‹ Leçons de botaniqueChapitre 12 sur 148 · DISCOURS PRÉLIMINAIRE · texte numérisé non relu

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

Parmi les corps qui nous environnent , les uns , <- • I » morcanl-

11 ' que* ri i>r«»nt«£s

bruts et inertes, sont privés de mouvement et de vie; ils ne naissent point , ils se forment ; ils ne se nourrissent pas , ils s’agglomèrent ; ils ne meurent point, ils se décomposent. Les autres , au contraire, naissent pourvus d’organes destinés à des fonctions diverses ; ils vivent, se nourrissent, se développent, et, avant de se décomposer, ils meurent. Les premiers sont les corps inorganiques , les seconds les corps organisés. \

Ceux-ci, cependant, n’atteignent pas tous le même Animaux et *r degré de perfection : il en est qui , doués de sensibi- ' lité, le sont en même temps de diverses qualités qui semblent être la conséquence de la faculté de sentir; appelés h éviter la douleur et à rechercher le plaisir, ils peuvent «à volonté se transporter d’un lieu dans un autre ; toute espèce de nourriture ne leur convient point , ils savent choisir celle qui leur est pro-

IH.HCOl RS

pie, et, risquant de ne pas toujours rencontrer des aliments capables de s’assimiler à leur substance, ils les déposent dans une cav ité intérieure qui leur sert en quelque sorte de magasin ; enfin, ayant un centre de nutrition et de vie, ils peuvent rarement être sé- , » parés en plusieurs parties , favorisées chacune d’une

vie individuelle : ce sont les animaux. Les plantes , au contraire, paraissent ne point avoir le sentiment de leur existence, et sont étrangères à la souffrance et au plaisir ; elles restent fixées au sol qui les a vues naître ; elles absorbent , sans aucun acte de volonté , les matières inorganiques qui les entourent, ne les déposent point dans une cavité particulière, et, dépourvues d’individualité proprement dite, elles peuvent être multipliées par la division des parties qui les composent.

Entre les corps organisés et inorganiques, les li- 1' :"r rl u mites sont bien tranchées ; mais les plantes et les animaux, ou, pour m’exprimer comme on le fait assez généralement , le règne végétal et le règne animal se nuancent par des dégradations presque insensibles, et, chose digne de remarque, ce sont les espèces les moins parfaites dqs deux règnes qui tendent à les rattacher l’un à l'autre. Quelques auteurs ont même été jusqu’à croire que certaines plantes, d’un ordre inférieur pouvaient se changer en animaux , ou des animaux se métamorphoser en plantes à peu près comme l’insecte qui , à différents âges , revêt des formes différentes; mais rien jusqu’ici n’a entièrement justifié ces assertions , et elles sont repoussées par les botanistes les plus habiles et par les

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observateurs les plus familiarisés avec l’usage du microscope. Sans admettre donc dans toute sa rigueur celle définition que l'immortel Linné a donnée des Définition clrt

1 trobictnci.

trois règnes : Lapides crescunt , vegetabilia creseunt et vivunt, anima lia crescunt, vivunt et sentiunt , nous devons convenir que jusqu’ici il n’en a point été proposé qui soit en même temps aussi simple, aussi vraie et aussi imposante.

Des noms différents ont été donnés à l'histoire naturelle de chacun des trois règnes. La botanique est celle des végétaux. Cette science si vaste embrasse la connaissance de toutes les plantes qui couvrent notre globe depuis le Protococcus, qui se présente réduit à une simple cellule , jusqu’aux arbres gigantesques des forêts primitives. Non-seulement elle traite des plantes considérées isolément , mais encore elle nous apprend à les comparer entre elles , et elle nous enseigne les divers avantages que les végétaux peuvent procurer à notre espèce.

