ÉCOLE
DAUBBNY.
DES MINES de
SAIXT-ÉTIBXXE.
n. DE LUNA.
Phosphate tribasique de chaux.
Phosphate de magnésie
traces.
Les différences qui existent entre ces analyses démontrent que
la masse de phosphate n'est pas complètement homogène. Ce n'est pas là, d'autre part, de l'apatite proprement dite. Dans cette dernière substance, en effet, il y a constamment trois proportions de phosphate basique de chaux unies à une proportion de chlorure ou de fluorure de calcium (i). Ce qui ressort toutefois des chiffres que je viens de mettre sous vos yeux, c'est que le gisement de Logrosan, en raison de sa richesse en phosphate de chaux, doit attirer l'attention de l'industrie et de l'agriculture. Voici, au surplus, les principaux caractères de la phosphorite de cette localité.
C'est une matière blanche, souvent ternie par un enduit ocreux, et dont la densité varie de 2,03 à 2,83. Elle représente 2,400 à 2,825 kilog. par mètre cube, selon que l'expérience est faite sur des blocs compactes ou des fragments de la grosseur
(I) M. Woelker a trouvé dans desapatites de Kragero (Norwége), dont la consommation en Angleterre est très-forte, des quantités variables de chlorure de calcium, sans traces de fluorure, et un excès de chaux, ce qui ne s'accorde pas avec la formule admise pour l'apatite .
ArATlTI ROUGI. APÀTITI Bl.ASCHI.
Eau hygroscopique 0,43 0,43 0,19 0,298
Eau de constitution , 0,40 0,40 0,23 0,198
Acide phosphorique 41,88 41,74 41,25 42,280
Chaux 53,45 54,12 56,62 53,350
Chlorure de calcium 1,61 1,61 6,41 2,160
Magnésie » 0,20 (FeH)') 0,29.
Phosphates de fer et d'alumine. . . . 1,06 0,45 (A1«0») 0,38 } U'JW
Parties insolubles 1,24 0,97 0,82 0,990
Alcalis 0.50 0,17 »
Philosophical Magazine, t. LXXVI, p. 63. — 1859.
Ces échantillons, dit M. Wurtz {Héperfoire de chimie, mai 1859), avaient subi un commencement de décomposition.
Voici la composition de quelques apatites : Apatite du cap de Gâta (Espagne) . .
Apatite de Greiner (Tyrol)
3oi LEÇONS DE CHIMIE AGRICOLE.
du poing. Bien qu'elle soit facile à pulvériser, cette substance dont la texture est fibreuse et rayonnée, fournit une poudre qui raye le verre (Kosway), et lorsqu'on la projette sur des charbons ardents et dans un lieu obscur, on aperçoit une lueur verdâtre persistante, qui lui a fait donner le nom de phosphorite. L'apparition de cette lueur se rattache à l'une des mystérieuses actions qui accompagnent tout changement de forme de la matière.
Pulvérisée et mise en contact avec de l'eau gazeuse dans un appareil de Briet, la phosphorite n'abandonne que des tracesde phosphate à ce dissolvant. Comparativement essayés, les coprolithes perdent sensiblement. J'ai varié les essais ayant pour but la recherche de la solubilité de cette roche ; or l'avantage a toujours été pour la poudre de nodules.
J'ai tenté enfin de détruire par l'action alternative de la chaleur rouge et de l'eau froide la texture rayonnée de la phosphorite, et de produire ainsi une amélioration dans sa solubilité. Cette expérience ne m'a donné aucun résultat appréciable.
Il y a ici, vous le voyez, Messieurs, des conditions tout à fait différentes de celles que j'ai énumérées en vous parlant des nodules d'origine vraisemblablement organique. Ici, plus de porosité sensible, plus de matière animale interposée, et dès lors pas d'aptitude à subir ces modifications profondes ayant l'assimilation pour effet. J'ajouterai que des essais efFectués sur le sol à l'aide de la phosphorite simplement mélangée avec des matières animales, ont confirmé les résultats que m'avait fournis la recherche de la solubilité dans le laboratoire.
Jusqu'à présent je n'ai pas observé que la phosphorite, même en poudre fine, fût sensiblement assimilable; mais je suis loin, et fort loin, Messieurs, de regarder cette question comme tranchée par les résultats négatifs auxquels des tentatives peu nombreuses m'ont conduit. Il est évident pour moi que la phosphorite est beaucoup moins assimilable que les coprolithes ou les pseudo-coprolithes;,mais je n'oserais affirmer encore que des influences analogues au séjour prolongé dans des matières fermentescibles ou toute pratique analogue, ne conduiront pas â rendre possible l'emploi direct de cette précieuse substance. Il
y a là un sujet de recherches expérimentales que je soumets, Messieurs, à vos méditations (1).
