TABLEAU DES RÉCOLTES PROPORTIONNELLES
N° 1 . — Sans engrais.
Frais de cullure 150 fr.
— généraux 50
— de fumure »
Balance ;>00 fr.
Produit »
Perte 20:i fr.
Balance 2(30 fr.
Frais de culture 150 fr.
— généraux 50
— de fumure 50
Bénéfice 50
N° 2. — Avec engrais.
Produit 300 fr.
Balance 300 fr.
Balance 300 fr.
N° 3. — Augmentation d'engrais.
Frais de culture 150 fr.
— généraux 50
— de fumure. 100
Bénéfice 100
Produit ii»0 fr.
Balance 400 fr. | Balance 400 fr.
L'enseignement à puiser dans ce tableau, c'est que dans les landes de Bretagne tous les frais sont perdus si la terre n'est pas fumée. Sur une exploitation donnée, on peut dépenser 20,000 fr. en frais généraux et de culture, travailler beaucoup et n'avoir aucune récolte. Sur une autre exploitation, où l'on
aura «ajouté pour 3,000 fr. d'engrais aux 20,000 IV. des autres Irais, on pourra obtenir des produits valant 30,000 fr. — Soit un bénéfice de 5,000 fr. — Augmenter les dépenses d'engrais, c'est donc accroître le revenu. Augmenter les dépenses générales <'t de culture sans engrais, c'est accroître les frais en pure perte. La conclusion de M. Rieffel, la voici :
« En vain nous remuerons le sol de nos landes de toutes les façons, si nous négligeons les engrais, nous nous serons donné beaucoup de peine, de fatigues et de soucis, sans aucun profit immédiat. Laquestion des engraisdomine tout en agriculture. »
« S'il est vrai, dit enfin cet agronome avec une haute raison, qu'un système qui repose entièrement sur le travail des bras, sur la courbure pénible et incessante du dos de l'homme, ne lui laisse aucun repos physique ou moral, il est évident que son intelligence s'abrutit : l'homme se fait machine. S'il est vrai, au contraire, que des systèmes peuvent être élaborés, où la nature, l'atmosphère, les abris et les animaux deviennent les premiers travailleurs matériels, ne serait-ce pas là un grand bienfait ? L'homme des champs, alors, jouissant de quelques loisirs, pourrait cultiver son intelligence, et, trouvant chaque jour dans le développement de ses facultés quelques ressources nouvelles pour dominer la matière, il demanderait sans fatigue à la nature les productions dont il a besoin. Alors aussi la carrière agricole serait abordée plus facilement par une foule d'hommes que repousse aujourd'hui notre travail abrutissant, travail que l'opinion générale s'imagine devoir être ainsi de toute nécessité. Les hommes qui pensent, les hommes studieux, deviendraient d'autant plus nombreux que l'existence serait moins pénible , et la culture deviendrait d'autant plus riche que l'intelligence y prendrait plus de part. La profession agricole est, de nos jours, la seule où, pour apprécier un entrepreneur, on regarde ses mains, au lieu de consulter sa tète, son savoir : comme si les qualités morales n'avaient aucune valeur en agriculture, comme si le siège des facultés intellectuelles changeait de place sous la blouse. »
Restreindre le travail et augmenter les engrais, diminuer le rôle des bras et augmenter celui du raisonnement : telle est la thèse soutenue par M. Rieffel. Dieu merci, l'époque actuelle
et ses grands enseignements démontrent avec évidence que l'agriculture de l'avenir est tout entière dans l'application de ces vivifiants principes.
Un habile agriculteur, qui a beaucoup milité pour faire prévaloir le système de la culture intensive, M. Lecouteux, a démontré tout à la fois l'insuffisance ordinaire des engrais apportés au sol et les résultats commerciaux de leur emploi.
Les chiffres de M. Lecouteux sont bien significatifs.