‹ Leçons de chimie agricoleChapitre 59 sur 87 · RENDEMENT · texte numérisé non relu

RENDEMENT

Bn 9SIULE*

Un hectare.

5 hectolitres de noir à 13 francs.

65 fr.

27 hectol.

Id. . . .

500 kilogrammes nodules pulvéri-

35 fr.

500 kilogrammes nodules humec-

Id....

800 kilogrammes nodules humec-

tés de nitrate de soude

Il y a évidemment, en raison de la faible dépense de l'expérience n° 2, un avantage très-réel obtenu.

Je ne vous dissimulerai pas, Messieurs, que l'emploi des phosphates fossiles a donné des insuccès, et cela devait être. L'humidité excessive ou la trop grande sécheresse du sol, l'absence d'humus, la présence de la chaux ou de la marne, la texture trop grossière ou l'extraction trop récente de l'engrais employé, toutes ces causes peuvent évidemment influer d'une manière défavorable sur le résultat cherché. Voici, par exemple, un fragment de lettre de M. du Laz de Pleyben (Finistère), que j'extrais de Y Annuaire des engrais publié par M. Rohart (i) :

« Ce n'est pas sans un certain étonnement que je lis, chaque jour, les éloges prodigués de tous côtés aux phosphates fossiles. Je regrette de ne pouvoir y joindre les miens, car voici ce qui m'est arrivé. Au mois de juin dernier, j'achetai, à titre d'essai, 750 kilog. de phosphates destinés à des rutabagas. Le champ qui les reçut était granitique, à sous-sol perméable, et avait eu, au mois d'octobre précédent, une demi-fumure de fumier de ferme, puis avait été ensemencé en avoine, laquelle fut enlevée par l'hiver. Mes plants de rutabagas furent repiqués dans de trèsbonnes conditions et avec tous les soins possibles. Je n'ai rien eu, et ceci sans la moindre exagération.

(1) Juin 18C2.

a Je pourrais vous citer des résultats parfaitement analogues aux miens chez plusieurs agriculteurs de mes amis. D'un autre côté, j'entends parler de succès, ou plutôt de demi-succès, chez quelques autres. La conclusion ne devrait-elle pas être : Prudence ! »

Il n'est pas nécessaire d'avoir une grande expérience des choses de l'agriculture pour savoir que des faits analogues se sont produits avec les meilleurs engrais. A distance, et lorsqu'on ne connaît que les faits observés pendant une année, il est bien difficile de trouver le pourquoi de semblables mécomptes. Voici, toutefois, une autre lettre que j'extrais de Y Annuaire des engrais (1), et qui semble la contre-partie de celle de M. du Laz. Elle émane de M. Petit-Demange, habile cultivateur du Haut- Rhin :

« Je lis dans le dernier numéro de Y Annuaire des engrais l'insuccès dont se plaint M. du Laz, à propos de l'emploi des phosphates fossiles, et j'en attends avec impatience l'explication.

« Mais, en attendant, permettez-moi de vous dire que la solution doit avoir été devinée par vous lorsque vous dites qu'il vous paraît au moins probable que l'action se manifestera cette année.

« J'ai employé, en mai 1860, 100 kilog. de phosphates fossiles sur une prairie, en essai avec d'autres engrais et amendements, entre autres de vos tourteaux. Pour ceux-ci, l'action a été immédiate, et la durée de deux ans; quant aux phosphates, je n'ai pu remarquer aucun effet, si ce n'est au mois de niai dernier, soit deux ans après l'emploi.

« Mes essais avaient été faits sur une prairie sèche, par carrés; il y a quinze jours que le trèfle s'est montré en très-grande abondance partout où j'avais fait emploi des phosphates il y a deux ans. Les résultats sont tellement évidents, qu'au moment de la floraison, mes carrés se sont montrés aussi tranchés que ceux d'un échiquier.

