ÉMAUX
Nous poserons ici comme principe que nous nommons émail toute matière vitreuse, transparente ou non, colorée par des oxydes maintenus à l'état de dissolution. On donne généralement dans l'industrie le nom d'émail à toute matière vitreuse qui perd sa transparence par l'addition d'une certaine quantité d'oxyde d'étain ou d'antimoine. Mais comme on a donné ce nom même aux peintures transparentes exécutées sur plaques métalliques émaillées , môme aux couleurs transparentes qui servent à peindre sur paillons, etc., nous conservons à ce mot sa plus grande généralité. Je proposerai toutefois de distinguer les émaux en opémaux, c'est-à-dire émaux opaques, et transémaux, c'est-à-dire émaux transparents. Je suppose que ces deux dénominations seront facilement acceptées. Les opémaux dériveront toujours des transémaux par l'addition simple et facile d'opémail incolore.
On voit que l'emploi de l'émail comme matière colorante applicable à la décoration des poteries se confond avec celui des glaçures colorées opaques ou transparentes , et que beaucoup des conditions que nous avons exigées pour les glaçures ordinaires sont encore nécessaires.
C'est ainsi que les glaçures colorées doivent réunir toutes les qualités que nous avons énumérées en parlant des glaçures; à celles-là nous devons ajouter qu'elles doivent être fusibles à des températures déterminées, assez dures pour résister aux frottements,
46a VINGT-TROISIÈME LEÇON.
au moins darts les conditions d'usage auxquelles elles seront soumises, assez inaltérables par l'air et Teau pour ne pas perdre promptement l'éclat qu'elles tiennent de leur nature vitrifiable.
La fusibilité des émaux opaques ou transparents appliqués comme glaçures sur les diverses poteries que nous avons étudiées est nécessairement variable ; la glaçure , dans ce cas , doit cuire à des températures qui diffèrent nécessairement avec la nature de la poterie elle-même, soit qu'on fasse une poterie exigeant une seule cuisson, soit qu'on établisse un produit nécessitant deux cuissons successives. Nous ferons remarquer ici que l'on peut à volonté préparer la glaçure en faisant fondre simultanément la glaçure incolore ou les éléments qui la composent avec les matières colorantes, ou simplement en mélangeant ces derniers aux glaçures ordinaires; ce procédé s'emploie surtout pour les poteries qui cuisent à des températures élevées : la dissolution de l'oxyde dans le flux vitreux s'opère en même temps que la vitrification de la glaçure ; il ne peut y avoir d'obstacle à l'emploi de cette méthode que celui qui résulterait de l'usage d'oxydes d'une densité très-considérable. Cette difficulté serait d'ailleurs à peu près nulle, lors même qu'on aurait'des oxydes très-denses, si l'on appliquait la glaçure au pinceau ou par saupoudration au moyen d'un tamis convenablement choisi. '
Nous comprendrons immédiatement qu'il est d'autant plus facile d'avoir des émaux variés, qu'on cuira la poterie composée à des températures plus basses. Aussi , si les faïences et les porcelaines tendres présentent des colorations assez nombreuses , remarquerons-nous que les porcelaines dures ne peuvent présenter, en ce genre, que des décorations très-limitées.
Nous distinguerons :
1**. Des émaux fusibles pour fonds; a**. Des émaux durs pour fonds; 3°. Des émaux fusibles pour peindre.
Émaux fusibles pour fonds. — La température de fusion des émaux est très-variable ; elle est faible dans les émaux qu'on applique sur le biscuit. Ils contiennent alors de l'oxyde de plomb en une très-forte proportion. Ce cristal devient la base des émaux colorés dont on enduit le biscuit pour lui donner le brillant et le glacé que les porcelaines ordinaires tiennent de leur couverte ; on
le mélange à cet effet pour le colorer, par une fusion préalable, avec des oxydes variés dont le nombre est très-réduit , et qui sont à peu près ceux dont le verrier se sert pour faire les cristaux colorés dans la masse.
Le vert est fourni par l'oxyde de cuivre ; l'oxyde de manganèse seul donne du violet : en mélange. avec de l'oxyde de fer, il colore en brun ; l'oxyde de cobalt est la base du bleu ; l'antimoine à l'état d'antimoniate de potasse communique au vert par l'oxyde de cuivre une nuance jaunâtre douée d'une opacité souvent nécessaire; enfin les vigueurs et les noirs sont obtenus au moyen de l'oxyde de manganèse sans mélange , tantôt placé directement sur le biscuit pour être recouvert par les émaux, soit bruns, soit verts, soit bleus, tantôt mis en mélange avec ces mêmes émaux suivant le ton qu'on désire obtenir. Ce mélange est fait sans le secours de la balance , à simple vue , sur la palette , avec une assurance que j'ai pu constater par moi-même et qui annonce une bien grande dextérité chez les peintres qui font ce genre de décors.
