‹ Leçons de céramique professées à l'Écolé central des arts et manufacturesChapitre 99 sur 102 · MÉTAUX · texte numérisé non relu

MÉTAUX

Nous avons dit quelles étaient les conditions générales auxquelles les métaux devaient satisfaire dans la décoration des poteries : ces conditions limitent à l'or, au platine, à l'argent les métaux qu'il est possible d'employer aujourd'hui. Nous rappellerons qu'ils doivent être malléables , brillants, inaltérables sous les actions simultanées de Tair et du feu.

Il faut, pour que ces métaux soient applicables, qu'on sache les ramener à l'état de poudres impalpables , afin qu'on puisse les déposer sous forme de lignes ténues , représentant les objets variés que le décorateur veut apposer sur la pièce qu'il décore. D est urgent aussi que la poudre soit d'un emploi facile, qui permette de

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la coucher sous forme de lame minc«, lorsqu'on veut faire un fond

ou de larges filets.

C'est au moyen des précipités obtenus par voie chimique qu'on réussit à préparefT ces métaux en poudre.

Nous avons donné, tomel, pages 352, 357 et 869, les principes à l'aide desquels on prépare les poudres d'argent, d'or et de platine ; il suffit de les broyer ensuite pour obtenir des poussières parfaitement ténues , propres à la décoration des poteries et principalement des porcelaines; mais comme en général les dosages employés à la précipitation ont une certaine influence sur les propriétés physiques que présentent ces poudres, nous croyons devoir entrer, au moins pour l'or dont l'usage est de beaucoup le plus important, dans de nouveaux détails.

Or métallique. — Nous avons dit qu'on avait deux méthodes pour précipiter l'or à l'état de sa dissolution dans l'eau régale : le sulfate de protoxyde de fer et l'azotate d'oxydule de mercure; nous allons indiquer les dosages qu'il convient d'employer pour obtenir de l'or dans de bonnes conditions de broyage et d'emploi.

Or à la oouperoie. — On dissout 3oo graiiimes d'or dans un mélange formé de 900 grammes d'acide chlorhydrique du commerce et 1000 grammes d'acide azotique ordinaire. Si l'on préfère opérer par volumes , pour la quantité d'or indiquée ci-dessus , on prend 720 centimètres cubes d'acide chlorhydrique et le même volume d'acide azotique. On dissout à froid en ne faisant intervenir la chaleur que vers la fin de l'opération pour rendre la dissolution tout à fait limpide : on décante pour éloigner une petite quantité de chlorure d'argent, car l'or dit à 1000 millièmes contient toujours 0,001 ou 0,001 5 d'argent métallique. On étend d'eau : on fait pour cela quatre portions à peu près égales de la dissolution d'or, puis on verse environ 10 litres d'eau dans chacune des portions. On ajoute de la couperose dissoute et limpide tant qu'il se forme un précipité. On laisse déposer pendant dix heures, on décante et on lave avec de l'eau d'abord à trois ou quatre reprises, avec de l'acide chlorhydrique ensuite pour enlever l'oxyde de fer qui peal provenir de la décomposition par l'eau du sulfate de protoxyde de fer mis en excès. On lave enfin à l'eau bouillante , puis on fait sécher au bain-marie. J'ai dit qu'on évitait les paillettes qui se

soudent pendant le broyage , en écrasant Tor avec les doigts sur un tamis de soie.

Or au mercure. — L'or précipité par la couperose est généralement très-dense ; il devient donc coûteux de se^ servir de ce proche pour faire des décorations de peu de valeur, et pour lesquelles Tor n'a pas à résister à des frottements considérables. On fait usage alors de l'or précipité par l'azotate d'oxydulede mercure, qui donne une masse beaucoup plus volumineuse , c'est-à-dire qui foisonne beaucoup plus, lorsqu'on l'applique au pinceau.

On fait dissoudre 25o grammes de mercure distillé dans 5oo grammes d'acide azotique sans autre addition , en aidant faiblement la dissolution par une chaleur très-douce.

D'autre part , on traite 3o grammes d'or par une eau régale faite de sel ammoniac y 5 grammes, et d'acide azotique 35o grammes. On fait à chaud le mélange des deux solutions en ajoutant par petites portions le nitrate d'oxydule de mercure dans la dissolution d'or ; il se forme un volumineux magma qui n'est autre chose que de l'or divisé. On le lave longtemps à l'eau bouillante , puis on le fait sécher au bain-marie. J'ai pris l'habitude de tamiser également l'or au mercure comme je le fais pour l'or à la couperose ; on évite ainsi les paillettes qui se développeraient au broyage.

Avant d'être employé, l'or doit être broyé finement avec son fondant : il faut en ajouter pour la dorure sur toute sorte de poterie.

