‹ Leçons de chimie agricoleChapitre 54 sur 87 · OS · texte numérisé non relu

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neuse et dans la craie blanche, dans le Bray (Seine-Inférieure et Seine-et-Oise), dans les carrières de Lezennes (Nord) et lieux circonvoisins, dans les environs de Rethel (Ardennes), occupent aussi des espaces considérables; mais comme ils forment au plus le cinquième de la roche encaissante, ils ne paraissent pas jusqu'à présent plus fructueusement exploitables que les craies chloritées en roches (1).

(I) En Angleterre. C'est surtout aux environs de Cambridge qu'abondent les veines de nodules, les grès vertu étant, pour ainsi dire, en affleurement sur une très-grande surface. A Barnwell, à quelques milles nord-est de Cambridge, dans la section du chemin de fer, on remarque la couche de grès vert audessus du gault; et au-dessus de celte couche une sorte de conglomérat d'une épaisseur variant entre 0m.20 etOm.àO, résultant sans doute des débris de la craie dénudée. C'est dans cette couche qu'on extrait aujourd'hui la plupart des coprolithesque consomme l'agriculture anglaise après leur transformation en superphosphates. Elle parait gagner en épaisseur à mesure qu'elle plonge au-dessous de la surface; mais il est rare que l'on exploite à des profondeurs de plus de 8 ou 10 mètres.

Du pont du chemin de fer de Cambridge, sur le bord opposé de la rivière Cam, à Chesterton, on suit très-facilement la couche des nodules. De Denny Abbey, marchant nord-ouest vers Cotlenham, elle revient à la suffaee, très-visible sur les deux rives jusqu'à Horningsea. Il y a quelques exploitations de ce côté, mais les principales se trouvent au sud, à un ou deux kilomètres de Cambridge. Les nodules existaient un peu plus loin sur la surface : il y a vingt ans, les cultivateurs les transportaient par tombereaux dans les déblais des briqueteries voisines. On n'en trouve plus nulle part à la surface ; mais on les exploite encore près de Cambridge, à une profondeur de 3 à 4 mètres. De chaque côté de Barton Road, les couches se dirigent par Granchester vers l'escarpement de la craie à Orwell, c'est-à-dire sur une distance de tO milles environ.

En dehors du comté de Cambridge, on poursuit les gites de nodules dans l'étage du grès vert et du gault jusqu'au pied des collines crayeuses du Hestfordshire et du Lincolnshire.

Dans Surrey, à Farnham, M. Paine lit extraire des nodules des marnes phosphatées, encore dans le gault et les grès verts. Dans le comté de Bedford, ils existent à Hinœworth.

Dans Norfolk, lord Walsingham ût rechercher les eoprolithes sur sa propriété de Merton Hall; mais leur profondeur était trop grande pour que l'on pût les exploiter avec profit.

Enfin, on a trouvé des eoprolithes dans les sables verts des falaises de l'île de Wight, à Newhaven, et en Écosse, aux environs d'Édinburgh, où ils offrent l'aspect de galets ou schistes noirs très-pesants.

La composition moyenne des eoprolithes anglais de bonne qualité, suivant M. Voelcker, serait :

Eau et traces de matière organique 5.53

Chaux.

A reporter

Dans la carte mise sous vos yeux, les terrains primitifs et de transition, colorés en rose, vous indiquent les régions dans lesquelles l'agriculture comporte l'emploi fort avantageux des engrais riches en acide phosphorique. Les parties vertes ou du gris vert sont celles dans lesquelles on trouve et on peut trouver encore des gisements de phosphate de chaux exploitables.

Les nodules recueillis pendant les recherches de M. Demolon ont été analysés dans mon laboratoire. Ils m'ont fourni de 32 à 70 p. 100 de phosphate. J'ai calculé qu'ils renfermaient une quantité moyenne de 48 p. 100 de phosphate tribasique de chaux (4). Bientôt j'aurai à vous entretenir de leurs caractères chimiques et physiques.