Je dirai plus, des essais agricoles ont été faits par le savant professeur Daubeny, d'Oxford, à son retour d'un voyage d'exploration à Logrosan, et de ses essais il est résulté que la phosphorite employée seule a donné des résultats assez sensibles. Je dois déclarer, Messieurs, que je n'ai point trouvé cette partie des expériences de M. Daubeny assez concluante pour en reproduire les chiffres. Je crois être prudent, en considérant la question de Yemploi direct de la phosphorite comme entière et digne d'être étudiée. Au surplus la phosphorite, alors môme qu'elle ne serait pas assimilable directement, est encore appelée à jouer un rôle considérable dans les cultures de la France et de l'Angleterre. C'est ce qu'il me sera facile de vous démontrer.
Supposez, Messieurs, que la phosphorite pulvérisée ait été traitée par l'acide sulfurique, comme elle l'est quotidiennement chez nos voisins, en même temps que les os ou les phosphates fossiles. Vous comprenez facilement que sa richesse en phosphate réel en fera un élément précieux pour le fabricant. D'autre part, comme dans l'emploi des superphosphates, le phosphate basique régénéré par l'action des acides du sol est toujours identique, toutes choses égales d'ailleurs, il en résulte que dans les terrains où réussissent les superphosphates, la phosphorite d'Estramadure acidifiée réussira également. C'est ce que les expériences de M. Daubeny ont prouvé surabondamment, et ce qui pouvait, du reste, être affirmé à priori.
Voilà, Messieurs, l'état actuel de nos connaissances sur l'action fertilisante du phosphate de chaux de Logrosan. Avant d'aller plus loin et d'envisager l'avenir réservé à la consommation de cette substance, essayons de nous rendre compte de son abondance, des conditions de son extraction et de ses débouchés possibles. Les mémoires inédits de M. Rosway, ingénieur des mines, et de mon ami, M. de Luna, professeur de chimie à l'Université centrale de Madrid, vont nous faciliter cette tâche.
(1) Il est arrivé à Nantes plusieurs chargements de phosphorite de l'Entramadure portugaise. Ces minerais renfermaient de G5 à 70 pour 100 de phosphate trinasique non assimilable, lis ont été pulvérisés et ajoutés frauduleusement à des mélanges à base de noir d'os. Cela à également lieu aujourd'hui avec des phosphorites d'Espagne.
3o6 LEÇOiNS DE CHIMIE AGRICOLE.
11 résulte d'études sérieuses que les filons- couches de phosphate de chaux de Logrosan sont intercalés entre des schistes siluriens et occupent un espace de 30 à 50 kilomètres carrés. Telle est la puissance de ces filons, qu'ils peuvent être exploités à ciel ouvert ou en tranchées à la base des différentes collines qu'ils prennent en écharpe, et cela sans frais considérables. L'un d'eux, celui de Costanaza, présente une hauteur verticale de 25 à 50 mètres, dans laquelle le pic du mineur peut agir sans craindre les eaux d'infiltration, et si j'ajoute que sur le lieu d'exploitation le phosphate massif à 90 pour 100 de richesse revient de 75 centimes à 1 franc la tonne, vous comprendrez, Messieurs, que toute la question des phosphates d'Espagne doit se réduire désormais à une question de transport.
M. Rosway a étudié six gisements principaux et dislincts, en partant de la rivière du Jinjal, qui baigne le pied de Logrosan vers le Nord et se dirige vers le Sud.
Le premier est celui qui est dénommé Jinjal, reconnu près du moulin de ce nom, un peu avant d'entrer au village, en venant du côté de Truxilh; il présente lm,40 à lm,50de puissance maxima — en moyenne 0m, 80 — et est caractérisé par des affleurements en divers points de son parcours : on peut le suivre sur plus de 400 mètres de longueur; il se retrouve dans des terrains communaux à une très-grande distance du point cité : il n'est pas douteux qu'il ne se prolonge sur tout cet espace; mais M. Rosway le limite à 300 mètres, afin de demeurer audessous de la réalité.
Le deuxième gisement, appelé del Castillon, pénètre sous l'église de Logrosan, et présente à la sortie du village, au moment où il entre dans les propriétés rurales pour se diriger à la montagne dite Boyales, une masse compacte de phosphate trèspur de près de 8 mètres de puissance. On suit le gisement sur une assez grande longueur avec une puissance moyenne de 1a,50àâ mètres.
