‹ Leçons de céramique professées à l'Écolé central des arts et manufacturesChapitre 32 sur 102 · La potasse et la soude. 10. L'oxyde d'étain · texte numérisé non relu

La potasse et la soude. 10. L'oxyde d'étain

if. Les oxydes de plomb. 12. Les oxydes de fer.

i3. Les oxydes de manganèse. i4* Les ocres. On voit que parmi ces matériaux, les uns sont directement fournis par la nature : ce sont ceux qui donnent le plus d'économie; les autres sont des produits des arts industriels: ils ajoutent aux dépenses de la fabrication.

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Quartz. — Le quartz , le sable et les cailloux roulés fournissent les parties siliceuses des verres ou des cristaux qu'on emploie dans la confection des poteries. On ajoute encore ces éléments à la couverte des porcelaines dures lorsque la pegmatite qui la compose ne présente pas la fusibilité voulue; on diminue proportionnellement la quantité d'alumine , et le point de fusion du verre est singulièrement abaissé.

Felsdpath. — Le feldspath n'est plus exclusivement introduit dans la fabrication des couvertes de porcelaine dure : on en fait un usage important pour les glaçures des grès , de même qu'on s'en sert pour faire entrer les alcalis et la silice dans les vernis des faïences perfectionnées et des cailloujtages anglais.

Sulfate de chaux et craie. — Le gypse et le carbonate de chaux ajoutent à la fusibilité des glaçures.

Craie. — Les Chinois mêlent au pétrosilex, qui constitue la majeure partie des couvertes de leurs porcelaines , de la chaux calcinée.

Sulfate de chaux. — Les Allemands mêlent à leurs compositions, dans les mêmes circonstances, du sulfate de chaux qui n'introduit que de la chaux, l'acide sulfurique disparaissant sous l'influence de l'acide silicique, à la chaleur blanche. Le carbonate de chaux forme aussi l'élément fusible de la couverte de certains grès salubres qu'on fabrique aujourd'hui dans un grand nombre de localités : on sait d'ailleurs que la chaux devient partie constituante des laitiers qu'on emploie quelquefois comme glaçures pour quelques poteries grossières, recommandées au point de vue de l'hygiène.

Acide borique et borax. — Ces matériaux, dont nous avons indiqué l'usage et les qualités, entrent principalement dans la composition des glaçures perfectionnées, dont le prix de vente comporte cette dépense. Nous avons déjà dit que , du jour de l'introduction de cet élément dans la fabrication des faïences, date une amélioration notable. Un brillant considérable, une grande dureté, la décoloration de la pâte : tels sont les avantages qui résultent de cette addition aux anciennes glaçures des terres de pipe. On en ajoute aux compositions des vernis des porcelaines tendres anglaises et françaises ; une plus belle fusion des couleurs de fond paraît en être la conséquence.

Spath fluor. — Le spath fluor, dont nous connaissons la fusibilité remarquable, est d'un usage assez étendu dans quelques parties de TAllemagne ; on en ajoute aux glaçures des porcelaines dures : il est probable qu'on en pourrait faire un emploi beaucoup plus général encore pour les glaçures des faïences cuites à température élevée.

Sel marin. — Le sel marin n'est indiqué que dans quelques anciennes recettes, pour introduire l'alcali dont on a besoin; il sert encore à faire perdre par volatilisation, à l'état de chlorure, quelque peu du fer introduit par le sable et les autres matériaux impurs que le faïencier de terre commune emploie généralement. On en fait entrer encore aujourd'hui dans le dosage de l'émail qui forme la glaçuredes faïences communes, et je ne sache pas qu'aucun fabricant ait aujourd'hui soit supprimé, soit remplacé cet élément.