« Ce premier essai avait été fait en semant à la main le phosphate en nature, mais en poudre, comme le livre le commerce. « J'avais réservé 100 kilog. des mêmes phosphates, que je

0) Juillet 1862,

faisais jeter dans les fosses d'aisances à mesure de la production des matières; je fis mélanger le tout avec de la terre et des mauvaises herbes, pour en faire un compost, que j'employai en couverture, en mars 1861, sur la même prairie sèche. Déjà, à la récolte de 1861, je remarquai une plus grande abondance de fourrage, mais je ne pouvais l'attribuer à l'emploi des phosphates. Cette année, cette même partie est la plus belle de ma prairie, et comme le trèfle abonde également et présente le même caractère que dans celle où les phosphates ont été employés il y a deux ans, seuls et en poudre, je ne puis douter que le phosphate ne produise son effet, et qu'il ne le produise un an après l'emploi que j'en ai fait, parce que son mélange avec des matières fécales en fabrication de compost a augmenté sa solubilité.

«Aussi suis-je décidé, dans mes terres granitiques, à faire grand emploi des phosphates fossiles, mais en les mélangeant avec les fumiers. »

Que résulte-t-il de ces communications intéressantes ? C'est qu'il ne suffit pas d'employer des phosphates fossiles, mais qu'il faut encore, en les appliquant aux diverses cultures, avoir égard aux circonstances accessoires : finesse, association à des matières organiques, etc., etc., ; n'en est-il pas de même pour le noir?

Mais ce qui demeure bien démontré désormais — et la création de l'industrie nouvelle des nodules en est la preuve éclatante — c'est que ces réserves providentielles de substances fertilisantes ont décidément conquis leur place, en dépit des oppositions dont leur emploi a été tout d'abord l'objet. Ces phosphates ne constituent pas une panacée universelle, et sous ce rapport ils ressemblent aux meilleures choses ; mais ce qui est indiscutable désormais, c'est que leur emploi dans les défrichements ou leur association à des fumiers et à des détritus organises animaux, communiquera une puissante impulsion à l'agriculture.

Déjà, Messieurs, ces vérités se vulgarisent, malgré cette immense force de la routine qui s'appelle inertie. Déjà des hommes honorables appliquent tous leurs moyens d'action à la recherche et à la propagation officielle des résultats que les

phosphates minéraux peuvent fournir dans le défrichement et la culture des sols argilo-schisteux.

Nous sommes loin du temps où l'on niait à priori l'action des phosphates fossiles, et chaque fois qu'il m'arrive de voir jeter sous les animaux — comme cela se pratique à la ferme-école de 6aint-Gildas des Bois — de la poudre de phosphate en vue d'améliorer les fumiers, je ne puis m'empôcher de remonter par la pensée à cette époque, peu éloignée, où des chimistes autorisés décidaient au grand désavantage du nouvel engrais une question que les observateurs sagaces se sont chargés de résoudre en sens inverse.

Lorsqu'on se place au point de vue commercial, on est conduit à regretter que les frais de transport des phosphates fossiles soient affectés à la portion notable des matières siliceuses qu'ils renferment. Aussi, bien des expériences ont-elles été tentées déjà pour isoler les phosphates contenus dans les nodules. Parmi les moyens proposés, il en est un, dû à M. Martin, qui est ingénieux, et pourrait avoir des avantages dans une localité où se fabriquerait l'acide chlorhydrique, à proximité d'un gisement de nodules. Voici ce procédé, tel qu'il m'a été communiqué par son auteur.

1,000 kilog. de nodules en poudre se dissolvent rapidement dans un mélange composé de 1,000 kilog. d'acide chlorhydrique à 22 degrés et de 500 kilog. d'eau. La température nécessaire varie entre 70 et 80 degrés centig.

La dissolution acide est séparée par décantation de la matière siliceuse brune qui s'est déposée. Cette dissolution contient surtout les phosphates enlevés aux nodules, plus du chlorure de calcium, matière déliquescente et nuisible à la végétation.

La dissolution acide est évaporée à siccité dans un four à réverbère analogue à ceux où l'on opère la décomposition du sel marin. Le résidu consiste en phosphate de chaux ferrugineux et en chlorure de calcium. Ce résidu, traité par l'eau, abandonne ce chlorure, et constitue dès lors une substance très-riche en acide phosphoriqueé

Pour éviter les lavages longs et dispendieux destinés à la séparation du chloiure de calcium, on peut décanter la disso-

lution mixte contenant encore le chlorure de calcium et y ajouter du phosphate acide de chaux.