Le troisième gisement se trouve déjà de l'autre côté de la butte appelée Nuestra Senora del consuelo) et se reconnaît dans l'angle d'une rue du village, d'où il passe immédiatement au dehors, également en direction de la montagne déjà citée et possédant, sur son parcours assez étendu, une puissance considé-
rable : il forme diverses veines qui, à Irès-peu de profondeur, doivent se rejoindre en un seul corps. Ce gisement a reçu le nom de Angustias.
Le quatrième gisement est celui qu'on a déjà désigné comme filon de la Costanaza, à cause du nom d'une des propriétés où il affleure, en présentant de grands épanouissements de puissance : il offre un développement mesuré de 3,700 mètres. Il s'interne dans la même montagne que les précédents et atteint la base de la sierra San Cristoval qui domine le village de Logrosan en passant au pied de l'ermitage Nuestra Séîiora del consuelo et de la fontaine du village (Caîio redondo).
Ce gisement, visité par presque tous les étrangers qui ont pris intérêt à la question de Logrosan, a été l'objet d'une série de travaux presque tous superficiels, atteignant cependant quelquefois 10 à 12 mètres et démontrant l'existence du phosphate en profondeur. Sa puissance s'élève en plusieurs points à 8 et 10 mètres, en d'autres, bien rares, seulement à \ mètre; de telle sorte qu'on reste au-dessous de la vérité en l'estimant, terme moyen, à 2,n, 50 de phosphate de chaux de nature compacte.
A côté de cette ligne de phosphate, en existent deux autres qui semblent être des ramifications en branches de la veine précédente, et qui s'étendent sur des distances assez grandes et avec des puissances qui, en somme, arrivent à former plus de 0m, 60. Elles n'entrent pas dans les calculs de M. Rosway.
Un cinquième gisement, appelé Terrenos colorados, reconnu sur 100 mètres et d'une puissance de 2 mètres, se trouve être parallèle au sixième gisement, appelé de la Cumbre bojera. 11 est fort important.
L'examen de l'ensemble de ces gisements paraît démontrer qu'ils s'épanouissent de la sierra Boyales et se relient avec les sierras de San Cristoval et Marcolente, autour desquelles il se déploient en forme d'éventail. Leur direction générale est N. 45° E. et leur inclinaison quasi verticale. Les schistes siluriens qui constituent la roche encaissante sont dirigés N. 15° E. et même N. 45° E. ; ils inclinent 70" S.-O.
Il ne faut donc pas s'étonner que Proust signale l'abondance de la fosforita à un tel degré qu'on ait pu l'employer à la construction d'éditices et à la clôture des propriétés : le fait,
selon M. Rosway, est parfaitement exact, bien qu'il ait été contesté depuis
En résumé, de quoi s'agit il ? De faire arriver la phosphorite en France, de telle sorte que son phosphate réel soit à meilleur marché que le principe calcaire plus assimilable du noir animal ou des nodules. Tout nous prouve que ce résultat est possible dans un avenir prochain ; Logrosan est, en effet, en comm unication avec l'Océan, parSévillc et Lisbonne. Les frais de transport sur Séville seraient trop considérables ; mais, en dirigeant la phosphorite vers le Tage, à la hauteur de Cedillo, où ce ûeuve est navigable pour des barques de 30 à 35 tonnes, ou bien encore au point nommé Barcas de Alconetar, ou enfin à Alcantara, qui tous deux sont plus rapprochés de Logrosan, on entrevoit une solution industrielle du problème posé au génie civil moderne.
J'ai sous le*/ yeux un excellent travail auquel j'ai déjà fait allusion et dans lequel M. l'ingénieur Rosway traite avec compétence des transports de la phosphorite. Il résulte des fails développés dans ce travail, qu'en organisant soit un service de charrettes de Logrosan au Tage (i), soit un petit chemin de fer, on pourrait expédier en France et en Angleterre, à des prix commercialement abordables, jusqu'à deux cent mille tonnes de phos-
(1) Le transport par charrettes se fait dans la péninsule dans des conditions ort diverses. En Navarre, où les routes sont assez bonnes, mais où les conditions d'alimentation du bétail sont bien moins favorables qu'en Estramadure, pays essentiellement couvert de j àturages, le type constant et régulier des transports bien organisés est de <»r,?4 par quintal castillan et par lieue. En Asturie, dans les mines de cbarbon, où les charretiers font même concurrence au chemin de fer de Gijon, on paie Or,27. — Dans la province de Valence, les charbons du vallon de Santullan, expédias par le canal de Castille à Yul'adolid, se transportent à Madrid, depuis ce dernier point, au prix de Gr,3°, et, exceptionnellement, 0r,35 par quintal et par lieue. Or, dans tous les cas cite*, il y a bénéfice pour les charretiers. La société exploitante pourrait donc faire le transport à ce prix et même plus économiquement, si elle l'organisait avec méthode en achetant des pâturages pour son bétail en deux ou rrois points de halte de la route, et en établissant des relais.
