CHAPITRE I
RÉSUMÉ DE i/llISTOlRE MORPHOLOGIQUE DU VEGETAL.
Si, faisant abstraction de ces végétaux d’un ordre inferieur, qui, à tort peut-être, excitent moins notre intérêt que les autres, nous considérons seulement ceux qui se montrent à nos veux parés de feuilles et de fleurs, nous verrons que, fixés au sol, ils s’y enfoncent d’un côté, tandis que, du côté opposé, ils s’élèvent vers le ciel. Nous concevrons donc, dés le premier instant, que le végétal, soumis à une sorte de polarité , se compose de deux systèmes, l’un descendant ou souterrain, l’autre aérien ou ascendant.
Au premier appartiennent les racines, au second les tiges.
Le point intermédiaire entre ces deux systèmes porte le nom de collet ( collum ), etse trouve tau tôt au-dessus, tantôt toiic. au-dessous du sol. Ce n’est pas un organe particulier, mais plutôt la limite de deux organes. l)e ce même [mini, le végétal croit, comme je viens de le dire, en sens opposé; mais, comme il s'affaiblit à mesure qu’il sc développe , et s’épuise d’un côté et de l’autre, il forme réellement deux cônes réunis par leur base, surface géométrique sans aucune épaisseur.
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Système* iiile *1 np|M'iiil.4.ulair«*.
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Feuille*
Pétiole.
Dnu rnrun à ciitrr.
28 RÊSI ME
Ce n’est pas seulement à ces deux forces opposées qu’obéit le végétal dans ses développements; il est encore soumis à une troisième force, celle d’expansion horizontale. Si nous examinons une lige, nous verrons qu’à mesure qu’elle s’élève vers le ciel, elle projette, latéralement et par intervalles, des organes fort différents d’elle-mémc, qui en font tout l’ornement. Ici donc nous avons encore un double système: un axe et des appendices, ou si l’on veut, le système axile et l’appendiculaire ; le premier comprenant la tige et ses représentants, le second les feuilles et cette suite d’organes qui n’en sont que des modifies 'ions. Le point de la tige, ordinairement un peu saillant, d’où s’échappent les organes appendiculaires, porte le uom de nœud vital ( nndus ), et l’on appelle entre-nœud ( inttrnodium ) ou meri t hal le (mer irAa/hw) la portion de tige comprise entre deux nœuds vitaux. Ceux-ci ne donnent pas toujours immédiatement naissance à celte lame étalée que nous appelons la feuille (folium); le plus souvent celte dernière n’est que l’expansion de plusieurs fibres rapprochées, dont la réunion forme un corps plus ou moins arrondi, plus ou moins filiforme, que l’on appelle le pétiole ( peiiolus ) ou vulgairement la queue de la feuille.
Le peu que je viens de vous dire sur les développements des végétaux suffira déjà pour vous prémunir contre deux graves erreurs sans cesse répétées dans les livres des botanistes; l’une qui consiste à considérer l’organe inférieur comme produit par le supérieur, et l’autre à indiquer les organes appendiculaires comme insérés sur leur axe commun. Puisque la végétation du système aérien va toujours se continuant de bas en haut, il est clair que l’organe supérieur ne peut donner naissance à l’organe inférieur. D’un autre cùté, comme tous les organes latéraux sont une expansion de la tige ou de scs représentants, on ne doit rai-
MORPHOLOGIQUE
sonnablement employer que dans un sens métaphorique le terme d'insertion ( insertio ) qui, dans le sens propre, indique l'action d’enfoncer un corps dans un autre.
Il ne faudrait point s’imaginer que les organes appendiculaires, ou, si l'on veut, 1rs feuilles, naissent de la lige ,lr
sans aucun ordre : ou elles se présentent solitaires sur un plan horizontal, et alors on les dit alternes ( folia alterna) -, ou elles sont placées deux à deux sur le même plan, se faisant face l’une à l'autre , et on les nomme opposées (f. opposita)-, ou enfin plusieurs feuilles entourent la lige comme une couronne, et, dans ce cas, on les appelle verticillées (f. verticillata).
