‹ Leçons de chimie agricoleChapitre 41 sur 87 · PARTIES · texte numérisé non relu

PARTIES

Inconnue . ...

traces.

Id

Les résidus de la fabrique de colle de M. Coignet renferment d'après mon analyse :

Matière organique 18,8

Silice 0,8

Phosphate de chaux et de magnésie 76,4

Sels solubles dans l'eau 0,8

Carbonate de chaux, etc 3,2

Azote, 14 millièmes.

Ces matières ont été obtenues à une température de 421 à 135 degrés dans des chaudières autoclaves. Les os dégélatinés (i) ainsi produits sont généralement convertis en noir animal comme je vous l'expliquerai plus loin. Ceux beaucoup moins riches dont je vous ai indiqué plus haut la composition sont traités d'une manière toute différente. Voici comment un industriel distingué de Niort, M. le docteur Noirault, décrit sa propre fabrication.

« Triés en vue d'une séparation des substances étrangères (débris de verres, ferrailles, chiffons), les os sont ensuite concassés, l'extraction de la graisse en devient plus facile et plus complète, puis dégraissés dans l'eau bouillante , sous la pression atmosphérique : ils sont enfin nettoyés au moyen d'un cylindre percé de trous. Ce cylindre tourne dans l'eau, les os y roulent les uns sur les autres, et, par le frottement continuel, se débarrassent des restes de chair, tendons, etc., et sortent de l'appareil dans un état de complète propreté. C'est alors que ces os sont soumis à un courant de vapeur sèche qui, sans altérer la gélatine, désagrège leurs molécules et les rend friables. Ils sont ensuite séchés à l'étuve et réduits en fine farine par une meule horizontale. Par une ébullition d'environ deux heures dans l'eau simple et sous la pression atmosphérique, comme pour le dégraissage, cette farine abandonne une partie de sa gélatine, 40 à 12 % environ. Elle est soumise après cette ébullition à l'action d'une forte presse à vis. L'eau gélatineuse est clarifiée, concentrée et coupée en tablettes. Le résidu renferme donc une

(1) Le tissu cellulaire extrait des os, c'est-à-dire l'osséine du commerce, peut, étant desséché, se conserver fort longtemps sans altération, et beaucoup mieuxque lorsqu'il a été converti en gélatine soluble. Les faits suivants démontrent combien la matière animale des os est susceptible d'une longue conservation. Les os d'hommes et d'animaux qu'on tire des catacombes d'Egypte renferment encore, après 3,000 ans, tout le tissu cellulaire qui leur est propre. M. de Gimbernat ayant traité par l'acide chlorhydrique faible des fragments d'os fossiles du mammouth de ÏOhio et de Yéléphant de Sibérie, animaux qui, selon Cuvier, sont morts depuis plus de 4,000 ans, parvint à en extraire la substance animale dont il put former de la gélatine. Celle-ci, de même nature que celle obtenue des os frais de boucherie, fut mangée à la table du préfet de Strasbourg, où, pour la première fois sans doute dans notre siècle, on se nourrit d'une matière animale qui existait avant le déluge. Ceci so passait en 1814.

(Girardix, Leçons de chimie élémentaire, vol. II, p. 740.)

asse- i ..c proportion de matières animales azotées, tous les sels cal .«s des os, et a absorbé pendant sa cuisson environ i5 % d'humidité qui remplace les 2 i/t °/0 de la graisse enlevée et les 10 à 12 °/0 de géiaUtttt, si bien que le poids des résidus engrais se trouve être le même que le poids net des os entrés dans l'usine. Ce résidu en sortant des presses est mis entas, il est mélangé avec des matières animales, résidus de la fabrication de la colle avec des peaux de mouton, ainsi qu'arrosé avec toutes les eaux ammoniacales de l'usine. Au bout de quelques jours, il se fait dans le tas une grande fermentation. »

Tels sont, Messieurs, les détails d'une fabrication dont le produit moyen m'a fourni :

Azote, 1,26 p. 100 correspondant à 1,53 d'ammoniaque.