C'est du nitrate de bismuth précipité par l'eau de sa dissolution dans l'acide azotique ; il est blanc, légèrement jaunâtre: il faut avoir le soin d'éviter l'addition du carbonate de potasse qu'on ajoute quelquefois , et qui précipiterait les oxydes de nickel et de cuivre, souvent contenus dans le bismuth métallique; la présence de quelques millièmes de cuivre empêcherait l'or de donner un beau mat. Oh ajoute à l'oxyde de bismuth iV ^^ borax fondu , et on mêle, suivant certaines circonstances, -pj ou -jV de fondant pour I partie d'or.

Pour dorer la porcelaine dure, c'est ce fondant qu'on emploie; pour dorer la porcelaine tendre, on ajoute du borate de plomb préparé par voie de précipitation.

On a remarqué que l'or ne s'employait avec facilité que lorsqu'il avait séjourné quelque temps sur la glace en mélange avec les essences qui doivent en faciliter l'application ; il coule mieux et II. 44

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donne alors un mat beaucoup plus brillant que lorsqu'on l'applique immédiatement après le broyage. Il ne faut pas le broyer avec trop d'essence grasse , qui donne un or trop mince et comme lavé.

Pour obtenir l'or avec économie , mais en même temps avec solidité , plusieurs procédés ont été proposés ; ils rendent la dorure plus durable sans en augmenter beaucoup le prix.

M. Rousseau pose une première couche de platine mêlé de fondant qu'il recouvre d'une couché très -mince d'or métallique. Ce procédé donne une dorure solide , mais qui à l'usage ne conserve pas une belle teinte , la couleur de l'or étant modifiée par celle du platine que l'usure fait apparaître.

Le procédé de M. Grenon consiste dans l'application successive de deux couches d'or chacune avec un fondant particulier et dans des proportions différentes. La première couche est cuile à une température élevée;. on la polit avec du grès, puis on applique par-dessus une couche mince d'or au mercure , préparée et cuite comme à l'ordinaire. Cette dorure se brunit avec facilité et prend un bel éclat. Des expériences faites à Sèvres ont permis de constater qu'elle résistait à des frottements par des corps durs qui altèrent profondément la dorure ordinaire.

La dorure de M. Grenon emploie o«'',4a5 d'or par douzaine d'assiettes à filet d'une ligne de largeur ; le prix des assiettes en est augmenté de 6 francs par douzaine. La dorure de Paris emploie seulement o»',2i2 par douzaine d'assiettes; elle se paye 4 francs.

L'élévation du prix de la dorure de M. Grenon est justifiée par la grande quantité d'or employée et par les doubles frais de posage et de cuisson.

Lorsqu'on veut obtenir de l'or beau mat , il faut avoir recours au procédé sur lequel nous reviendrons plus loin et qui donne sur la porcelaine mise en couverte , c'est-à-dire à glaçure brillante et polie , l'or brillant au sortir du moufle.

Or en coquille. — On peut encore faire usage de ce que l'on nomme l'or en coquille. Cet or n'est autre chose , ainsi qu'on le sait, que l'or battu, très-pur, aussi pur qu'il est possible de l'avoir et déchiré sur une glace au moyen d'une substance soluble à l'eau bouillante , telle que le sucre , le sel ou le miel ; de là le nom d'or au miel qu'on a donné pendant longtemps à cette préparation. Le nom d'or en coquille lui vient de ce que l'usage s'est établi de

le vendre dans des coquilles de moule. Le broyeur le plus exercé . ne peut guère broyer plus de 60 grammes dans une journée de travail. Appliqué sur porcelaine dure , cet or doit se cuire avec la plus grande précaution, généralement beaucoup au-dessous du feu de dorure ordinaire.

On a fait dans la dorure de la porcelaine tendre ancienne de Sèvres un très-grand usage de l'or en coquille. Lorsque For dont on s'est servi ne contenait aucun alliage ou lorsqu'il ne renfermait que quelques millièmes d'argent , on avait de la dorure riche et très-éclatante.

Le dissolvant de l'or en coquille est souvent de l'eau miellée ou de la gomme. Le miel a deux inconvénients assez graves, fl attire les mouches qui retendent partout avec leurs pattes, enlèvent la finesse des détails et font disparaître l'assurance de touche d\i doreur. En second lieu, il est fermentescible, et les gaz qui se développent dans l'acte de fermentation soulèvent l'or et s'opposent à son adhérence avec la porcelaine.

La gomme a moins d'inconvénients , mais elle doit être employée très-fluide avec circonspection.

Dans tous les cas, qu'on fasse usage de gomme ou de miel , il faut n'appliquer la dorure que sur des parties entièrement dépouillées de corps gras. L'or se lèverait par écailles et ne tiendrait nullement. Il est préférable pour délayer l'or de faire usage du mordant du frère Hippolyte , additionné d'un peu de gomme arabique dissoute; on le nomme mucilage pour Por,

Voici les dosages qu'il convient de prendre.