Les feuilles alternes peuvent, au premier coup-d’œil, nous paraître éparses et, pour ainsi dire, jetées au hasard sur leur axe; mais, en les examinant avec quelque attention, on s’aperçoit bientôt qu’elles sont disposées en spirale ; et, partant d’une feuille quelconque, on arrive, après un ou plusieurs tours de spire, à une autre feuille qui se trouve placée plus ou moins exactement au-dessus de la première, d’où il résulte qu’un certain nombre de feuilles, auquel on donne le nom de cycle ( cyclus ), embrasse nécessairement toute la circonférence de la tige. D’après ceci, on pourrait croire que dans les plantes à feuilles vcrticillécs, telles que les Rubia, chaque verticille de feuilles entourant la lige est un cycle dont les pièces sont très-rapproebées, ou, si l’on veut, qu’un cycle de feuilles alternes est un verticille à pièces écartées les unes des autres; cependant il n'en est réellement pas ainsi. Les feuilles d’un cycle peuvent se rapprocher, sans doute, de manière à imiter le verticille; mais, dans une plante à feuilles vraiment verticillées , plusieurs spirales entourent la lige concurremment , et chaque feuille d’un mémo verticille fait partie d’une spirale particulière. Les feuilles alternes peuvent donc se comparer à un ruban qui
s'élèverait autour d’un axe, cl les feuilles vcrlicillées à plusieurs rubans qui embrasseraient l’axe en tournant parallèlement tous ensemble. Si l’on réduisait à une seule les feuilles de chacun des verticilles d’une lige à feuilles vcrlicillées, on aurait encore une spirale, et, par conséquent, le verlicille véritable n’est point un cycle contracté, mais en quelque sorte , une feuille multipliée.
Les deux systèmes que je vous ai fait connaître, l’axile n..x>irc .i«or- ct |'a nnend iculai re , se montrent déjà dans la graine. Nous
cane* apjM nuu u- ■ ■ * v
soyons, chez elle, tantôt une seule, tantôt plusieurs petites
wTt<r..,“vl" feuilles attachées à une petite tige. Ces feuilles, appelées cotylédons (cotylcdones) , sont presque toujours sans aucune découpure. Production d’un être encore faible, les feuilles qui naissent au-dessus des cotylédons restent ordinairement entières comme eux, ou à peine des dents se montrent sur leurs bords. Cependant, peu à peu , lé végétal acquiert de la force ; alors il tend à se diviser davantage, ses feuilles se découpent, et elles arrivent même quelquefois jusqu’à former des espèeosde branches. Mais, parvenue à un certain degré de développement, la plante commence à perdre de sa vigueur; ses feuilles se divisent de moins en moins; elles deviennent successivement plus petites; leur lame sort immédiatement de la tige ; et . comme tous les êtres organisés , le végétal se rapproche, par épuisement , do l’état où il était à sa naissance, par une suite naturelle de sa faiblesse. Presque toujours nuancées par des dégradations successives avec les feuilles du milieu de la tige , les supérieures semblent en différer tellement, lorsqu’on les en rapproche sans avoir égard aux intermédiaires, que les botanistes ont cru devoir les distinguer par un nom spécial , celui de bractées ( bracteœ ) ou feuilles florales, c’est-à-dire les plus voisines de la fleur.
Ce n’est pas seulement l’absence de division chez les
MOKPBWLOGIV'l K.
organes latéraux , qui est amenée par l’épuisement du J J
végétal, comme elle avait été d’abord produite par ta ^.V’X’Û ”1 *' faiblesse; le rapprochement des parties est encore un symptôme de la faiblesse et de l’épuisement. Un léger intervalle sépare les cotylédons des feuilles qui naissent immédiatement au-dessus d’eux, et, très-souvent, des espèces de rosettes, arrondies et étalées, sont formées chez les plantes , par les premières fouilles très-rapprochées qui s’échappent de la tige. Mais , comme je vous l’ai dit, cet étal de faiblesse ne dure pas toujours; lorsque la tige a pris de la vigueur, les entre-nœuds s'allongent, et les feuilles plus divisées s’écartent davantage les unes des autres. Cependant l’époque de l’épuisement ne tarde pas à arriver à son tour, et en même temps que les feuilles se rapetissent et changent de forme, elles se rapprochent de plus en plus prie raccourcissement des entre-nœuds. Enfin, de. leur extrême rapprochement résulte une suite de cycles contractes, qui se suprposent, se touchent et semblent être de véritables verticilles. Ainsi se forme la fleur, résumé de la plante, qui met un terme à la végétation épuisée, et n’est point sans analogie avec ces rosettes que nous avons vues, à la naissance de la lige, se former au-dessus du collet.