Je dois mentionner aussi, Messieurs, l'introduction en France de cendres d'os dans lesquelles il faut nécessairement s'attendre à rencontrer des substances siliceuses en assez forte proportion. Un chargement de ces cendres, expédié de Montevideo, m'a* fourni les chiffres suivants :

Charbon et matière organique 3

Résidu siliceux 21

Phosphate de chaux et de magnésie C6

Carbonate de chaux, etc 10

Le navire Spéculant a apporté à Nantes, pour le porter ensuite à Liverpool, un chargement de cendres de Montevideo, dans lequel j'ai trouvé, pour 100 parties de matière sèche (\) :

Charbon, matière organique 3,5

Sable siliceux 8,5

Phosphate de chaux \ 2

Phosphate de magnésie i 1

Carbonate de chaux et perte 9,8

(1) Les cendres les plus belles sont vendues en Angleterre pour la fabrica

Eau

Matières organiques

Résidu siliceux

Phosphates de chaux et de magnésie Carbonate de chaux, etc ,

Il est presque superflu de vous faire remarquer que, dans des produits de cette sorte, la valeur commerciale pour le fabricant d'engrais est presque déterminée par la dose de phosphate. Pour l'agriculteur, il en serait autrement. Cette cendre d'os serait, en effet, moins apte à la condensation des gaz dissolvants ou nutritifs du sol, que du charbon d'os dont les cellules calcaires seront uniformément tapissées de carbone, divisé, amorphe, et possédant un pouvoir énorme d'absorption.

Sur les points où les mammifères marins donnent lieu à des opérations de pôche importantes, il y aurait utilité a faire des recherches d'ossements. M. Eudes Deslongchamps écrivait, en effet, h M. Élie deBeaumont, qu'on lui avait rapporté, du détroit de Magellan, de gros fragments très-compactes d'os roulés, dont toute la plage était couverte. Le timonnier d'un navire ancré en cet endroit descendit à terre et fut très-surpris de trouver le rivage parsemé de véritables galets osseux. Ces os provenaient de carnassiers amphibies, phoques, morses, etc. Dans beaucoup de contrées lointaines, il doit exister des dépôts de phosphates analogues, évidemment destinés à entrer tôt ou tard dans les cultures de la vieille Europe.

L'importance des engrais osseux ne saurait donc nous échapper, et, pour qu'on en introduise environ 80 millions de kilogrammes par année en Angleterre, il faut évidemment que leur action sur les plantes soit énergique (1). En Allemagne, on n'a pas méconnu leurs avantages. Le rapport de M. Barrai au jury mixte de l'Exposition universelle de Paris, nous apprend que

tion de la porcelaine, les variétés les moins riches sont destinées aux fabricants d'engrais.

(I) Un rapporl présenté à la Chambre des communes en 1842 constatait que 13,000 tonnes d'os étaient importées en Angleterre de onze ports de la mer du Nord et de la Baltique.

Pour Hall seulement, voici quelques chiffres curieux établissant l'importation :

1815 8,000 tonnes.

Le rapport présenté au Parlement en 1862 indique pour l'importation générale :

Os quelconques (noir animal, os bruts, cendres d'os) 84,820 t. 62,321 t. 66,599 t.

DIXIÈME LEÇQN. 235

dans l'usine de MM. Fitcher et fils, à Atzgersdorf, près Vienne, les os d'abattoir sont soumis à l'action de la vapeur sous l'influence d'une haute pression. Cette méthode brevetée en Allemagne rend la friabilité de l'os assez grande. Avant l'emploi de ce moyen, la pulvérisation de l'os demandait des machines très-coûteuses, composées de cylindres broyeurs aciérés ; maintenant des meules, semblables à celles des moulins d'huileries, suffisent pour opérer la division des os : les liquides des chaudières sont employés pour la fabrication d'engrais azotés.

Les moulins à pulvériser les os sont très-nombreux en Angleterre. A Ilull (comté d'York) et dans les environs de Londres, on en compte un grand nombre qui peuvent broyer jusqu'à 20,000 kilog. de matière par jour.

Dans un rapport adressé à M. Dumas, sur quelques industries agricoles de l'Angleterre, M. Payen a donné, en 1850, quelques détails intéressants sur les modifications qu'éprouvent les os dans cette contrée, où il n'est pas rare de voir un fermier en consommer pour 15 ou 20,000 fr. par an.

Les os peuvent être broyés : 1° par des boeards, espèces de pilons munis inférieurement de marteaux en fonte ; 2° par des meules verticales en fonte ou en granit, du poids de 2 à 3,000 kilog. ; 3° enfin par des machines à cylindres en fonte dure, armés de dents, qui tournent en sens contraire avec des vitesses différentes. La machine écossaise d'Anderson, construite sur ce principe, peut broyer par heure environ 1,500 kilog. d'os bruts.

