‹ Leçons de céramique professées à l'Écolé central des arts et manufacturesChapitre 52 sur 102 · CONDUITE DU FEU · texte numérisé non relu

CONDUITE DU FEU

Quelle que soit la forme du four, la nature des combustibles employés , la sorte de poterie qu'on veuille cuire , on peut établir dans la manière de conduire le feu des principes généraux. On commence par un feu lent qu'on nomme petit feu; on termine par un coup de feu qu'on peut donner assez rapidement. On donne à cette période le nom de grand feu. Nous avons vu que la pâte contenait une forte proportion d'argile, et que l'argile ne perdait son eau qu'à des températures supérieures à l'eau bouillante; il est indispensable, pour éviter les fêlures, de dégager cette eau lentement et de ne cuire qu'avec lenteur , même les poteries dans la

pâte desquelles Fintroduction du ciment a ménagé des vacuoles qui peuvent écoixduire la vapeur d'eau sans avoir de grands obstacles à vaincre.

Avant de passer au détail de la conduite du feu dans les divers appareils dont nous avons donné les formes, nous croyons devoir établir quelques règles générales qui simplifieront les descriptions que nous aurons à présenter.

On charge différemment les foyers pendant le petit et le grand feu : dans le petit feu, le combustible, si c'est du bois, est jeté dans le fond du foyer généralement debout et croisé. Les produits de la

combustion pénètrent dans le four par une ouverture dont la section est représentée fig, 38o, et qui est souvent séparée par des piliers A, A [fig, 38 1 ) et des tuileaux B, B poi\r bien diviser la flamme. Les ouvertures supérieures des foyers sont fermées ; l'air nécessaire à la combustion n'arrive que par les cendriers ou les parties inférieures : il se dégage une grande abondance de fumée , parce que le carbone qui la forme n'est pas assez chaud pour brûler facilement au contact de l'air et que les produits de la combustion incomplète sont chargés de vapeur d'eau et de carbures d'hydrogène , d'huiles empyreumatiques ; toutefois, comme l'air est en excès , le four n'est pas engorgé.

Le grand feu commence lorsque l'intérieur du four approche du rouge-cerise ; on dispose le combustible pour donner plus de flammes, on se sert de bois plus menu ; on le place avec soin horizontalement dans le foyer, quelquefois même sur l'ouverture de Fig. 881 l'alandier : dans le système des

! ^,. fours ronds à porcelaine, on appelle

cette opération couvrir; en effet, le bois couvre l'ouverture du foyer en portant par ses extrémités sur les portées [fig, 382 ) qui forment J""~^ la bouche du four : on n'a plus de

trappe pour clore cette bouche que le bois ferme lui-même , les

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ouvreaux inférieurs sont murés , et tout l'air qui s'engage dans le laboratoire traverse le bois placé sur l'alandier : si l'on ne charge pas trop , si le bois n'est pas humide , si le passage de l'air ne se fait qu'avec la rapidité convenable , la fumée diminue , disparait même ; la température s'élève rapidement ; il ne se fait pas de braise, et le four peut acquérir promptement la température à laquelle la poterie doit cuire.

Lorsque le combustible n'affecte pas la forme du bois et qu'il se présente en fragments irréguliers plus ou moins gros , on le dispose sur une grille dont les barreaux sont plus ou moins espacés ; on ne charge le foyer que de quart d'heure en quart d'heure pour le petit feu , rapprochant légèrement les charges à mesure que la température s'élève.

Le rapport de la durée du petit feu à celle du grand feu est excessivement variable avec la nature des poteries ; on ne peut rien présenter d'absolu, car pour une même fabrication , le petit feu variera dans le rapport de i à 2 ou 3 suivant la dimension des pièces à cuire.

Ces principes posés, appliquons-les, tout de suite, soit à la conduite du feu dans les fours carrés à tirage oblique ou vertical, en admettant que le bois soit le combustible brûlé, soit aux fours à cuire les faïences fines et la porcelaine , qui s'alimentent tantôt par le bois, tantôt par la houille.

Cuisson des poteries communes. — En supposant un four carré de 7 mètres de hauteur totale, à partir du sol du premier laboratoire (^g. 277) jusqu'à la voûte du second sur 2", 40 de côté, on donne au foyer i mètre de hauteur; le laboratoire inférieur a 2", 3o, et le laboratoire supérieur a 2°, 10 de hauteur.

