CLISSON DES POTERIES
Lorsque les poteries ont été façonnées et qu'elles sont recouvertes de leur glaçure , quand on ne les met pas en glaçure au moyen de la volatilisation, on procède à leur cuisson. Le but principal de la cuisson des poteries est de leur donner assez de solidité pour qu'on puisse les manier sans crainte de les briser; on a cherché de plus, avec les progrès des arts à leur donner une texture assez serrée pour leur faire perdre, sans le secours d'aucun vernis , la perméabilité qui les rendait impropres à beaucoup d'usages domestiques. La cuisson est enfin nécessaire pour donner à Tenduit vitrescible destiné soit à corriger l'imperméabilité de la pâte, lorsqu'on veut économiser le combustible, soit à masquer la couleur désagréable de cette pâte, lorsqu'on veut éviter la dépense en employant des terres colorées, moins coûteuses que les pâtes naturellement plus blanches , soit enfin à rendre la poterie plus brillante et susceptible de recevoir des décorations souvent d'une valeur considérable.
La cuisson des poteries présente , dans la pratique des pays les plus avancés, des différences très-considérables : la pâte cuit à des températures tantôt très-basses, à peine rubescentes, tantôt très-élevées et correspondant à la plus haute chaleur qu'on produise dans les arts industriels : les limites de température varient de 70 degrés de l'échelle thermométrique à i ,600 degrés de la même échelle. Le premier point correspond à la simple dessiccation des poteries purement destinées, dans les pays chauds, à la conservation des grains; la seconde limite est celle qui correspond à la cuisson des porcelaines dures , la poterie par excellence lorsqu'il s'agit des usages de la table.
Nous avons dit, en parlant des diverses glaçuresj qu'elles cuisent à des températures très-variables en rapport avec leurs compositions , en rapport de même avec la composition de la poterie sur laquelle on les a placées. Considérées sous le rapport de leur fu-
i6o SEIZIEME LEÇON.
sibilité relativement à la température à laquelle cuit le corps de pâte y on voit que les unes cuisent à la même température que la poterie simple qu'elles recouvrent , et que les autres cuisent à des températures inférieures. Ces considérations ont engagé M. Brongniart à séparer les poteries composées en deux grandes classes : poteries à cuisson unique, c'est-à-dire qui cuisent au même feu , pâte et glaçure , et poteries à cuisson double, c'est-à-dire poteries qui exigent deux feux , l'un plus élevé pour cuire la pâte d'abord , et l'autre moins intense pour cuire la glaçure.
Poteries a cuisson unique. — Parmi ces poteries, les unes cuisent à basse température ; ce sont les poteries grossières , à pâte lâche et fusible , recouvertes d'un vernis transparent , tantôt jaune, tantôt vert, tantôt brun. D'autres cuisent à des températures très-élevées : ce sont les grès communs à vernis alcalin ou terreux, les porcelaines à pâte translucide, à couverte terreuse. Il est vrai de dire que ces poteries passent par une sorte de cuisson intermédiaire que nous avons nommée dégounli; mais la température que ces poteries reçoivent alors est bien inférieure à celle de la cuisson véritable; elle n'a d'autre but que de modifier les propriétés de la pièce pour la rendre propre à l'opération de l'immersion.
Poteries a cuisson double. — Dans la fabrication des poteries à double cuisson , nous trouverons encore d'assez grandes différences de température ; bien que ces pâtes n'aient été cuites qu'une fois , on leur donne , avant d'avoir reçu la glaçure , le nom bien impropre de biscuit : ces biscuits, comme ceux de faïence, de porcelaine tendre , de grès , ne sont que des poteries simples. On les recouvre ordinairement de vernis plus ou moins fusibles; quelquefois cependant on les enduit d'un émail à base d'étain, comme les faïences fines émaillées en ofl'rent un exemple.
Les diverses circonstances que nous venons de définir conduisent suivant les cas à l'emploi d'appareils spéciaux pour la cuisson des poteries. Tantôt la pâte et la glaçure cuisent simultanément dans le même appareil , mais dans des compartiments séparés ; tantôt enfin dans des appareils différents pour les pâtes et pour les glaçures.
On donne le nom de fours à poteries aux appareils dans lesquels on obtient la cuisson des produits céramiques, quels que soient leurs usages et leurs formes.
PYROTECHNIE CÉBAMIQUE. i6i
La dimension des fours et la disposition de leurs diverses parties doivent être en rapport avec leur destination. Plusieurs circonstances exercent une influence considérable sur la forme qu*il convient de leur donner; nous citerons :
I®. La nature de la poterie qu'ils doivent cuire;
a°. La température qu'ils doivent atteindre ; ' S"". Le combustible dont on fait usage;
4"^. La composition de l'atmosphère au sein de laquelle il convient de maintenir les pièces pour qu'elles n'aient pas d'autre coloration que celles qu'elles doivent présenter.
Nous commencerons l'importante question de la cuisson des poteries par l'étude des combustibles.