Voici comment on opère dans la fabrique de M. Hunter ; j'emprunte le récit de cette opération au rapport de M. Payen :

« Les os sont apportés dans une trémie, au fond de laquelle se trouvent deux cylindres dont l'un est formé de sept grands disques de vingt-cinq centimètres de diamètre, épais, dentelés, séparés les uns des autres par des disques de quinze centimètres de diamètre.

« L'autre cylindre présente six grands disques séparés de même par des disques d'un diamètre plus petit, de telle manière que les grands disques de l'un des cylindres pénètrent dans les intervalles compris entre les grands disques de l'autre.

« Les os engagés ainsi dans des portent- faux se brisent assez

facilement. Si les os sont frais, on les jette dans une chaudière chauffée par la vapeur et à demi pleine d'eau à -f- 100°.

a La matière grasse, liquéfiée, s'échappe des cellules qui la renferment et vient surnager, tandis que les os tombent au fond.

« On peut en retirer ainsi environ 5 % de graisse que l'on emploie dans l'usine môme à la fabrication du savon.

« Les fragments d'os obtenus sont mêlés avec d'autres os secs, brisés de la môme manière, et on les réduit en plus petits fragments en les faisant passer entre des cylindres plus rapprochés. On sépare ensuite, à l'aide d'un blutoir cylindrique en tôle de fer percée, les plus gros morceaux, pour les broyer de nouveau.

« Chez M. Hunter, une machine de huit chevaux suffit au broyage de 7,500 kilog. d'os par jour, et une partie de la force de cette machine est utilisée pour d'autres opérations.

Dans les petites exploitations, dans les fermes, on néglige souvent d'utiliser les os de cuisine à cause de la difficulté de leur pulvérisation. M. Rohart a établi à cet effet un petit casse-os dont la construction est économique. Voici en quoi consiste le casse-os :

C'est un billot a à tête de fonte cannelée B, surmonté d'une cuvette en fonte C à charnière mobile, faisant office de mortier. Une mailloche D, dont la tête est taillée en pointes de dia-

raant et dont le milieu est traversé par une double poignée en croix, peut tomber sur le billot. La mailloche est suspendue à une perche en bois flexible e e courbée en forme d'arc et solidement fixée au plafond en f. Cet arc est muni d'une forte corde g g à laquelle est attachée la mailloche. Celle-ci peut donc être facilement élevée ou abaissée sur les os contenus dans la cuvette. La forme creuse de cette dernière permet d'éviter la projection des os en tous sens, et quand il s'agit de la décharger, on découvre la tôte du billot, on balaye sa surface, on replace la cuvette et on fait une nouvelle charge. Deux ou trois cents kilog. d'os torréfiés, c'est-à-dire légèrement roussis au four, peuvent être facilement divisés à l'aide du casse-os en un jour. Cet instrument dont le prix est de 55 francs permet de réduire en poudre et d'utilisor des débris trop souvent négligés (i). Enfin un simple billot et une grosse mailloche peuvent être

employés pour utiliser les os, et les agriculteurs auraient plus

(1) Un cultivateur de Bretagne s'exprime ainsi dans une lettre adressée à M . Rohart :

« Les os séchés à l'air me coûtent en ce moment (novembre 1861) 9 fr. Jes 100 kilogr. Le broyage au moyen du brise-os, après torréfaction au four, me coûte, y compris cette dernière opération, 2 fr. Les os perdent au four de là à 20 p. 100 ; mais, en réalité, ce n'est pas là une perte de richesse, puisque c'est tout simplement de la vapeur d'eau qui s'envole, et que la richesse agricole de mes os ne fait que se concentrer dans un poids moindre.

« Us me reviennent, tout prêts à mettre en terre ou sur mes fumiers, à 1 1 fr.

d'avantage à les appliquer à leurs cultures qu'à les vendre, comme ils le font le plus souvent.

La torréfaction des os dans des appareils trôs-perfectionnés est effectuée à Nantes par M. Leroux. Cet industriel traite tout à la fois les cornes et les os pour les rendre friables et d'une décomposition facile. M. Leroux a organisé sur une échelle industrielle la modification de ces matières à température peu élevée. Sous cette influence, l'os devient d'un jaune assez riche, se désagrège et n'offre plus à la pulvérisation la résistance qui d'ordinaire rend cette opération difficile. Dans cette torréfaction qui s'opère d'une manière ingénieuse, à l'aide d'un vaste cylindre de tôle mobile autour de son axe, l'os abandonne une très-faible dose d'azote. Je me suis assuré que des os contenant 4,56 d'azote avant d'être introduits dans l'appareil, en contenaient 4,20 à leur sortie ; or, si l'on tient compte de l'état de friabilité et d'isolement presque absolu des principes gras où se trouve désormais l'osséine modifiée et pénétrée de sels calcaires, on comprend l'avantage obtenu.