Le phosphate acide de chaux, en effet, décompose le chlorure de calcium à la température rouge, en donnant lieu à un dégagement d'acide chlorhydrique. Or, comme dans l'opération dont il s'agit onn'a à décomposer que 11 p. 100 environ de chlorure de calcium, il est facile de comprendre l'avantage et la rapidité de cette opération.

Ce qu'il faut également remarquer, c'est que ce traitement fort simple des nodules est compatible avec la condensation de la plus grande partie de l'acide employé. Le prix de revient des phosphates obtenus par cette méthode ne serait donc pas considérable dans une localité où des usines à produits chimiques seraient voisines de gisements de nodules.

M. Buran avait proposé de dissoudre les nodules dans l'acide chlorhydrique ou dans les résidus acides chargés de chlorure de manganèse, qui proviennent de la fabrication du chlore, puis de les précipiter ultérieurement par l'ammoniaque ; on obtenait ainsi des mélanges complexes de phosphates de chaux, de fer et de manganèse, dont le prix de revient était trop élevé, puisque le phosphate mixte était offert à 35 centimes le kilog. Ce prix est de beaucoup supérieur à celui du phosphate de chaux presque pur obtenu des liquides des fabriques de gélatine. M. Buran avait également constitué des mélanges dits phosphates assimilables, dont un échantillon, prélevé dans des sacs expédiés à % Nantes en août 1858, m'a donné le résultat suivant pour 100 parties de matière séchée à 105 degrés:

Eau de combinaison et substances volatiles 30,20

Sable siliceux 25,40

Phosphate mixte soluble dans l'eau 4,00

Chlorure de calcium 12,80

Phosphate de chaux 12,00

Phosphates de fer et de manganèse 15,00

Deux échantillons de ces phosphates assimilables analysés antérieurement m'avaient fourni 1,27 et 2,52 d'azote à l'état de sel ammoniacal. Ces engrais étaient déliquescents en raison de la forte proportion de chlorure de calcium qu'ils contenaient.

Depuis cette époque, M. Buran a organisé à Aubervilliers la fabrication des phosphates fossiles noircis par la calcination en vase clos avec 10 p. 100 de goudron etsusceptibles sous ce nouvel état d'absorber facilement des substances azotées fermentescibles. C'est l'opération qui avait été antérieurement mise en pratique à la Villette, puis abandonnée par M. Demolon. Un échantillon de phosphates ainsi noircis et rendus plus solubles et plus absorbants par la calcination, nra fourni les chiffres suivants :

Humidité 13 p. 100.

Composition de la matière sèche.

Charbon et matières volatiles au rouge 2,00

Sable ferrugineux 35,00

Acide pli os phori que (correspondant a 53,40 de phosphate de chaux des os) 2i,6f>

Oxyde de fer 7,40

Chaux et matières diverses 30.95

Les phosphates noircis et azotés de la fabrique de M. Buran renferment généralement 45 pour 100 de phosphate de chaux

tribasique et 1,5 pour 100 d'azote.

M. Boblique a proposé (1) de combattre ce qu'il appelle l'inefficacité des phosphates fossiles par une méthode qu'il résume ainsi :

« Les nodules pulvérisés sont mélangés à50pour 1 00 de leur poids de sel marin; je donne, pour cet emploi, la préférence aux sels de morue ou de cuirs dont le prix dans nos ports de mer est très-minime. Ce mélange est porté, dans des fours ou des cylindres, à une température un peu inférieure au rouge, en présence d'un courant de vapeur d'eau.

u Si, comme cela se présente quelquefois, les nodules ne contiennent pas une quantité suffisante de silice, il faut en augmenter la proportion par une addition préalable.

« La réaction de la silice sur le chlorure de sodium en présence de la vapeur d'eau est connue; il se forme du silicate de

(1) Comptes rendus de l'Académie des sciences. 19 novembre I8â0.

soude et de l'acide chlorhydrique. Dans ce cas particulier, ce dernier porte son action sur le phosphate de chaux auquel il enlève deux équivalents de chaux pour donner naissance à du chlorure de calcium et à du biphosphale de chaux; cependant tout l'acide phosphorique n'est pas combiné à de la chaux ; il se forme quelquefois une assez forte quantité de phosphate de soude. Je pense que ce dernier produit est dû surtout à la décomposition du phosphate de fer; tout ce métal se retrouve en effet à l'état de sesquioxyde, cristallisé en paillettes, ainsi qu'on l'a constaté depuis longtemps en calcinant du sulfate de fer et du chlorure de sodium.