L'usage le plus important du sel marin dans la fabrication des poteries, c'est son emploi dans le salage des grès fins et communs; on en consomme pour cette opération des quantités considérables, et les qualités que présente cette sorte de glaçupe l'empêcheront de disparaître sitôt des pratiques industrielles. La facilité avec laquelle elle s'adapte à la pâte des grès cérames parait d'ailleurs liée d'une manière intime à la composition chimique de cette pâte. L'analyse a démontré que le glacé complet s'obtenait avec d'autant plus de facilité que la composition contenait davantage de silice. Cet excès de silice , conseillé par la pratique , indiqué par l'expérience , a bien certainement pour but de faciliter, sous les influences réunies des gaz humides et d'une température élevée, la décomposition du chlorure de sodium projeté dans le foyer vers la fin de la cuisson.

Quoiqu'il soit impossible à priori de décider s'il faut attribuer l'identité d'action du sel marin sur la terre sableuse ou l'argile , soit à ce que les argiles ne sont que des mélanges naturels de sable et de silicates d'alumine, soit à ce que sous l'influence d'une température élevée le sable lui-même se combine directement à l'alumine ou au silicate d'alumine, comme semblent le prouver d'anciennes expériences de M, Berthier, il n'eu résulte pas moins pour la pratique ce fait important que le sel marin est décomposé dans des circonstances déterminées , quel que soit l'état de la silice dans la composition , pourvu qu'elle y soit en quantité convenable II. «3

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et suffisante. Il me paraît utile de rappeler que MM. Brongniart et Malaguti n'ont pu donner au biscuit de la porcelaine de Sèvres qu'un glacé peu sensible en soumettant cette substance à Topération dû salage.

Alcalis. — Nous avons vu le rôle important des alcalis dans la fusibilité des matières vitreuses. On n'emploie jamais à l'état isolé la potasse ou la soude : nous avons dit qu'on les introduisait , lorsqu'on ne jugeait pas convenable de les emprunter aux matières pierreuses telles que le feldspath et les roches qui contiennent ce minéral, à l'état de carbonates , nitrates, sulfates ; dans ce dernier cas, il faut avoir recours au mélange de carbone pour dégager le èoufre. Cette méthode, au reste fréquemment employée dans l'art de la verrerie , l'est beaucoup moins dans les arts céramiques , qui se servent souvent de groisil ou de cassons de verre de diverses provenances. Quoi qu'il en soit, lorsqu'on fait usage de la potasse ou de la soude à l'état de sels solubles , on les fait fondre ou fritter préalablement pour détruire leur solubilité qui s'opposerait à ce qu'on pût appliquer la glaçure par les moyens économiques en usage dans la plupart des fabriques.

Oxyde d'étalx. — Lorsque la pâte de la poterie est colorée et qu'on cherche à la masquer sous l'opacité de la glaçure, c'est à rétain qu'on emprunte l'opacité voulue. L'oxyde d'étain forme un oxyde blanc qui ne paraît pas se dissoudre dans les matières vitreuses, verres ou cristaux. On engage cet oxyde dans une conibinaison ou simplement dans un mélange avec l'oxyde de plomb , pour l'ajouter aux matières fondantes qui formeront par leur combinaison, sous l'influence d'une température convenable, un flux vitreux maintenant en suspension l'oxyde d'étain. Dans la plupart des faïences, la calcination, c'est-à-dire l'oxydation de l'étain métallique et du plomb, se fait dans un fourneau spécial à réverbère, qu'on nomme foitrnctte.

Nous donnons [fg, 275), à titre de renseignement, la description d'un de ces petits fourneaux employés dans les fabriques de Paris et de ses environs. Une sole en briques réfractaires A reçoit le plomb et l'étain métalliques. La flamme produite dans deux grilles latérales B , chauffées au charbon de terre , rabat par-dessus l'autel C dans le four en suivant la voûte pour se diriger vers la porte D, par laquelle l'ouvrier remue le plomb et l'étain fondus •

celle porte reste ouverte et sert en même temps au chargement

FIg. 275.

des métaux comme à l'enlèvement des matières; on pourrait ré-^ sener sur la partie antérieure une partie ouverte donnant issue aux matières calcinées pour les faire tomber au-dessous de la sole; une petite partie du gaz s'échappe par l'ouverture E, qui n'existe pas dans toutes les foumettes. Une seconde voûte F, régnant dans toute la profondeur du four, enlève les produits de la combustion pour les conduire dans la cheminée G. Le four est tenniné par une plate-forme sur laquelle on peut étendre quelques matériaux qu'on doit sécher, en profitant de la chaleur perdue du combustible.

