CHAPITRE XXIV
RECEPTACLE DE LA FLEUR
Il serait naturel qu’après avoir passé en revue les quatre premiers verticilles de la lleur ou l’androcée, je vous entretinsse du cinquième , c’est-à-dire des pistils ou gynécée ; mais, comme la connaissance de ce verticillc est essentiellement liée à celle du réceptacle de la (leur , je commencerai par vous dire quelque chose de ce dernier.
(.r qu'on cnlrntl Nous savons qu’une (leur est une réunion de verticilles
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uri.achsciir. d’organes appendiculaires attachés à un axe commun , qui n’est que la continuation du pédoncule ; cet axe, c’est le réceptacle de la fleur ( reeeptaculum (loris).
Sur le milieu de la lige d’un Gulium, les verticilles de feuilles laissent entre eux des entre-nœuds assez longs ; vers le sommet de la lige, ces entre-nœuds sont déjà beaucoup plus courts ; supposons les assez contractés pour que les verlieillcs se touchent, nous aurons une image de la fleur. Ici,
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il arrive [tour les organes appendiculaires ce qui a lieu dans les inflorescences pour les fleurs tout entières : l’axe d’un épi moins allongé n’est plus que celui d’un capitule ; encore plus raccourci, il devient un plateau dont la fleur centrale eût été la plus élevée dans un épi bien développé. Chez la plupart des fleurs , l’axe ou réceptacle est , de même , tellement raccourci qu’il ne forme plus qu’un plateau dont le verlicille central , celui des pistils , serait le plus élevé , si les entre-nœuds, actuellement d’une longueur presque inappréciable , en prenaient une plus seusible ( ex. Bocagea viridis, f. 355 ).
Il ne faut pas croire cependant que le réceptacle soit toujours réduit à n’étre qu’une surface plane. La nature ne procède point ainsi ; avant d’arriver au raccourcissement le plus complet , elle semble avoir essayé, dans une suite d’espèces , tous les degrés possibles de raccourcissement. Il n’y a point d’intervalle entre les différents vcrlicilles de la fleur des Renoncules, des Casalea ( ex. C. ascendens, f. 35i), des Tormentilles, des Potentilles , des Ronces et du Fraisier ; mais la partie du réceptacle qui porte les ovaires est presque cylindrique ou globuleuse chez les premières de ces plantes, elle est hémisphérique chez le Tormentilla erecta , ovoïde dans le Potentilla repens , conique dans le Rubus cœsius et le Fragaria vesca. Dans plusieurs Ànonécs , où il n’y a pas non plus d’entre-nœuds entre les différents vcrlicilles, le réceptacle présente au-dessus des pétales un cylindre qui porte les étamines, et au-dessus du cylindre un cône chargé des pistils. Chez les véritables Caryophyllées (ex. Lychnitt Viscaria, f. 35i ), un entre-nœud se montre entre le premier verlicille et le second , ou, si l’on veut, le calice et la corolle j mais celle-ci , les étamines et les ovaires sont ensuite rapprochés comme dans les autres fleurs. Le calice cl la corolle des Helicteres naissent , au contraire , presque du
Différents degros do raccourcisse mont dans le réceptacle do h llenr.
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même point , et ensuite un long entre-nœud les sépare des étamines et des pièces du disque (ex. II. Sacarolha , f. 342- 343). Dans le Spiranthera , les Simaroubées (ex. Simaba ferruginea , f. 352), plusieurs Crucifères, plusieurs Légumineuses (ex. Astragalus bidentalus , f. 353), les Capparis , c’est entre les étamines et le pistil que sc trouve un entre-nœud. Ënfin, dans le Cleome petit aphy lia ( f . 350), on voit un réceptacle qui, à sa base, forme un plateau sur lequel, à peu de distance du calice, est attachée la corolle ; audessus de celle ci , le réceptacle se rétrécit comme un pédoncule et présente un long entre-nœud ; au sommet de ce dernier se montrent les étamines ; un nouvel entre-nœud se forme, et, à son extrémité supérieure, il porte le pistil : ainsi , dans celte plante, nous avons , par un retour sensible vers l’état habituel des axes à feuilles vcrticillées, à peu près autant d’en Ire-nœuds bien marqués que nous avons de vcrticillcs.