Les émaux sont broyés à l'eau , puis appliqués à l'essence de térébenthine maigre , sous une forte épaisseur ; il faut cependant éviter de mettre une couche trop épaisse qui noierait et détruirait les détails de la sculpture. Les couleurs sont couchées à plat; elles offrent néanmoins des ombres et des clairs, les ombres étant données par l'épaisseur de la couche qui se réunit dans les parties déclives: elles agissent dès lors à la manière des émaux ombrants ^ dont il sera question plus loin.
On cuit les pièces décorées, quand elles ont été séchées, dans les moufles communément employés pour cuire la porcelaine peinte , sans autre précaution que celle de bien isoler les pièces les unes des autres et de les faire porter par le plus petit nombre de points possible , sur des espèces de pernettes qui marquent toujours leur point de contact. On établit divers étages de planchers au moyen de barres de fer coupées de longueurs convenables. Le feu nécessaire pour cuire ces émaux est à peu près celui des peintures en premier feu d'ébauche. Évaluée en degrés centigrades, la température correspondante est comprise entre 85o et 900 degrés.
Les produits de cette fabrication , qui rappelle les rustiques de Palissy, ne pourraient être d'un emploi convenable aux usages
journaliers; on réserve ce genre de décoration pour des pièces d'étagères, de dressoirs, etc., c'est-à-dire pour des objets plutôt d'ornementation et d'art que pour des vases propres à la consommation ménagère. Dans cette dernière destination, ces glaçures ne sauraient être que très-inférieures à la couverte résistante et dure de la porcelaine commune.
J'ai donné plus haut la composition d'une glaçure incolore pouvant servir à mettre en glaçure les porcelaines dures cuites en biscuit. Ce fondant peut être coloré par divers oxydes ; en voici quelques exemples :
Ivoire.
Fondant loo
Antimoniate de potasse i
Oxyde de fer hydraté 2
Fleurs de zinc i
Jaune,
Sable 100
Minium 200
Borax fondu 5o
- . Chromate de potasse 2
Fiolet,
Sable 100
Minium 200
Borax fondu 5o
Carbonate de manganèse 12
Gris,
Sable 100
Minium 200
Borax fondu 5o
Oxyde de cobalt 0,2
Oxyde de cuivre i
Oxyde de manganèse 1
Oxyde de fer rouge i
Bleu,
Sable loo
Minium 200
Borax fondu 5o
Oxyde de cobalt 6
Vert.
Sablé 100
Minium 200
Borax fondu • 5o
Oxyde de cuivre 10
Brun jaune.
Sable 100
Minium 200
Borax fondu 5o
Oxyde de fer rouge 4o
Noir,
Sable 100
Minium 200
Borax fondu 5o
Oxyde de cobalt i
Oxyde de cuivre i
Oxyde de manganèse 3
Oxyde de fer rouge 2
On fond et Ton coule ces divers mélanges ; on les pile et on les applique sans intermédiaire sur le biscuit de porcelaine ; on cuit au feu de peinture.
Ces émaux doivent être mis à un seul feu sous une faible épaisseur ; sous une épaisseur exagérée , ils se fendillent et font Teffet du craquelé des Chinois. On ne peut les retoucher qu'en appliquant la retouche à l'eau ; l'essence qui pénètre dans les fentes ne peut s'y brûler complètement; elle abandonne du charbon qui macule la surface du vernis. Lorsqu'on applique une couche incolore sur le biscuit, il est indispensable encore de chauffer le moufle avec lenteur pour donner à tout le charbon provenant de l'essence
le temps de se brûler. Sans cette précaution le vernis, surtout dans les épaisseurs, est teinté d'une coloration rose dont la cause m'est encore inconnue.
Émail ombrant. — L'émail ombrant n'est qu'une modification de l'invention nommée lithophcinie , due à M. Bourgoing. M. du Tremblay, autrefois propriétaire de la fabrique de Rubelles , près Melun (Seine-et-Marne), en a tiré le parti le plus avantageux en créant une fabrication nouvelle qui n'a sans doute pas obtenu tout le succès auquel elle pouvait être appelée.