Un trr-s-grand nombre de paysans de 11 stramadure vivent exclusivement de l'industrie des transports. Les charretiers de Miajadas (cinq lieues de I ogrosau) parcourent toutes les routes de l'Espagne : il y a dans cette petite ville plus de 800 charrettes à deux mules. (Un réal vaut o',?63).
Depuis l'époque où ces calculs étaient produits, des négociants anglais ont entrepris l'exploitation et le transport en Angleterre des phosphorites de Logrosan Les expériences faites ont dù fixer définitivement sur le mode le plus convenable de transport des phosphates extraits.
phorite par année. M. Rosway estime que l'organisation du service de transport de charrettes demanderait 600,000 francs et le chemin de fer 5,500,000 francs. Dans l'opinion de cet ingénieur, si on ne transportait qu'à l'aide de charrettes — 50 à 60,000 tonnes par an — il faudrait près d'un siècle pour épuiser les gisements de Logrosan(l) !
J'ai tout lieu de croire, Messieurs, que si une impulsion vigoureuse était donnée à l'exploitation de la phosphorite de l'Estramadure, le port de Nantes verrait bientôt arriver des phosphates pulvérisés à plus de 80 pour 100 de richesse et au prix de 10 francs les 100 kilogrammes.
Si le minerai à 90 pour 100 — pouvait être vendu à raison de 9 francs, le phosphate pur serait abaissé au prix de 10 centimes, chiffre évidemment avantageux.
Et permettez-moi, Messieurs, de vous entraîner sur le terrain d'une hypothèse que la tendance industrielle et la puissance scientifique de notre époque élèvent presque à la hauteur d'une réalité. Il existe une localité en France où s'effectue sur une vaste échelle la décomposition du sel marin par l'acide sulfurique. J'ai nommé Marseille qui consomme chaque année environ 20 millions de kilogrammes de sel pour obtenir les soudes brutes qui entrent dans la production du savon et des sels de soude. La décomposition de ces 20 millions de kilogrammes de sel marin donnerait lieu, dans les usines du Nord de la France, à la condensation de plus de 24 millions de kilogrammes d'acide chlorhydrique. A Marseille, cet acide est en grande partie perdu. Eh bien ! supposez maintenant que des phosphorilesen fragments arrivent dans ce port et que les produits gazeux des fours à décomposer le sel soient dirigés, dans des conduits appropriés, bur le minerai arrosé par des courants d'eau. N'est-il pas évident qu'on aura ainsi obtenu, à frais minimes et au grand avantage de la salubrité, une dissolution de phosphate acide? Cela est incontestable.
Mais poursuivons : de cette dissolution, la chaux précipitera facilement du phosphate ti ibasique gélatineux très assimilable. Le carbonate de chaux en précipiterait du phosphate bibasique;
(1) Comptes -rendus de l'Académie des science*. — 185°, scinostie, page 80?.
et voilà peut-être une nouvelle et puissante industrie organisée en France.
Remarquez, Messieurs, jusqu'à quel point notre commerce et notre industrie, déjà solidaires de la péninsule espagnole en beaucoup de circonstances, peuvent entrevoir de nouveaux points de contact avec cette contrée dont le règne minéral est si riche. Ce n'est pas seulement à l'Estramadure que l'agriculture française pourra demander dans l'avenir du phosphate de chaux pour ses défrichements et ses cultures. A quelques heures de Marseille, en effet, à 4 kilomètres seulement du chemin de fer de Saragosse, il y aurait, si j'en crois des renseignements récents, des gisements assez considérables d'apatile à 25 pour 100 de phosphate en moyenne. Ce qui semble donner une grande portée à celte découverte, c'est la proximité de masses considérables de sulfate de magnésie et de sel marin. Il résulte d'expériences de M. de Luna (1), que la décomposition du sel marin peut avoir lieu sous l'influence du sulfate de magnésie de manière à fournir tout à la fois et le sulfate de soude et l'acide chlorhydrique. C'est dire, Messieurs, que si l'apalile existe en masses considérables dans de telles conditions de voisinage, on arrivera peutêtre, grâce à la réaction reconnue par M. de Luna, à expédier facilement à Marseille du phosphate de chaux régénéré de l'apatite. Encore un problème posé à la chimie, encore un élément de production pour l'agriculture.
