où , dégagé de ses enveloppes , il puise sa nourriture dans l’atmosphère et dans le sol.
L’air, la chaleur et l’humidité sont les agents indispensables de la germination. Sans eux, les graines finiraient par se détruire , après avoir perdu la faculté germinative.
GtHMINATIO*.
Des graines placées dans les mêmes circonslanccs conservent celle faculté pendant un temps plus ou moins long, suivant l’espccc à laquelle elles appartiennent. Celles qui sont fort petites ont, en général, besoin d’étre semées promptement; d’autres peuvent lever après un nombre d’années très-considérable. Il est permis de concevoir des doutes sur l’authenticité de ces semences que des Arabes prétendent avoir été trouvées dans les tombeaux de l’ancienne Thêbes, et qui germent comme celles de la dernière récolte; mais tout le monde sait qu’après cent ans environ ou a fait germer à Paris des Haricots tirés de l’herbier de Tournefort ; des personnes dignes de foi assurent qu’elles ont vu germer d’autres Haricots qui n’avaient pas moins de trente, quarante ans, ou même davantage, et il est a ma connaissanceque desgraines de Melon, laissées pendant vingt années dans la poche d’un vêlement, ont ensuite aussi bien levé que celles de l'année précédente. Ce sont les graines des Cucurbi lacées et des Légumineuses qui, en général, conservent le plus longtemps la faculté de germer.
Des semences que l’on a privées d’air, en les enterrant à une grande profondeur, peuvent encore lever .après un temps très-considérable, quand on les débarrasse du poids dont elles étaient chargées. Des graines de Datura Stramonium, qui avaient été recouvertes d’une couche de terre fort épaisse, germèrent, selon Duhamel, au bout d’environ vinglcinq ans, lorsqu'elles n’étaient plus qu’à quelques lignes de la surface du sol. Quelquefois, dans les terres fraîchement remuées des jardins de botanique, on voit avec étonnement reparaître des espèces cultivées autrefois, et qu’on avait perdues depuis une époque extrêmement éloignée. M. Pelletier habitait une maison hAlic sur l’emplacement d’un ancien jardin ; après un intervalle de temps qu’on ne peut évaluer à moins d’un demi-siècle, il lit enlever le carrelis
Combien de temps les semence* couver vent U faculté «le germer.
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du rez-de-chaussée avec les terres qui se trouvaient immédiatement au-dessous, et bientôt il vit uue Noix germer dans la partie du sol qui était restée intacte, et qu’on avait couverte de gros cailloux.
Les graines de quelques espèces, principalement celles de ces arbres qui croissent sur les plages fangeuses des contrées équinoxiales, les Avicennia , les Rhizophoru , les Conocarpus, germent dans le fruit même (V. p. 760); ou, pour mieux dire, il n’y a point, chez ces espèces, de germination véritable, puisque la germination suppose un temps d’arrêt; leur embryon ne cesse de se développer depuis l’instant où sa formation commence jusqu’à celui où il devient une plante adulte. Chez les autres végétaux, au contraire, une interruption a lieu, et, comme vous savez, la germination seule y met un terme; mais il ne faut pas croire que celte interruption arrive toujours à la même époque de la vie de l’embryon; il est plus ou moins formé qu. u quand la graine parvient à la maturité , et, toutes choses * égales d’ailleurs , il doit mettre d’aulaut plus de temps à germer qu’il est moins avancé dans ses développements. Un embryon vert, déjà nourri dans l’ovule de cette substance qui ailleurs se concrète en périsperme, se développera promptement si un tégument trop dur ou trop épais n’y vient point mettre obstacle (ex. Salsola Kali). Au contraire, il faudra s’attendre à voir germer avec lenteur uue graine dont l’embryon petit et de couleur blanchâtre est enveloppé d’un périsperme dur et volumineux. Il est très vrai que les semences des Graminées germent avec une grande promptitude , quoiqu’elles contiennent un pèrisperme; mais on ne doit pas oublier que leur embryon, extrêmement développé, est simplement appliqué contre ce corps.