N»n„ donne. L’examen le moins approfondi a dit faire reconnaître le d'allongrrurnt «juc long entre-nœud au-dessus duquel s’élève le pistil dans les réceptacle. ° Cteome ( f 350) ou les Capparis, et Linné l’a appelé stipes , nom qu’il appliquait, comme nous l’avons vu, à tous les genres de supports , de quelque nature qu’ils fussent. Quant aux entre-nœuds moins visibles du réceptacle de la fleur, ils sont restés longtemps inaperçus, et ce n’est que dans ces derniers temps qu’on a commencé à reconnaître leur existence et à les décrire ; mais alors on est tombé dans un autre extrême. Chaque modification du réceptacle prolongé , quelque légère qu’elle soit , a reçu un nom différent, et souvent la môme modification a été nommée de plusieurs manières. On a dit gynophorc, carpophorc, mèlrophorc (gynophorum , carpophorum , metrophorum) , pour désigner, en général , un réceptacle prolongé ; ce réceptacle n’élail-il terminé que par un ovaire , il s’est appelé técaphore , basi-
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gy ne ou gynobasium ( lecaphorum, basigynium , gynobasium) ; supportait-il plusieurs pistils, il a été un polyphorc (polyphorum) ; quand l’axe ou réceptacle, comme dans les Lycknis (f. 351), a offert un entre-nœud entre le calice cl la corolle , et qu’ensuite les autres verticillcs se sont trouvés rapprochés, on a dit qu’il y avait antrophore ( antro phorurri ); lorsque l’cntre-nœud , qui sépare souvent les étamines du pistil, s’est montré grêle, comme dans le Trifolium filiforme, VAstragalus bidentatus ( f 353), le Vicia Pannont'caj les Capparis , il a été appelé podogyne ou gynopode ( podogynium j gynopodium) ; le mot torus a été confusément appliqué , tout à la fois , au disque et au réceptacle ; enfin celui de gonophorc ( gonophorum ) a désigné une partie du réceptacle chargée des étamines. Ces noms ont eu un moment l'avantage d’attirer l’attention sur des parties trop peu connues; mais, à présent que l’étude de la morphologie nous a dévoilé la véritable organisation delà fleur, nousdevons nous hâter de les bannirdc notre mémoire; ils n’appartiennent plus aujourd’hui qu’à l’histoire de la science. La fleur est la miniature de ce que nous avons vu sur la tige ; elle nous offre la continuation d’une admirable merveille, et non mille petites merveilles isolées et confuses.
Il est cependant indispensable, pour la clarté des des eriptions, d’avoir un mot qui nous aide à faire distinguer le réceptacle allongé du réceptacle plane. Celui de gynophorc a été le plus généralement employé, et c’est lui seul qu’il faut conserver, en le modifiant, suivant les genres et les espèces, par des épithètes différentes. Ce que l’on n’a pas assez fait , et ce que j’ai beaucoup trop négligé moi-même , c’est d’indiquer clairement, quand, sur un réceptacle allongé, les verticillcs ne sont point séparés par un entrenœud sensible, ou quand il existe entre eux des entrenœuds très-prononcés. Lorsque les étamines et les ovaires
Gjnopliort! .
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sont en grand nombre, comme dans les Renonculacécs , les Magnoliers, les Anonèes, il serait difficile que le réceplaele ne s’allongeât pas pour les recevoir ( f. 35 V) ; mais, eu réalité, il y a moins de différence entre le réceptacle de ces piaules, où les étamines se pressent contre les ovaires et un réceptacle plane, qu’entre ce dernier cl celui, par exemple, du Spiranlhera ou de Ys/lyssum campeslre , où il existe un entre- nœud appréciable à nos sens.
On a recommandé de ne point confondre avec les autres réceptacles allongés celui Irés-gréle que l’on a appelé podogyue (/) 353), parce que, a-t-on dit, c’était un rétrécisse meut de l’ovaire. Mais la végétation ne procède pas de haut en bas, elle s’étend de bas en haut, cl, du moins dans les Capparis, les Crucifères et les Chôme , le podogync est aussi peu un rétrécissement de l’ovaire que le pédoncule un rétrécissement du calice.