Dans une lettre adressée à M. Dumas, et communiquée à l'Institut en avril 1859, M. de Luna signale tout à la fois et l'existence du phosphate de chaux à 4 lieues du chemin de fer de la Méditerranée et les essais de traitement industriel auxquels il a soumis celte matière. J'extrais d'une lettre qui m'est adressée par ce professeur des détails sur le gisement dont il a étudié les caractères.
L'apatite se trouve à Jumilla, province de Murcie, à 40 kilomètres de Monavar, qui est l'avant-dernière station du chemin d'Alicante. Le gisementest situé à 8 kilomètres de Jumilla, dans un terrain volcanique. L'apatite y occupe une assez grande
(1) Comptes -rend us de l'Académie des sciences. — 1855, 2e semestre, page 95.
étendue dans une ferme appelée la Celia, et ses cristaux se remarquent en abondance, dans toute la niasse de terrain constituant cinq petites montagnes voisines les unes des autres. La surface du sol est formée par une couche peu épaisse de carbonate de chaux, sous laquelle on rencontre le phosphate constituant de grandes masses très-poreuses de couleur rouge alternées de poinls blancs et pénétrées de cristaux d'apatite de nuance jaune verdàtre.
Dans ces masses apparaît également le fer oligiste en cristaux brillants.
La densité de la substance est de 1,713, et sa composition recherchée sur les échantillons extraits et pulvérisés sans triage, peut être ainsi représentée d'après les analyses de M. de Luna :
Phosphate de chaux uni à quelques centièmes de
phosphate de magnésie, d'alumine et de fer 45,00
Carbonate de chaux 10,90
Fluorure de calcium 0,3S
Acide silicique 38,44
Fer oligiste 6,28
Les cristaux d'apatite isolés avec soin ont fourni :
Phosphates terreux unis à un peu de phosphate
d'alumine et de fer U3,(0
Fluorure de calcium 7,10
Phosphate de fer et d'alumine I rares.
M. de Luna a observé un autre gisement, situé dans la môme province, à 3 lieues de la mer, dans un lieu appelé Sietra Alhamilla. Ce gisement est considérable; m,ais, jusqu'à présent, les échantillons extraits n'ont pas donné à l'analyse plus de 25 à 30 pour 100 de phosphate de chaux. Ces échantillons se présentent sous forme de matière blanche, friable, d'une densité de 2,37 et renfermant quelques fragments de peroxyde de fer : leur composition est représentée par les chiffres suivants :
Phosphate de chaux 25,07
Sulfate de chaux 31,35
Sesquioxyde de fer 3 10
Fluorure de calcium 0,18
Alumine, chaux et magnésie 7,00
Acide silicique, eau et perle 30,30
Un gisement étudié en ce moment môme par M. de Luna fournit 60 pour 100 de phosphate de chaux.
Des recherches ultérieures, que le développement des voies de communication et du crédit public rendra chaque jour plus faciles, amèneront probablement la découverte de nouveaux gisements riches en matière utile et pouvant dès lors supporter un transport loinlain. Un intérêt immense s'attache à de telles investigations, car les résultats pratiques qui en découlent touchent tout à la fois à l'agriculture, à l'industrie et au commerce.
M. de Luna fait observer avec raison que le mélange d'apalite et de carbonate de chaux peut être traité dans un four à chaux de manière à opérer la cuisson du calcaire, le phosphate tribasique restant intact. Après cuisson, on laisse déliter la chaux produite et on soumet au blutage. La chaux délitée utilisable par l'agriculture est alors séparée sous forme de folle farine, tandis que les phosphates plus denses, plus cohérents et d'une texture plus grossière sont proportionnellement enrichis.
On a exploité dans le Nassau, depuis quelques années, une variété de phosphate de chaux quelque peu ferrugineux et mangané sifère dont la richesse en phosphate tribasique varie de 35 à 70 pour 100, soit 16 à 32 d'acide phosphorique (I). Celte matière ne paraît pas jusqu'à ce jour avoir donné des résultats aussi favorables que les nodules de France. Un type de phosphate du Nassau, qui semble représenter la moyenne de cette substance, a offert la composition suivante :
Acide phoaphorique 25,00
Chaux 32,00
Acide carbonique 1,00
Acide sulfui ique 0, ,0
Fluor 2,00
Oxyde de fer 5,00
Alumine 2,00
Potasse 1,10
Soude 0,09
Magnésie 0,18
Eau combinée a ,00
Acide siiicique soluble 1,C0
Sable siliceux insoluble.. 20,13
(1, Stein, ingénieur des mines à Dier. Wiesbaden, 1800.
Les 25 pour 100 d acide phosphorique représentent 54 pour 100 de phosphate de chaux des os.