Le premier verticilio de la fleur, qui porte le nom de | Des six rertiriür* calice (calyx), se nuance souvent avec les bractées, comme celles-ci se nuancent elles-mêmes, pr des intermédiaires, avec les feuilles les plus développées du milieu de la tige.
Composé de folioles plus pûtes, plus menues que les bractées, le calice conserve ccpndant presque toujours cette couleur verte qu’ont les feuilles de la tige; mais, immédiatement au-dessus de lui, s’élève un autre vcrticiilc applé corolle ( corolla ), dont les feuilles, connues sous le nom de pétales (pelala), sont bien plus délicates encore que celles du calice, et perdent la couleur verte pour revêtir les teintes
les plus brillantes, comme elles prennent souvent les formes les plus élégantes ou quelquefois les plus bizarres. Ces deux premiers verlicilles forment les enveloppes florales proprement dites (inlegumenta floralia), et semblent destinés par la nature à en protéger deux autres d’un ordre bien plus important, qui viennent au-dessus d’eux. Le troisième verlicillc ressemble encore moins au second que celui-ci ne ressemble au premier, et, en prenant des formes entièrement différentes, les pièces dont il est composé changent aussi de fondions. Ces pièces, appelées étamines ( stamina ), sont les organes mâles de la plante, et offrent un filet ( fila menlum ) surmonté d’une bourse, appelée anthère ( an thera), qui contient le pollen, ou poussière fécondante (pollen). Au-dessus des étamines, peuvent se trouver un quatrième cl un cinquième verlieillc formés par les pièces du disque ou les nectaires, organes fort petits et peu visibles ( neelaria , discus)-, mais il arrive fréquemment qu’un de ces verlicilles ne se développe pas, cl souvent même ils manquent tous les deux. Cependant la végétation, avant de s’épuiser entièrement, reprend quelque énergie. Le dernier verticille, celui des organes femelles , qui s’élève audessus des nectaires, est plus facile à observer qu'eux , et les parties qui le composent s'éloignent bien moins du type foliacé. Cependant les petites feuilles qui forment ce verticillc ne sont point étalées comme celles de la tige; pliées dans leur milieu, elles rapprochent leurs bords l’un de l’autre, forment une sorte de coque, et enveloppent, pour les protéger, les ovules ou jeunes semences destinés à perpétuer la plante. Les feuilles carpellaires , c’est ainsique l'on nomme les pièces du verticille femelle, se prolongent chacune en un filet, appelé style (stylus), qui n’est que la continuation de leur nervure moyenne; et ordinairement , à l’extrémité du style, se trouve le stigmate ( stigma ) , partie
MORPIIOLOGIQl'E.
dépourvue d’épiderme, organisée pour transmettre il la jeune semence la matière fécondante contenue dans les grains de pollen. Quand cet acte est consommé, les organes mâles, devenus inutiles, se flétrissent et tombent ordinairement avec la corolle. Le plus souvent, au contraire, le calice persiste autour du jeune fruit, et le protège tandis qu’il prend de l’accroissement. Enfin , lorsque le fruit est mûr, les semences s’en dégagent, et, confiées à la terre, elles perpétuent et multiplient l’espèce, par le développement de l’embrjon qu’elles contiennent.