Il ne faut pas oublier, messieurs, qu'à l'époque où ces recher-

Report -.. 40,73

Acide phosphorique 24,24

Oxyde de for 4,81

Alumine 3,72

Acide carboniquo 5,37

Acide sulfurique l,4o

Potasse 0,56

Soude 1,18

Chlore 0,07

Fluor et perte 4,3 1

Matière insoluble 12,27

Total.. 100,00

Le prix de revient de coprolithes lavés, rendus à Londres, serait pour 1,000 tonnes :

Frais d'extraction et de lavage à 31 '.25 par tonne.. . 31,250 fr.

Droit (Royalty), 1^.5'» par tonne 12,500

Intérêts et divers, tf.-.'5 — 1,250

Transport à Londres, 7f.50 — 7,500 fr.

52,500 ~fr7

Soit par tonne, 52f.50.

Ce prix peut se réduire, par rapport au transport et au chiffre divers, à ôO fr. la tonne.

Or, le prix de vente à Londres étant de 56 à 58 fr. la tonne, il laisserait une marge en bénéfice de 6 à 8 fr. par tonne.

(Ronna. Fabrication et emploi du phosphate de chaux,)

(1) Les essais ont été pratiqués d'une manière approximative, c'est-à-dire en dissolvant les nodules, séparant le résidu siliceux après évaporation et reprise par l'eau, puis précipitant par l'ammoniaque. C'est un moyen utile comme élément de comparaison, mais fort imparfait ainsi que je l'établirai plus loin.

chcs étaient communiquées à l'Académie des sciences, les engrais dérivés des os avaient atteint des prix excessifs. Les défrichements s'accomplissaient en Bretagne et en Sologne avec une ardeur motivée par les hauts prix des céréales. Enfin les excellents effets des engrais phosphatés dans les sols incultes des terrains argilo-schisteux étaient vulgarisés sur une très-large échelle. L'agriculture, les industries qui s'y rattachent, le commerce lui-môme, devaient donc accueillir avec une vive émotion des publications destinées à mettre en lumière les richesses nouvelles du sol. Il y avait là, comme je l'ai dit quelque part, une question nationale. Nous allons, messieurs, pour l'apprécier d'une manière sérieuse, entrer plus avant dans l'examen des détails qui s'y rattachent. Abordons tout d'abord le point de vue commercial.

Voici quels seraient les chiflres permettant de fixer commercialement le prix de revient des nodules de phosphate de chaux.

Ils m'ont été communiqués par un industriel dont la compétence en pareille matière ne saurait être discutée.

GROUPE DE GH AMU'It ] .

Prix moyen d'extraction et main-d'œuvre pour lavage 19,00

Transport au tevoir 2,00

Loyer du lavoir 1,00

Amortissement et entretien du lavoir 0,50

Surveillance par un employé spécial 0,75

Impositions sur lavoirs et chantiers 0,25

Indemnité au proprétaire du sol pour extraction, droit

de passage, nivellements à opérer après extraction. 4,50

Transport des nodules lavés aux usines 5,60

Soit pour 1,500 kilog. ou pour 1000 kilog 22,33

Mouture hydraulique 5,00

Évaporation (3 0/0) 0,07

Prix de l'emballage en toile* 6,50

Transport des mines au port d'embarquement 2,00

Frais de réception à Vouziers, de chargement sur

bateau et de transport à la Villette 7,50

Frais généraux, intérêts sur une moyenne de 8 mois

à partir de l'extraction jusqu'à la réalisation 3,50

s'appliquant à 1000 kilog, de poudre de nodules en magasin

DOUZIÈME LEÇON. 3ii

dosant 43 à 50 p. 100 de phosphates mixtes et oxyde de fer précipilables par l'ammoniaque.

Pour le groupe de Varennes, le prix de revient s'élève à 46 fr. 83 p. 1000 kilog ; pour le groupe de Glermont à 45, 98.