Je vous dois enfin quelques détails sur une exploitation récemment inaugurée dans les terrains jurassiques dont la bande commence à Montauban et remonte vers le nord-ouest vers Périgueux. Dans les environs de Caylux notamment, on rencontre des couches de phosphate amorphe, dur, non phosphorescent, naguère reconnu par M. Poumarède, dont la couleur varie du blanc éclatant au jaune rougeâtre et dans lequel la stratiûcation résultant d'un dépôt lent accuse le mode de formation'par précipitations successives. Ce phosphate est voisin de couches de carbonate de chaux dont il est séparé d'ailleurs d'une manière nette et distincte.
Les nombreuses analyses que j'ai faites de ce phosphate alors que M. Ernest Jaille se livrait à sa recherche, m'ont fourni des quantités d'acide phosphorique variant de 32 à 43 pour 100, mais qui ont été assez régulièrement de 40 pour 100 pour une série de livraisons faites à destination de l'Angleterre. Il paraît que cette découverte éveille l'attention sur divers points de Tarnet-Garonne, et qu'à l'heure actuelle les explorations géologiques effectuées au point de vue de la recherche du phosphate ont excité dans ce département une émulation des plus vives (I).
(1) Extrait d'une lettre de M. Ernest Jaille.
Caylux. — Gisements plus ou moins importants sur un rayon de 10 kilomètres, au sud et à l'ouest de Caylux. Le plus important, celui de Peudaré, est apparent sur une longueur de 100 mètres et semble former un (lion dont la la geur peut varier de 4 à 10 mètres. Ce gisement, que j*ex;Ioite depuis environ deux mois est en plein carbonate de chaux et forme en plusieurs endroits un rocher compacte tellement lié avec le carbonate que certains blocs détachés par la mine sont formés moitié de carbonate pur, moitié de phosphate a 80 pour 100.
Mouillac (Tarn-e!-Garonne.) — Quelques gisements peu importants se rattachant à ceux de Caylux. En plusieurs endroits on trouve des blocs de phosphate incrustés dans le carbonate de chaux comme dans une poche, mais ne paraissant se ratt cher a aucun filon.
Coucots, Escamp?, Bach, Saint Jean de Laurs (Lot). — On trouve aux environs de ces villages des gisements assez nombreux, n ais d'une moindre importance que ceux de Caylux.
Cajare, Grealou iLot). - Gisements situés sur la rive droite du Lot, qui coule à travers les dures couches de calcaire dans une vallée de *250 mètres de profondeur. Les amas de Gréalou sont peu importants, mais à 4 ou 5 kilomètres à l'ouest de Cajarre, au-dessus de hautes falaises dominant le Lot se trouvent les deux gisements les plus Importai: ts découverts j squ'à ce jour.
Aux questions de géologie industrielle que soulèvent ces découvertes de phosphate se lie d'une manière étroite le problème relatif à l'assimilation de ces matières par les végétaux. Il est aussi triste pour la France d'exporter en Angleterre les phosphates de Tarn-et-Garonne qu'il est désolant pour l'Espagne et le Portugal de laisser exploiter au profit des cultures anglaises les gisements de l'Estramadure. Les industriels français ne sauraient donc trop mûrement réfléchir aux moyens de rendre les phosphates basiques assimilables, soit en utilisant, comme je l'ai tant de fois dit (1), les masses d'acide chlorhydrique perdues aux environs de Marseille, soit en montant des fabriques d'acide sulfurique.
Permettez-moi de ne pas abandonner ce sujet si plein d'un sérieux avenir sans appeler vos méditations sur la direction à donner aux recherches industrielles tendant à acidifier et à rendre solubles les phosphates basiques. Je vous signalerai comme particulièrement digne d'être expérimentée la méthode d'attaque des os ou des phosphates minéraux par l'acide sulfureux, si facile à obtenir là où se trouvent des gisements de pyrites. Ce procédé, qui permet de retrouver, à l'aide de la chaleur, une grande partie de l'acide employé et de la faire servir à dissoudre de nouveau des phosphates, avait été de ma part Pobjet d'un paquetcacheté déposé, le 22 mai 1865, à l'Académie des sciences. La Société académique de Nantes en a reproduit la description en 1866(2). Lebrevel pris en 1868, par MM. Coignet, à qui j'avais communiqué ma méthode dès 1865 avec prière de l'essayer en grand, n'a donc aucune valeur légale et ne saurait metlre obstacle à des tentatives dont l'agriculture peut proliter.