L'effet produit par l'émail ombrant est complètement indépendant de la nature de la pâte qui reçoit l'émail ; il est indépendant encore de la composition de l'émail lui-même : une seule condition théoriquement est à remplir , c'est que l'émail qui s'étend sur la base à reliefs plus ou moins saillants soit légèrement coloré dans sa masse. Cette considération m'a décidé naturellement à ne rapprocher l'émail ombrant d'aucune fabrication particulière , mais à l'étudier au contraire d'une manière toute générale à l'article décoration. D'ailleurs, si l'idée des effets que ce mode d'ornementation peut présenter a été, dans ces derniers temps, appliquée d'une façon spéciale à la faïence , il n'en est pas moins vrai que d'autres fabrications en ont offert des exemples , et pour n'en citer qu'un, je rappellerai que plusieurs pièces de porcelaine de la Chine recouvertes d'un fond céladon offrent des dessins très-variés ; ils sont obtenus souplement en remplissant les cavités réservées avec intention , au moyen d'une couverte légèrement colorée.
M. Trélat, professeur au Conservatoire des Arts et Métiers, directeur, en i843, de la fabrique de Rubelles, a fait connaître dans une Note insérée dans le Bulletin de la Société cP Encouragement, 42* année, page 469, les principales difficultés que préseule l'application de l'émail ombrant à la faïence ordinaire. La plus grave est la tressaiUure qui résulte de la grande épaisseur du vernis accumulé dans les cavités.
Les autres défectuosités que peut présenter l'émail ombrant, quelle que soit la matière de la pâte, quelle que soit la nature de la glaçure (vernis ou couverte), sont : \q^ gouttes de gondollementy le manque d'horizontalité pendant la cuisson et la réduction, au four, des oxydes colorants^
Les gouttes de gondollement , qui altèrent la pureté des dessins
en déplaçant les lumières et les ombres, résultent d'un gauchissement de la pâte pendant la dessiccation. On les évite par une exposition convenablement ménagée dans des séchoirs bien disposés.
Lorsque les reliefs du biscuit déterminent entre eux des creux qui ne sont pas trop larges, le niveau d'émail s'établit très-difficilement pendant la cuisson, à cause de la capillarité qui tend à faire remonter le corps en fusion aux parties les plus élevées du dessin. Les remèdes à ces défauts doivent être apportés dans les modèles plutôt que dans les moyens d'exécution.
On évite , avec de l'adresse et du soin , le désordre que produirait le manque d'horizontalité dans le four.
Enfin , lorsque le four est établi dans de bonnes conditions , la réduction des oxydes colorants n'a lieu que dans des circonstances exceptionnelles. La pureté du feu devient lune des premières causes du succès de cette fabrication.
Émaux durs pour fonds. — A ces sortes de composés il convient de rapporter un grand nombre de couleurs de. grand feu. Nous ne serions pas embarrassé de choisir nos exemples; nous citerons seulement les couleurs de Chine et le bleu de Sèvres.
Rouere flammé de Chine. — C'est ici le lieu de faire connaître le résultat de quelques expériences que j'ai faites à Sèvres pour reproduire le rouge au grand feu des Chinois. L'analyse m'avait donné, pour deux échantillons de rouge, l'un uni, l'autre flammé rouge et bleu , les compositions suivantes :
Flammé , bien et ronge Uni. (goutte blene).
Silice 73,90 69,04
Alumine 6,00 4,00
Oxyde de fer a, 10 3 , 84
Chaux 7,3o 12,00
Magnésie traces traces
Oxyde de cuivre 4>6o 0,24
Oxyde de cobalt. . . . 0,00 i ,5o
Oxyde de plomb traces 0,70
Oxyde de manganèse, traces 2,00
Potasse 3,00 0,60
Soude 3,10 9,40
Les émaux rouges et bleus analysés ont été soumis à quelques essais. La couverte bleue a conservé sa coloration au chalumeau dans la flamme oxydante, comme dans la flamme réductive.
Pour rémail rouge :
1°. Un fragment de vase à couverte rouge a subi la température du grand feu des fours de Sèvres. L'émail rouge a présenté diverses altérations en rapport avec sa composition. Il a coulé; il s'est réuni dans les parties déclives en gouttes tressaillées; il a perdu sa couleur rouge , totalement à la surface , qui est devenue légèrement verdâtre et opaline , en partie seulement dans l'épaisseur, qui est restée , çà et là , rosée dans tous les points que l'épaisseur de la couche avait préservés de l'oxydation pendant la cuisson.