A ces chiffres, il faut ajouter maintenant le prix du transport pour les diverses localités. On voit que la marge pour l'exploitant n'est pas excessive alors môme qu'en Bretagne les phosphates sont vendus 7 fr. les 100 kilog. avec le sac en toile qui les renferme.

Je sais très-bien, messieurs, que ces chiffres peuvent être contestés, que de leur discussion peuvent résulter quelques différences, mais ces différences, soyez-en certains, seront trèsfaibles et n'atténueront que dans de bien faibles proportions les résultats que je viens de soumettre à votre attention.

Il est assez digne de remarque que la découverte et l'exploitation des gisements de phosphates fossiles en France ont eu lieu précisément au moment où s'éffecluait sur une vaste échelle le partage des communs et le défrichement des landes de la Bretagne et de la Sologne. Si on réfléchit d'autre part que l'apparition de ces matières fertilisantes s'est faite alors que l'épuisement des guanos péruviens devenait de plus en plus manifeste, on est frappé de la haute influence des sciences sur la mise en exploitation du sol. Que les phosphates fossiles viennent désormais à manquer, il nous restera des roches phosphatées en masses immenses comme celles de l'Espagne et du Portugal. Que celles-ci aussi nous fassent défaut, et nous puiserons dans l'immensité des mers.

Mais abordons l'examen des nodules de phosphate au point de vue chimique et agricole.

Caractères des nodules de phosphates. — Leur porosité. — Leur modification sous l'influence de l'air. — Leur composition chimique. — Essai commercial et analyse rigoureuse. — Influence de l'acide carbonique et des divers principes contenus dans le sol, pour favoriser leur assimilation. — Séparation des matières siliceuses des nodules. — Tentatives effectuées en vue d'augmenter leur solubilité. — Essais divers de leur action comme engrais. — Influence des comices agricoles sur leur propagation.

Messieurs,

Il importe tout d'abord de caractériser les pseudo-coprolithes par l'exposé de leurs propriétés physiques et chimiques. La connaissance de ces propriétés nous facilitera, en effet, l'intelligence des phénomènes auxquels ces précieux engrais pourront donner lieu sous les influences diverses du sol.

Les nodules en morceaux ont une densité moyenne représentée par 2,7. En recherchant cette densité, on s'aperçoit bientôt que les nodules sont très sensiblement poreux, donc perméables aux liquides et aux gaz. Ce fait a de l'importance. Quelques essais de la faculté d'imbibition de ces matières m'ont fourni les résultats suivants :

Eau absorbée

Poids des nodules. après deux heures de conlact.

Ainsi 238*,2l de nodules, tels que le commerce les livre,

c'est-à-dire avec 3 ou 5 p. 100 d'eau, avaient absorbé en deux heures 3g, 41 . Le volume des nodules était 87cc, celui de l'eau 3CC,4I , ce qui donne une imbibition de 2,55 p. 100 pour des substances qu'un examen superOciel pouvait faire considérer comme imperméables.

Ces chiffres, observés sur de gros nodules, sont nécessairement susceptibles de variations selon les gisements.

Des nodules pulvérisés et non desséchés ont été imbibés avec de l'eau; ils en ont absorbé de 64 à 70 p. 100 de leur volume. Or, on sait que du sable siliceux bien sec absorbe 25 p. 100, et les terres arables de 48 à 52 p. 100. La porosité des nodules est donc un fait parfaitement démontré (1).

Les nodules sont-ils durs? Ici, messieurs, permettez-moi de vous faire remarquer que, dans le langage ordinaire, on confond la dureté avec la résistance aux chocs. 11 y a des substances dont la molécule est très-dure, très- ré frac taire aux agents de division ou de dissolution, mais dont la masse générale est cependant facile à écraser. Il y en a d'autres, par opposition, comme le jade, qui offrent, en masse, énormément de ténacité, et dont la dureté élémentaire est cependant minime : c'est le cas des nodules. Pulvérisés, en effet, ils sont beaucoup plus accessibles à l'action de certains agents physiques ou chimiques de répartition que des apatites ou phosphorites, fragiles à la vérité, mais dont le grain est cristallin ou la texture rayonnée. J'ajouterai que la silice, mélangée aux substances calcaires dans les nodules, peut communiquer à la masse certaines propriétés que le phosphate considéré isolément n'aurait certainement pas.

