PORCELAINE TENDRE FRANÇAISE
Nous avons déjà fait connaître les qualités de cette poterie et les circonstances particulières dans lesquelles on Ta fabriquée pour la première fois.
Poterie simple. — Comme biscuit , on a fait une grande quantité de sujets appartenant à la première période de la manufacture de Sèvres. On opérait par moulage. Nous avons vu que la composition de cette pâte ne peut donner aucune plasticité. Les matériaux frittes étaient broyés finement ; la marne et la craie mélangées étaient tamisées , rafifermies et moulées. Les pièces étaient tournassées à sec , co qui occasionnait pour les ouvriers une poussière dangereuse. La pâte était additionnée, pour acquérir la plasticité nécessaire au moulage , d'un mélange particulier formé de savon vert et de colle de peau qui recevait le nom de chimie.
Le biscuit doit être cuit dans des fours à flamme oxydante ; il est indispensable alors de le bien dépouiller de fumée : à cet effet, on fait passer les produits de la combustion dans une voûte avant de les lancer dans le laboratoire qui contient les poteries à cuire; de plus , il est convenable , pendant le grand feu , de laisser entre les murs et le bois qui charge les alandiers un espace libre par lequel se précipite dans le four un excès d'air qui brûle complètement la fumée.
Lorsque la pâte n'est pas suffisamment cuite , elle est légèrement rosâtre; de plus, elle est absorbante; il faut pour que le biscuit soit dans de bonnes conditions qu'il ait perdu toute porosité.
Poteries composées. — Le biscuit de cette poterie reçoit assez facilement la glaçure plombifère dont nous avons donné la composition. On la pose par immersion ou par arrosement en bouillie épaisse. On peut se servir du même four ou de fours différents
pour cuire le biscuit et le vernis. Mais généralement le four à vernis est plus petit que le four à biscuit. La différence de température dans les deux fours est telle, qu'il est même possible d'organiser des fours à deux étages : dans Tun, inférieur, on cuit le biscuit; dans l'autre, supérieur, on cuit les pièces en vernis. L'encastage se fait dans des étuis ordinaires; on cuit dans des étuis mis en glaçure intérieurement avec du minium. On se sert , pour quitter le feu, de montres faites avec de petites tasses; on cuit excessivement lentement.
Les caractères particuliers à l'aide desquels on peut reconnaître et distinguer les unes des autres les matières employées dans les arts céramiques , ont été donnés avec des détails suffisants. A cet égard, les premières Leçons exposent les caractères, qualités, propriétés, composition et gisement des matières premières des pâtes céramiques , d'une manière qui me parait suffisante. Mais comme il est facile d'altérer, dans un but de fraude , quelquesunes de ces matières, comme, en outre, la plupart d'entre elles ont une composition variable , il est urgent de savoir les analyser. La désignation des matières susceptibles d'être frauduleusement mélangées aux produits employables, et l'exposé des méthodes d'analyse les plus simples pour déterminer exactement les éléments dont la connaissance est indispensable aux fabricants de poterie nous ont semblé nécessaires à beaucoup de manufacturiers. Puisque ces méthodes sont généralement applicables à l'analyse de substances très-variables dans leur nature, ainsi que dans leur rôle, qu'elles pourront en outre être très-utilement employées toutes les fois qu'on voudra comparer entre eux les produits /ûfi/f de plusieurs manufactures similaires, je les ai réunis dans un même article, auquel je vais tâcher de donner le plus de généralité possible.
Les méthodes d'analyse applicables aux produits céramiques sont celles de la voie humide. Etant donnés des liquides qui tiennent en solution les corps à séparer, elles se proposent d'y faire naître des précipités distincts , par des réactifs spéciaux permettant de les isoler les uns des autres. Il faut donc avant tout chercher à ramener à l'état de dissoUition le corps dont on veut connaître la II. 36
composition; Teau est l'agent le plus commode, mais tous les corps n'y sont pas solubles. Quelques-uns de ceux qui ne s'y dissolvent pas ne résistent pas à Taction des acides , surtout à la température de l'ébullition; en sorte que les acides offrent un moyen assez facile de faire apparaître les réactions caractéristiques. Mais il est des matières qui ne se laissent attaquer ni par l'eau ni par les acides bouillants ; il faut alors avoir recours à des moyens plus énergiques , tels que la fusion avec les carbonates alcalins , ou même les alcalis caustiques. Sous ce rapport, les substances employées dans les arts céramiques se séparent en trois groupes, suivant leur insolubilité dans l'eau comme suivant leur solubilité dans les acides. Nous les examinerons sous trois titres distincts, savoir :
1°. Matières solubles dans l'eau ;
2**. Matières solubles dans les acides ;
3°. Matières insolubles dans les acides. Dans un premier chapitre, nous traiterons des matières plus ou moins solubles dans l'eau , mais qui s'y dissolvent sans résidu ; dans le second , nous examinerons les matières entièrement et facilement solubles dans les acides à froid , à chaud si l'action de la chaleur doit intervenir; dans le troisième, enfin, nous nous occuperons des procédés d'analyse applicables aux matières qui ne se laissent dissoudre ni par l'eau , ni par l'acide chlorhydrique , ni par l'eau régale à l'ébullition. Nous rangerons dans ce groupe les pâtes faites et leurs glaçures , de même que la plupart des matériaux qui entrent dans leur composition. Nous ne parlerons pas ici des matières premières qui entrent dans la fabrication des couleurs. Leur nombre et leur variété entraîneraient certainement à faire un cours complet d'analyse chimique , et ce serait sortir des limites de ces Leçons.