La pâte, qui était parfaitement blanche, a pris, dans toute la surface exposée pendant la cuisson à l'influence de l'atmosphère du four, une teinte brunâtre très-prononcée due au fer qu'elle contient. Les parties intérieures, mises à nu par une nouvelle cassure, avaient conservé leur blancheur primitive.
a**. Un fragment du même vase a été cuit au moufle et porté au rouge; après le démouflement, il avait encore toute sa coloration. Les arêtes s'étaient conservées bien vives; il n'y avait pas eu de ramollissement au feu de peinture.
y*. L'essai répété sur le même tesson a cuit à la température de l'or mat. Cette température fut suffisante alors pour ramollir un peu l'émail, émousser les bords de la cassure, mais insuffisante , toutefois , pour faire adhérer à la couverte le sable dans lequel le fragment avait été placé pendant la cuisson. La porcelaine dure de Sèvres , dans les mêmes conditions , ne subit aucune modification , aucun ramollissement.
On doit donc admettre, d'après l'analyse et les essais qui précèdent, que la coloration de l'émail en rouge dépend de la présence de l'oxydule de cuivre répandu dans la couverte ; que cette couverte cuit à une température très-élevée , quoique cependant inférieure à celle du grand feu de Sèvres, peut-être égale à celle du grand feu des fours chinois ; que la fusibilité de cette couverte est augmentée par la proportion de la chaux dont la quantité varie et dont nous avons constaté l'existence, M. Ëbelmen et moi, dans toutes les couvertes des porcelaines de la Chine.
Les tentatives que j'ai faites, jusqu'à ce jour, pour obtenir cette couleur ont d'ailleurs confirmé les données qui précèdent. Je n'ai plus, pour arriver à des résultats complets, qu'à déterminer a présent les conditions de cuisson des pièces recouvertes de l'émail rouge.
J'ai supposé comme composition de la couverte rouge :
Sable d'Aumont 38 ,00
Feldspath 5o,oo
Craie 1 2 , 00
Oxydule de cuivre 6 , 00
106,00 contenant :
Alumine et fer 7,76
Chaux et magnésie 6,08
Potasse et soude 3,72
Oxyde de cuivre 6,00
On est forcé, dans ce dosage, d'exagérer la quantité d'o^^yde de cuivre à cause de sa volatilité dans une atmosphère réductive. Cet émail est aussi plus dur que la couverte de Chine, mais cette condition est indispensable pour ne pas s'exposer aux tressaillures. On doit même, pour éviter plus facilement ce défaut, composer différemment la pâte en la rendant plus fusible, c'est-à-dire en rapprochant sa composition de celle des porcelaines de la Chine. La pâte qui suit donne de bons résultats :
Pâte de service définie 80
Feldspath poui* couverte .... 20
La pâte de service définie ne peut convenir pour les pièces à couverte rouge; les conditions d'enfumage pour développer la coloration du cuivre , pour l'amener et le maintenir à l'état d'oxydule, s'opposent au tirage du four, et la pâte ordinaire ne cuit que difficilement. Si l'on cherche à la rendre transparente, il faut perdre u.. > 40
ia couleur rouge, et, par l'excès du feu, la couverte môme durcie
comme celle que j'ai donnée, coule et se déplace.
J'ai pu , en rétrécissant simplement la cheminée d'un ^etit four, obtenir des pièces rouges faites avec la pâte attendrie ; la couverte ne tressaille pas, ce qui est rare, même sur des pièces de la fabrication chinoise. J'ai déposé, dans les collections du Musée Céramique, divers échantillons à l'appui de ces essais. Sur l'un d'eux, on a fait, en or, une frise cuite qu'on a pu brunir. Je ne connais aucune pièce de la Chine qui ait reçu sur le rouge , ou de l'or ou toute autre couleur.
Enfin , des échantillons de porcelaine rouge au grand feu , faits à Sèvres, reglacés avec du verre bleu coloré par l'oxyde de cobalt, ont donné des teintes violacées et bleues tout à fait analogues à relies des vases flammés des Chinois.
Bleu pour porcelaine dure. — Le bleu de Sèvres' est encore un véritable émail qui cuit plus fort encore que les couleurs que nous venons d'examiner. L'oxyde de cobalt est dissous. Voici du reste le procédé le plus simple pour l'obtenir.