l, Deux parties que l’on a trop souvent confondues, et qu’il
est nécessaire de distinguer avec soin, si l’on veut se rendre intelligible, ce sont le disque et le réceptacle allongé ou gynophorc, qui, quelquefois, comme le disque, est d’une consistance glanduleuse. Il ne faut jamais oublier que le premier appartient au système appendiculaire, comme le second au système axile; que, par conséquent, l’un est le produit de l’autre, et que tout corps intermédiaire entre les étamines cl le pistil , cl qui n'est pas le réceptacle, est un disque. D’après ceci, il est clair qu’on s’est servi d’expressions essentiellement inexactes, quand on a dit qu’un ovaire naissait du disque ou qu’il reposait sur lui ( ovarium disco insidens , c disco enalum). Il peut y avoir assez peu d’intervalle entre le disque et l’ovaire pour qu’au premier coup d’œil l’un semble porté sur l’autre ; mais il n’en est pas moins vrai que tous deux sont le produit d’un axe commun , et il n'est pas plus exact de faire naître uu ovaire d’un disque
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ou de le placer dessus , que de prélendre qu’un vcrticille de Gnlium a pris naissance sur un autre verticille.
Nous avons vu plusieurs verlicilles éloignés les uns des Urit,pUt,C(1„ autres sur le réceptacle du Cle<me penlaphylla (/. 350) j crt*uwr an liru .1ailleurs il ne s’est plus présente à nos yeux qu’un seul ’ ‘ entre-nœud appréciable ( f. 351 , 352 , 353 ), et enfin nous sommes arrivés à un plateau chargé de verlicilles concentriques ( f . 355). Mais, ainsi que le réceptacle commun des fleurs devient, dans les Composées et les Urticées, de convexe plane, et de plane concave ou profondément creux , de môme aussi le réceptacle de la fleur se creuse par degrés j dans les Xylopia, la partie chargée des étamines dépasse les ovaires, et forme autour d’eux une cupule élevée ; dans la Rose, le réceptacle se creuse profondément, et, modelé sur le calice, il prend la forme d’une poire. On pourrait être tenté de prendre pour un androphore l'espèce de cupule qui porte les étamines des Xylopia ; mais il n’en est pas ainsi, non-seulement parce que les étamines sont articulées sur la cupule, mais encore parce que chacune d’elles, isolée, est absolument semblable à celles des sinona, des Rollinia , des Guatteria , où il n’y a certainement aucun androphore.
Dans le Nelumbium , un entre-nœud large et épais s'élève en cône renversé au-dessus des pétales et des étamines; mais, dans ce cône, il y a une dépression profonde pour chaque pistil. La Fraise nous offre déjà une faible image de cette organisation , car chacun des pistils y est un peu enfoncé dans le réceptacle charnu , qui, dépouillé des organes femelles, semble légèrement alvéolaire.
Nous savons que, dans un épi de Véronique, la fleur vraiment supérieure est la plus élevée ; et que dans la Figue, au contraire, la supérieure est celle qui occupe le fond de ce fruit (/". 212). De môme, le pistil le plus élevé sur le récep-
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lade allongé du ityoswrus ou de la Renoncule est évidemment le supérieur; tandis que dans la Rose, où le réceptacle s’est , eu quelque sorte , renfoncé en lui-méaie, le pistil le plus élevé se trouvera à la partie la plus creuse du réceptacle. Le doigt d’un gand peut nous offrir une image sensible de ce qui se passe ici : dans l’état ordinaire, le sommet de ce doigt est évidemment à la partie supérieure et la base ù la partie la plus voisine de la main; que je renfonce ce même doigt en lui-même, le véritable sommet se trouvera à la partie la plus creuse, et la partie véritablement la plus basse deviendra , en apparence, la plus élevée.
La forme du réceptacle n’offre pas de différences assez sensibles pour qu’on en lire de bons caractères de famille ; cependant on peut dire que l’existence d'un long réceptacle, où se distinguent sans peine un ou plusieurs entre- nœuds , est générale chez les Capparidées. Il est aussi fort ordinaire de trouver un entre nœud plus ou moins visible au-dessous du pistil des Crucifères cl des Légumineuses. On peut encoreétablir, comme une conséquence nécessaire du grand nombre d’étamines et de pistils , que , chez les familles très-élevées dans la série des développements , les Renonculacécs , les Magnoliers , les Anonèes , le réceptacle est communément allongé. Enfin , combiné avec une autre modification dont j’aurai plus tard occasion de vous entretenir, l’allongement de l’en tre-nœud qui porte le pistil est général chez les Labiées.