Tant que nous avons eu des verticillcs d’organes appendiculaires, il est évident que nous avons dû avoir aussi un Sî'^loï"” d*“’ axe pour les soutenir ; mais il ne faut pas s’imaginer que cet axe s’arrête au point où naitlc vcrlicille des feuillcscarpellai. res, il s’élève réellement beaucoup au-dessus de ce point. Les feuilles carpellaires, pliées sur elles-mêmes, se dressent, se collent dans toute leur longueur à l’axe prolongé, et reçoivent, dans leur cavité protectrice, les ovules, dernières productions de cet axe, qui doivent être comparés, comme nous le verrons bientôt, à de petits rameaux que termine un bourgeon. Ce n’est même pas avec la cavité produite par les feuilles carpellaires repliées que finit l’axe central, il s’étend au delà de celte cavité, et confondu avec l’extrémité prolongée de ces mêmes feuilles, il contribue à former les styles et les stigmates qui, pour ainsi dire, couronnent toute la fleur. Ainsi ce qu’on nomme carpelle ou pistil simple ( carpellum, pistillum simplex ) offre l’union des deux systèmes, l’axile et l’appendiculaire, ou, si l’on veut, l’union delà feuille carpellaire et d’un prolongement de l’axe.
D’après ce que je viens de vous dire, vous voyez que la fleur se compose de six vcrticilles superposés : 1° le calice j 2® la corolle; 3° les étamines ou organes mâles ; 4" et 5° deux rangs de nectaires ; 6® enfln les carpelles ou organes fe-
RfcSl MK
Preuve* Je I’*iiuluaic Je* organe* Je lu finir avec li** feuille* propretuent dite*
molles, formés cliarun «l'un ovaire, d’un style et d’un stigmate. Vous voyez aussi que ces verticilles sont disposés, en rayonnant, autour d'un axe commun qui n’est que le prolongement de la tige.
Si nous nous contentions de comparer, par exemple, l’étamine presque capillaire et à peine visible de la Berce ou de la Ciguë avec leurs feuilles larges et découpées , nous ne pourrions, sans doute, croire à l’analogie de ces organes; mais déjà nous avons vu que les feuilles de la tige éprouvaient des altérations successives depuis le milieu de sa longueur jusqu’à son sommet, et qu’elles se nuançaient avec les bractées par d’insensibles dégradations. Celles-ci se nuancent de même avec le calice, et l’étude de plusieurs espèces de plantes, des Ny mphéacées , par exemple, nous montre les mêmes nuances entre le verlicillc calicinal et les pétales, ceux-ci et les étamines. Chaque verlicille a les plus grands rapports avec celui qui le précède, et, en amenant par la culture une surabondance de sucs dans un végétal, on fait disparaître les altérations successives qu’un affaiblissement graduel occasionne ordinairement dans les différents verticilles floraux. Tout le monde sait que, dans les Roses, les OEillets, les Renoncules, des pétales peuvent naître là où devraient naturellement se trouver des étamines, et qu’ainsi se forment ces fleurs doubles, l’ornement de nos parterres. On a vu les pièces de la corolle du Ranunculu » abortivus se changer en calice. Enlin, où se développent communément des carpelles, on trouve quelquefois un organe mâle. La transformation peut aller bien plus loin encore; car il arrive, dans certaines circonstances, que de véritables feuilles paraissent à la place des pétales, des étamines et des carpelles. En recevant de nouveaux sucs, l’axe de la fleur, extrémité de la lige altérée par l’épuisement, peut aussi reprendre sa forme et son aspect primitifs,- et ainsi, du sein
MOHCIIOl.OGIQl K.
de la Rose appelée vulgairement prolifère, s’élance une lige véritable chargée de feuilles verdoyantes. Le jardinier peut, comme il lui plaît, produire, chez les arbres fruitiers, des fleurs ou des rameaux feuillés. Enfin , dans les forêts primitives des contrées équinoxiales, il est des arbres qui fleurissent très rarement, parce que la végétation, sans cesse excitée par l’humidité et la chaleur, éprouve, sous ces heureux climats, des repos fort rares, et qu’elle va se continuant toujours avec une vigueur égale, tandis que la fleur n’est réellement, comme je vous l’ai dit, que la dernière production d’une vie qui s’épuise et va finir. Si l’analogie des organes floraux avec les véritables feuilles est démontrée par le changement des formes d’un vcrticillc supérieur en celles de verticille inférieur, changement que Goethe appelle métamorphose descendante ou rétrograde, elle ne l'est pas moins par le changement contraire ou la métamoi-phose anticipée, due à un degré d’affaiblissement plus prononcé encore que celui d’où résultent les fleurs à l’étal habituel, c’est-à-dire la métamorphose normale. A la place des feuilles, on a vu plus d’une fois chez la Tulipe des jardins, le Lis et la Rose à cent feuilles, se montrer des pétales colorés, comme ceux de la fleur elle-même. Des calices deviennent une corolle dans une variété du Primula acauh's, et enfin , à la place ordinaire de la corolle, on a souvent trouvé des étamines.