Depuis 1846 j'ai constamment fait cette coloration avec l'oxyde de cobalt venant de Birmingham ; en raison de la pureté de cet oxyde et de sa puissance colorante , il a fallu modifier le dosage de la couverte anciennement accepté. Je prends actuellement :
Oxyde de cobalt 14
Couverte ou pegmatite 86
Le bleu , préparé comme il est dit plus haut , est très-fleuri , bien vitreux, et n'a donné que très-rarement ces espèces de taches géodiques cristallisées et rosaires que présentaient assez fréquemment les bleus provenant des oxydes de cobalt préparés au laboratoire de Sèvres. On n'a pas remarqué que ces fonds aient , plus que les autres, tendance à grésiller.
Il convient, quand on fritte le mélange de pegmatite et d'oxyde de cobalt, de ne pas fondre à une chaleur trop intense; le bleu devient alors court et d'un emploi difficile.
Dosages. — Nous donnerons ici , comme nous l'avons fait pour les autres matières colorantes, quelques compositions, en les distinguant naturellement par espèces de poteries. Nous commence-
rons par les faïences communes , pour finir par les faïences fines et les porcelaines dures. Les dosages pour porcelaine tendre sont ceux employés aujourd'hui pour la décoration des porcelaines do Sèvres.
Faïence commune. — Nous avons VU comment on préparait les émaux blancs pour faïence ; on trouve dans le commerce quelques pièces de faïence colorées en jaune, en vert, en brun, en bleu. Nous indiquons ici les dosages au moyen desquels on obtient ces colorations.
i"". Émail jaune. On fait usage d'émail blanc; on ajoute soit de l'oxyde d'antimoine, soit du jaune de Naples..On peut fondre d'une seule pièce les éléments suivants, qui donnent une composition suffisamment fusible.
Minium i25
Sable 5o
Borax a5
Antimoniate de potasse 10
Oxyde de fer rouge a
2°. Émail bleu. On mélange :
Émail blanc 95
Oxyde de cobalt, azur 5
En augmentant la dose de bleu d'azur, on obtient un bleu plus intense.
3°. Émail vert. On mélange encore :
Émail blanc 96
Oxyde de cuivre 5
4°. Émail vert pistache. On mélange :
Émail blanc 94
Protoxyde de cuivre 4
Jaune de Naples 2
5°. Émail violet. On mélange :
Émail blanc 94
Carbonate de maganèse pur. . 6
47a VINGT-TROISIÈME LEÇON.
Tous ces émaux peuvent se faire, comme l'émail blanc, en mélangeant les oxydes à la composition qui doit donner le blanc et fondant de la même manière que s'il s'agissait de fondre de la glaçure ordinaire. Dans quelques cas, on se contente d'ajouter l'oxyde colorant aux émaux blancs finement broyés.
Il, faut éviter de mettre , pendant la cuisson , à côté des pièces blanches celles qui sont vertes ou bleues ; car il y aurait coloration par volatilisation.
Poteries colorées. — Lcs poteries communes reçoivent des colorations très-variées du fait de l'addition à leur glaçure de principes colorants. Les poteries jaunes, par exemple, sont obtenues au moyen de l'addition d'une certaine quantité de minium'dans la glaçure.
1°. Poterie jaune. On prend :
Minium 70
Argile de Vanvres 16
Sable de Belleville i4
2°. Poterie brune. On mélange :
Minium 70
Argile de Vanvres i3
Sable de Belleville i3
Oxyde de manganèse 14
3°. Poterie verte. On mélange :
Minium 66
Argile de Vanvres i5
Sable de Belleville i5
Oxyde de cuivre 4
Ces matières sont mêlées ensemble, puis broyées dans des meules en grès, mues à bras à l'aide d'un manche vertical attaché sur un point de la circonférence.
On fait usage dans les fabriques importantes de tournants qu'on affecte au broyage de la même couleur.
Porcelaine tendre française. — On prépare un fluX de trèS-
bonne qualité pour les fonds de porcelaine tendre comme vernis coloré ou comme fond de couleur applicable sur la poterie déjà
En jaune verdàire .
mise en glaçure en fondant :
Sable 825 grammes.
Minium 5oo
Carbonate de soude 200
Carbonate de potasse 200
Ce flux est coloré de la manière suivante, en ajoutant, avant la fonte :
savoir :
En turquoise bleue. ... | Oxyde de cuivre 100
-, . , i Oxyde de cuivre 100
En turquoise verte ^ n \i ^ u
^ ( Oxyde de chrome 2
\ Oxyde de cuivre 100
i Oxyde de chrome.... 10
„ , l Oxyde de cuivre 100
En vert-pomme i/\jj v. r
^ I Oxyde de chrome. ... i5
En bleu foncé | Oxyde de cobalt 16
En bleu moyen | Oxyde de cobalt 6
En bleu pâle j Oxyde de cobalt i , 5
En lilas clair | Oxyde de manganèse. . 40
„ . , ^ , . i Oxyde de manganèse. .
