‹ Leçons de chimie agricoleChapitre 43 sur 87 · UU · texte numérisé non relu

UU

Superphosphate de chaux. —

Qualité inférieure.

Matière organique et sels ammonia-

Biphosphate de chaux (solublc)

Phosphate basique de chaux (inso-

Comment les superphosphates agissent-ils dans la terre arable? Cette question est assez grave pour que nous y consacrions quelques instants.

Lorsqu'on confie au sol du phosphate acide de chaux, on n'a pas pour but de mettre à la disposition de la plante une dissolution propre à l'assimilation immédiate. Par son acidité, cette dissolution serait corrosive et mortelle aux organes délicats du végétal. Il est évident, au contraire, qu'elle subit promptement dans la terre d'importantes modifications chimiques. On a toujours admis qu'en pareil cas, l'acide phosphorique en excès s'unit aux bases terreuses ou alcalines, et le phosphate des os régénéré se précipite sous forme gélatineuse. Or, sous cette forme, il se répartit très-facilement. L'acide carbonique, les sels ammoniacaux.

les combinaisons salines diverses le dissolvent. Que dis-je? iVo/iseulcment elles le dissolvent, mais elles le transforment. Des échanges de bases s'effectuent, des réactions multiples et mystérieuses interviennent, et bientôt les phosphates de potasse, de magnésie et de chaux, nous apparaissent comme partie intégrante du végétal. Ce végétal na donc pas absorbé le phosphate acide de chaiu , mais ce composé soluble, obtenu sous l'influence d'un procédé industriel, a été l'un des corps les plus favorables à la migration de la molécule d'acide phosphorique qui, pour la plupart des cultures, doit nécessairement abandonner sa base pour en saturer de nouvelles.

11 résulterait, Messieurs, des récentes recherches de MM. L. Dusart et E. Pelouze (1) que la transformation du phosphate soluble sous l'influence du carbonate de chaux de sol ne donne pas de phosphate tribasique, mais bien la combinaison dont je vous ai déjà parlé au commencement de cet entretien et qui a pour formule 2CaO, HO,Ph05, c'est-à-dire un phosphate bibasique (2). Ce dernier, que l'on peut préparer facilement en saturant une dissolution de phosphate acide par du carbonate de chaux pulvérisé, — et non par de la chaux, — se précipite sous forme d'une matière grenue, cristalline, légèrement soluble dans l'eau distillée, — 0,28 pour 1,000, — plus soluble dans l'eau chargée d'acide carbonique, — 0,6G pour 1,000, —et très-propre dès lors à l'assimilation végétale.

L'acide carbonique, lorsqu'il agit sur du phosphate de chaux tribasique, forme non du phosphate acide, comme on l'a cru longtemps, mais bien du phosphate bibasique, qui se trouve alors en dissolution, ainsi que du bicarbonate de chaux, et se prête aux diverses transformations qui caractérisent la nutrition végétale.

Est-ce à dire que ce soit nécessairement sous forme de phosphates que le végétal contienne tout son phosphore? Non, bien certainement. Dans les matières organisées, animales ou végétales, il y a une certaine quantité de cet élément, à un état

(1) Loc. cit.

(2) Ce phosphate contient en plus cinq équivalents d'eau de cristallisation, de telle sorte que sa formule est :

2CaO,HO,PhO» + 5HO

d'association mal défini jusqu'à ce jour, mais analogue à celui de l'azote et du soufre. Lorsque le chimiste analyse les cendres de la matière morte, il trouve à la vérité de l'acide phosphorique libre ou combiné, mais rien ne prouve que tout ecl acide préexistât dans la matière vivante : bien au contraire.

Mais revenons à l'industrie des phosphates.

Il devient évident que certains résidus, tels que ceux des fabriques de gélatine (1), et qui contiennent du phosphate acide de chaux, qu'on précipitait, jusqu'à ce jour, par un lait de chaux, en vue des besoins agricoles (2), seront avantageusement traités dans l'avenir par du carbonate de chaux pulvérisé ; on obtiendra ainsi un phosphate bibasique, et déjà les préoccupations industrielles sont tournées dans cette direction.