Les os torréfiés dans l'usine de M. Leroux renferment en moyenne :

Matière organique azotée 35

Résidu siliceux traces.

Phosphate de chaux et phosphate de magnésie GO

Carbonate de chaux, sels solubles et perte 5

Constatons aussi qu'en France — à Thiers — et dans plusieurs localités du Puy-de-Dôme, où l'agriculture utilise avec beaucoup d'à-propos les débris de la fabrication des manches de couteaux, on emploie, pour diviser cet engrais, une petite ma-

Les 5 kilog. d'azote qu'ils renferment, au minimum, valent au moins 7 fr. 50 ; j'ai donc, pour 3 fr. 50, 55 kilog. de phosphates parfaitement assimilables, puisque déjà ils ont été assimilés deux fois : par les végétaux, qui les ont pris au sol, et par les animaux, qui les ont extraits de ces mômes végétaux pour les fixer dans leur organisme. C'est, vous le voyez, du phosphate de chaux qui, grâce à votre précieux ouvrage et à vos bons conseils, me revient à 6 fr. 40 les 100 kilog.

a Depuis deux ans que j'emploie ce moyen, j'ai pu opérer sur près de 200,000 kilog. d'os. » (Annuaire des engrait, avril 18G2.)

Depuis la rédaction de cette lettre, les os ont augmenté dans une énorme proportion.

chine bien simple. C'est une espèce de râpe tournante contre laquelle on presse les os dans une trémie doublée en forte tôle ou en plaques de fonte. La pression s'exerce au moyen de leviers. On obtient ainsi une matière comparable à de la sciure de bois grossière.

Quel que soit au surplus le procédé physique employé pour rendre plus rapidement assimilables les os bruts ou modifiés par la chaleur, il ne peut qu'atténuer, sans les détruire, certaines conditions de résistance aux affinités chimiques du sol, qui sont propres à la molécule même du phosphate osseux.

On a demandé à la chimie des moyens plus efficaces, et, comme toujours, la chimie est intervenue fort utilement.

On a dû, tout d'abord, faire appel à des observations depuis longtemps acquises à la science et constater que, soit sous l'influence des eaux atmosphériques chargées d'acide carbonique ou de sels divers, soit pendant la fabrication de la gélatine au moyen de l'acide chlorhydrique, le phosphate de chaux peut être enlevé au tissu organique, abandonner la substance azotée à laquelle il est uni dans l'os, et entrer dès lors en dissolution.* Il ne s'agissait plus que de réaliser en grand le môme phénomène de dissolution, et c'est précisément ce qu'on a fait, mais en substituant l'acide sulfurique à l'acide chlorhydrique des fabricants de gélatine.

En 1843, le duc de Richemond (i) fit des essais de transformation du phosphate osseux au moyen de l'acide sulfurique. Modifiées et répétées sur une très-grande échelle, ces tentatives prouvèrent que, sur certains sols où les os n'agissent que len-

(1) M. Nesbit s'exprime ainsi au sujet des premières tentatives de fabrication des superphosphates : « Longtemps on a dû, pour obtenir un effet « très-sensible, employer par acre une grande quantité d'os ; lorsque la ré- « coite était enlevée, on en trouvait dans le sol ou à la surface une grande « partie complètement intacte et n'ayant par conséquent exercé aucune action « sur ce sol. Ce fut le célèbre Liebig, qui découvrit que si les os étaient rendus « plus facilement solubles, ils produiraient sur le sol un effet plus actif et m nécessiteraient moins de dépense. Il conseilla de les rendre solubles par un « procédé déjà connu des chimistes. Les os peuvent être dissous d'une mul- « titude de manières; l'une d'elles, l'emploi de l'acide sulfurique connu « depuis soixante ans, fut celle que Liebig recommanda. Il conseilla donc « d'attaquer les os par l'acide sulfurique, de telle façon qu'une partie de la « chaux fût dissoute et que l'acide phosphorique fût rendu libre. »

(Nesbit, Conférences sur la chimie agricole, pag. 33.)

tement, le superphosphate donne d'excellentes récoltes. Que se passe-t-il sous l'influence de l'acide sulfurique? Nous allons l'examiner.