Je n’ai pas besoin de vous dire que le nom de métamorphose, donné par Linné, Goethe et une foule d’autres aux altérations graduelles des organes appendiculaires des plantes, ne doit être pris que dans un sens métaphorique. Par le mot métamorphose on entend, dans le langage ordinaire, la transformation d’un corps en un autre corps entièrement différent, comme quand les poètes nous racontent que Procné fut métamorphosée en hirondelle et Syrinx en
Métamorphose descendante, anticiper, normale
Explication du mot RtrUioorpho*
Fleur-type.
TV quelle niire une i peut iliOircr ty|>r.
Loi .le l'a] ninrr.
roseau : il n’en est pas ainsi d’une feuille qui, une fois développée, n’éprouve aucun changement notable; mais celles qui doivent venir au-dessus d’elle représenteront ses forint* avec des modifications successives. Les métamorphoses des plantes déjà indiquées par Linné ont été traitées avec plus ou moins de détail, plus ou moins de bonheur par Goethe, R. Brown, de Candolle, Turpiu, Link, Lindlcy, etc., et leur étude doit faire le fondement d’une organographie philosophique.
Il ne faut pas croire que toutes les fleurs soient exactement modelées sur celle dont je vous ai expliqué la composition. C’est un type que j’ai voulu vous offrir, elàce type qui, à de légères différences près, existe réellement dans la nature, peuvent se rattacher toutes les formes de fleurs que la mobilité de l’organisation végétale produit tantôt par des défauts de développement , tantôt par des adhérences, tantôt ‘X par des excès de production ou dédoublements , tantôt enfin par des métamorphoses et par des déplacements d'organes. En comparant avec le type la fleur que vous étudiez, vous pouvez juger ce qui lui manque, ou ce qu’elle offre de plus. Mais vainement voudrait-on établir celte comparaison, si l’on ne recourait à la loi si importante qui constitue ler. toute la symétrie de la fleur, celle de l’alternance. Celte loi veut que, toutes les fois qu’il ne s’est présenté aucune perturbation, les pièces d’un vcrticillc floral ne correspondent point à celles des deux vcrticillcs inférieur et supérieur, mais que chacun réponde à l’intervalle qui se trouve entre deux des pièces des vcrticillcs les plus voisins, ou, pour m’exprimer en termes techniques, qu’elle alterne avec ces pièces. Ainsi le second vcrticillc ou la corolle doit alterner avec le premier, c’est-à-dire avec le calice; les élimines alterneront avec la corolle, cl seront opposées au calice; le premier rang de Dcctaircs alternera avec les étamines cl le
MOIII'IIOI.OGIQUE.
calice, et sera opposé à la corolle; enfin les carpelles alterneront avec le second rang de nectaires, les étamines et le calice, opposés en même temps au premier rang de. nectaires et à la corolle. Mais, lorsque nous voyonsopposilion, au lieu d’alternance, nous devons dire qu’il y a répétition du même verlicille ou suppression d’un verlicille quelconque, et c’est alors qu’en comparant avec le type symétrique la fleur où nous apercevons des défauts de symétrie, cl appelant en même temps l’analyse à notre secours , nous découvrirons la véritable nature de tous les genres d’altération, et nous pourrons recomposer, en quelque sorte, les fleurs le plus étrangement déguisées; exercice éminemment philosophique qui, par la solution des plus intéressants problèmes, nous conduira à la connaissance des différences et des affinités végétales ou la botanique comparée. Je me contenterai ,^Ul*'q“* com' de vous donner un exemple. Vous savez que le type présente inférieurement un calice vcrdèlre, des pétales colorés alternes avec les pièces de ce calice, et des étamines opposées à ces dernières cl alternes avec les pétales : que nous trouvions dans une fleur de Chenopodium des étamines immédiatement opposées aux pièces d’une enveloppe verte, nous pourrons dire, sans une longue élude, qu’ici la corolle ne s’est pas développée.