« La môme opération fournit donc des silicates et des phosphates qui se retrouvent à l'état sec, sans excès d'acide, et qui peuvent céder aux plantes avec une grande facilité, non-seulement de la silice et de l'acide phosphorique, mais encore une forte quantité d'alcali. »

Je mentionnerai enfin la fabrication toute récente d\mengi*ais sulfo-phosphato-azoté qui serait composé de 50 pour 100 de pyrite de fer et de 50 pour 100 de phosphate fossile, le tout saturé de matières organiques de manière à offrir une richesse de 2 à 3 pour 100 d'azote. Cette fabrication me remet en mémoire les essais faits en 1859 à la Mancelière (Eure-et-Loir), par M. Meugy, ingénieur des mines dont je vous ai déjà cité les recherches géologiques. M. Meugy avait formé un compost avec parties égales de phosphates fossiles et de cendres pyriteuses, le tout associé à une demi-fumure. Le résultat fut le suivant :

Demi-fumure et phosphates ont donné un rendement de 19 hectol. 42 à l'hectare.

Demi-fumure ordinaire n'a produit que H G8 —

Excédant en faveur des engrais phosphatés 10 hectol. 74 par hectare.

Les nodules pulvérisés, dosant 40à -45 pour 100 de phosphates, ont coûté 5 fr. 50 les 100 kilogrammes rendus en gare à Paris, ou 6 fr. dans Eure-et-Loir. On a donc obtenu, moyennant une dépense supplémentaire de G0 fr. (prix des 1,000 kilogrammes de nodules pulvérisés), une récolte supplémentaire de 10 hectolitres de froment (1).

(1) Comptes vendus de /' Académie des sciences, 24 janvier 1859, p 225.

Il est douteux néanmoins qu'un tel engrais supporte les frais d'un transport lointain ; or, c'est là, ne l'oubliez pas, l'un des points les plus graves de la question des phosphates fossiles.

MM. Pichelin, de Lamotte-Beuvron, après avoir constaté à bien des reprises l'inefficacité des phosphates fossiles dans les sols chaulés ou marnés, ont cherché dans ces derniers temps à faire pour ces terrains spéciaux ainsi que pour les vieilles terres des phosphates acides; toutefois, au lieu d'agir comme les Anglais, à l'aide de l'acide sulfurique, ils emploient l'acide phosphorique dilué à 45 degrés aréométriques et obtenu des nodules eux-mêmes. Cet acide leur sert également à fabriquer des phosphates alcalins et particulièrement du phosphate de potasse dont l'alcali leur est fourni par des roches feldspathiques. Ces tentatives sont évidemment dignes d'un grand intérêt.

S'il me fallait résumer ma pensée au sujet de toutes ces tentatives évidemment bien dignes d'encouragement, je poserais tout d'abord en principe que l'on part d'une base fausse lorsqu'on prend pour point de départ l'inefficacité des nodules. Que ces nodules soient en poudre fine, que la poudre ait été modifiée par l'action de l'air, et qu'on emploie cet engrais dans un sol comportant l'emploi de l'acide phosphorique, et on constatera que l"s phosphates fossiles sont parfaitement assimilables. Qu'on mélange les phosphates fossiles avec des fumiers, on obtiendra de si beaux résultats, que même dans de vieilles terres des régions feldspathiques, il y aura grand avantage à répéter longtemps cette opération. Habituer les cultivateurs à jeter du phosphate fossile sous leurs animaux : tout est là.

Or, si ce principe est vrai, il n'y a pas tout l'intérêt que l'on suppose, à diminuer de quelques centièmes le prix du transport des 100 kilogrammes de phosphates fossiles, et en tout état de cause il est bon d'agir en employant avec intelligence la poudre de nodules jusqu'à ce que les chimistes aient trouvé le moyen soit de la rendre économiquement soluble dans l'eau, soit de la débarrasser de ses matières siliceuses.