Ce qu'il faut également remarquer, c'est que les nodules, en raison de leur texture amorphe et de l'interposition dans leur masse poreuse de substance organique azotée, doivent nécessairement subir à l'air humide des modifications sensibles.

Ce fait a été mis en évidence par M. Dehérain. Cet expérimentateur a observé que la poudre récemment obtenue des nodules renferme 2,5 à 6 p. 100 d'humidité, et n'abandonne que 0,25 à

(l)Le numéro des Comptes-rendus de VAcadémti des Sciences du 1 1 juin 18C0, contient la description faite, par M. Marcel de Serres, d'un coprolithe des environs d'Issel (Aude), dont la densité était de 2,07 et dont la porosité était assez grande pour que la masse devint très-friable dans l'eau.

0,26 p. 100 de phosphate terreux à l'acide acétique à 5 degrés ; tandis qu'après une exposition de trois mois à l'air, cette poudre contient 1 7,6 p. 403 d'eau, et abandonne à l'acide acétique à 5 degrés Baumé, de 5 à 5,2 p. 100 de phosphates. De telles modifications sont dues tout d'abord à la porosité devenue plus grande t puis aux modifications de la substance organique des nodules ; mais d'autres causes interviennent évidemment, et nous aurons à les passer en revue.

Ces questions, relatives à la constitution physique des pseudocoprolithes, nous amènent insensiblement à aborder le point de vue chimique de leur histoire.

Je vous soumettrai tout d'abord quelques analyses.

Deux échantillons de nodules des environs de Sulton (Suffolk), qui avaient une densité de 2,721 et de 2,789, ont offert la composition suivante :

Numéro 1. Numéro 2.

Eau et matière organique 7,200 0,210

Chlorure de sodium et sulfate de soude, traces, traces.

Carbonate de chaux 18,814 5,176

Carbonate de magnésie 0,855 2,016

Sulfate de chaux traces. 1,161

Phosphate basique de chaux 51,018 45,8 i 5

Phosphate de magnésie traces. traces.

Phosphate de fer 8,902 12,476

Phosphate d'alumine 2,700 6,387

Oxyde de manganèse 0,057 0,267

Fluorure de calcium 3,161 2,688

Alumine, oxyde de fer, acide sllicique.

et perte 7,593 14,804

Plusieurs analyses effectuées sur la poudre de nodules séchée à 110 degrés m'ont fourni 33 à 37 dix-millièmes d'azote (2). 11

(1) Thompson. Herapath. Juillet 1851.

(2) M. Delesse (De l'azote et des matières organiques de l'écorce terrestre) a trouvé la quantité d'azote qui suit dans les phosphates coprolilhiques.

Coprolithe de hyena spelœa. Anvers 2,10 pour mille

M. de l'Oise 0,86 —

Id. des marnes supérieures au Calcaire grossier de Passy 0,73 —

Id. de reptile du tourtia, Tournay. 0,37 —

suffit, au surplus, de chauffer ces matières avec une solution de potasse pour obtenir un dégagement d'ammoniaque et une odeur animale sensible.

Souvent la chaux n'est pas en proportion telle dans les nodules de France qu'elle puisse sufûre à former avec l'acide pbosphorique le phosphate tribasique des os (54 de chaux pour 46 d'acide phosphorique). L'analyse suivante des nodules des Islettes, faite par M. Dehérain, le prouve clairement.

