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CHAPITRE XXXIV

DISSÉMINATION

Ce n’est point assez que les semences aient miïri; il faut encore, pour multiplier l’espèce, qu'elles sc répandent sur la terre. Nous savons par quels moyens merveilleux la nature a su rendre facile la communication du stigmate avec lo pollen ; les précautions qu’elle a prises pour assurer la dispersion des graines ou la dissémination (dmeminalio) ne sont pas moins admirables.

Quand le fruil mûr est succulent , il ne larde guère à so

1 , • ,• . . *1 ilr» aramneontr-

désorganiser j scs parties se séparent, ses graines, devenues nues dan» le» fruit» libres, s’étalent sur la terre, et, dans les débris du péri- ‘ carpe , elles trouvent un engrais qui, sans doute, favorise leur germination. I.cs choses ne se passent cependant pas toujours de celte manière. Chez plusieurs Momor-

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dieu , les semences , ne pouvant plus être contenues dans le péricarpe charnu, agissent sur lui avec effort et le déchirent pour s’ouvrir un passage. Pendant la maturation, la pulpe centrale de la baie, également charnue, du M. Elaterium se fond en eau , tandis que la partie extérieure du péricarpe reste compacte ; le pédoncule articulé avec celui-ci s’en détache , un trou se forme , et l’eau centrale ainsi que les semences qu’elle contient, trop long, temps resserrées dans un petit espace, s'échappent avec une extrême élasticité.

Qu’un fruit sec soit déhiscent et que ses valves se séparent dans toute leur longueur, les graines tomberont d’ellesmêmes, sans un secours étrauger; elles ne se disperseront ■fans les fruits point quand la déhiscence ne sera que partielle, mais alors le vent le plus léger, agitant le péricarpe enlr’ouvert, suffira pour les en faire sortir. Souvent une merveilleuse élasticité accompagne la déhiscence et favorise encore la disper sion des graines; tantôt c’est dans le péricarpe tout entier qu’elle se manifeste , tantôt c’est uniquement dans une de ses parties, cl tantôt ce n’est plus que chez la graine. Les valves de la Balsamine se roulent tout à coup sur elles-mêmes et, s’élançant, clics entraînent les semences avec clics; la couche intérieure du péricarpe des Diosmées, détachée brusquement de la couche extérieure, emporte les semences; chez les Oxalis , la séparation se fait dans l’épaisseur du tégument, cl la couche interne qui recouvre l’euibrjon, s’échappant avec élasticité, va tomber loin de la plante mère; la capsule de la Pensée ( Viola Iricolor) s’ouvre en trois valves qui portent les semences dans leur milieu cl présentent la forme d’une nacelle; après avoir été étalés, les bords de ces valves se rapprochent peu à peu et pressent les semence» qui, dépourvues de toute aspérité, glissent, s’échappent cl se dispersent.

DISSU MIN AT ICS.

(J u a ml les fruits lie s’ouvrent pas, tantôt ils sont pourvus il’ailes qui pernicUenl aux venls fie les transporter au loin ; tantôt des pointes hérissent leur surface, ils s’accrochent aux poils des animaux cl aux vêlements de l’homme, et vont souvent propager l’espèce à laquelle ils appartiennent à des distances énormes du lieu où ils ont été produits. Lrs aigrettes des Valérianes et dis Composées soutiennent dans l’air les fruits de ces plantes; après avoir parcouru des espaces considérables, ils tombcnlsur la terre, et bientôt, au milieu des végétaux du pays où ils se sont arrêtés, on voit paraître de nouvelles espèces. ( 'Erigeron ('anadense , apporté d’Amérique, comme moyeu d’emballage, s’est, à l’aide de ses aigrettes, répandu dans toute l’Europe avec la plus étonnante rapidité : l’abbé Delarbrc écrivait, en 1 800, qu’il n’enavait encore observé qu’un pied dans toute l’Auvergne ; en 1805 ou 1806, M. de Salverl et moi nous trouvions celle espèce, pour ainsi dire, il chaque pas dans les champs de la Limaguc.