Je ne saurais terminer cette leçon sans vous parler des fraudes déplorables dont, malgré leur bas prix, les phosphates fossiles sont l'objet. On les mélange avec de l'argile, avec des sables grisâtres, avec de la tangue de la baie de Pontorson et les phos-

phatesditstan^i/esqui se vendent aux environs de Rennes en quantité considérable, ne renferment quelquefois que iOpour lOOde phosphate de chaux réel. C'est là un fait déplorable, et dont, il faut bieu le reconnaître, les agriculteurs sont souvent complices soit parce qu'ils négligent d'avoir recours à l'analyse chimique, soit • parce qu'ils se mettentdans la dépendance des marchandsen vue d'obtenir un crédit qui en résumé est usuraire au plus haut degré 0).

(f) Un honorable extracteur de phosphates fossiles de la Meuse m'écrivait à la fin de Tannée 1869 :

«J'ai examiné d'assez près en Bretagne la falsification des phosphates fossiles désignée sous le nom de tanguage et à l'aide de laquelle on a trompé tant de cultivateurs. Les phosphates tangues ont absolument l'apparence des phosphates purs et ne peuvent être décelés que par l'analyse.

J'ai eu sous les yeux un assez grand nombre de ces analyses, dont plusieurs faites à votre laboratoire. Le dosage moyen était de 20. p. 100 environ et souvent moins. Beaucoup de personnes dignes de foi m'ont affirmé avoir eu entre les mains des échantillons a 10 p. 100 de phosphate de chaux et même à 8 et 7 p. 1 00. Des quantités énormes de phosphates tangues ont été livrées l'an dernier à la culture en Bretagne.

Une grave erreur qui tend à s'accréditer parmi les cultivateurs, surtout aux environs de Nantes, c'est de ne juger la qualité d'un phosphate que d'après sa couleur. Beaucoup demandent à leurs fournisseurs des phosphates verts. Suivant eux plus le phosphate est vert, plus il est riche, et sans jamais s'inquiéter ni d'analyse ni de dosage, pourvu que la farine de phosphate qui leur est livrée leur paraisse assez verte, ils sont satisfaits et sont persuadés qu'ils ont bien opéré. Cette opinion singulière, que plus un phosphate est vert, plus il doit être riche, m'a été exprimée bien souvent, soit verbalement, soit par lettre, même par de petits marchands de phosphates, qui eux-mêmes avaient une parfaite confiance dans ce moyen d'appréciation. » L. S.

Un autre correspondant m'écrit au sujet des falsifications en usage dans le centre de la France :

1" août 1870.

« Vous êtes renseigné sur ce qui se passe en Bretagne. Voici ce qui se pratique dans le Centre, principalement à Orléans et à Chàteauroux-

Des marchands achètent des phosphates de 40 à 50 p. 100 de phosphates et y introduisent du sablon passé au tamis. Le tout est mélangé sous des meules. Quelquefois le sable est remplacé par du calcaire.

Je vous adresse deux échantillons que j'ai pris, l'un à Orléans, l'autre à Chàteauroux, ils étaient en sacs munis d'un plomb non pressé et par suite sans marque. Vous pourrez, par l'analyse, vous rendre compte de la fraude

3o0 LEÇONS DE CHIMIE AGRICOLE.

Je ne saurais trop le répéter, il est indispensable de n'acheter les phosphates fossiles qu'avec garantie d'analyse, et sur ce point il faut môme éviter les malentendus. Il y a dans le commerce de ces engrais une habitude enracinée et qui consiste à considérer comme phosphate de chaux des os ou tribasique, la matière mixte obtenue en précipitant une dissolution acide de l'engrais à l'aide d'un excès d'ammoniaque. Cette matière est formée en réalité de phosphate de chaux, d'oxyde de fer, d'alumine, et de traces de carbonate de chaux.