Si nous étudions un végétal en lui-même , indé- Du vfRftil ton*

. , sidéré isolement.

pendamment de ses rapports avec d autres végétaux , et comme s’il était seul dans la nature , nous apprendrons d’abord à connaître, à l’aide du scalpel et des verres grossissants , sa structure élémentaire et la nature de scs tissus. Portant nos regards sur son extérieur, nous apercevrons ses divers organes, nous en distinguerons les formes, nous verrons qu’elles se nuancent par des dégradations insensibles , et nous reconnaîtrons que leur position respective a été déterminée par les lois de la symétrie la plus admirable. La connaissance du tissu des or-

DISCOl'HS

OrgiAAgnphif, Anatomie cl phymmIo^IC TrgrUld.

Terminologie .

Dn T«'|(r1aax * invidcré* liant li ii r i-utrmhle.

ganes, celle de leurs formes extérieures , celle enfin de leur situation relative nous conduiront naturellement à rechercher quelle est leur destination, et les phénomènes de la vie végétale ne tarderont pas à nous être dévoilés.

D’après ce que je viens de vous dire , il est clair que l’on peut diviser en trois branches la science du végétal considéré isolément. L’ organographie nous apprendra quelles sont la forme et la symétrie de ses organes, l’ anatomie nous fera connaître la structure de ses tissus , et la physiologie nous révélera les fonctions des diverses parties qui le composent. Complément inséparable de ces trois branches de la science, la terminologie , enfin, nous enseignera le langage technique dont elles sont obligées de faire usage.

Mais il s’en faut bien qu'une seule espèce de plantes croisse sur notre globe ; une foule de végétaux aussi différents par leurs dimensions que par leurs formes le couvrent et l’embellissent. Il saurait beaucoup, sans doute, celui qui aurait suivi dans toutes ses phases la vie d’une plante unique ; mais quel est le botaniste qui voulut borner ses études même à l’espèce la plus brillante , lorsque tant d'autres frappent ses regards? Le plaisir qu’il aura éprouvé, en observant la première qu’il a cueillie, l’excitera à en observer d’autres , et les différences qui existent entre elles , nouveau sujet de recherches, seront aussi pour lui une source de nouvelles jouissances.

Cependant le botaniste ne vit point isolé ; bientôt

n.tl.l.HIVUUK

il sentira le besoin de communiquer le résultat de ses éludes à ceux qui cultivent la même science que lui , et il voudra aussi apprendre d’eux ce qu’ils auront pu découvrir. Il est donc nécessaire que, pour se faire comprendre et pour entendre les autres à son tour, il connaisse les noms qui ont été imposés aux plantes , objets de ses recherches. Il faut, déplus, que , s’il en trouve de nouvelles , il sache les rattacher à la nomenclature consacrée par la science , et qu’il puisse les signaler par des descriptions exactes et méthodiques.

Mais ce serait en vain que le botaniste saurait nommer les plantes , et peindre par des mots leur port et leurs caractères, si, au milieu des innombrables espèces qui croissent sur notre globe , il n’avait quelque moyen facile pour faire arriver ceux qui consulteront ses livres aux plantes qu’ils désireront connaître d’une manière plus spéciale. Afin donc de leur épargner des études désespérantes , il partagera successivement en plusieurs groupes les diverses espèces du règne végétal, et, par l’exclusion répétée d’un certain nombre d’entre eux , il conduira son élève à chaque plante , isolée de toutes les autres.

En groupant, ou, pour m’exprimer d’une manière plus technique , en classant les végétaux , le botaniste n’aura songé d’abord qu’à en faciliter la détermination ; il aura recherché uniquement les caractères qui les séparent. Mais bientôt il reconnaîtra que, si telle plante diffère tout à la fois d’une autre plante par ses dimensions , son port , ses fleurs, scs

Classification.

Affinités botanique».

DISCOURS

I louhlr Lut de I* science du rè|Çne vé|irtal considéré dan» ton ciuein* Mc.