Ce ne sont pas seulement les fruits qui sont pourvus de pointes accrochantes, d’ailes ou de plumets, les mêmes moy ens de dissémination ont été accordés aux graines ellesmêmes ; je vous ai déjà parlé des chevelures qui couronnent les semences des Epilobium , des Tamarix , des Asclcpias ; celles de plusieurs Vochysiécs, des l’ins, de plusieurs Apoci nées, de nombreuses Hignonécs portent des ailes; des aspérités s’élèvent sur la surface des semences du Cimifuga fwtida , AuStcllaria Ilulostca, du l'hgsostcmon rolundi folium, du Silcne noctiflora , etc. Enfin la même espèce peut quelquefois, pour se répandre , trouver des ressources cl dans son fruit et dans sa graine.

Quand il n’existe ni ailes, ni pointes, ni aigrettes , d’autres moyens de dissémination viennent y suppléer. Dans nos climats, c’est en général en automne que la maturation

(iilllllicnt itrut le.

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DISSEMINATION.

s’achève, el alors les vents régnent avec violence ; les graines et les fruits indéhiscents ont d’ordinaire peu de volume; des a..w p» i« tourbillons les séparent de la plante mère, les transportent d’un lieu dans un autre, les élèvent a de très-grandes hauteurs, cl quelquefois nous voyons, presque au faite de nos édifices, des herbes, des arbrisseaux croître dans les fentes des pierres, où le temps a réuni quelques rares parcelles de terre végétale. Des Giroflées jaunes croissaient eu abondance sur une corniche extrêmement haute; ou craignit que leurs racines n’entretinssent, dans la muraille, une humidité nuisible; les Giroflées furent soigneusement arrachées, et l’on construisit uu toit incliné sur la corniche; j’y vis d'abord croître quelques Lichens, puis quelques Mousses, un pied de Sedum album y parut à son tour, el aujourd’hui le toit offre, en été, un tapis de fleurs blanches, qui se pressent les unes contre les autres.

Les rivières , les torrents el les fleuves sont encore , pour les fruits et les graines, un moyen puissant de dispersion. r,ririrSu«. Les der ii ières , lorsqu’elles sontmûres, tombent, le plus ordinairement, au fond de l’eau; mais, souvent aussi, elles présentent des appendices remplis d’air, qui leur permettent de nager sur le liquide, et, quand elles ne se soutiennent pas à sa surface, elles peuvent être entraînées , comme le sable, par la rapidité du courant, bien loin de la source des grandes rivières, on trouve souvent sur leurs bords, dans les contrées les moins élevées, des espèces qui appartiennent â de très-hautes montagnes. UÂvicennta , arbre de rivage qui ne craint point l’eau de la mer, y laisse tomber scs embryons qui ont commencé a germer dans le péricarpe; le flot les enlève, cl va les déposer sur d'autres plages.

Cependant, si les graines, exposées, comme ellessonl, aux chances les plus multipliées de destruction, ne reparaissaient pas, tous les ans, en nombre aussi considérable, une fouie

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d'espèces disparaîtraient bien certainement de la surface du globe. Mais comment, par exemple, quelques fruits d’Ormc n’écbapperaicnt-ils pas, lorsqu’un seul arbre de celle espèce peut, dans une saison, produire plus de cinq cent mille fruits? Comment pourrait s’èteindrele Papaver somniferum, dont un seul pied a fourni trois mille graines ? Partout sont répandus les germes d’une foule de végétaux, et ils n’attendent, pour se développer, que des circonstances favorables. On trouve des plantes au sein des vastes mers, dans les antres les plus profonds, sur le sommet des plus hautes montagnes, et s’il veut conserver le fruit doses' travaux , l’homme est forcé de lutter sans cesse contre la puissance de la végétation. Sans les soins les plus assidus nous verrions les Chardons envahir nos guérets, une foule de mauvaises herbes s'approprier les sucs réservés à nos Vignes, la Renouée des oiseaux couvrir de ses tiges couchées les allées de nos jardins, et le Lierre faire pénétrer ses racines innombrables entre les pierres de nos murailles. On avait à peine construit un quai dans la plus populeuse de nos villes que déjà des Gramcns croissaient entre les pavés inclinés, sous les pieds des travailleurs; j’ai compté plus de trente sortes de plantes dans une rue de l’un des faubourgs de Montpellier; et, malgré les efforts qu’on faitpour les détruire, près de vingt espèces reparaissent, chaque année, sur les murs d’une des îles dont se compose la capitale delà France. J'ai vu naguère une Ronce orgueilleuse marier ses longues liges aux pilastres du grand balcon de Versailles; quelques années de négligence cl de barbarie avaient suffi pour lui assurer ce triomphe.