Et voilà pourquoi tel échantillon renfermant 37 de phosphate, que l'analyse rigoureuse permet d'isoler, est vendu comme contenant 46 pour 100 parce qu'on s'est contenté d'en faire l'essai dit commercial et qu'on a confondu plusieurs matières distinctes avec le phosphate de chaux pur. Je me borne pour aujourd'hui à vous signaler cette erreur souvent préjudiciable et contre laquelle il est possible de se mettre en garde en spécifiant dans les conditions des marchés que c'est à du phosphate des os pur que s'applique tel ou tel prix affecté au degré constaté par les chimistes; au reste, en vous parlant de l'analyse des engrais, je reviendrai sur ce sujet.

Je n'ai pu, Messieurs, qu'esquisser à grands traits le tableau de cette intéressante industrie des phosphates fossiles qui date d'hier et à laquelle l'avenir est désormais assuré. A son origine, c'est-à-dire hier, on la traitait avec dérision. Or de nouvelles exploitations se fondent chaque jour. Au début, les nodules n'étaient extraits du soi que dans les Ardennes, la Meuse, l'Aube et la Marne. Aujourd'hui il en vient du Pas-de-Calais, et avant peu la Drôme, l'Isère, l'Ain, la Haute-Savoie, l'Ardèche, le Gard, le Yar, la Dordogne, la Sarlhe, le Calvados, la Seine-Inférieure, pourront concourir à approvisionner l'agriculture d'acide phosphorique .

En présence de tels faits, il serait difficile de méconnaître les bienfaits de la science mise au service de la pratique agricole.

opérée. Je vo-.is autorise à déclarer la source de vos observations, et, s'il le faut, je préciserai les indications en citant les noms. » C.

L'analyse de ces deux échantillons m'a donné 25 et 27 p. 100 de phosphate de matières precipi tables par l'ammoniaque, contenant 21 et 22 de phosphate réel. A. lî.

La phosphorite de l'Estramadure. — Sa composition. — Ses caractères. — Kst-elle assimilable? — La phosphorite considérée comme élément du superphosphate de chaux. — Abondance des gisements de Logrosan. — Question d'extraction. — Question de transport. — Prix du phosphate contenu dans le minerai brut. — Combinaison de l'industrie de la phosphorite avec celle de la soude artificielle. — Gisements d'apatite en Espagne et en Portugal. — Modifications chimiques des phosphates minéraux.

Messieurs,

Ce n'est pas seulement à l'état de substances coprolithiques ou d'os fossiles que le phosphate de chaux d'origine ancienne nous apparaît dans le sol. Il existe, en effet, des gisements énormes de cette matière constituant une véritable pierre analogue aux matériaux qu'on extrait des carrières. Telle est son abondance en Estramadure, telle a été pendant longtemps l'ignorance sur le parti qu'on pouvait en tirer, qu'on s'est servi quelquefois de ce phosphate pour élever des clôtures de propriété et construire des maisons ! Un tel état de choses ne pouvait se perpétuer en plein dix-neuvième siècle et au milieu des prodiges qu'accomplit chaque jour la science industrielle. La lumière n'a pas tardé à se faire sur les richesses enfouies dans les gisements de phosphate de chaux de l'Estramadure, et cette question, consciencieusement étudiée par les Daubeny, Widdrington, de Luna, Hosway, etc., peut être désormais considérée comme Tune des faces curieuses du problème que j'ai l'honneur de discuter devant vous.

Digitiz

Au treizième siècle, Bowles, savant anglais, chargé par le roi Ferdinand IV de la description des richesses naturelles de l'Espagne, signalait déjà l'existence d'un des principaux filons de phosphate de chaux de Logrosan. Ce minerai, dont la phosphorescence toute spéciale avait attiré l'attention, fut désigné par les Espagnols sous le nom de fosforita. On le connaît indifféremment en Angleterre et en France sous les noms de phosphorite ou d'apatite, bien que ces deux mots ne soient pas synonymes. L'apatite est une substance cristalline à caractères généraux, constants, tandis que dans la phosphorite de Logrosan le phosphate de chaux est associé à des matières diverses dont la proportion varie. Mais ces détails n'ont point ici une très-grande importance, et ce que je dois surtout vous signaler, c'est la composition moyenne du phosphate de Logrosan, telle que l'ont déterminée les ingénieurs ou chimistes dont je vous ai tout à l'heure cité les noms.

Composition de la phosphorite de Logrosan.

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