En violet clair \ r^ a a u u
I Oxyde de cobalt
En ivoire | Oxyde de fer rouge. . . 80
En rose foncé | Or à l'état de pourpre. 0,64
En rose clair | Or à l'état de pourpre. o, 32
Ces exemples suffisent pour donner Tindication de la marche à suivre : on mélange les éléments du fondant , on ajoute les oxydes colorants , puis on fond ; je fais ces fontes dans le fourneau dont je donne le dessin (^g, 4^9 ).
Modes d*application des émaux. — Un avantage de ces fonds , c'est qu'ils peuvent être appliqués sur des pâtes ou des engobes colorés et donner par superposition des colorations qu'il ne serait pas possible d'obtenir autrement. Les Chinois font un assez grand usage de superpositions et l'emploi de ce moyen ajoute à leur fabrication un caractère très-grand d'originalité.
On donne aux porcelaines dures colorées dans la glaçure le nom de fonds par immersion, 'Cette désignation vient de ce que ces gla-
/io.
cures colorées sont appliquées comme les autres glaçures , et par les méthodes expéditives de rimmersion. On se sert de l'arrose- F,g 459 ment pour poser les fonds des
faïences communes. C'est par saupoudration ou tamisage qu'on a placé jusqu'à ce jour les fonds dont on fait un grand emploi sur la porcelaine tendre.
Émaux fusibles pour peindre. — Les couleurs qui composent les assortiments employées en Chine et que différents voyageurs ont apportées en France sont , les unes brutes et les autres préparées, et presque toujours on trouve réunies la couleur brute et la même toute préparée pour peindre. La différence qui les sépare n'existe seulement, quelquefois, que dans la préparation mécanique qu'on fait subir à la couleur brute pour la rendre susceptible d'être appliquée , au pinceau , sur la pièce à décorer ; d'autres fois, en même temps qu'on broie la couleur brute, on y ajoute ou de la céruse si l'on veut la rendre plus fusible, ou du sable si on la trouve trop tendre. Dans le premier cas, la couleur brute doit présenter, avec la couleur préparée, une identité complète de composition. Nous avons fait, M. Ebelmen et moi. l'analyse de ces couleurs; autant que nous l'avons pu, nous avons simultanément traité les deux espèces de couleurs.
Les couleurs brutes se présentent généralement sous forme de morceaux fragmentaires irréguliers, vitreux, les uns opaques, les autres transparents , ayant tous la même coloration, si la couleur est simple , ayant des colorations variées , si la couleur ne peut être composée que par le mélange de deux ou plusieurs couleurs différentes, qu'on n'a pas jugé convenable de fondre de nouveau. Les proportions dans lesquelles on ajoute la céruse aux couleurs qui ont besoin de cette addition pour être employées, sont variables non-seulement pour les couleurs de nuances différentes, mais même
pour des échantillons d'une même couleur et de même nom , suivant la composition de la couleur primitive. Il doit, en effet, en être ainsi dans un pays où toutes les couleurs primitives provenant de districts éloignés ne sont pas faites par le même fabricant, et où la température de la cuisson des peintures dépend uniquement de la volonté du décorateur.
Quelle que soit Torigine des couleurs qui servent à la Chine dans la décoration des porcelaines , elles présentent toutes un caractère de généralité qui ne peut échapper, en même temps qu'une grande simplicité ; le fondant qui n'est pas distinct dans la couleur est toujours composé de silice, d'oxyde de plomb dans des proportions peu variables et d'une quantité plus ou moins grande d'alcalis ( soude et potasse ). Ce fondant maintient en dissolution à l'état de silicates quelques centièmes seulement d'oxydes colorants dont le nombre est excessivement restreint. Les matières colorantes sont : Vojcjrde de cuwre pour les verts et verts bleuâtres , Vor pour les rouges , V oxyde de cobalt pour les bleus, V oxyde d'antimoine poulies jaunes, \ acide arsenique et V acide stannique pour lesJDlancs, quelquefois le pJiospJiate de chaux.
L'oxyde de fer et les oxydes de manganèse impur, qui donnent, l'un du rouge, l'autre du noir, font seuls exception, et c'est saac doute parce qu'il est impossible d'obtenir ces couleurs , par voie de dissolution , avec les oxydes que nous venons de désigner. Ces matières rentrent alors dans la classe des couleurs proprement dites. Nous n'avons trouvé ni borax ni acide borique.