1 «loooiuie.

ylographir.

fruits et son feuillage , elle ne se distingue d'un grand nombre que par quelqu’une de ses parties. Il concevra alors que l’étude des différences ne peut constituer la science tout entière , puisqu’il existe aussi des ressemblances. Celles-ci , il les étudiera à leur tour, et il cessera d’attacher de l’importance aux classifications qui ne mènent qu’à la distinction des espèces , lorsqu’il aura reconnu que l’ensemble des plantes dont notre globe est couvert a été distribué par la nature elle-même en divers groupes aussi immuables qu’elle. Alors s’offrira à ses regards enchantés le tableau du règne végétal , tel qu’il est véritablement, non plus composé de parties isolées et éparses , mais nuancé avec un art merveilleux et riche des plus admirables harmonies.

D’après tout ce que je viens de vous dire , il est clair que la science du règne végétal , considéré dans son ensemble, a un double but. D’un coté, elle nous apprend à distinguer les plantes par des noms qui leur sont propres , et par des descriptions claires et exactes; et, d’un autre côté, elle nous euseigne à les grouper, soit à l’aide de moyens artificiels , soit plutôt d’après les rapports que la nature a établis entre eux. La taxonomie est cette partie de la science qui traite des principes de la classification. Par le mot de p/t) tographic , les botanistes entendent l’art de nommer et de décrire les plantes , conformément à certaines règles introduites par le temps , les convenances , le bon sens et la logique. J’ai à peine besoin de vous dire qu’à ces deux brauchcs de la science , la taxonomie et la phytographie , s’en rat-

IHtl.lMINAIRK

tachent nécessairement deux autres , d'abord la litté- -sj ■»«>“'• rature botanique et ensuite la synonymie , mot par lequel on entend la série des noms, soit vulgaires, soit scientifiques, que chaque plante a reçus à différentes époques et chez les différents peuples.

La taxonomie et la phytographie constituent CC IVrtauiniu* |no-

1 ^ ° m pirmcnt dite .

qu’on appelle la botanique proprement dite. Mais les parties de chaque science sont liées d’une manière Hap|»oil» «1rs

1 diRcrrnlri pailici

intime, comme le sont les sciences elles-mêmes , 6x1 expression d’un ensemble incommensurable. Pour la facilité de nos éludes, nous sommes obligés d’introduire, dans chaque branche des connaissances que nous cultivons , des divisions cl des subdivisions sans cesse répétées ; cependant, il faut le dire , la nature tend toujours à confondre les limites de ces différentes coupes , qui ne font, en réalité, qu’attester la faiblesse de notre intelligence. Ainsi, comme je vous l’ai montré plus haut , il existe la plus étroite connexion entre l’anatomie, la physiologie et l’organograpliie ; mais , d’un autre côté , la connaissance des nfliuités et des différences qui se trouvent entre les végétaux n’eu a pas moins avec l’organographie , puisque c’est dans les organes que se trouvent ces différences et ces rapports. Il nous sera donc indispcnsablc de considérer l’organographic comme une partie intégrante de la botanique proprement dite, quoiqu’elle puisse être , nous devons l’avouer, réclamée par la physiologie; ou, pour mieux dire , la science de la plante isolée et celle du règne végétal considéré dans son ensemble ont une base commune , l’organographic.

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Uouanjita .P Mais ce n’est pas seulement comme des êtres orpa-