Dans des circonstances différentes, des graines apparte-
CLRMI.NàTIO.V
nant à la même espèce, ne germent point avec une égale promptitude; amsi une chaleur plus ou moins intense pourra accélérer ou ralentir la germination ; du blé semé en Suède, le 20 avril, mit à lever seize à dix-huit jours; le 4 juin, il ne fallut pas plus desix ou sept jours pour obtenir des grains en germination, et, à l'aide d’une chaleur artificielle de vingt à vingt cinq degrés centigr., on a fait germer en dix-huit heures du fromeut et de l’orge.
Il est à remarquer que diverses graines germent toujours dans la même saison, quoiqu’en d’autres temps les circon- c x. Li t stances semblent n’élre pas moins favorables à leur dévelop- '*
pcmenl. Des influences atmosphériques qui échappent à nos moyens d’observation sont certainement la cause de ce phénomène; mais, si nous ne pouvons en rendre raison , il nous explique du moins pourquoi tant de plantes annuelles fleurissent constamment soit au retour de l’été, soit plus souvent encore à celui du printemps.
Quand une semence est placée dans les circonstances indispensables à sa germination, elle absorbe Peau qui l’environne et par le hile et par la surface de son tégument ; de celui-ci le fluide parvient au périsperme, ou, quand il n’en existe pas, aux cotylédons; la fécule contenue soit dans
ces derniers, soit dans le périsperme, prend l’apparence d’une sorte d’émulsion, et bientôt elle se transforme en une Phcnomlnr* liqueur sucrée. Cependant la graine s’est renflée à mesure e™™1'™* que l’eau s’insinuait dans les parties qui la composent, et quelquefois elle arrive à acquérir un volume double de celui qu’elle avait avant la germination ; le plus souvent les téguments se déchirent, ou il s’eu détache régulièrement une petite portion (l’embriolégc, embriolegium, de quelques botanistes), et la radicule, nourrie des substances que lui ont fournies le périsperme et les cotylédons, s ouvre un passage à travers l’ouverture du tégument ,
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('.uJcuiliur.
quand clic existe, ou, dans le cas contraire , à travers le liilc. Cette espèce de polarité que je vous ai montrée chez la plante adulte (p. 27) domine déjà d’une manière irrésistible l’embryon qui commence à germer; quelque position que l’on donne à une graine, la radicule tend à s’enfoncer dans le sol, et la plumule, au contraire, s’élève vers le ciel.
Quand la radicule commence à croître, sa couche extérieure, ou, si je puis m’exprimer ainsi, son écorce ne suit pas toujours les développements de la partie intérieure; celle-ci alors s’ouvre un passage à travers la première, elle ne tarde pas à la dépasser, cl elle semble être sortie d’une espèce de gaine. C’est cette dernière que l’on a nommée eoléorhize (coleorhiza). Pour distinguer les deux grandes classes qui se partagent les végétaux phanérogames, on a proposé de substituer au nombre des cotylédons l’absence ou la présence de la eoléorhize; mais, comme on ne peut séparer des Graminées qui en ont une un grand nombre de plantes où l’on n'en voit aucun vestige, et que, d’un » ,i„,i autre côté, la Capucine, pourvue d’une eoléorhize, nc^saurait
Lvlrc éloignée d’autres végétaux qui u’en présentent point, '.wh'S’kT “ €" il est clair qu’on ne doit pas adopter la division des plantes en endorhizes cl exorhizes ( plantœ endorhizœ, exorhizœ), c’est-à-dire munies ou dépourvues d’une eoléorhize.
Vous savez que les feuilles ne commencent point les entrenœuds, mais qu’elles les terminent; or les cotylédons ne sont autre chose que des feuilles; par conséquent, dans la portion d’axe que nous appelons la radicule, il doit exister un certain intervalle qui sera l’cntrc-nœud auquel les cotylédons appartiennent, ou, pour mieux dire, le premier entre-nœud de la tige. Cet entre-nœud , que nous ne saurions, comme je vous l’ai fait voir, distinguer de la radicule véritable avant l’époque de la germination, peut, taudis qu’elle s’opère, s’allonger d’une manière sensible, ou
GEBMIKATIO.il.
bien rester toujours à peu près rudimentaire. Dans le pre- y-
mier cas, les cotylédons sont portés au-dessus du sol, et l’on ',yp°6”dit qu’ils sont épigés (colyl. epigœœ), comme ceux du Haricot, de la Rave ou du Tilleul ; dans le second , ils restent cachés sous la terre, et on les appelle hypogés (hypogœœ), tels que ceux des Graminées, du Chêne cl «le la Capucine.