L’examen de la disposition des parties de la fleur dans le bouton, ou, si l’on veut, de la préfloraison, montre souvent avec évidence que le verlicille calicinal n’est autre chose ci.™»» rmioiii.
1 floral fit une por-
qu’un cycle fort contracté; mais il est bien clair que, si laspi- ,l00 <*• raie se continuait sans interruption, il n’y aurait pas alternance, puisque les cycles étant de cinq pièces, par exemple, la sixième doit retomber sur la première; l’alternance ne peut donc être que le résultat d’une spirale nouvelle, et par conséquent, la fleur serait composée d’autant de spirales, ou, si l’on veut, de portions de spirale qu’elle présente de verti-
HisVHÉ
.iu cilles. Dans l'alternance des pièces d’un verlicille de feuilles
tertkiUe de feu il- r
•“ *'w d'* véritables avec celles du verlicille supérieur (ex. Galium ,
Asperula), nous ne devons voir qu’une image infidèle de ce qui se passe dans la fleur, puisque ces mêmes verticilles ne sont point, comme je vous l’ai dit, des cycles contractés, mais une répétition de la feuille solitaire.
Jusqu’à présent, j’ai considéré la tige des plantes comme étant parfaitement simple , et se développant sans ramifica-
J.'i' i?1"*1 '* li,e l‘on> depuis les cotylédons jusqu’à la fleur. Mais la simplicité des tiges, quoiqu’elle caractérise beaucoup d’espèces , n’est réellement duc qu’à un défaut d’énergie vitale; et certains groupes de plantes, qui, dans nos contrées si froides, n’offrent que des axes parfaitement simples, présentent sous les tropiques des ramifications nombreuses. De chaque nœud vital, à faisselle de la feuille, naît un bourgeon (gemma)-, souvent celui-ci avorte, mais bien souvent lUmtiut. aussi il devient une branche (ramus) qui s’étend, se ramifie à son tour et se termine par une fleur comme la plantemère. Cette dernière est donc réellement répétée autant de fois qu’elle produit des rameaux , et autant de fois que ceuxci en produisent à leur tour; aussi, pour être rigoureusement exact, il ne faudrait pas dire, avec les botanistes, que la plante se divise en rameaux, mais qu’elle se multiplie.
Cependant l’épuisement successif qui raccourcit les entrenœuds de la tige, cl altère graduellement les formes de ses organes appendiculaires ou foliacé», n’agit pas moins sur Fidoocif. ses rameaux. Quand la tige-mère commence à s’affaiblir, les branches perdent aussi de leur vigueur, elles s’étendent moins, et celles enfin qui naissent à l’aisselle de ces feuilles dégénérées, qu’on ap[ielle bractées, se trouvent réduites à un axe fort grêle, souvent extrêmement court, à peine visible, nu ou chargé de feuilles rudimentaires et bientôt terminé par une fleur. C’est à ces rameaux , ainsi raccourcis
Moiti'iioi.oGiyi t .
et presque avortés , que les botanistes ont donné le uom de pédoncules ( pedunculus ) ; ce sont eux qu’on appelle vulgairement la queue de la fleur, et que d’habiles observateurs nomment rameaux floraux. La manière dont ces rameaux sont disposés sur la tige ou sur ses branches bien développées porte le uom d’inflorescence ( inflorescenlia ). iuiiu,«r»cr
Ce ne serait point ici le lieu de vous faire connaître toutes les nuances que présentent les plantes dans l’arrangement de leurs fleurs ou leur inflorescence; mais quelques n„.i, mots suffiront pour vous donner une idée des principales.