Injure. 1

aisés d’une manière merveilleuse, et liés entre eux par des rapports admirables, que les végétaux méritent de devenir l’objet de nos études. Assiégé par des besoins toujours renaissants , l'homme , pour les satisfaire , a tâché de trouver des ressources dans les corps dont il se voyait environné. 11 ne lui fallait aucun effort pour cueillir le fruit suspendu sur sa tète , ou l’herbe fixée au sol qu’il foulait sous ses pieds ; il est donc vraisemblable que c’est aux plantes qu’il a demandé d’abord des aliments, un abri et des remèdes contre ses souffrances. Une foule de végétaux, successivement interrogés par lui ont en quelque sorte répondu à son apj)el ; leur organisation s’est trouvée en harmonie avec la sienne , et il a pu les faire servir à son usage. Il est clair que si le botaniste ne dédaigne pas le Champignon microscopique , l’Algue réduite à la simple cellule, l’inutile et obscur Lichen qui s’étend comme une tache sur le roc escarpé , il doit, à plus forte raison, connaître les végétaux qu’il fait servir à son usage. Non-seulement il doit étudier l’organisation et les caractères de ces végétaux, comme ceux de toutes les autres plantes; mais il faut qu’il sache en quoi consistent les rapports qui existent entre eux et notre espèce. Cette partie si importante de la science porte le nom de botanique appliquée , et se divise d’après la nature des applications auxquelles on peut soumettre les plantes usuelles , objets de son domaine. Certains végétaux employés par l’homme en santé servent à ses besoins , et contribuent à ses plaisirs ; d’autres

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exercent sur l’homme malade une heureuse influence. L'histoire naturelle de ces derniers s’appelle la botanique médicale ; celle des premiers la botanique économique, qui se subdivise en botanique agricole, forestière, horticulturale, industrielle , etc., suivant qu’elle embrasse plus spécialement , soit les plantes de grande et petite culture , soit les arbres de nos forêts , de nos parcs et de nos allées , soil les espèces qui embellissent nos jardins et nos serres , ou celles que les arts savent nous présenter sous différentes formes , etc.

Je vous ai montré nue l’organographie formait tout «i-

1 O LJ I porta nu ont entre

à la fois le fondement de la physiologie et de la bo-

• • • ■ ce, rllm peuvent

tanique proprement dite ; je pourrais ajouter que la être rn«eignccs aénomenclature répand de la clarté sur toutes les pallies de la science, que la botanique agricole et l’borticullurale se rattachent essentiellement à la physiologie , et qu’ enfin les diverses branches de la botanique appliquée se lient les unes aux autres d’une manière si intime , que l’on ne saurait tracer entre elles de limites tant soit peu précises. 11 serait donc impossible d’exposer les principes d’une des parties de la botanique , sans faire quelques excursions sur le domaine des autres. Cependant on conçoit très-bien qu’on n’a pas toujours besoin de parler des fonctions des organes, quand on veut faire connaitre leurs formes , leur symétrie et les différences qu’ils offrent dans les diverses plantes , comme aussi il est facile de dévoiler les mystères de la physiologie cl de l’anatomie végétales, indépendamment des classifications méthodiques.

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Depuis quelques années , la science a marché avec tant de rapidité, elle embrasse aujourd'hui tant de détails , qu’il est devenu nécessaire d’en diviser renseignement , à moins de le condamner à rester superficiel.

Ici je crois devoir vous indiquer de quelle manière j’ai conçu celui que je dois vous offrir , et le plan «pie je m’efforcerai de suivre.

Sortie des enveloppes de la semence, la plante élève au-dessus du sol sa tige faible encore et ses cotylédons épais et charnus. Des feuilles paraissent bientôt , rapprochées et presque entières ; d’autres feuilles naissent ensuite plus éloignées les unes des autres , et plus divisées que les premières; on aperçoit le bourgeon à leur aisselle tutélaire; les rameaux se développent, s’étendent, et donnent à la plante les formes les plus gracieuses et les plus pittoresques. Cependant , au sommet des brauebes se montrent les bractées , parties moins découpées que les feuilles, et quelquefois colorées comme les fleurs. Celles-ci viennent enfin étaler à nos yeux toute leur magnificence, soutenues par leur faible pédoncule , et composées d’un calice protecteur en forme de coupe, d’une corolle élégante , ornée des plus brillantes couleurs , de grêles étamines , destinées à féconder les organes femelles , et d’un ovaire qui , surmonté d une faible colonne, renferme dans une ou plusieurs cavités les ovules ou jeunes semences.

