FAÇONNAGE DES PATES CÉRAMIQUES
Nous venons de dire que l'ébauchage des pièces pouvait se faire soit à la main, soit sur le tour, soit par calibrage, soit par moulage. Passons en revue ces divers procédés pour étudier les conditions de forme dans lesquelles il convient de les employer, les circonstances de fabrication qui peuvent les faire rejeter.
Abavchage a la main.
La plasticité de la plupart des pâtes céramiques , c'est-à-dire la propriété qu'elles ont de recevoir et de conserver les formes qu'on leur donne en le$ comprimant , peut être immédiatement mise à
TECHNOLQGIE CÉRAMIQUE. 8i
profit. L*ébauchage à la main a dû se présenter aux potiers comme la première méthode de façonnage qu'ils aient employée.
Les sculpteurs ébauchant avec les mains la terre glaise des figurines, des bas-reliefs, des vases, exercent cette sorte de procédé, qu'ils peuvent rendre très-précieux; car, à l'aide d'un réparage soigné, au moyen d'outils qu'ils nomment ébauchoirs, ils atteignent une perfection d'autant plus estimée qu'elle conserve l'esprit de la touche de l'artiste. La plastique fait surtout usage de cette sorte d'ébauchage.
Les ouvriers qu'on appelle terriniers, chargés d'établir ces sortes de figures décoratives qu'on plaçait autrefois au-dessus des poêles, élevaient ces objets sans le secours de moule par le simple procédé de l'ébauchage à la main.
Nous devons, encore rapporter à cette sorte de façonnage l'ébauchage d'une foule de pièces dont la dimension est telle, qu'on ne pourrait les ébaucher sur un tour proprement dit. Les grandes jarres que fabriquent tous les peuples méridionaux se forment au moyen de cohmbins ou boudins de pâte, c'est-à-dire de longs cylindres que l'ouvrier place les uns sur les autres en Jes liant avec la main et les doigts. Cette sorte d'ébauchage n'est pas restreinte au façonnage des grandes pièces. Les peuples qui sont encore dans l'enfance des arts céramiques , font presque toutes les pièces rondes par une méthode analogue ; car elle consiste à donner plus ou moins grossièrement la forme qu'on veut obtenir au moyen de petits colombins ou de petits ballons de pâte qu'on relie au moyen d'un appui de bois qui remplace le secours de l'estèque du tourneur, mais sans moule , sans tour et sans tournette. Lorsque la pièce à façonner est étroite , on' remplace l'usage des mains et des doigts par une sorte de petite spatule.
Après avoir formé le plateau qui doit servir de fond et l'avoir laissé se raffermir, l'ouvrier forme les parois par le moyen des colombins , qu'il courbe circulairement et qu'il applique successivement les uns sur les autres, jusqu'à ce qu'il ait atteint l'ouverture ; il les comprime avec les mains, tant intérieurement qu'extérieurement , en donnant aux parois une épaisseur parfaitement égale ; il travaille toujours en dehors ; mais pour égaliser l'intérieur et façonner la partie supérieure , il s'élève sur une espèce d'échafaud à mesure que la pièce prend de la hauteur. Il attend ordi-
Si QUINZIÈME LEÇON.
nairement que la partie qu'il a élevée soit assez raffermie pour
supporter, sans affaissement , le poids d'une autre zone.
Si la pièce est très-haute , on soutient extérieurement le ventre pour lui donner la force de porter, sans s'écarter ni s'affaisser, lescolombins dont il doit être chargé; on l'entoure de paillassons que l'on soutient tantôt avec des étais en bois qui portent obliquement sur le sol , tantôt avec des cordes de sparterie dont on les entoure. On a le soin d'entretenir humides les bords supérieurs devant être soudés aux colombins qui permettent de continuer le façonnage; à cet effet, on les couvre de linges mouillés ou de feuilles fraîches.
L'épaisseur des parois est proportionnelle à la dimension des jarres; en général, les parois sont plus épaisses vers le bas des pièces que vers le haut; elles vont en s'amincissant à mesure qu'elles approchent de l'ouverture de la pièce.
On fait par ce procédé des jarres qui ont jusqu'à 3", 08 de hauteur, sur i'",o6 de diamètre à la panse, d'une contenance d'environ 4a hectolitres.