Qu’à l’aisselle d’une feuille bien développée se présente uniquement un rameau floral, nous aurons une inflorescence axiilairc ( t n/7, axillaris). Si la lige se termine par une suite de ladites bractées, et (|ue chacune de celles-ci accompagne une fleur portée par un rameau excessivement court, nous dirons que les fleurs sont disposées en épi ( spira ). Si nous supposons cet épi refoulé de haut en bas et gagnant en largeur ce qu’il perd en hauteur, nous aurons des fleurs placées sur un réceptacle commun , ou, si l’on aime mieux, disposées en capitule (capitulum). Qu’au contraire, les ra ineaux presque nuis de l’épi prennent quelque longueur , nous aurons une grappe ( racemus ); qu’ils se ramifient de diverses manières, nous aurons une pellicule, un thyrse ou un corvmbe ( panicula , ihyrsus , corymbus). Enfin , que la lige se termine par des bractées rapprochées en vcrlicille et qu’à l’aisselle de chacune il naisse un rameau, nous aurons une ombelle qui sera simple ou composée ( umbella simplex, con.posita ), suivant que le rameau se terminera
par une fleur ou qu’il se ramifiera à son tour. Ce qui est fort ... ... „„
essentiel pour la connaissance véritable des inflorescences, Sî^îr'a,*!^ aï c’est de ne point confondre les évolutions successives qui les ont formées.
lin grand nombre déplantes ne fleurissent et ne frucli-
IIÉSI Mli
lient qu’une fois, celles, par exemple, qui naissent et meurent dans le cours d’une année, et que pour celte raison puni»» aonati- l’on appelle annuelles. Ces plantes, qui , toutes, sont des herbes, n’éprouvent aucun repos dans leur végétation, et quand un bourgeon naît à l’aisselle de leurs feuilles, il se développe aussitôt cl se prolonge sans interruption , quoique d’une manière plus ou moins active, depuis sa naissance sa..™ jusqu’au moment où il péril. Les arbres, au contraire, fructifient pendant de longues années; mais tous ne végètent point d’une manière absolument semblable. Ceux qui naissent dans les contrées humides cl très-chaudes se développent à peu près, sans interruption, comme nos plantes annuelles; d’autres sont arrêtés dans leur végétation , soit par le froid, soit par une extrême sécheresse. Boni geo us. Chez ces derniers, le bourgeon né du nœud vital à l’aisselle
de la feuille, reste à peu près stationnaire jusqu’à l’année suivante, et, dans son évolution, il représente peut-être encore mieux la plante à laquelle il doit son origine que le bourgeon de la plautc annuelle ne représente celle plante (.raillrs «lu elle même. l)cs écailles sèches, dures, couvrent les bour-
l'miigiun
geonsde nos arbres, et les protègent contre les rigueurs de l’hiver; mais ces écailles ne sont autre chose que les premières feuilles du bourgeon lui-même, feuilles avortées ou réduites au pétiole, qui indiquent toute la faiblesse de l’individu naissant et retracent celle que la plante-mère montrait à son origine.
Il n’est personne qui ne sente que les bourgeons ont, i „m|»,.,K>n ,i.. avec les graines, la plus grande ressemblance. Les uns et »•*•*•■ les autres multiplient également la plante ; mais le bourgeon
se développe sans fécondation , tandis que la graine a besoin d’être fécondée-, de lui-même le bourgeon se sépare rarement de la plante-mère, la graine s’en sépare toujours ; celle-ci multiplie l’espèce, le bourgeon multiplie l’individu.