Qui pourrait croire que des parties dont les formes se ressemblent si peu , et dont les fonctions sont si différentes , ont quelque chose de commun entre

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elles ! Quel homme , étranger à la comparaison des êtres , ne sourirait pas si , lui présentant la feuille du llananier et l’ovaire de la Rose, on lui disait que ce n’est là qu’un même organe modifié de diverses manières ! Et cependant , pour peu que nous ne bornions pas notre examen à une plante unique et (pie nous en rapprochions un certain nombre, nous verrons les intervalles se combler, les différences disparaître, et nous n’apercevrons plus que des nuances. Alors il faudra bien reconnaître que la tige se répète dans le rameau , celui-ci dans le pédoncule , dans l’axe qui traverse le fruit et même dans le faible cordon (pii soutient les ovules ; alors les cotylédons et les écailles du bourgeon naissant ne seront plus pour nous que les feuilles d’une tige qui n’a pas encore la vigueur qu’elle doit bientôt acquérir; les bractées ne seront que des feuilles moins développées que celles du milieu de la tige, et nous en verrons d’autres plus altérées encore dans le calice, la corolle, les étamines et les ovaires. La tige , débile à sa naissance, est arrivée par degrés à l’apogée de la force et du développement ; graduellement aussi elle est, comme tous les êtres organisés, revenue , par épuisement, au point où , dans son origine, elle était par faiblesse. Ses productions ont suivi les phases de son existence : d’abord faibles et rapprochées , elles se sont ensuite écartées les unes des autres et développées avec vigueur; puis, affaiblies de nouveau , elles se sont rapprochées une seconde fois , et elles ont paru dans la (leur, avec tous les symptômes de l'appauvrissement et de l’altération.

DISCOURS

Je vous ferai passer en revue les parties de la plante , mais je ne les isolerai point; vous les verrez , en quelque sorte , les unes dans les autres. En vain la feuille , véritable protée , semblera vouloir échapper à nos recherches par ses métamorphoses , nous saurons la reconnaître au milieu des déguisements les plus étranges; nous la retrouverons jusque dans ces glandes à peine visibles que l’on a désignées sous le nom de disque ou de nectaire. Je n’étalerai point devant vous une foule de petites merveilles sans lien , sans harmonie; je vous montrerai une seule, une immense merveille qui se reproduit sous mille faces diverses. Grandeur et simplicité dans l’ensemble , variété inünie dans les détails, tel est le cachet que l’auteur de la nature a imprimé à ses œuvres : puissé-je être digne de reproduire à vos yeux quelques traits affaiblis d’un tableau si admirable.

Théorie de i» Ce n’est point à nos contemporains qu’est due

mèuimorphnic de# 1 * 1

tbToT p*r l’idée fondamentale dont l’enseignement que j’ai à vous présenter doit être en partie le développement : elle fut conçue par ce génie immortel qui , d’un coup d’œil rapide, embrassa l’univers et classa tous les êtres , qui découvrit une foule de vérités , qui en pressentit une foule d’autres , et dont une phrase , brillante étincelle , a souvent mieux valu que de nombreux volumes; qui non-seulement fut naturaliste, mais encore poète , de cette haute poésie , traduction du langage sublime que la nature parle aux hommes dans ses œuvres. A la fin du Philosophia bolanica, est un chapitre de quelques lignes intitulé Metamorphosis planlarum , où l’on trouve celte

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phrase : Principium florum et foliorum idem est , phrase développée d’une manière admirable dans un antre écrit qui fait partie des Ainœnitates academicæ , et porte pour titre Prolepsis plantarum.

Mais les disciples de Linné, qui se découvraient en prononçant le nom de leur maître, le comprenaient à peine ; ils admiraient en lui ce qui était |>eut-être le moins digne d’admiration , et l’aphorisme si remarquable que je viens de vous citer passa inaperçu.