Dans un four de dimensions.égales à celles représentées ici, c'esti-dire ayant 2 mètres de profondeur, i mètre de hauteur de la voûte à la sole, sur 2", 67 de largeur totale , comprenant celle des grilles, on peut charger 120 kilogrammes de métaux qui rendent 1 3i kilogrammes de calcine.

Oxyde de plomb. — Dans les compositions qui renferment du plomb , en exceptant celles dans lesquelles on introduit le plomb comme calcine, on fait usage de céruse, de minium ou de litharge. rie? matières sont insolubles ; il n'est pas nécessaire de les faire

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fondre préalablement ; on fait souvent usage de minium, qui colore avant sa cuisson la glaçure en rose. Souvent cependant , en Angleterre principalement , on ajoute l'oxyde de plomb déjà combiné , soit à rétat de flint, soit à l'état de fritte ; cette précaution est prise pour la confection des glaçures des cailloutages ou des porcelaines tendres; mais souvent aussi le minium ou la céruse sont simplement mélangés aux autres matériaux qui composent la glaçure : cette dernière méthode paraît préférable en ce que la céruse et le minium s'opposent pendant la porphyrisation au plombage des matériaux fondus.

Quelques poteries grossières sont recouvertes d'un vernis plombeux qu'elles doivent à l'alquifoux ou sulfure de plomb souvent mêlé de terre sableuse , quelquefois sans addition ; les mélanges se mettent sans précaution sur la terre encore humide; l'action du feu forme du silicate de plomb, souvent donc aux dépens de la silice contenue dans la poterie même.

OxTDBS DE FER. — Los silicatcs de fer, généralement colorés, ne peuvent entrer, à moins de cas exceptionnels dans lesquels on désire se servir comme matière colorante des tons que ces silicates possèdent, que dans les glaçures des poteries communes ou des poteries à pâte colorée. On se sert de scories de fer et de laitiers de hauts fourneaux dans la fabrication de quelques grès communs, et comme matière colorante des faïences brunes : la présence de l'oxyde de fer dans les glaçures des poteries fines et blanches, comme les porcelaines par exemple, lorsqu'il n'existe qu'en petite quantité , est moins à craindre que dans les pâtes , à cause principalement de la fusibilité du composé qui ramène le fer à l'état de protoxyde ; mais néanmoins elle est une cause de rebuts fréquents, si le four dans lequel a lieu la cuisson est disposé de manière à donner une flamme oxydante. D'ailleurs, comme on ne saurait nier l'action dissolvante de la glaçure sut l'oxyde de fer de la pâte , cette action doit être moindre quand la glaçure elle-même est déjà ferrugineuse.

Oxyde de manganèse. — On ne saurait expliquer l'influence de l'oxyde de manganèse sur les propriétés des poteries dont la glaçure est colorée par cet oxyde ; mais il est incontestable que les poteries recouvertes de glaçures brunes vont très-bien au feu. Les faïences et les poteries nommées terre à feu doivent cette

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propriété précieuse à l'oxyde de manganèse qui les colore. Les porcelaines mômes nommées marabout, qu'on destine aux usages domestiques et qui sont enduites d'une couverte brune , résistent mieux que toutes les autres porcelaines aux changements brusques de température.