Silice et argile 33,4

Acide phosphorique 2n,8

Chaux 22,5

Magnésie 3,0

Oxyde de fer 3,8

Eau 1,0

Acide carbonique et perte 1.'>.5

in» .0

Ce qui démontre, au surplus, que, dans les nodules, tout l'acide phosphorique n'est pas uni à la chaux, c'est qu'une partie notable de cette chaux est à l'état de carbonate. Du phosphate de fer existe donc évidemment dans ces engrais fossiles. Du reste la constatation de ces modes de groupement a plus d'intérêt pour l'analyste que pour l'agriculteur.

Des nombreuses analyses auxquelles je me suis livré sur les nodules provenant particulièrement des départements de l'Est, il ressort que ces susbstances renferment une proportion d'acide phosphorique qui représente de vingt à soixante et quelques pour cent de phosphate de chaux des os. Les gisements surtout exploités aujourd'hui donnent une matière qui contient en acide phosphorique l'équivalent de 35 à 45 de phosphate de chaux réel. Ils renferment, d'autre part, 35 p. iOO environ de sable, et dans tous les échantillons, sans exception, que j'ai examinés, il y avait une notable proportion d'oxyde de fer.

La coexistence des phosphates de chaux et de fer dans les

Id. de saurien du grès ferrugineux

de Chaufontaine 0,35 —

La distillation de ces matières fournissait des produits à réaction ammoniacale.

nodules était un fait établi en Angleterre et en France depuis longtemps.

Toutefois, un savant géologue, dont j'ai déjà cité les travaux, M. Delanoue, communiqua, en juillet 1859 (I), à l'Académie des sciences une note dont j'extrais le passage le plus important.

a Les savants ne sont pas tous d'accord sur l'efficacité et le mode d'emploi des phosphates de chaux naturels, et les praticiens qui les ont exploités ou employés en France n'ont guère éprouvé, jusqu'à présent, que des revers. Gela tient à plusieurs causes, et entre autres à l'erreur que l'on a commise en assimilant ces phosphates à celui des os et du noir animal, et, à ce sujet, je viens avouer que je me suis trompé. •

« Ce que j'ai trouvé et annoncé comme étant du phosphate de chaux, n'en est pas. Tout ce qu'on a trouvé et exploité sous ce nom en France et en Angleterre, n'en est pas davantage. C'est un sel double, un phosphate ferrico-calcique qui mérite un nom particulier, car c'est un minéral nouveau, aussi distinct du vrai phosphate calcique ou du phosphate ferrique simple, que la dolomie l'est du calcaire ou de la giobertite.

a Voici le moyen bien simple qui merafaitdécouvriretqui peut servir à le constater : choisissez des phosphates blancs inaltérés et par conséquent sans hydrate ferrique, dissolvez-les dans un petit excès d'acide chlorhydrique, filtrez et ajoutez de l'acétate sodique en excès, tout le phosphate ferrique du minéral se sépare sous forme de précipité blanc que j'ai pris longtemps, comme tout le monde, pour du phosphate calcique, mais qui donne du sesquioxyde ferrique et du phosphate sodique quand on le fond au rouge avec de la soude dans un creuset d'argent. Le phosphate calcique du minéral reste en dissolution à la faveur de l'excès d'acide acétique. Il est dosé par les procédés ordinaires. Qu'on ne croie pas que ce nouveau minéral soit une rareté exceptionnelle dans la nature. Ce qui est au contraire extrêmement rare, ce sont les véritables coprolithes et la chaux phosphatée minérale. Le phosphate ferrico-calcique abonde en revanche en France et en Angleterre, mais il contient un peu de carbonate calcique, qui l'a fait prendre jusqu'à présent pour

(I) Comptes rendus de l'Académie des sciences. Séance du II juillet 1859.