Ce qui tendrait à augmenter ma conliance dans la possibilité
Us sont situés à un kilomètre de distance environ l'un de l'autre. Le premier a 200 mètres de longueur à peu près et varie en largeur de 10 à 30 mètres ; le second gisement peut avoir 50 à 00 mètres dans tous les sens. Les pierres de ces gisements ont servi, sans distinction avec les autres, à faire des constructions.
Je parcours et fais parcourir dans tous les sens les plateaux jurassiques situés entre la Dordogne et le Lot. Si d'autres gisements importants étaient découverts, je vous les signalerais immédiatement.
(1) Les Phosphates et l'Agriculture. Bob i erre, Journal de l'agriculture, 1868, tome III, page 081.
(2) Annales de la Société académique de Nantes, 186C, 2* semestre.
d'employer l'acide sulfureux, surtout avec pression, pour dissoudre les phosphates et les rendre assimilables, c'est que, récemment, un brevet belge pris par M. Deligny a eu pour but de réclamer un privilège en faveur de la môme idée (1). 11 est facile de comprendre que l'emploi des pyrites permettrait de simplifier une industrie qui aujourd'hui, basée qu'elle est sur l'emploi de l'acide sulfurique, nécessite la construction, très-dispendieuse, de fabriques d'acide sulfurique.
(1) Voici le texte du brevet Deligny, tel que le donne M. Ch. Mène, — Revue hebdomadaire de cfii mie, jeudi 16 septembre 1869 :
i On arrive à un résultat satisfaisant, par l'emploi direct de l'acide sulfureux qui attaque énergiquement tous les phosphates de chaux basiques, en les transformant en phosphate acide solubie, d'une part, et en sulfite de chaux d'autre part, celui-ci étant insoluble aussitôt qu'un excès d'acide sulfureux est enlevé de la dissolution. Comme l'eau, à la température ordinaire, ne disfout que 50 fois son volume d'acide sulfureux (soit 0,U4 de son poids), la solution saline obtenue avec l'eau saturée d'acide sulfureux à la pression ordinaire, serait trop faible; l'auteur pare à cet inconvénient en reprenant cette solution et la saturant plusieurs fois à nouveau de gaz acide sulfureux, de manière à obtenir une dissolution concentrée; alors l'acide sulfureux maintient le sulfite de chaux à l'état solubie. En filtrant la solution à travers des graviers, on obtient alors le phosphate solubie; par l'évaporation, on opère la séparation des produits, c'est-à-dire : un phosphate acide de chaux, contenant très-peu de sulfite de chaux. Ce dernier sel — 1k sulfite — recueilli, est un produit utilisable pour les blanchisseries, pour la régénération de l'acide sulfureux, etc.
Voici les appareils employés par l'auteur pour cette transformation des phosphates : r des fours à brûler le soufre ou des pyrites et produire l'acide sulfureux; 2° des chambres de refroidissement du gaz sulfureux, dont la ( haleur est utilisée pour chauffer les dissolutions saturées et précipiter le sulfite de chaux ; 3° des tours de condensation du gaz sulfureux, soit par l'eau, soit par des dissolutions non encore arrivées à une saturation concentrée. Ces tours sont remplies, suivant les matériaux disponibles, soit avec des phosphates basiques en gros fragments, soit avec des matières inertes insolubles : les liquides arrivent en pluie à la partie supérieure et sont reçus dans des vas s en plomb; 4° des bacs à dissolution pour l'attaque des phosphates basiques pulvérulents. »
L'auteur de la Revue hebdomadaire ajoute :
« Récemment (juin I8(i9) M. Bobierrea réclamé à l'Académie des sciences, en sa faveur, relativement au procédé de MM. Coignet (et dont nous avons P»lé pour la fabrication de la gélatine par l'acide sulfureux). Comme M. Bobierre parle dans sa note de l'action de l'acide sulfureux sur les phosphates naturel*, par la pression, nous croyons devoir publier le précédent brevet analogue, qui a été pris en Belgique, et qui nous paraît basé sur le même principe. Le travail de M. Bobierre remonte à l'année 1864, tandis que celui que nous publions ici n'est daté que de juin 18G8. •
Phospho-guanos. — Guanos d'oiseaux et d'animaux amphibies. — Guano phosphatique. —Guano des îles Gallapngos, — de l'île Sombrero. — Guano des iies Uaker et Jarvis, — Navussa, — Kooria-Mooria, — Mejillonnes.
Messieurs,
La classification des engrais que je vous ai soumise dans l'une de nos réunions ne me permet pas de confondre dans le môme entretien l'examen du guano proprement dit, qu'on pourrait appeler nitm-guano, c'est-à-dire d'une matière riche en azote et en phosphate, avec celui des phospho-guanos, substances particulièrement remarquables par leur richesse en acide phosphorique. Je vais donc aujourd'hui vous parler seulement des phospho-guanos (1), en vous faisant observer, toutefois, que dans quelques-uns de ces engrais les doses d'azote ont une signification que Ton ne saurait méconnaître.