Ocres. — Ce que nous avons dit au sujet des oxydes de fer s'applique aux ocres qui sont composées de terres plus ou moins ferrugineuses. Ces terres, mélangées soit à des calcaires, soit à des marnes, soit même à des argiles siliceuses, constituent des matières vitreuses d'un usage très-propre à la confection des poteries salubres ; mêlées en proportions convenables, elles acquièrent une fusibilité suffisamment développée pour cuire sur des poteries colorées qui ne pourraient supporter, sans se déformer, une température élevée. C'est au mélange de cette nature qu'on ajoute le peroxyde de manganèse pour obtenir la glaçure brune des faïences communes, recherchées à cause de la propriété particulière qu'elles possèdent d'une manière très développée, celle d'aller au feu sans se briser.

FABRIGATIOH DES GLAÇURES.

Lorsqu'on a fixé les éléments qui composent la glaçure, on cherche pour les combiner , si cette précaution est nécessaire, à les réduire en poudre très-fine pour ajouter à la facilité de la combinaison. Le broyage des matériaux qui composent les glaçures s'exécute comme le broyage des éléments propres aux pâtes; généralement on se borne au broyage sans atteindre la porphyrisation , à moins que la matière ne doive être immédiatement employée, sans mélange, à la mise en glaçure. On commence par calciner la masse , si sa résistance est considérable , et des moulins à broyer la réduisent en poussière par écrasement. On sépare par tamisage la partie trop grossière pour la faire passer sous la meule. Les appareils sont ceux décrits dans la quatorzième Leçon.

Quand on a mêlé les matières grossièrement broyées qui , par leur mélange , doivent composer la glaçure , on les fait fondre ou fritter suivant les cas. Quand il s'agit de fondre complètement, on se sert, suivant l'importance de la fabrique, soit de fours à pots de verrerie, soit de creusets qu'on emplit aux deux tiers environ. Lorsqu'on peut se borner à faire des frittes suffisantes pour dé-

Fljr. 876.

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Iruire la solubilité des alcalis , on se contente d'étendre sur la sole d'un four à réverbère les matières à fritter ; on les place sèches sur un lit de sable qui s'oppose à toute adhérence. Dans quelques fabrications , comme dans les faïenceries , on se sert du dessous du four, où la chaleur est très-intense , pour faire fondre l'émail.

Nous donnons ici différents fours et fourneaux servant à faire les fontes pour les glaçures. Nous commencerons par l'explication du four à fondre les compositions fusibles, c'est-à-dire contenant de l'oxyde de plomb. Le four peut contenir plusieurs pots; nous supposerons qu'il n'en contient qu'un seul. Sur un massif A [fi^, 276), on place un creuset couvert B dont la bouche correspond à l'ouverture C , par laquelle on peut mettre la composition et retirer le verre fondu. Le combustible, qui peut être de la houille, se place sur des grilles D , D ; la flamme entoure le pot et s'échappe par la voûte dans des cheminées E placées à chaque angle. Dans la fabrication du verre, on dispose les pots circulairement. Lorsque la masse est complètement fondue, on écréme la matière en fusion, cristal ou verre; on la cueille avec des poches pour la jeter dans l'eau froide qui rend fragmentables ces matières ordinairement très-résistantes.

Dans la fabrication des faïences on a réservé sous la voûte du four G {fig, 277) une cavité K rectangulaire ou cylindrique suivant la forme du four. Le mélange y est étendu sur une couche de sable, sous une épaisseur d'environ 10 centimètres qui se réduisent à 7 centimètres après la fonte. Quand le refroidissement du four est complet, on retire les espèces de gâteaux que la fonte

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a formés; on les broie, puis on les porphyrise après les avoir épluchés. Il est indispensable en effet d'enlever les parties tachées

par les éclats de briques qui se séparent de la voûte pendant la cuisson, ou par les gouttelettes de verre fondu qui proviennent de l'action des cendres di^ combustible sur la paroi du four.

On obtient des produits beaucoup plus purs lorsqu'on a mis la matière vitreuse dans des creusets couverts placés, soit dans les étages supérieurs , soit dans les parties élevées des fours dont on utilise ainsi , en partie du moins , la chaleur perdue. On laisse les creusets se refroidir lentement en même temps que le four lui-même; on les casse, et on épluche la matière fondue avant tle la broyer.