TUEIZIÈME LEÇON. 317

du calcaire siliceux ou argileux. On le trouve en Angleterre et dans le Nord de la France, dans les argiles du gault, en concrétions sphériques ou mamelonnées, à couches concentriques ou à l'état de moules épigéniques dans les cavités des fossiles. Ces rognons sont si abondants à la base de la craie sénonienne à Lille, et dans le grès glauconien inférieur au gault, depuis Saint-Dizier et Réthel, qu'ils y forment de véritables couches de 0,10 à 0,80 de puissance.

« Ces phosphates ferrico-calciques, si faciles à exploiter, sont appelés à devenir une source infinie de richesse pour l'agriculture, dès qu'on aura bien compris partout que l'acide phosphorique est autant que l'azote, et bien plus que la chaux, absolument indispensable à la fertilité des terres. »

Les analyses faites en Angleterre et en France établissaient depuis longtemps le fait signalé par M. Deîanoue, sans toutefois préciser que le mélange des deux phosphates constituât une espèce minérale — fait que, pour ma part, je ne saurais accepter. — Ce que je crus surtout devoir réfuter dans la communication de M, Delanoue, ce fut le passage dans lequel il était question des revers essuyés par les agriculteurs dans l'emploi des nodules. Ma réponse, insérée dans les Comptes ?*endus (I), était ainsi conçue :

« La coexistence des phosphates de chaux et de fer dans les nodules n'est pas un fait nouveau, car, en Angleterre comme en France, il a été parfaitement constaté.

« Ainsi, vers 1857, M. Dehérain, dont l'Académie a reçu des travaux sur la transformation des phosphates alcalins et terreux dans le sol, me communiquait une méthode analytique de séparation du phosphate de fer et du phosphate de chaux. Moimême, dans mes leçons de chimie agricole, professées à l'École des Sciences de Nantes, en 1858, et dont j'ai eu l'honneur d'adresser un exemplaire à l'Académie, j'ai insisté à différentes reprises sur la migration de la molécule d'acide phosphorique qui, successivement unie à la chaux ou au sesquioxyde de fer, se combine à l'oxyde de potassium, pour devenir partie constituante du grain de froment.

. (I) Comptes rendus, 25 juillet 1859.

« Je me propose de revenir sur les procédés analytiques, assez délicats, au moyen desquels on peut séparer, dans les nodules, le phosphate tribasique de chaux du phosphate de fer, et sur la résistance que ce dernier peut opposer aux réactions du sol, lorsqu'il a été déshydraté : pour le moment, je me contenterai de rappeler que le résumé de mes leçons sur le phosphate de chaux contient l'expression numérique d'analyses où, pour 51 et 45 centièmes de phosphate de chaux, il existe 9 et 12 centièmes de phosphate de fer. *

a Ces faits sont parfaitement d'accord avec ceux observés par M. Delanoue, mais leur constatation prouve que les chimistes connaissaient depuis plusieurs années la combinaison mixte signalée par ce savant.

« J'ajouterai que si des agriculteurs ont éprouvé des revers en employant les nodules dans des conditions mauvaises, il n'en est pas de môme dans les sols de landes à sous-sol argilo-siliceux, où les défrichements ont eu lieu avec grand succès sous l'influence de ces mêmes nodules en poudre fine, alors surtout qu'ils ont été mélangés avec des matières animales. Les industriels qui exploitent les nodules, dans l'Est, ont observé l'action énergique et prompte, — délitement, échaufTement, etc., — que cette matière éprouve sous l'influence de l'air.

« L'assimilation de ces phosphates, dans les terrains feldspathiques de l'Ouest, est donc tout à la fois et une conséquence de l'altération facile des nodules en poudre par les gaz atmosphériques et un fait empirique bien acquis désormais. »

Cette note, que je m'étais empressé de communiquer à M. Delanoue, motiva une nouvelle communication de mon honorable contradicteur. Elle fut insérée par extraits dans les Comptes rendus, et mentionnée avec quelques développements, dans le journal C Institut, du 27 juillet 1859. Je la reproduis comme pièce intéressante de ce débat rendu facile, par la loyauté de M. Delanoue.