L'acide attaque tout d'abord le carbonate de chaux de l'os, met l'acide carbonique en liberté et forme du plâtre (sulfate de chaux), qui se précipite. Mais le phosphate des os est également attaqué ; l'acide sulfurique se combine avec une portion de sa chaux. De là, formation nouvelle de plâtre. D'autre part, l'acide phosphorique, séparé ainsi de la chaux à laquelle il était uni, concourt à la formation d'un groupe nouveau. C'est le phosphate acide de chaux dont je vous parlais dans notre dernière conférence, et que l'on appelle très-improprement perphosphate ou superphosphate de chaux, pour exprimer qu'il contient une dose maxima d'acide phosphorique. Ce phosphate est soluble dans l'eau. Examinons tout d'abord les proportions dans lesquelles ces transformations ont lieu.

A la rigueur, étant donnés du phosphate de chaux des os, ou tribasique (3CaO, PhO3) et de l'acide sulfurique, on pourrait engager toute la chaux dans une combinaison sulfurique et la convertir en sulfate de chaux insoluble ou plâtre. La partie soluble serait alors constituée par de l'acide phosphorique; mais tel n'est pas le but que l'on poursuit.

Ce que l'on veut, c'est obtenir un phosphate calcaire qui soit soluble. Or, le produit CaO, 2HO,Ph05 a cette propriété. Il faut donc se borner à soustraire au phosphate tribasique deux proportions de chaux à l'aide de l'acide sulfurique.

CaO CaO CaO

phft| HO, SO' CaO, SO* , I phn3 Ph0 + HO, SO' - CaO, SO> + J{° jPh°3-

Si nous remplaçons ces symboles par les chiffres qui y correspondent, nous voyons que :

155 kilog. phosphate de chaux tribasique mis en contact avec 98 d'acide sulfurique à 66 degrés

fournissent :

136 de sulfate de chaux anhydre, plus in de phosphate soluble.

DIXIÈME LEÇOiN. 241

Donc si l'on opérait sur des matières parfaitement pures, c 'està-dire, si le phosphate tribasique ou des os ne contenait ni matières siliceuses ni carbonate de chaux, si enfin ure partie de l'acide sulfurique n'était pas perdue, on obtiendrait avec 100 kilogrammes de phosphate tribasique de chaux, 75 kilogrammes 500g de phosphate acide, soluble dans l'eau.

Dans la pratique, il faut tenir compte de la neutralisation d'une portion de l'acide sulfurique par le carbonate de chaux généralement uni au phosphate employé. D'autre part, il reste toujours dans les superphosphates, même bien fabriqués, un peu de phosphate tribasique non attaqué ; aussi, dans une brochure-prospectus publiée sous le titre Petit Guide pour l'emploi des engrais chimiques, MM. Joulie et Gie donnent-ils les chiffres suivants comme fixant la richesse des superphosphates livrés si abondamment depuis quelques années aux agriculteurs qui font des essais d'après les inspirations de M. G. Ville :

Minimum. Maximum. Moyenne

de toutes les analyses.

Acide phosphorique soluble. .. . 11,00 15,20 11,87 Acide phosphorique insoluble. . 0,00 3,65 1,71

La quantité moyenne d'acide phosphorique soluble représente par conséquent 19,3 de phosphate soluble, et l'acide phosphorique insoluble est contenu dans 3,7 de phosphate des os. Ce sont là des proportions différentes de celles que mentionne le petit catéchisme publié par M. G. Ville sous le titre V École des engrais chimiques (1).

J'ai souvent d'ailleurs acquis la conviction que les produits Aîommerciaux vendus sous le nom de phosphates acides sont très- différents les uns des autres. Il y aurait donc grande imprudence à les acheter sans exiger une garantie de composition chimique bien stipulée.

(1) Le phosphate acide du commerce, dit M. G. Ville, renferme 15 à 18 p. 100 d'acide phosphorique soluble (pag. 102). Dans le même volume (png. 30), le même auteur dit que les phosphates acides du commerce renferment 40 p. 100 de phosphate soluble, soit l'équivalent de 21, 27 d'acide phosphorique. Quel chiirre faut-il adopter, les 15 à 18 p. 100 de la page 102, ou les 24,27 p. 100 de la page 30?