Il est très-convenable d'avoir sous la main, pour faire promptement sans attendre les cuissons au four qui peuvent être éloignées de plusieurs jours, un petit four à courant d'air [fig. 278) analogue à celui dont on se sert pour exécuter les essais de mine-

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rais de fer. On peut fondre très-bien dans ces petits appareils

Fig. Î78.

i,6oo grammes de glaçure de porcelaine tendre, par exemple, en moins de six heures. Ils sont précieux pour confectionner les glaçures colorées qu'on applique souvent sur cette sorte de poterie. Dans tous les cas, ils donnent une grande facilité pour faire rapidement les essais dont on a besoin dans une fabrique qui tient à ne pas rester stationnaire.

Un creuset A repose sur une grille B qui reçoit le coke avec lequel on chauffe ; les produits de la combustion s'échappent par une cheminée C qui détermine un tirage très-actif qu'on peut régler à volonté, du reste, par un registre E glissant dans des coulisses. Une porte D sert à Fig. 279. placer la creuset, à le charger, à renouveler le combustible , à retirer la matière fondue : on se sert pour cet effet de pinces qui saisissent toute la circonférence du creuset. Va^fg* 279 donne l'idée de la forme la plus convenable pour retirer le creuset du feu ; on le tient verticalement. La Jlg. 280 représente la disposition d'une seconde pince dont l'emploi facilite l'écoulement de la masse fondue. Les branches A, C tournent autour de l'axe B, et pour maintenir le creuset D, on fait usage de l'agrafe F. On donne un léger coup de marteau pour détacher le couvercle , avant de couler la matière vitreuse, soit dans l'eau pour rendre son broyage facile, soit dans des moules de fonte pour la conserver sous forme de pains ou galettes. Quand la masse est refroidie, mais pâteuse encore , on la peut marquer à l'aide d'estampilles, comme on le fait pour l'émail et les émaux de Venise.

Lorsque les matières ont été fondues ou frittées, on

FIg. tSl.

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cherche à les amener par la porphyrisalion à l'étal de ténuité convenable pour la mise en glaçure ; nous avons dit que certaines Fig. tso. glaçures, comme celles de

la porcelaine de Sèvres, XPifi) ))t étaient formées de roches feldspathiques sans mélange; on les broie comme les matériaux qui servent à la com- I position des pâtes. Les appareils décrits dans la quatorzième Leçon sont appliqués de même au broyage des matières vitreuses; on sépare par lévigation les parties réduites au degré de finesse convenable. Nous ne décrirons pas de nouveau les divers systèmes employés , mais nous terminerons ce sujet en indiquant un moyen de cassage généralement employé dans les faïenceries.

Sur une table de pierre, placée au-dessus du sol à hauteur de ceinture d'homme, on dispose un coffre en bois pour arrêter les éclats qui s'échappent sous le choc d'une pierre très-dure, d'un poids assez considérable ; cette pierre, ayant la forme d'une petite meule A circulaire {fig, 281), est suspendue par une espèce de T en fer B, au moyen d'une corde C à l'extrémité d'une perche élastique D d'une certaine longueur, encastrée dans le mur. La masse d'émail à casser est placée sur la table. En appuyant sur la poignée T, on détermine un choc qui la brise. L'élasticité de la perche relève la meule et soulage l'ouvrier dont les efforts musculaires sont amoindris.

POSAGE DES GLAÇURES.