En général, les phosphates solubles dits superphosphates sont vendus assez chers, et chaque jour leur prix tend à s'élever; aussi vous disais-je, il y a une dizaine d'années :

« Pour le défrichement de nos landes de Bretagne, et surtout, Messieurs, pour la mise en culture de nos terrains granito-schisteux à réaction acide, et dont les propriétés dissolvantes pour les phosphates vous sont bien connues, les superphosphates ne sont pas nécessaires.

Jusqu'à quel point et en quoi cette opinion a-t-elle été atteinte par les nombreux faits publiés depuis cette époque ? Je vous dois, Messieurs, sur ce point, quelques mots de loyale explication.

Dans les terres riches en matières organiques à réaction acide, dans les défrichements des terrains non calcaires, lorsqu'on peut se procurer des produits osseux ou des phosphates fossiles, lorsque d'autre part le prix de l'acide sulfurique est très-élevé, je persiste à croire que la fabrication des superphosphates n offre pas toujours de l'avantage. A fortiori, l'avantage estil contestable lorsqu'on veut acheter de tels engrais, que le commerce livre souvent à des prix fort élevés. Toutefois, dans

(1) Obtenus en traitant les os par l'acide chlorhydrique qui enlève les sels calcaires, phosphate et carbonate, et laisse intacte la matière animale ou osséine.

(2) Les phosphates tribasiques ainsi régénérés sont mélangés d'oxyde de fer, d'un peu d'alumine, de matières siliceuses, de chaux hydratée, de carbonate de chaux ; leur richesse est fort variable.

la culture des racines et dans certains sols n'ayant, par leur constitution chimique, qu'une très-faible faculté dissolvante, il faut reconnaître les excellents résultats constatés à tant de reprises par les superphosphates ; voici au surplus des chiffres :

Dans un sol peu fertile et où il voulait comparer l'action des os acidifiés et des os à l'état de poudre, M. Augustin Wœlcker, professeur au collège agricole de Cirencester, a fait quelques expériences sur la culture du navet. Voici les chiffres obtenus par cet expérimentateur :

Engrais. Produit par hectare.

Pas d'engrais 13,u00 kilog.

Poudre d'os 22,000

Poudrette 23,000

Superphosphate 34,021

Les expériences faites par M. Lawes ont fourni quelques résultats que je veux aussi vous soumettre.

En fumant à l'aide du superphosphate uni à des matières azotées, M. Lawes a obtenu huit récoltes de turneps représentant 78 tonnes de produit, tandis que la môme terre, non imprégnée d'engrais, n'en avait rendu que 24 tonnes.

Le turneps ayant été introduit tous les quatre ans dans un assolement, M. Lawes a également obtenu :

Terre sans engrais 1848 — 9 tonnes.

Id 1852 — 1

Superphosphate de chaux 1848 — 18

ld 1852 - 13

Voici maintenant l'influence du superphosphate de chaux dans la culture de l'orge, pendant une période de quatre années :

Terre Superphosphate Superphosphate

sans engrais. seul. et sels ammoniacaux.

Boisseaux par acre. Boisseaux par acre. Boisseaux par acre.

L'influence de l'acide phosphorique et de l'azote est ici tel-

lement manifeste, que les chiffres par lesquels elle est exprimée dispensent de tout commentaire.

En 1861, M. Wœlcker, chimiste consultant de la Société royale d'agriculture d'Angleterre, a publié un mémoire (1) sur . l'action des superphosphates dans le domaine de l'école d'agriculture de Cirencester. On sema des navets de Suède (S kirving V Swedes) et on employa divers engrais. Or, la récolte fut exprimée par les chiffres suivants :

(l) Journal de la Société d'agriculture d'Angleterre, t. XXII, p. G9, ISGI.

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