Quand les cotylédons épigéssonl au nombre de deux, ils s’étalent au-dessus de la terre après s’être dégagés des téguments séminaux ; bientôt ils prennent une couleur verte, et souvent ils se chargent de poils quand les feuilles de la lige doivent en être couvertes. La pluwulc se développe, ses cem.in.non a., feuilles sc déroulent, les entre-nœuds s’allongent; nous 5oM%igé,r'TU' n’avons plus d’embryon , nous avons une plante qui , comme sa mère, va sc couvrir de fleurs cl produira ensuite des fruits cl des semences.
Si l’espèce qui germe est monocotylédonc , et que son cotylédon soit épigé , il s’allonge d’une manière souvent très-sensible ; la plumule prend de l’accroissement; bientôt le coty lédon ne peut plus la contenir dans la cavité où elle était renfermée depuis qu’elle a pris naissance; elle s’ouvre un passageà l’endroit où l’on découvrait dans la graine une très-petite fente, et elle vient sc développer au dehors, favorisée par l’air atmosphérique et par la lumière.
Pendant la germination , les cotylédons hypogés d’une plante dicolylédonc augmentent un peu de volume; mais ils ne verdissent pas et restent soudés ou appliqués l’un contre l'autre sous les téguments séminaux. Pour donner passage à la gemmule qu’ils tenaient embrassée, ils s’écartent à leur base, ou bien, comme dans le Chêne et la Capucine , leurs pétioles, prenant un accroissement très-sensible, éloignent le |K,^Tl,!do"‘ l,J * limbe, ou, si l’on veut, les cotylédons proprement dits, de la gemmule, et celle-ci , devenue libre, s’allonge et achève de sc développer quand elle parait au-dessus du sol.
7*2 germination.
Chez les Graminées à cotylédon également hypogé , la gemmule s’élève peu à peu vers le ciel ; sa première feuille, réduite à n’êlre qu’une gaine parfaitement dose, croit , se distend, s’amincit, se fend à son sommet, et les feuilles complètes qu’elle tenait renfermées s’échappent à travers l’ouverture.
Lorsque l’embryon n’a point atteint, dans la graine, le degré ordinaire de développement, il est clair qu’il doit se compléter pendant la germination, et celle-ci alors présente quelques phénomènes de pins, comme cela arrive pour les Orchidées, plusieurs Corydalis, le Bunium Bulbocastanum, etc. Que des soudures se soient effectuées chez la jeune plante Pu«. pendant que la graine mûrissait, il y aura, durant la germinalion, des séparations, des déchirures ou des développements insolites. Que la radicule reste rudimentaire ,
d<m crlle de IVm- . f .
bryoo complet, comme chez .les Nympheacees , on verra des racines accèssoircs paraître au-dessus des cotylédons. Uniforme dans scs résultats, la germination présente des différences de détail plus ou moins sensibles, suivant les classes, les familles et môme les espèces ; mais il est à remarquer que les phénomènesqui l’accompagnent sont toujours, danschaquc plante, en harmonie avec sa structure ; ils tendent à la conservation del’individu, comme ceux qui accompagnent la fructification ont pour but providentiel la conservation de l’espèce (1).
(I) Le botaniste que, dans ce chapitre, j’appelle simplement M. Pelletier, est le même qu’ailleurs j’ai désigné sous les noms de Pelletier d’Orléans ou Pellctier-Sautelel , h qui j’ai dédié cet ouvrage , qui fut le compagnon de mes premières éludes botanique, qu’aujourd’hui encore je me plais à consulter, et qui, sur un autre théâtre, aurait certainement fait faire h la science d’importants progrès.