M. Payen, M. Barrai, et plus récemment M. Ronna(l) ont donné des détails intéressants sur la fabrication des superphosphates en Angleterre. Cette industrie emploie généralement l'acide sulfurique pour acidifier les phosphates tribasiques, bien qu'à la rigueur on puisse lui substituer l'acide chlorhydrique, résidu si souvent perdu des fabriques de sulfate de soude. Voici le procédé le plus perfectionné tel que le décrit M. Ronna.

Les phosphates minéraux ou les os étant en pondre fine, — et il est bon d'insister sur ce que le succès de la fabrication dépend surtout du degré de finesse de la poudre, — une chaîne à godets les amène de l'étage inférieur de l'usine où sont les moulins, à l'étage supérieur où se trouve le cylindre mélangeur. Ce cylindre, de 2 mètres de long sur 1 mètre de diamètre, est en fonte ou en bois de pin solidement cerclé en fer et goudronné. A mesure que chaque godet se déverse dans la trémie audessus du cylindre, la quantité d'acide déterminée arrive dans le cylindre. Un arbre en fonte, armé de palettes, qui traverse l'appareil dans toute sa longueur, brasse le mélange avec une certaine vitesse, et, quelques minutes après, la masse est assez fluide pour pouvoir s'écouler. A Deptford et à Plaistow, on est obligé, vu le voisinage, de condenser les vapeurs résultant du mélange. Ces vapeurs sont surtout composées de gaz acide carbonique et d'acides fluorhydrique et chlorhydrique. L'acide fluorhydrique est particulièrement dangereux à respirer, mais il a une grande affinité pour l'eau et se mêle avec ce liquide en toutes proportions. A Deptford, toutes les vapeurs sont entraînées par un appel énergique dans un conduit où la vapeur d'eau est injectée d'une manière continue. Les gaz non dissous par l'eau, et la vapeur non condensée, viennent aboutir sous les grilles des foyers des bouilleurs hors le bâtiment de l'usine, et se perdent dans la cheminée. A Plaistow, les mélangeurs sont enveloppés d'une cage ou hotte, en communication avec une colonne de coke saturé d'eau.

Au sortir du mélangeur, la matière fluide descend par un conduit en plomb à l'étage inférieur, c'est-à-dire sur le sol de l'usine où l'on a circonscrit à l'avance, par des cloisons en planches,,

(1) Fabrication et emploi des phosphates de chaux en Angleterre, 18C4.

un espace affecté à l'emmagasinage de la pâte qui se solidifie presque aussitôt.

Un seul mélangeur, lorsque l'opération n'est pas continue, produit 300 kilog. de superphosphate par opération de 3 à 6 minutes de durée. On peut la répéter 90 et iOO fois dans une journée de travail, de sorte qu'à la fin des 10 heures on obtient de 28 à 30 tonnes de superphosphate.

La fluidité de la pâte est une condition essentielle de succès. Les os seuls ne donnent pas un engrais suffisamment sec pour pouvoir être transporté ou appliqué au semoir. Le mélange d'un tiers d'os assure un degré de fluidité convenable pour la solidification, non pas en une masse solide concrète, mais pulvérulente après refroidissement. En effet, à peine sur le sol, le sulfate de chaux fait prise, et une heure après le superphosphate peut être pris à la main et égrené en poussière.

Dès que l'un des espaces cloisonnés est rempli, on se transporte immédiatement à côté, on détourne ou on allonge le tuyau communiquant avec le mélangeur, ou bien l'on a un second tuyau dans la direction voulue. On finit ainsi par couvrir le sol de l'usine sur une hauteur de 5 à 6 mètres de superphosphate, et il n'est pas rare d'y voir 5,000 à 10,000 tonnes d'engrais prêts pour l'expédition.

Il est évident, messieurs, qu'on peut ajouter du sulfate d'ammoniaque ou des substances animales diverses à l'engrais ainsi fabriqué.

Quelquefois, l'on emploie comme matière première dans la fabrication des superphosphates, des apatites ou des phosphorites renfermant jusqu'à 80°/o de phosphate tribasique de chaux ou encore des guanos non azotés de quelques points de l'océan Pacifique; on obtient alors des engrais riches dont quelques essais faits par moi vont vous indiquer la nature.

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(i) La dose de phosphate solubte alteint quelquefois 20 p. 103 dans cet engrais. |

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