Quand les éléments qui composent les glaçures ont été suffisamment broyés , ce qu'on reconnaît aux mêmes moyens que lorsqu'il s'agit des matériaux destinés à la confection des pâtes, on les amène, si la glaçure est composée d'une seule matière , dans l'état convenable pour la pose de la glaçure , c'est-à-dire à l'état sec ou

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à l'état de bouillie d'une consistance convenable suivant les cas; au contraire , si la glaçure est composée d'éléments variables , on opère le mélange des diverses substances que l'expérience a fait reconnaître comme les meilleures pour le produit que le fabricant établit; on agit comme s'il fallait composer une pâte, puis on procède à la mise en glaçure. Comme le nombre des pièces qu'on doit couvrir de ces enduits est toujours considérable, il faut employer des moyens économiques. On opère généralement par smipoudration, par immersion , par arrosement et par volatilisation, La nature de la pâte, la température à laquelle elle est cuite par rapport au degré de fusibilité que présente la glaçure, la valeur commerciale et la composition dé la glaçure elle-même, sont autant de considérations qui font choisir le procédé dont on fait usage.

Saupou^)ration. — Le moyen le plus simple et le plus économique , celui de la saupoudration , ne s'applique qu'aux poteries les plus grossières, qu'il faut écouler à des prix tellement bas, qu'il n'y a pas possibilité de les faire rougir préalablement pour leur enlever leur fragilité et leur propriété de se délayer dans l'eau. Il consiste à saupoudrer la pièce à glacer du corps qui doit se fondre à sa surface. Dans ces poteries , la pâte et la glaçure cuisent à la même température par une seule cuisson. La matière dont on saupoudre la pièce est ordinairement de la litharge ou du minium, quelquefois même de l'alquifoux; ces composés introduisent l'oxyde de plomb, et le corps de pâte fournit la silice et l'alumine nécessaires pour former la matière vitreuse transparente qui constitue le vernis. Ce procédé, très-grossier par lui-même, qui s'applique à la mise en glaçure de poteries encore humides , a l'inconvénient de mettre l'ouvrier en contact avec des poussières doublement dangereuses , et comme matières inertes , et comme substances vénéneuses.

Immersion. •— Mais lorsque la poterie peut supporter un prix qui pfermet de lui enlever avec sa fragilité la propriété de se délayer dans Teau , il est préférable de recourir à la cuisson préalable qu'on nomme dégourdi, et dont le résultat est de transformer la pièce en une matière absorbante et non délayable à l'eau. Cette cuisson s'exécute dans les parties du four où les produits ne recevraient pas assez de feu pour acquérir tOute leur valeur commerciale; on utilise ainsi la chaleur perdue de ces appareils.

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La poterie dégourdie, plongée dans l'eau, se maintient dans sa forme en absorbant une grande quantité d'eau. Une assiette de porcelaine' qui pèserait 400 grammes pèse, après l'immersion dans l'eau pure et s'être ressuyée, 4^5 grammes.

Ceci posé, mettons dans une cuve l'enduit vitrescible, simple ou composé , et par l'agitation maintenons sa liquidité et son mélange parfait; on peut ajouter un peu de vinaigre, qui s'oppose encore à la précipitation de la poudre impalpable en ajoutant à la viscosité.

Si nous plongeons rapidement et adroitement une assiette de porcelaine dure, par exemple, dans ce liquide trouble, l'assiette, comme dans l'expérience que nous avons mentionnée tout à l'heure, absorbera 25 grammes d'eau ; mais elle se couvrira comme le ferait un filtre , uniformément de la matière qui- était en suspension dans ces 1^ grammes d'eau. On comprend tout de suite l'avantage de ce procédé; la rapidité d'exécution dont il est susceptible conduit à des épaisseurs de glaçure égales , si toutes les parties de la pièce sont restées immergées le même temps, et convenables, si le dosage delà glaçure, c'est-à-dire si la quantité de matière solide tenue suspendue dans l'eau se trouve en proportion voulue. Or on remarque que dans cette opération la partie de l'assiette entrée la première sort aussi la première , et que l'immersion prend le même temps pour la même forme de pièces. Le temps est en effet un élément important; car si l'immersion est trop rapide, l'absorption ne peut être complète, et la glaçure est trop mince ; au contraire, si l'immersion est trop lente, l'eau peut détremper fa couche de glaçure appliquée sur la pièce., et détruire la perfection du travail.