On donne au petit feu le nom de trempe; on le fait à Paris avec des rondins de chêne pelard; il dure environ quinze heures; le grand feu commence alors avec du bois fendu plus mince en bûchettes qu'on jette dans le foyer, les croisant les unes sur les autres. Pour activer le tirage lorsque le bois est bien enflammé, on le soulève en le rapprochant de la voûte , au moyen d'une sorte 'de fourche. La température s'élève rapidement, le grand feu dure environ douze heures.

Cuisson de la faïence commune. — Lorsqu'on cuit de la faïence commune à glaçure stannifère, les dimensions étant celles

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du four que nous venons d'indiquer et les dispositions identiques, la durée totale du feu varie de vingt-sept à trente heures. Le foyer est disposé comme les alandiers des fours cylindriques, ce qui modifie un peu la marche du four pendant le grand feu : le petit feu dure de quinze à seize heures ; on le fait avec des rondins de bois non fendu. Le grand feu dure de douze à quatorze heures; on Tobtient en plaçant le bois horizontalement en travers de Talandier; c'est une cuisson à flamme renversée. On se sert de la voûte qui conduit la flamme dans les laboratoires pour régulariser la cuisson ; lorsqu'on craint qu'il n'y ait pas tout à fait assez de feu dans la partie postérieure du four, on y pousse le combustible au moyen de fourches en fer.

Cuisson de la faïence fine. — Nous verrons que cette sorte de poterie exige deux cuissons distinctes, l'une pour cuire la poterie sans glaçure, l'autre pour cuire la glaçure. Cette dernière est inférieure à la première.

Four à biscuit. — En admettant une cuisson à la houille dans un four rond de 6 mètres de hauteur sur 6 mètres de large, chauffé par huit alandiers correspondant aux huit cheminées intérieures et un neuvième pour le centre , il faut soixante-douze heures pour cuire la poterie simple.

En supposant un four à huit alandiers ayant 3 mètres de hauteur sur 4 mètres de diamètre, on cuit en cinquante-deux ou cinquante-six heures la poterie sans glaçure.

En supposant un four carré à deux rangées de foyers opposés, c'est-à-dire à huit alandiers , quatre de chaque côté , on brûlera 6,ooo à 7,ooo kilogrammes de houille pendant les vingt-deux heures que dure une fournée.

Dans un four à deux étages de même hauteur, on cuit le biscuit dans le laboratoire inférieur et le vernis dans le second : pour le biscuit, on consomi|(ie 2,600 kilogrammes de houilleen seize heures; pour le vernis, on cuit en huit heures avec 1,000 kilogrammes de houille.

Pour à vemU. — Les fours à vernis sont ordinairement plus petits que les fours à biscuit. Voici quelques données qui complé-' teront celles que nous venons de présenter.

En supposant un four à vernis de 4 mètres de diamètre sur 3"*, 3o de hauteur, on dispose huit alandiers sur la circonférence

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en supprimant Talandier du centre. Il devient inutile, puisque la température est bien moins élevée que dans les fours à biscuit.

Dans la manufacture d'Arboras, le four à vernis a 3", 8 de hauteur et 4 mètres de diamètre ; on n'a qu'un seul foyer qui reçoit le combustible d'une manière continue ; on cuit à la houille en quatorze heures.

Dans un four à vernis de 3 mètres de hauteur sur 4 mètres de diamètre ayant huit alandiers, on brûlera 5,5oo kilogrammes de houille en seize ou dix-huit heures.

Cuisson des grès cérames. — Nous avons indiqué plus haut la forme des fours à grès de Beauvais et des environs. Ces fours ont i",8 à la moindre hauteur, a", 65 à la plus grande hauteur ; la bouche du foyer mesure o",65. On commence par chauffer avec du bois de bouleau, long de i",3o et gros comme le bras; cette trempe dure cinq jours dans un four de i3 à i4 mètres; on brûle pour ce four environ 72 stères de bois.

Le grand feu se fait avec des fagots ou bourrées; il dure trois jours; on consomme ainsi près de 5oo fagots.

Cuisson de la porcelaine. — Le bois a été jusqu'à présent le combustible employé le plus généralement à la cuisson de la porcelaine : nous nous occuperons d'abord de la cuisson au bois; nous indiquerons ensuite la cuisson à la houille dans les fours de la manufacture de Sèvres.