Si les animaux dévorent une foule de graines, ils contribuent puissamment à en répandre d’autres. Les chevaux et les mulets mangent les tiges et les feuilles des plantes, et, n’en pouvant toujours digérer les semences , ils les rendent

IHSSKMIX AT10X .

intactes et prêtes à germer. Les oiseaux disséminent de la même manière les graines et les noyaux des fruits charnus dont ils se sont nourris, et, sans eux, le Gui, qui ne végète que sur le bois, borné à un seul arbre , serait bientôt parietanbuiu; détruit. Il n’est pas rare qu’on voie les corbeaux emporter dans leur bec les fruits dont ils veulent faire leur nourriture; soit maladresse, soit frayeur, ils les laissent tomber, et de nouvelles plantes ne tardent pas à paraître. Les rats, les loirs, et d’autres mammifères du même ordre fout sous la terre des magasins de fruits pour l’arrière-saison ; mais obligés souvent de prendre la fuite, ils abandonnent leurs provisions, et les graines qu’ils avaient réunies germent quand le printemps ramène la chaleur. C’est ainsi que par une admirable providence les animaux ressèment euxmémes les plantes qui leur fournissent des aliments.

Mais de tous les êtres organisés il n’en est aucun qui contribue autant que l’homme à répandre les plantes et à les multiplier. Par ses soins une foule d’espèces qu’il fait servira sa nourriture se sont étendues dans des espaces immenses, et le moindre de nos jardins offre des végétaux de l’Inde, de la Chine, de l’Égypte et de la Nouvelle-Hollande. |>ar l'boawir. Mais, sans parler de ceux que nous cultivons avec tant de peine et d’ardeur, il en est une multitude que nous disséminons sans le vouloir, cl souvent même contre notre volonté. En semant nos Céréales nous semons aussi, chaque année, le Bluet et le Coquelicot, non moins étrangers qu’elles, et des espèces qui contribuent à la destruction de nos murailles se sont originairement échappées de nos parterres. Avec nos effets et nos marchandises nous avons transporté dans les quatre parties du monde une foule de plantes européennes, et quelques-unes se sont tellement multipliées que bien loin de leur patrie elles semblent aujourd’hui être indigènes. Auprès de quelques-unes des villes

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de la province brésilienne de Minas Geraes, on retrouve une de nos Mon thés, notre Verveine, le Poa anima, le Ferbascum Blaltaria , POrtic, un de nos Xanthium, etc. ; jusque dans la ville de Saint-Paul croissent le Marrubium commune et le Conium maeulatum ; on voit communément dans les rues les moins fréquentées de Porto Allegro le Mouron des oiseaux, le Itumex pulcher, l’Herbe à Robert, etc. ; autour de Sainte-Thérèse se sont naturalisés la Violette, la Bourrache cl le Fenouil, etc. ; auprès de Montevideo on retrouve partout nos Mauves, nos Anthémis, et un de nos Erysimum ; les chemins voisins de cette ville sont bordés de deux larges bandes de fleurs d’un bleu pourpre, celles de YEchium Ita- Ecum y enfin notre Cardon couvre aujourd’hui des espaces immenses, monument indestructible des discordes civiles qui agitent encore celte belle contrée et l’ont ravie aux soins de l’agriculture.