« Ce ne sont pas les phosphates, plus ou moins ferriques, mais bien les Français mômes que j'ai accusés d'impuissance pour l'amendement des terres, puisque les Anglais, ainsi que je l'ai dit, nous prouvent expérimentalement, depuis une vingtaine d'années, qu'on peut féconder les terres stériles avec ces mômes phosphates.

«Quant à l'efficacité du simple phosphate ferrique pour la fertilisation du sol, ce n'est pas moi qui la nierai, car dernièrement je disais que j'avais trouvé en confirmation des idées de M. Paul Thenard, l'acide phosphorique toujours combiné au fer dans les terres arables.

« Je trouve, du reste, qu'il est parfaitement inutile de rechercher quels agents pourraient vaincre l'insolubilité naturelle du phosphate de fer et faciliter sa transmission jusqu'aux graines des céréales, par la raison bien simple qu'il n'y arrive jamais.

« C'est le phosphore, et non le fer, qui est un élément indispensable de I organisme des semences ou germes reproducteurs de tous les êtres vivants. Aussi est-ce à l'état de phosphate potassique, sodique, magnésique, etc., et non ferrique qu'on le retrouve si abondamment dans les cendres de toutes les semences végétales ou animales quelconques. »

Comme on le voit, le dissentiment soulevé par la première communication du savant géologue de Raismes se réduisait à peu de chose, et la présence d'un peu de phosphate de fer dans le phosphate de chaux des nodules n'atténuait en rien le rôle important de ceux-ci en agriculture. Ce que j'ajouterai, c'est que Xoxyde de fer existant dans tous les nodules que j*ai examinés , P acétate de soude produisait et devait toujours produire un précipité de phosphate de fer dans leur dissolution pur un acide. L'apparition de ce précipité ne donne donc pas toujours la preuve de la préexistence du phosphate de fer. Ce qui l'établit plutôt, c'est ia relation de l'acide phosphorique et de la chaux dans les nodules. •

M. Thompson a cru pouvoir déduire de plusieurs observations faites dans son laboratoire l'inégalité de richesse des parties externe et centrale du môme nodule. Ainsi, dans deux échantillons analysés, ce chimiste a rencontré :

Je n'ai pu reconnaître, pour ma part, la constance de ce rap-

rariie centrale. Partie externe.

Fluorure de calcium Phosphates terreux

port, comme rétablissent les analyses suivantes, ayant trait aux phosphates en particulier :

Surface. Centre.

Les échantillons A et B renfermaient, vous le voyez, plus de phosphore au centre qu'à la surface, et en ce qui concerne l'échantillon G, il y avait presque identité de composition dans la masse. Je m'empresse de déclarer, messieurs, que ces trois expériences sont complètement insuffisantes pour établir une manière de voir générale.

Avant d'aborder l'examen du rôle des phosphates fossiles dans le sol, je dois vous signaler, messieurs, une cause de fréquentes contestations entre les vendeurs de nodules et les agriculteurs. 11 s'agit de leur composition souvent déterminée d'une manière fort approximative et de leur vraie richesse en acide phosphorique.

Vous savez tous que le commerce mélange avec les nodules pulvérisés de l'Est de la France des tangues de la baie de Pontorson, des argiles, etc., de telle sorte que le titre en phosphate calcaire de la matière vendue ne dépasse pas quelquefois quinze.

Vous savez aussi que les gisements fournissent des produits de richesses différentes et que le soin plus ou moins grand avec lequel s'effectuent les lavages des phosphates recueillis dans l'argile influe notablement sur le titre du produit livré au cornmerce. A tous égards, il était donc indispensable que l'essai analytique devînt le régulateur du commerce des phosphates fossiles. Ce résultat a été obtenu, aussi le plus souvent les ventes ne se font- elles que conditionneilcment à un quantum déterminé de phosphate de chaux.