A temps égal, l'épaisseur de la couche est proportionnelle à réi)aisseur de la pièce ; car, pendant le même temps , l'absorption de l'eau sera plus considérable par une pièce épaisse que par une pièce mince. L'épaisseur de la glaçure sur une pièce cuite devant être indépendante de l'épaisseur de cette pièce , il convient de tremper les objets minces dans une glaçure plus épaisse, les pièces épaisses dans une glaçure plus liquide. L'expérience a fait admettre pour les porcelaiues les rapports suivants que nous avons établis en volumes par le calcul , en poids par l'expérience.

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Pièces minces. Pièces moyennes. Pièces épaisses.

^ Couverte...

En volumes. -. „

( Eau. ...

^ ., ( Couverte...

Enpo.ds.... g^^

Pour déterminer le volume de Teau qu'il faut ajouter à la couverte, pour faire un volume V sous un poids P, on établit le raisonnement suivant :

Soit X le poids du volume cherché , P — x sera le poids de la couverte sèche qui fait partie du mélange ; le volume des deux parties est égal à V : on a donc, d étant la densité de la couverte,

— -j \-x =:Y, d ou X = —5 .

d = 2,6oo dans le cas particulier qui nous occupe.

Arrosement. — Mais lorsque la glaçure ne cuit qu'au-dessous de la température nécessaire à la cuisson des pâtes , alors que la pâte ne peut cuire en même temps que la glaçure, il faut porter d'abord la pâte à la chaleur qu'elle exige ; dans ces conditions cette pâte peut perdre la porosité que nous mettions à profit tout à l'heure : c'est ce qui arrive pour les porcelaines tendres et les cailloutages anglais. On donne au liquide aqueux qui tient en suspension l'enduit vitreux ou vitrescible la consistance d'une bouillie épaisse qu'on verse, soit à l'aide d'une cuiller, soit à l'aide d'une poche , à l'intérieur ou à l'extérieur sur les pièces creuses, en imprimant à ces pièces une sorte de balancement qui permet à la glaçure de s'étendre à sa surface également et promptement. Une légère secousse fait tomber l'excédant de la glaçure.

Ce procédé, comme celui qui précède, donne la possibilité de mettre dans l'intérieur d'une pièce une glaçure différente de celle qui revêt l'extérieur. Beaucoup de faïences communes , par exemple, blanches à l'intérieur, sont recouvertes extérieurement d'une glaçure brunâtre. On trempe ces pièces extérieurement dans un baquet qui contient la glaçure brune , en les tenant dans leur position horizontale jusqu'à ce que le liquide affleure la bouche du vase sans pénétrer dans l'intérieur ; on laisse sécher, puis on émaille l'intérieur en promenant la bouillie sur toutes les parties qui ne

sont pas couvertes de glaçure ; on vide dans des baquets l'excédant de rémail blanc.

Retottohage. — Quel que soit le procédé mis en pratique pour recouvrir la poterie composée de Tenduit vitreux qui la complète , il faut faire disparaître les inégalités d'épaisseur inhérentes au procédé lui-même. La saupoudration laisse quelques parties moins chargées que d'autres; on les recharge : l'immersion et l'arrosement obligent de même à des retouches , qui sont très<importantes, surtout pour les poteries d'une valeur considérable, comme les porcelaines. Ainsi les bords prennent moins de couverte que le milieu, et les parties par lesquelles on tient la pièce u absorbent pas du tout. On met avec un pinceau de la glaçure sur les places qui n'en ont pas ; lorsqu'on retire les pièces de la cuve d'immersion ou qu'on égoutte les objets arrosés, il se forme des épaisseurs qu'il faut enlever. Les pieds des assiettes , lorsque la pâte est ramollissable , les couvercles des ustensiles qui cuisent avec ces couvercles ne doivent pas recevoir de glaçure ; on enlève avec une lame , un fragment de bois , un morceau de feutre , la glaçure de ces parties qui doivent en être dépouillées; on gratte le trop d'épaisseur sur les traces qu'ont laissées les gouttes, pour amener toute la glaçure à l'épaisseur uniforme indiquée par Texpérience.