On pèse :

Oignons épluchés. ... 43o grammes, Ail épluché 43o

on les fait bouillir avec 3 litres de vinaigre qu'on ajoute litre par litre ; on fait réduire à petit feu jusqu'à ce que la matière devienne poisseuse ; on met infuser alors dans le mélange 25o grammes de gomme arabique; on filtre à travers un linge; on exprime pour recueillir tout le jus; on filtre sur du papier en étendant avec assez d'eau pour que le liquide puisse passer facilement; on concentre enfin les liqueurs jusqu'à consistance sirupeuse. Pour faire la dorure des imitations du vieux Sêf>res, on prépare

de Tor en coquille avec un métal allié par une fonte préalable d'un millième de cuivre. L*or pendant le laminage et le broyage conserve le cuivre qui sous l'influence du feu s'oxyde et communique à la dorure un aspect terne que les amateurs attribuent à la vétusté de la pièce.

Argent. — Il existe maintenant dans le commerce, surtout dans le commerce de Paris, des pièces de porcelaine dure dont la principale décoration consiste dans des ornements et des fonds comme guillochés d'argent mat. Ce mat métallique d'un beau blanc relevé par des ornements en bleu ou en toute autre couleur éclatante qui l'accompagne ou l'entoure, produit sur l'œil un effet très-agréable et offre à la première vue comme un éclat de nacre pâle, c'est-à-dire qui ne projette aucune couleur irisée. Cet argent*, préparé par M. Rousseau, de Paris, peut fournir un bruni à l'effet très-distinct et très-riche, jouissant de l'avantage précieux de résister à l'action de l'acide sulfhydrique contenu dans l'air.

La résistance à l'action délétère des émanations hydrosulfurées les plus fortes tient à la superposition d'une légère couche d'or, ainsi que M. Brongniart l'a fait connaître [Bulletin de la Société cP Encouragement^ 46* année, page 76). On étend au pinceau une couche très-mince d'or sur l'argent dont la pièce est recouverte avant de passer au feu de moufle ; on fait fondre à l'aide de l'action d'une chaleur d'un rouge cerise le peu de fondant qui fixe ces deux métaux sur la porcelaine.

Le succès complet de cette argenture dépend de l'habileté pratique de l'artiste et de plusieurs précautions empiriques dont voici les principales : L'argent doit être dissous dans un acide étendu de beaucoup d'eau , précipité lentement par le cuivre et complètement lavé ; il faut que cet argent , mis sur le blanc de la porcelaine ou sur un fond de couleur dure ne contenant aucune couleur tirée de l'or, soit placé épais et visqueux; qu'on le laisse pendant vingt-quatre heures dans cet état avant d'y mettre la légère couche d'or dissous dont on doit la couvrir , enfin que le tout soit cuit modérément.

Application des métaux. — Les métaux sont délayés dans des essences et appliqués soit à la main , soit par impression sur la poterie qu'ils doivent décorer. On fait un grand usage de l'or à l'état

Flg. 478.

DÉCORATION CÉRAMIQUE. 52i

de filets. Ces filets se font rapidement au moyen de la toiirnette

(fig, 472). Un plateau A reçoit la pièce parfaitement centrée ; il tourne sur un axe B {/g, iyZ) qu'on peut élever à volonté par le moyen d'une vis placée dans le renflement E qu'on peut voir par la coupe. La doucine qui limite inférieurement le plateau sert à faire tourner le plateau pendant que d'une main le fileur fait son décor.

La cuisson des métaux s'exécute dans les moufles, comme celle des couleurs.

Brunissage des métaux. — L'or et les autres métaux appliqués sur la poterie n'ont généralement pas l'éclat métallique après la cuisson. Si l'on veut obtenir des effets variés, on dessine sur cet cr en surface avec des pointes très-dures , des ornements plus ou moins compliqués: c'est brunir k l'effet; si l'on veut au contraire avoir de grandes surfaces brillantes, on brunit à plat en le frottant fortement et avec adresse , pour ne déterminer aucune rayure. D faut surtout une grande habileté pour brunir les fonds d'or.

Flg. 47*. Flg. 47$ Flg. 476 Flg. 478. Fig. 47».

Fig. 477.

Brunisioiri. — On SB Sert pour brunir des outils qu'on nomme

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brunissoirs et qu'on emploie dans un grand nombre d'ateliers. Les uns sont en hématite brune, qu'on désigne alors sous le nom de sanguine, les autres sont en agate ; ils sont très-variables de forme et de grosseur, et pour faire un bon brunissage il faut se tenir assorti de brunissoirs de formes très-dififérentes. Les brunissoirs se nettoient par le frottement sur un cuir chargé de potée d'étain. On commence par dégrossir avec du sablon et de la craie qui donnent une sorte de poli; on finit avec la sanguine. Cette sorte de travail est confiée presque partout à des femmes.

Les brunissoirs sont adaptés au moyen de viroles en cuivre ou defer(/^. 474, 475, 478,479).

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