Cette composition spéciale des couleurs de la Chine entraîne des habitudes spéciales dans les décorations qu'elles servent à produire, et c'est d'elle que les peintures chinoises et japonaises tirent leur aspect distinctif.
Quelques couleurs s'appliquent directement , telles que le commerce les fournit; d'autres au contraire exigent , avant de pouvoir être employées, une addition variable fixée par l'expérience, préalablement sans doute ; on les ramène de la sorte à se développer toutes à une température déterminée. L'assortiment rapporté de Canton, enlevé sur* la table d'un peintre chinois, nous donne l'exemple d'une palette toute préparée. Les additions avaient du être faites, et nous avons pu constater que la céruse ajoutée l'a été pour la plupart en petite quantité, si même celle que l'analyse
nous a fait découvrir ne provient pas d'un commencement d'altération de la couleur pendant le broyage.
Nous verrons dans la prochaine Leçon qu'en Europe les couleurs pour pejndre la porcelaine dure sont formées par un mélange de certains oxydes et de certains fondants.
Je viens de dire que les couleurs de la Chine diffèrent complètement et pour la nature des éléments du fondant, comme pour les proportions de l'oxyde colorant. Nous ne trouvons pas des différences moins tranchées quand nous envisageons l'état dans lequel se trouve la matière colorante dans ces deux sortes de couleurs. Et les deux assortiments ne peuvent plus être comparés quand on vient à établir le parallèle entre les substances employées, dans les deux cas, comme principes colorants.
On vient de voir que les oxydes colorants dans la palette des Chinois étaient bornés à l'oxyde de cuivre , à l'or, à l'antimoine , à l'arsenic , à l'étain et à l'oxyde de cobalt impur, qui donne tantôt du bleu , tantôt du noir ; enfin à l'oxyde de fer, qui fournit une nuance de rouge. Nous verrons que dans les couleurs d'Europe, où on fait usage des divers oxydes que nous venons de citer , on * tire un très-grand parti de substances inconnues des Chinois. On modifie la nuance de l'oxyde de cobalt pur en le combinant à Toxyde de zinc ou à l'alumine , quelquefois à l'alumine et à l'oxyde de chrome ; l'oxyde de fer pur fournit une dizaine de rouges nuancés du rouge orangé au violet de fer très-foncé; on obtient des ocres pâles ou foncés, jaunes ou bruns, en combinant diverses proportions d'oxyde de fer, d'oxyde de zinc et d'oxyde de cobalt ou de nickel : les bruns se préparent en augmentant la dose de l'oxyde de cobalt contenu dans la composition qui fournit les ocres ; les noirs , par la suppression de l'oxyde de zinc dans les mêmes préparations. Nous varions les nuances de nos jaunes par des additions soit d'oxyde de zinc ou d'étain pour les éclaircir, soit d'oxyde de fer pour les rendre plus foncés. L'oxyde de chrome, pur oa combiné soit à l'oxyde de cobalt, soit aux oxydes de cobalt et de zinc, donne des verts jaunes et des verts bleuâtres qui peuvent varier du vert pur au bleu presque pur. L'or métallique nous fournit le pourpre de Cassius, que nous transformons ensuite, à volonté, en violet, en pourpre ou en carmin. Nous citerons encore l'oxyde d'urane, les chromâtes de fer, de baryte, de cadmium, qui
donnent d'utiles couleurs , et nous terminerons en indiquant Tapplication toute récente des métaux inoxydables au feu , dont la découverte et la préparation exigent des connaissances en chimie que les Chinois sont loin de posséder.
Si l'aspect des porcelaines des Chinois est différent, de celui de nos productions , si l'harmonie des décorations de ces peuples paraît plus complète, c'est, suivant nous, le résultat forcé de leurs méthodes. Toutes les couleurs dont ils se servent sont peu colorées; elles n'ont de valeur que sous une certaine épaisseur qui donne à leurs peintures un relief impossible à obtenir par d'autres moyens; l'harmonie de leurs peintures est la conséquence de la nature et de la composition de leurs émaux. Nous avons vu, dans la première partie de ce travail , que la pâte plus fusible des porcelaines de Chine devait être recouverte d'une glaçure plus fusible que celle dont on se sert en Europe , et c'est l'introduction de la chaux dans la couverte qui , diminuant l'infusibilité de cette glaçure, modifiant peut-être sa dilatabilité, en rapproche les propriétés physiques des propriétés des émaux.