Réserves. — Une cause d'insuccès dans ces divers procédés résulté du contact des mains des ouvriers avec les pièc«s qu'ils mettent en glaçure ; la graisse dont ils sont souvent chargés , se transportant sur les pièces, préserve contre l'absorption les parties qu'ils ont touchées, et si les parties graissées de la i:orte ne refusent pas de prendre complètement l'enduit vitreux, la touche se fait ordinairement reconnaître par une maigreur de glaçure.

Cet inconvénient devient une source de profits, lorsqu'on sait le faire naître à volonté. On trouve dans cette propriété des corps gras de ne pas permettre à l'eau de les traverser le moyen de laisser sans glaçure certaines parties que l'on veut réserver mates ; on les enduit de suif, d'huile ou de graisse fondue, avant de les plonger dans la glaçure. On laisse ainsi sur des porcelaines couvertes de leur vernis des reliefs mats très-délicats. On donne le nom de réserves aux parties qui n'ont pas de couverte. On peut les obtenir d'une dimension considérable , en couvrant les espaces, quelle que soit leur étendue , quelles que soient les lignes qui les II. 14

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limitent , d'un enduit de cire qui , mélangé d'huile ou d'un corps gras quelconque, s'étend parfaitement en restant adhérent jusqu'après l'immersion ; la cuisson le fait disparaître en totalité sans préjudice pour la poterie.

Volatilisation. — Lorsqu'on projette vers la fin de la cuisson dans un four de poterie une vapeur saline ou métallique, on forme avec la silice de la pâte de véritables verres qui donnent à la poterie un aspect brillant, analogue à celui qu'elles recevraient d'un enduit vitreux appliqué par l'un des procédés que nous venons de décrire. Tantôt la vapeur saline est en contact avec toutes les pièces placées dans le four, tantôt au contraire elle ne remplit que l'atmosphère des étuis qui protègent les pièces façonnées.

L'emploi des glaçures appliquées par volatilisation ne fait en quelque sorte que polir les surfaces : les formes ne sont pas altérées , et les détails des ornements qui décorent les pièces ne sont pas comme noyés sous l'épaisseur de la glaçure.

Dans le premier cas, lorsque le four est à peu près arrivé , vers la fin de la cuisson , à la température la plus élevée qu'il puisse recevoir, on cesse le feu en projetant par les bouches du foyer et par des ouvreaux destinés à cet effet , pratiqués sur la partie supérieure du four, du sel marin qui se volatilise. On place sur les foyers des planches et du bois vert pour produire une abondante fumée chargée de vapeur d'eau , nécessaire à la décomposition du chlorure de sodium.

Dans la seconde méthode pour la glaçure par volatilisation, procédé surtout employé dans les fabriques d'Angleterre , on enduit l'intérieur des étuis soit au pinceau , soit par immersion , de la matière ou des matières qui doivent former, en se combinant avec la silice de la pâte , l'enduit vitreux dont elles sont recouvertes. Ces matières sont généralement les carbonates alcalins, les oxydes de plomb et l'acide borique ; rarement on se sert d'oxyde de cuivre. Lorsque le four arrive à la chaleur incandescente , ces matières se volatilisent pour agir ensuite sur la surface des pièces renfermées dans les étuis.

Tels sont les procédés dont on fait usage dans les arts céramiques pour mettre les poteries en glaçure. Nous indiquerons en terminant que dans la fabrication des briques les cendres du combustible avec lequel on les cuit servent souvent de vernis; si

les cendres sont volatiles , elles agissent par volatilisation ; on peut admettre que le vernissage se fait par saupoudration lorsque ces cendres sont fixes.

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