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cultivateur à suivre les traces de la nature. Si, après avoir étudié longtemps les plantes de son pays, il parcourt des contrées lointaines, l’analogie le conduira à découvrir les végétaux utiles qui réussiront le mieux dans sa patrie. Qu’ils sont loin de nous ces temps où la Marjolaine, la Violette et le Romarin ornaient seuls les jardins de nos rois! Le parterre le plus modeste réunit aujourd’hui plusieurs végétaux des cinq parties du monde; les rivages de nos fleuves, les bosquets de nos jardins, et jusqu’à nos forêts, attestent de tons côtés les travaux d’infatigables botanistes , comme l’utilité de la science qu’ils cultivent.
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grande ardeur obtiennent toujours uii résultat aussi ^1“'“'.’“* utile. Je ne le nierai point; je sais que la botanique est loin de présenter une utilité constamment immédiate. Mais si c’est un reproche que l’on puisselui faire, on peut le faire aussi à toutes les autres branches des connaissances humaines. A Dieu ne plaise que je ne bénisse point ceux qui ont trouvé dans les sciences des applications utiles à nos besoins ! Cependant, il faut le dire, c’est bien rarement lorsqu’on en cherche, qu’on parvient à en découvrir quelqu’une , et les hommes qui n’ont pas voulu autre chose, sont presque toujours restés en arriére. Marchons dans la route des sciences en poursuivant la vérité pour elleinème, et tôt ou tard les applications arriveront à sa suite , car une vérité conduit à une autre , et elles aussi sont des vérités.
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DISCOURS
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iota.., que. un motif pour abandonner la voie que nous suivons.
Trop souvent, il faut le dire, on ne conçoit les travaux des hommes que lorsqu’ils aboutissent à des jouissances matérielles; mais cultiver son esprit, étendre le cercle de ses idées, n’est-ce donc pas aussi une jouissance ? N’en est-ce pas une que de connaître la vérité. ? et quelle science nous la montre entourée de plus de charmes que la botanique ? Les objets qu’elle livre à nos recherches sont ceux qui contribuent le plus à embellir notre globe. Comme nous ils vivent , ils se développent, ils multiplient, et nous pouvons rechercher ce qu'il y a de plus intime dans leur admirable structure, sans avoir sous les yeux le spectacle affligeant de la souffrance.
Tandis que d’autres parties de l’histoire naturelle exigent des collections rassemblées à grands frais, partout des végétaux s’offrent gratuitement au botaniste. L’Océan a ses Algues, les eaux douces sont peuplées de Naïades et de Potamogcton , les antres des rochers se tapissent de Fougères, et des Lichens s’étendent sur nos murailles en plaques bigarrées. Je ne puis, sans un plaisir mêlé de bien des regrets, me rappeler les jours où seul , presque sans livres, peu soucieux de l’avenir, je me livrais à l’étude des plantes qui m’entouraient ; elles étaient peu nombreuses , mais combien de sujets d’observation m’offrait une seule espèce ! Je la suivais dans toutes les phases de son existence; je l’épiais au moment où les premières feuilles s’échappent de l'enveloppe protectrice; je voyais sa lige s’élever, ses feuilles s étendre , ses
PRÉLIMINAIRE
fleurs s’épanouir ; je recherchais la position de ses ovules , je suivais les métamorphoses qui s’opèrent dans le carpelle pour qu'il devienne un fruit; je disséquais la graine , j’étudiais l’embryon, et souvent j'avais le bonheur de découvrir quelques-uns de ces moyens secrets qu’emploie la nature prévoyante pour faciliter la fécondation, répandre les semences et conserver l’espèce. Une plante commune, revue mille et mille fois, m'instruisait souvent plus que des recherches faites au milieu des herbiers les plus riches et des bibliothèques. 11 existe, dans une petite ville du bas Languedoc, un simple jardinier (1) dont l’éducation a été celle que l’on reçoit dans les plus humbles écoles , et auquel notre langue est même restée presque étrangère; cet homme s’est mis à étudier les plantes qui croissent autour de lui ; une d'elles a surtout fixé son attention (2) , il l’a transportée dans son jardin , il a suivi ses développements pendant plus de trois années, et à ses yeux s’est déroulée une série de phénomènes que personne n’avait observés jusqu’alors.
Combien de fois la botanique n’a-t-elle pas adouci les plus cuisants chagrins ! Ce fut dans cette science que Aousseau , jouet de lui -même, trouva un remède contre les cruelles chimères qui l’obsédaient sans cesse. Séduite par les charmes des plantes , son imagination leur prêta des qualités qu’il désespérait de rencontrer chez les hommes ; elles devinrent pour lui
(i) M. Esprit Fabre.
( 1 ) Le Marsilca Fabri.
DISCOURS PHIXIMl.YllRK.
de véritables amies, et furent le sujet de ces lettres admirables qui auraient pu suftire pour assurer sa gloire. Ceux qui cultivent la science des végétaux n’ont-ils pas quelque droit de concevoir un certain orgueil, lorsqu’ils songent que deux des plus grands écrivains dont s’honorent la France et l’Allemagne furent de grands botanistes, l’auteur du Faust et celui de l’ Émile !
Comme à toutes les situations, la botanique présente à tous les âges des ressources et des plaisirs. En même temps qu’elle s’élève pour l’homme qui réfléchit au rang des sciences les plus philosophiques , elle peut offrir à l'enfance une récréation également utile au développement de ses forces et de son intelligence. Four le vieillard qui la cultiva jadis , elle sera la source des plus doux souvenirs; elle pourra quelquefois suspendre ses regrets et charmer ses misères. Celui qui le premier introduisit en France l’enseignement méthodique de l’organographie et de la physiologie, le vénérable auteur du Flora Allantica (1), frappé de cécité, se plaisait à se faire conduire autour de ces plates-bandes enrichies par ses soins de mille fleurs diverses; sa main débile, en louchant les plantes qu’il avait étiquetées, et qu’aulrefois ilobservait avec tant de plaisir, savait les reconnaître, son imagination leslui représentait parées de tous leurs charmes, et il bénissait la science qui, après avoir embelli ses premières années, et répandu sur sa vie tout entière un éclat si brillant, avait encore des consolations pour sa vieillesse et ses jours de souffrances.
( i ) M . Desfoutaines .