Si l’on ne rencontre point, sur le bord de nos chemins, dans nos champs et dans nos vergers, autant d’espèces américaines qu’on en trouve dans le nouveau monde qui appartiennent à la France et à l’Espagne, c’est qu’excepté le Maïs, aucune plante de grande culture se propageant par des graines n’a été transportée de l’Amérique dans nos contrées j c’est parce que chez nous les mauvaises herbes ne peuvent échapper à la vigilance du cultivateur, à moins que leur introduction ne remonte à une époque où la population était moins nombreuse, et qu’elles ne soient devenues, pour ainsi dire, indigènes; c’est parce qu’enfin les dcssécheurs de plantes arrachcul avec un empressement jaloux tout brin d’herbe qui n’a point encore frappé leurs regards. Chaque année, les semences de quelques plautes exotiques sc détachent des laines que l’on a transportées de l’Afrique et de l’Asie et que l’on fait sécher sur la terreau port Juvénal, près de la ville de Montpellier; ces graines lèvent.

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mais à peine si deux ou trois csptYes se sont naturalisées dans les alentours, parce que les jeunes pieds n’ont pas plutôt paru que les botanistes les enlèvent pour les placer dans leurs jardins ou leurs herbiers.

Les espèces que l’homme, h son insu, répand avec le plus de promptitude sont celles qui trouvent, dans les lieux habités par lui, des conditions assurées d’existence ; que, par hasard, et ce hasard doit se représenter sans cesse, nous transportions une graine de l’une de ces espèces près de nos maisons ou des murs de nos enclos, elle y lèvera cl donnera naissance, à son tour, à d’autres graines qui pourront se disperser avec la même facilité. Les plantes, compagnes de l’homme, qu’on me pardonne ces expressions, s’attachent, pour ainsi dire, à ses pas , elles le suivent partout , et continuent à végéter quelque temps encore dans les campagnes qu’il a abandonnées. Lorsque je traversais en Amérique les déserts voisins de la province de Goyaz, j’aperçus avec étonnement, dans un pâturage uniquement fréquenté par les bêles fauves, quelques-uns de ces végétaux qui ne croissent ordinairement qu’autour de nos habitations ; mais bientôt des débris cachés sous l’herbe m’indiquèrent assez qu’une chétive demeure s’élail élevée jadis dans ce lieu solitaire.

Partout où l’homme construit une chaumière la végétation primitive (l)disparaît bientôt. A l’exception dequclqucs landes stériles, de quelques sommets très-élevés, il n’est peut-être pas en Angleterre, en Allemagne, en France, un seul coin de terre qui n’ait été bouleversé cl où une foule d’espèces n’aient fait place à un petit nombre d’autres, presque toujours exotiques, répétées mille et mille fois par la culture. J’ai vu dans le nouveau moude d'immenses es-

(i) Par végétation primitive j’ai indiqué, dans mes ouvrages, celle •pii n’a clé modifiée par aucun des travaux de l’homme.

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paces qui offrent encore la végétation riche et variée des premiers âges ; mais, si ces belles contrées peuvent échapper aux dangers qui les menacent, leur population , aujourd’hui si peu nombreuse, augmentera avec rapidité ; où il n’existe que d’humbles hameaux s’élèveront des cités florissantes, les arbres gigantesques des forêts vierges tomberont sous la hache du cultivateur , et les savanes elles-mêmes seront creusées par la bêche ou sillonnées par la charrue. Alors il ne restera rien, là, comme en Europe, de la végétation primitive, et les écrits où je me suis efforcé de la peindre (t) ne seront plus que des monuments historiques.

(i) Histoire des plantes les plus remarquables du liréail et du Paraguay. — Plantes usuelles des brésiliens. — Flora Hrasiliœ meridionalis. — Tableau de la végétation dans la province de Minas Geraes.

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