Les excréments d'oiseaux divers — pingouins, cormorans — môles à des plumes et à des ossements, les détritus et excréments d'animaux marins, et notamment des phoques, marsouins, loups de mer, donnent naissance à ces énormes amas de guanos, dont la composition est variable, non seulement en raison de leur origine, mais encore en raison du temps écoulé depuis leur formation. Entre le guano de pajaro (guano d'oiseau), très-riche en acide urique, et le guano de lobo (guano
(1) Cette désignation de phospfto- guano, que j'emploie comme caractéristique des guanos non azotés, n'a aucun rapport avec les mots identiques sous lesquels on désigne un superphosphate fabriqué en Angleterre.
de loup de mer), où abondent les débris osseux de ces animaux, la différence est donc radicale. Tarmi les derniers, je vous signalerai quelques types principaux.
On a découvert, dans la mer Caraïbe (golfe du Mexique), une masse dure, jaunâtre, dont la surface offrait l'aspect de la faïence (1) et dans laquelle l'analyse m'a fourni :
Matière organique azotée et eau de combinaison. . . 7,60
Résidu silicieux insoluble 2,00
Sulfate de chaux 8,42
Phosphate de chaux et de magnésie 70,< 0
Sels alcalins 1,88
Carbonate de chaux )
Carbonate de magnésie j
Azote, 43 dix millièmes.
Ce guano a été importé au Havre sous le nom de guano phosphatique. M. Malaguti a remarqué que dans cette curieuse substance, qui a la dureté de la pierre, l'extérieur n'a pas la composition du centre. Ainsi la masse reposant sur le schiste a fourni à cet observateur 70 centièmes de phosphate de chaux à la surface, 74 centièmes au centre et 75 centièmes à la partie inférieure.
Dans le guano de Bolivie, la dose d'azote descend à 3,38 pour 400 et le phosphate de chaux s'élève à 41,78. L'ilot de Pedro- Key (côte de Cuba), offre un gisement de guano dans lequel le phosphate s'élève à la dose de 48,52 pour 100; l'azote de ce gisement ne représente que 0,28 pour 100, c'est-à-dire une proportion insignifiante, qui est contenue dans 6,16 de matière organique. En général, les gisements très-éloignés des côtes du Pérou offrent ce caractère spécial : proportion d'azote insignifiante et dose considérable d acide phosphorique sous la forme de phosphate terreux.
Il y a quelques années, M. Boussingault reçut du gouvernement de l'Equateur un guano découvert dans les îles Gallapagos, et dont l'analyse donna :
Phosphate de chaux tribasique G0,3
Azote 0,"
Sable et argile 19,0
(1) La nature vitreuse de la surface de cette matière s'explique difficilement par l'action d'une température ordinaire.
L'azotate de potasse s'y trouvait à la dose de 3 pour 100 (I).
Ce dernier principe, recherché dans les autres guanos, y a été dosé dans les proportions suivantes par M. Boussingault : Un kilogramme de guano des îles Ghinchas contient :
Grammes.
En azotate de potasse 3,80
Id. td 1,10
Guano du Chili 6,00
Id. de Jarvis 5,( 0
ld. de Baker • 3,ï0
Id. du golfe du Mexique 0,10
Comme types de guanos dans lesquels l'azote a peu à peu disparu, je citerai encore le guano de Sombrero-Island, importé en Angleterre sous le nom de phosphatic guano. Ce gisement est situé par 18°,35 de latitude Nord et 63°,28 à l'Ouest de Greenwich, non loin de l'île Saint-Thomas.
Eau 8.96
Pho phate de ehaux 37,7 1
Phosphate d'alumine et de fer 44,21
Phosphate de magnésie 4,20
Sulfate de chaux 0,86
Carbonate de chaux 3,36
Acide silicique soluble 0,30
Sable 0..'0
ion on
Acide phosphorique total 36,36
Le gisement de cette substance a 12 mètres d'épaisseur environ. On en a extrait plus de 70 mille tonnes en moins de deux années et selon M. Rouna, l'île entière de Soraorero a été pour ainsi dire transportée en Angleterre. Voici d'après ce dernier auteur (i) quelle serait l'analyse détaillée du guano sombrero d'après des chimistes anglais :
(!) Sur les gisements du guano. Annales du Conservatoire. Janvier 186! . (1) Rounp. Fabrication et emploi des phosphates de chaux en Angleterre.
No 1.
No 3.