Longtemps après , un écrivain dont l’Allemagne c Dcvrloppèr p»r s’honore en offrit le commentaire le plus élégant et le plus ingénieux. Son livre eut le même sort que la phrase de Linné, il fut dédaigné comme elle; les savants ne le lurent point , et s'imaginèrent que , sorti de la plume d’un poète, il ne pouvait offrir qu’une rêverie écrite du style faussement poétique du Connubium Florce, ou des sf inours des plantes.

C’était bien mal connaître le génie de Goethe, ce flexible génie qui prenait toutes les formes, et choisissait toujours celle qui convenait le mieux au sujet qu’il avait à traiter; qui , dans uneœuvre merveilleuse qu’on voudrait brûler et relire , sait nous faire entendre tour à tour les célestes harmonies du chœur des anges , le grincement sardonique de l’auteur du mal , le bruit confus de la populace qui se presse , et les cris déchirants que le remords arrache à une infortunée coupable. Lorsque Goethe voulut écrire sur la science , il fut grave comme la science elle-même ; il avait offert des modèles pour plusieurs genres de compositions littéraires; il en offrit un pour les eom-

UISCOHRS

Jussieu avait prépat r Ira ctpnU a l'nlmHIre.

positions scientifiques.Si la Métamorphose des plantes ne fut point goûtée d’abord , c’est qu’elle avait paru trop tôt , c’est que l’auteur avait devancé son siècle.

Cependant, tandis qu’on oubliait le livre de Goethe, de bons esprits mûrissaient en France, pour comprendre cet écrivain , ou s’élever à des conceptions analogues aux siennes; ils y étaient préparés par un admirable ouvrage , le Généra plantarum d’Antoine Laurent de Jussieu. Ce que fit Goethe en 1790, pour les organes de la plante isolée, Jussieu l’avait fait , une année auparavant , j>our l’ensemble du règne végétal. En classant les plantes d’après toutes leurs ressemblances , il prouve sans cesse qu’entre les différents groupes il n'y a que des nuances insensibles; il se plaît à montrer les liens qui unissent les classes, les ordres et les genres les plus éloignés les uns des autres ; on dirait que quelquefois il met une sorte de coquetterie à dévoiler certaines allinités qu’on ne soupçonnait pas , et à faire sentir que le régne végétal est un vaste réseau dont les fils s’entre-croisent de mille et mille manières. Jussieu ne se borne pas à détailler les rapports intimes que les plantes ont entre elles ; il indique souvent ceux de quelquesuns des organes d une même plante ou du même organe dans plusieurs espèces : ainsi il nous parle des étamines comme d’une partie de la fleur presque identique avec les pétales; les pièces du calice sont pour lui de petites feuilles; et il nous fait voir avec complaisance comment l’axe grêle et allongé de la panicule du Chanvre devient le réceptacle concave

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et élargi des Heurs du Figuier, en se raccourcissant dans le Houblon, s'étalant dans le Dorsienia , et se creusant dans X Ambora. Goethe n’eût pas dit autre chose; il n’aurait pas mieux dit. Devenu le guide de ceux qui cultivaient l’histoire naturelle , le Généra plantarum les accoutuma peu à peu à ne plus voir de coupes brusquement tranchées dans le règne organique; et, de 1810 à 1825, des botanistes habiles, sans s’être entendus, sans connaître les écrits du poète allemand , arrivèrent chez nous à peu près au même résultat que lui. C’est en vain que le génie qui franchit les intervalles proclame la vérité , si le siècle n’est point encore façonné pour la comprendre; mais lorsqu’elle s’approche pas à pas, à la suite du temps, tous l’aperçoivent à la fois , et alors elle porte des fruits.

I.a théorie de Goethe avait été bien longtemps négligée; et, depuis dix ans , il n’a peut-être pas été publié un seul livre d’organographie ou de botanique descriptive qui ne porte l’empreinte des idées de cet écrivain illustre.

