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DIXIÈME LEÇON. 2oI
Les phosphates acides réussissent plus particulièrement dans la production des racines : « Ce sont, dit M. Nesbit, les engrais les plus propres à la culture des turneps ; » mais, ajoute ce chimiste agronome : « Les engrais les plus favorables à la culture du froment sont ceux qui renferment de l'azote avec une certaine quantité de phosphates. »
La question se résume pour vous-, Messieurs, dans une application de prix de revient. On peut, en effet, favoriser la dissolution des phosphates tribasiques, soit par les acides minéraux énergiques, — acide suif urique, acide chlorhydrique ; — soit par les influences lentes et sûres de la décomposition de substances animales et végétales (1), selon les natures de sols et de cultures ; enfin, selon le prix des acides : l'avantage peut donc être plus ou moins réel.
Je reviendrai sur ce grave sujet lorsque je vous entretiendrai des phosphates minéraux et de leur application à la fertilisation du sol.
(1) Les apatites et phosphorites font exception à cette règle, et il faut nécessairement les attaquer par des procédés industriels pour rendre leur acide phosphorique assimilable.
Produit de la carbonisation des os. — Importance de son commerce. — Sa composition chimique. — Noir résidu de raffinerie. — Variabilité des résidus. — Noirs des sucreries de betteraves. — Noirs des filtres. — Noirs de provenances diverses. — Noirs des os dégélatinés. — Commont agit le noir animal dans le sol. — Les défrichements à l'aide du noir animal.
Messieurs,
Le produit de la carbonisation des os, le noir d'os ou noir animal, en un mot, doit attirer notre sérieuse attention. Parler ici de ce précieux engrais, c'est, en effet, rappeler une radicale transformation dans l'agriculture locale. Je traiterai donc ce sujet avec tous les développements qu'il comporte.
Depuis 1820 environ, M. Ferdinand Favre, maire de Nantes, d'un côté, et M. Paven, de l'Institut, de l'autre, avaient signalé le parti que l'on pouvait tirer du noir animal. Il a fallu toutefois que le temps, cet auxiliaire puissant du progrès, intervînt comme élément du problème pour en amener la solution. Ce n'est point chose facile que de modifier une routine agricole. Un numéro de Y Ami de la Charte, en date du 3 mai 1829, contient les lignes suivantes qui le prouvent : « Un petit charte gement de noir, arrivé de Bordeaux, fut mis en chantier où « il resta invendu. Transporté plus tarda Pont- Rousseau, il fut a lentement détaillé à bas prix à quelques cultivateurs de la
« Vendée, qui ne tardèrent pas à reconnaître la vertu active de « ce nouvel engrais. »
Les avis réitérés de la Société Académique de Nantes, les expériences nombreuses faites aux environs de cette ville, en Vendée et en Bretagne, ne tardèrent pas à montrer l'immense part que pouvait tirer l'agriculture des landes et des terrains argiloschisteux de l'emploi du noir animal comme engrais.
Dans l'origine, les essais faits à Paris par M. Payen et les raffmeurs Santcrre et Mallet, les expériences en grand tentées à Nantes par MM. Hissel et Jollin, étaient basées sur l'utilisation d'une seule substance. On ne pensait alors qu'au résidu fin très-azoté, dans lequel le blanc d'œuf ou le sang, une minime proportion de chaux, quelques traces de sucre et du noir d'os proprement dit constituaient une masse essentiellement propre à devenir le siège d'une fermentation active. On reconnut plus tard que si certains terrains demandent impérieusement un tel engrais, il en est où l'action favorable du noir en grains des filtres Dumont est très-avantageuse. On reconnut enfin que tous les résidus osseux azotés ou non azotés, fins ou grenus, rapidement assimilables ou réfractaires aux dissolvants, devaient être pour l'agriculture une précieuse ressource, soit qu'on appliquât spécialement aux défrichements l'action des noirs en grains, ou même des produits vierges fins, soit qu'on associât ces engrais difficilement assimilables à des substances susceptibles d'une active fermentation.
Bientôt ce résidu, employé dans les environs de toutes les raffineries à remblayer les terrains, fut déterré avec un empressement remarquable; la pratique agricole avait consacré cette loi proclamée à priori par la science, et qui prescrit de rendre au sol tout ce que la culture et l'élevage en ont enlevé. Les résidus de raffinerie, vendus bientôt à raison de 2 fr. l'hectolitre, atteignirent rapidement le prix de 3, 10, 12 et 14 fr. Aujourd'hui, ils se vendent de 15 à 19 francs.
11 est difficile de se faire une idée de l'activité et de l'importance des transactions effectuées à Nantes chaque année, notamment de mars à septembre, à l'occasion des ventes de noir animal. Dans ce port arrivent à la fois les résidus de clarification de Paris, de Bordeaux, de Marseille, du Havre, d'Orléans,
2o4 LEÇONS DE CHIMIE AGRICOLE.
de Lisbonne, de Londres, de Liverpool, de Hambourg, d'Amsterdam, de Rotterdam, de Stettin, de Venise, de Kœnigsberg, de Gottembourg, etc., les noirs en grains de Saint-Pétersbourg, de Riga et de New-York, les résidus de la revification et du blutage des sucreries indigènes, les noirs fins provenant de la carbonisation des os après extraction de la gélatine, puis les produits de la calcination des déchets de boutonnerie, etc., etc. Au surplus, je ne saurais mieux caractériser cet énorme mouvement de substances fertilisantes qu'en vous soumettant des chiffres officiels.
J'établissais en 1851 que la quantité de noir animal livrée sur le marché de Nantes représentait une valeur de 18,87:2,120 fr., et que 2,500,000 hectolitres environ de tourbe divisée avaient été mélangés à ce noir. Dans la période de 1850 à 1800, la consommation agricole a donné lieu à une vente de 29,222, 116 fr., correspondant à un volume de 2,086,942, ainsi que le prouve le tableau que je place sous vos yeux :
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OBSERVATIONS
Les introductions par chemin de fer ont été confondues jusqu'en 1857 avec la production locale.