Tous les différents principes colorants se trouvent dans les couleurs européennes à l'état de simple mélange; dans les couleurs des Chinois , les oxydes sont , au contraire , dissous , et cette circonstance nous permet de les rapprocher d'une autre sorte de produits qui , répandus à la Chine , se présentent aussi fréquemment dans l'industrie d'Europe.
En effet, nous avons trouvé dans les composés vitreux qui sont désignés en France sous le nom ^ émaux , non-seulement la même coloration obtenue par les mêmes oxydes , mais une composition de fondant analogue et quelquefois identique. Les émaux transparents sont effectivement, comme on sait, des composés vitreux dont la composition est variable en vertu de la fusibilité qu'ils doivent offrir, et colorés par quelques centièmes d'oxydes. Les bleus sont fournis par l'oxyde de cobalt, les verts par du deutoxyde de cuivre, les rouges par de l'or ; les émaux opaques , jaunes ou blancs, doivent leur coloration et leur opacité soit à l'antimoine, soit à l'acide arsénique ou à l'acide stannique, quelquefois au phosphate de chaux.
Voici , du reste , les analyses que nous avons faites de différents émaux pris dans le commerce et destinés à la fabrication des bijoux en cuivre , en or ou en argent émaillés.
Rabis.
Vert.
traces
traces
traces
J'extrais ces analyses d'un travail plus complet que je prépare sur les diverses compositions employées dans Fart de l'émailleur sur métaux :
Bleu.
Perte ad feu i ,00
Silice 5i,oo
Oxyde de plomb 34,57
Oxyde de cobalt i ,00
Oxyde de fer traces
Oxyde de manganèse ... 0,00
Alumine traces
Chaux 2,00
Magnésie traces
Oxyde de cuivre traces
Or métallique »
Potasse et soude 10,43
Oxyde d'étain »
100,00 100,00 100,00 Les fondants qui servent pour remaillage soit de Tor, soit de l'argent, soit du cuivre, celui qu'on applique sur la peinture dite sous-fondant y peuvent encore être comparés avec les couleurs dont les Chinois se servent pour décorer leurs porcelaines; on trouve que ces composés sont semblables. Il n'y a de différence entre eux que sous le rapport de la fusibilité , qui est un peu plus grande pour les émaux chinois.
Fondants pour
Ari^ent. Or. Peinlore.
Perte au feu o,3o o,io 0,10
. Silice 48,10 53,60 44,82
Oxyde de plomb 38,25 3i,i6 41,59
Oxyde de cuivre o,32 traces traces
Oxyde de fer o,25 0,40 o,3i
Oxyde de manganèse o , 00 o , 60 o , 1 5
Alumine 0,14 o,54 0,46
Chaux o , 60 1 , 26 0,82
Magnésie traces traces o,o5
Alcalis 12,04 12, 3i 11,70
Le rapprochement auquel nous a conduits l'examen des couleurs employées en Chine entre celles-ci et les émaux, a été pleinement confirmé par la manière dont ces couleurs se sont comportées à la cuisson. On à fait Tessai des assortiments que nous avons examinés, M. Ebelmen et moi, sur des porcelaines de Chine et sur des porcelaines d'Europe. Sur porcelaine de Chine, les couleurs se sont développées à une température inférieure à la température du feu de retouche des peintures de fleurs à la manufacture de Sèvres : elles n'ont pas écaillé. Mais, sur la porcelaine de Sèvres, bien qu'elles fussent développées, elles se sont toutes détachées par écailles. On savait depuis longtemps, par suite d'expériences directes, que les émaux ne pouvaient servir que difficilement à la décoration des porcelaines d'Europe, précisément à cause du grave défaut que je viens de signaler.
Quelle que soit la cause qui détermine sur les porcelaines européennes le défaut d'adhérence des émaux, nous pensons qu'elle réside dans la différence de nature de la couverte des deux porcelaines.
48o VINGT-QUATRIÈME LEÇON.
YINGT-QUATRIÈME LEÇON.
BÉCORATZOM CÉRAMXÇUE.
Couleurs. Déûnîtions , qualités, avantages; mode d'application, compositions applicables à diverses espèces de poteries. — Broyage, porphyrisation, emploi. — Posagc au putois, au pinceau, à la main, par procédés mécaniques. — Pyroscopes; pyromètres. — Déraouflement. — Métaux, qualités, inconvénients, leur position. — Or, platine, argent. — Préparation. — Lustres ; lustre d'or, de platine, lustre burgos, lustre d'argent , de plomb , de cuivre , de fer, etc. — Cuisson des matières employées à la décoration. — Moufles.