Je ne Icdissimuleraicependant point : cette théorie, u.n, cr« «le r. Ito (pii explique d’une manière si satisfaisante les phénomènes de l’organisation extérieure du végétal , est accompagnée d’un danger que Goethe lui-même n’avait pas craint de signaler, et auquel il n’a pas su toujours échapper entièrement. Le botaniste qui ne voudrait voirqu’ un seul côté des choses, elle pourrait facilement le conduire à prendre l’analogie pour l’identité , et même à rejeter des différences de fonctions aussi certaines qu’importantes, parce qu’elles seraient le résultat d’organes qu’il ne distinguerait

DISCOURS

plus; elle pourrait, en un mot, leconduire «à l’ amorphe, suivant l’expression un peu étrange du poëtede Francfort ; et, il faut le dire, mieux vaudrait mille fois ne faire que distinguer. Borner tous ses efforts à cette dernière opération de l’esprit , c’est ressembler à l’homme qui , sans regarder l’ensemble d'un noble édifice, irait porter une faible lumière sur chaque rosace , sur chaque feuille d’acanthe , pour les contempler tour à tour; ne plus rien distinguer, c'est imiter celui dont les yeux ne s’ouvriraient devant un palais magnifique que pour y voir un triste amas de pierres. Le premier saurait, du moins, admirer les beautés de détail ; toutes seraient perdues pour le second.

(wm <.« Où la nature a établi des rapports, je tâcherai de ° r vous les faire sentir ; où elle a laissé des différences , je vous les montrerai. Si, par exemple, nous trouvons dans le Bcrberis des épines à la place qu’occupent ordinairement les feuilles , je ne vous dirai point qu’elles sont les mêmes que ces dernières; je vous les indiquerai comme des organes qui , appendiculaires aussi bien que la feuille, ont revêtu des formes insolites, et qui, dans d’autres circonstances, auraient pu revenir aux formes accoutumées. Un second exemple vous rendra , je l'espère , ma pensée plus sensible. Constamment excitée par l’humidité et la chaleur , la végétation des bois vierges ne se repose, pour ainsi dire , jamais , et comme fleurir est le terme de la vie végétale , des arbres qui produisent sans cesse des rameaux et des feuilles ne doivent donner que fort rarement des fleurs : ainsi un NobleviUea Gestasfyna

PRÉLIMINAIRE

qui en avait fourni d’élégantes, resta ensuite cinq ans sans en rapporter de nouvelles ; mais s’il était survenu quelque sécheresse , les sucs seraient arrivés à l’extrémité des branches moins abondants et plus élaborés, et, au lieu de feuilles vigoureuses, on aurait vu paraître des calices, des pétales, des étamines et des carpelles. l)es influences différentes amènent , dans les organes qui auraient pu être semblables , des modifications diverses, et, dès qu’ils ne sont point modifiés de la même manière , ils cessent d’être identiques. Telle est la seule manière dont je vous exposerai les principes de la morphologie , c’est-à-dire l’organographie expliquée par les transformations auxquelles sont soumises les parties des végétaux. Ce n’est pas moi qui vous présenterai dans l’œuvre de la nature la confusion et le hasard , lorsque je vois partout l’ordre le plus admirable et les plus ravissantes harmonies.

Je ne me contenterai pas de vous faire connaître les différences qui se manifestent dans les développements d’une même plante , suivant qu’ils s’opèrent à une époque de faiblesse , d’énergie ou d’appauvrissement. Je vous indiquerai aussi les modifications dont les organes sont susceptibles dans les différents végétaux , et j’insisterai principalement sur celles qui caractérisent les groupes auxquels une heureuse métaphore a Vait donner le nom de familles.

Mais ce n’est point encore à -cet examen que se bornera ma tâche. 'Sous quelque forme qu’ils se présentent, qu’ils soient écartés les uns des autres, ou qu’ils soient rapprochés, les organes latéraux de la plante ne

Morphologie vé* Rrlilr.

Symétrie.

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