Cuisson au bois. — £u général les fours à cuire la porcelaine ont des dimensions très-variables; ceux 'de Sèvres ont de 3 à 4 mètres de diamètre.

La hauteur du laboratoire du grand feu est ordinairement un peu plus faible que la largeur ; pour un four de 5", 67 de diamètre , on a donné 4"> 83 de hauteur de la clef de voûte au sol , et seulement 3°", 44 du sol à la naissance de la voûte. Quelquefois on adopte des dimensions inverses ; ainsi , pour un four de 4 mètres de diamètre, on donnera 4",! 5 de hauteur au premier laboratoire; 3", 3o du sol à la naissance de la voûte. Le laboratoire supérieur ou dégourdi sera formé d'une partie cylindrique de a", 40 de hauteur et d'une partie conique de 4 mètres , terminée par une cheminée de o™, 55 de diamètre. La voûte qui sépare les deux compartiments du four reçoit au centre une cheminée de i^jio de hauteur, dont l'ouverture intérieure a o"", 55 de diamètre.

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Les alandiers sont ea nombre variable suivant la dimension du four, de quatre à six ordinairement, munis par le bas d'ouvertures de o*,35 de côté, qui servent pour le tirage pendant la période du petit feu. L'ouverture supérieure de Talandier qui reçoit le bois pendant le grand feu a o*,6o ^ifre les deux portées; le bois est placé suivant la tangente à la circonférence extérieure du four, et forme une sorte de grille à travers laquelle Tair pénètre dans le laboratoire ; l'ouverture qui communique du four à l'alandier a la forme d'un carré , quelquefois surmonté d'un demicercle; souvent on divise cette ouverture par des piliers qu'on nomme brise-feux, dont l'intervalle en hauteur est encore séparé par des tuileaux qui divisent la flamme (Jig. 3So et 38i).

Nous avons vu que les produits de la combustion passaient, par une voûte, du laboratoire dans le dégourdi; il y a souvent dans cette voûte une cheminée centrale, et cette disposition est la plus générale : cependant à Sèvres il n'en existe pas ; mais on a des cameaux en plus grand nombre qui vont en se rapprochant les uns des autres vers le centre de la voûte. On en compte vingtcinq de 4 centimètres de diamètre. On admet en général que dans un four à quatre alandiers, la surface de l'alandier doit être égale à celle de sortie de la flamme.

Pour les fours du commerce , le dégourdi communique directement avec Textérieur par des ouvertures percées à la hauteur du sol de cette capacité du four. A Sèvres, les dégourdis sont euxmêmes voûtés et ^ sont* surmontés d'une partie conique qu'on nomme enfer. On emploie cette capacité pour faire calciner certains oxydes destinés à la décoration.

L'épaisseur de la maçonnerie du four construit en briques réfractaires varie intérieurement de o",6o à i mètre. Les voûtes se font au moyen de chabhn; on les construit avec un seul rang de briques, du sable et des tuileaux par-dessus.

Nous avons dit que pendant le petit feu les ouvertures inférieures de l'alandier étaient ouvertes; la bouche supérieure est fermée ; on ne l'ouvre que pour jeter le bois, qui est en rondins, qu'on enlre-croise dans le foyer ; le combustible brûle alors par le bas ; on ne change pas de manière d'alimenter le feu pendant quinze à vingt heures, en supposant un four de 3", 3o; mais lorsque le four est à la chaleur rouge sombre, on couvre ^yec

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du bois feadu; c'est à cette période qu'on donne le nop de grand feu. Uair traverse les morceaux de bois qui couvrent la bouche supérieure deTalandier; il entraîne en flammes renversées, dans l'intérieur du four, les produits de la combustion ; l'intervalle compris entre les bûchettes de bois remplit le même rôle que l'intervalle compris entre les barreaux d'une grille; le tirage est tellement actif, qu'on peut tenir la main sur le bois placé sur l'alandier en talus de 4^ degrés, sans éprouver aucune sensation de chaleur. Le grand feu dure de huit à dix heures. '

Les trois fours de la manufacture de Sèvres , désignés par les lettres Â, B, C, donnent en moyenne pour les capacités, la durée du petit feu, celle du grand feu, la quantité de stères de bois con« sommé, les éléments réunis dans le tableau ci-joint :

FOCR A.

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