MORPHOLOGIQUE
Dans le (ableau général où je viens de vous présenlcr les développements successifs des végétaux, je vous ai uniquement parlé de ceux qui ont des feuilles modiliées plus ou moins, qui offrent des organes sexuels et se multiplient par des graines fécondées, renfermant un embryon pourvu d’un ou plusieurs cotylédons ou feuilles séminales; mais toutes les plantes ne présentent pas ces caractères. Il en est Plantes a*otv lequi, souvent, sont réduites au seul axe, ou du moins chez lesquelles il n’existe ni fécondation, ni organes sexuels, et qui se multiplient à l’aide de corps reproducteurs, dépourvus de cotylédons . tantôt répandus dans la substance de la plante-mère, tantôt renfermés dans des espèces de boites, et assez aualogues à des bourgeons détachés. Ces plantes, parmi lesquelles il faut ranger les Algues, les Champignons, les Lichens, les Fougères , etc. , ont été longtemps nommées cryptogames, c’est-à-dire à noces cachées, parce qu’on cherchait inutilement les organes générateurs qu’on croyait exister chez elles comme chez les autres végétaux ; quand on a cru reconnaître que ces organes leur manquaient entièrement, on les a appelées agames, c’est-à-dire sans noces; on leur a aussi donné le nom de cellulaires, parce que leur tissu , plus simple que celui des autres plantes, ne présente souvent que des cellules; le défaut d’embryon proprement dit leur a fait appliquer, par certains auteurs, le nom d’inembryonées; enfin M. Antoine Laurent de Jussieu les a nommées acotylédones , parce que leurs corps reproducteurs ne montrent point ces feuilles primordiales qu’on observe chez l’embryon des plantes douées de la faculté de se reproduire par la fécondation.
Celles-ci , dont je vous ai déjà indiqué les principaux ca- Plante* |»baoc« ractéres, ont été nommées phanérogames, c’est-à-dire à noces manifestes, par opposition avec les cryptogames ou les agames. Mais toutes les plantes pourvues d’organes
Planlr» mono- »oiy IàIoiim.
Plante» iIkoit- Iciliinr».
Diflrrrnrr» nui existent entre le* nHinnroU Icdoni * et le* «luul j ImIünc*.
Jn(c i me (liai n*
4 ’l RÉSUMÉ
sexuels, n'atteignent pas un égal degré d’expansion. Les unes, moins développées, offrent un seul cotylédon qui renferme, dans une cavité presque close, le rudiment de la jeune tige et de ses organes appcudiculaires : on les appelle monocotylédones ou unilokécs. Les autres, au contraire, beaucoup plus complètes, ont deux cotylédons opposés ou quelquefois plusieurs cotylédons verlicillés, entre lesquels la jeune tige et ses feuilles restent presque toujours libres :on nomme ces dernières plantes bilobécs ou dicotylédones. S’il n’y avait entre les deux classes dont je viens de vous parler d’autre différence que celle du nombre des cotylédons, nous ne songerions pointa les distinguer; mais, avec cette différence, en coïncident beaucoup d’autres non moins importantes. Il faut même se garder de croire que, pour connaître si une plante est monocotylédonc, il soit nécessaire de l’épier au moment de la germination ou de disséquer sa graine; le botaniste tant soit peu exercé pourra, au premier coup d’œil, décider à quelle classe chaque plante appartient. Non-seulement la structure de la lige n’est point la même dans les monocotylédones et les dicotylédones, mais encore les premières présentent plus rarement des branches; leurs feuilles sont le plus souvent engainantes à la base et sillonnées par des nervures parallèles; enfin les parties des différents verlicillés de leurs fleurs ne [Hissent point le nombre trois ou ses premiers multiples. Les dicotylédones, au contraire, sont presque toujours rameuses; leurs feuilles, rarement engainantes, n’ont point de nervures parallèles; le nombre cinq et ses multiples caractérisent le plus souvent leurs verlicillés floraux ; enfin leur aspect indique, en général, un degré de vigueur cl de développement que n’atteignent point les monocotylédones.
Il ne faudrait pas s’imaginer cependant que ces trois
MORPHOLOGIQUE
classes, les acotvlédoncs , les monocotylédoncs, les dicolylédoncs, soient exactement tranchées: rien ne l’est daus la 7„
nature, tout s’y nuance j c’est une vérité que la suite de ces leçons vous démontrera sans cesse.
Une série d’intermédiaires rattache le Protococcus , simple cellule, à la Fougère et aux Marsiléacées , celles-ci établissent un passage entre les acotylédom's et les monocoly lédoncs ; et lesCycadées, auxquelles nous devons le sagou , forment , pour ainsi dire , un lien entre les trois classes (1).
(l) Obligé de présenter dans ce chapitre l’histoire du végétal tout entier, je n’y suis point entré dans des éclaircissements que les commençants réclameront peut-être ; ils les trouveront dans les chapitres qui vont suivre.