Mais, il faut bien le dire, ce que dans les neuf dixièmes des cas on veut désigner, lorsqu'on emploie dans les marchés les mots : phosphate de chaux, c'est en réalité la substance mixte obtenue en précipitant à l'aide de l'ammoniaque une solution acide des nodules. Calcinée au rouge vif, cette substance renferme de l'acide phosphorique et de la chaux dont le rapport

n'est pas celui que l'on constate dans le phosphate tribasique des os, elle renferme aussi de l'oxyde de fer et de l'alumine, d'où il résulte qu'en définitive, sous ce titre de phosphates, on confond des matières dont la valeur agricole est très-variable.

Chargé, chaque année, d'analyser un grand nombre d'échantillons de phosphates fossiles, j'ai pu constater, à bien des reprises, les différences considérables qui existent entre les titres apparents et les titres réels de ces engrais. Souvent j'ai essayé de faire comprendre aux extracteurs de l'Est que les cours commerciaux de leurs produits étaient déterminés par des analyses complètement fictives et qu'il y aurait importance à baser sur la dose d'acide phosphorique réel le prix de l'engrais offert à la consommation. A cette opinion on me répond invariablement : que, c bonne ou mauvaise en théorie, la tradition commerciale suivie jusqu'à ce jour doit être respectée, que ce qu'on me demande n'est pas une analyse scientifique, mais bien un essai commercial effectué par la méthode la plus généralement suivie, et comme, il faut bien le reconnaître, entre dos mains exercées, l'application de cette méthode, tout inexacte qu'elle est, fournit des résultats comparables, je suis, — comme beaucoup de chimistes du reste, — obligé d'employer la précipitation ammoniacale pour l'essai des phosphates fossiles. En pareil cas, toutefois, mon certificat d'analyse porte : phosphate, alumine et oxyde de fer, comme expression du précipité obtenu.

Telle est la situation, et il en résulte que le môme phosphate fossile essayé par deux méthodes distinctes fournit des résultats analytiques qui varient quelquefois de o à 13 p. 100! C'est ainsi que tel phosphate fossile qui fournissait jusqu'à 50 p. 100 de précipité ammoniacal, ne contenait en réalité que l'acide phosphorique équivalent à 36.34 p. 100 de phosphate de chaux tribasique. C'est ainsi également qu'un phosphate fossile, dont j'ai effectué un jour l'examen et qui fournissait 47.50 et M p. 100 de précipité mixte par l'ammoniaque, ne contenait que 15.35 p. 100 d'acide phosphorique soit l'équivalent de 33,25 de phosphate de cbaux tribasique.

Cette question m'amènerait à vous parler des méthodes analytiques propres à l'évaluation de l'acide phosphorique des nodules; or je dois réserver cette question que je traiterai bientôt

SU

devant vous avec les développements qu'elle comporte. Toutefois je puis dès maintenant vous faire remarquer que la seule manière d'apprécier sérieusement les engrais dont nous nous occupons, c'est d'en doser l'acide phosphorique.

Et maintenant que nous connaissons les principales propriétés physiquesetla composition chimique des pseudo-coprolithes, examinons les modifications dont ils sont susceptibles en présence des agents de dissolution ou de transformation que renferme le sol.

Ces agents, vous le savez, Messieurs, sont extrêmement nombreux, et certaines conditions physiques de la couche arable favorisent singulièrement leur action. Parmi eux, l'acide carbonique doit tout d'abord appeler notre attention, non qu'il ait pour rôle unique d'entraîner des phosphates basiques et de les déposer purement et simplement dans les organes du végétal, mais parce que sa puissance dissolvante favorise les décompositions en vertu desquelles l'acide phosphorique nous appariait associé successivement à la magnésie, à labiaux, à la potasse, à t oxyde de fer, à l'alumine et à l'ammoniaque. Voici les chiffres que m'ont fournis des expériences effectuées au moyen de l'appareil de Briet employé pour préparer l'eau gazeuse, et dans lequel les substances à examiner étaient immergées.

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