‹ Leçons de chimie agricoleChapitre 63 sur 87 · HO · texte numérisé non relu

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Les mottes blanches de l'échantillon de guano soumis à mon examen différaient donc complètement de celles du navire Pérou, qui étaient formées de sulfate de chaux hydraté, et elles étaient presque entièrement composées de phosphate de magnésie tribasique en cristaux bien déterminés.

Si j'avais eu à ma disposition une plus forte quantité des mottes auxquelles je viens de faire allusion, il m'aurait peutêtre été possible d'isoler complètement le phosphate de magnésie pur des 7 centièmes de la substance qui y était mélangée, et je n'aurais pas, dans les treize opérations qui m'ont servi à déterminer les principes volatils, obtenu des chiffres variant de 31,19 à 34,2. Quoi qu'il en soit, les chiffres résultant de mes opérations sont assez approximatifs pour établir l'existence dans leguano de Mejillones du phosphate 3MgO',Ph05,7HO, à l'état de cristaux bien définis. On comprend facilement dès lors que les analystes pourraient, en examinant ce guano, apprécier inexactement l'acide phosphorique s'ils le précipitaient par l'ammoniaque dans une solution acide de l'engrais calciné ; on comprend aussi que la calcination au rouge détermine, en pareil cas, une perte représentée par la volatilisation de l'eau combinée, et nullement par de la matière organique.

En ce qui concerne l'eau volatile au rouge, j'ai eu occasion de faire une remarque analogue en calcinant le guano en plaques de l'île Jarvis.

On voit que la proportion des mottes de phosphate de magnésie cristallisé était relativement considérable dans l'échantillon qui m'a été apporté de Bolivie, tandis que le sulfate de chaux concrété dominait dans le chargement du navire Pcrov.

Les divers guanos dont je viens de vous parler sont employés soit en Angleterre où on les acidifie pour les faire entrer dans la composition des superphosphates, soit en France où on les mélange, lorsque leur aspect le permet, avec du guano péruvien. C'est une fraude dans certains cas, c'est une pratique intelligente dans quelques autres ; j'aurai au surplus à vous parler de leurs mélanges à l'occasion d'un entretien sur les nitro-guanos ou guanos azotés.

Les végétaux transforment la molécule inorganique en substance organisée.

— Les matières animales considérées comme source d'acide azotique et d'ammoniaque. — Eflet du salpêtre dans la végétation. — Influence des sels ammoniacaux. — Opinion de Liebig sur l'action des sels ammoniacaux .

— Production d'azotates provoquée par l'ameublissement du sol. — Emploi du sulfate d'ammoniaque. en agriculture. — Emploi du sang, des chairs sèches, des laines, des d( bris d'abattoirs, crins, cuirs, matières cornées, etc.

— Suie considérée comme engrais. — Procédés pour rendre l'azote de ces engrais plus rapidement assimilable.

Messieurs,

L'étude de l'atmosphère et l'examen chimique des récolles vous ont révélé le rôle immense de l'azote dans la constitution de celle matière véritablement animale que les végétaux élaborent et que les herbivores trouvent ainsi toule formée. L'air, les eaux météoriques, vous le savez, renferment de l'azote en combinaison avec l'oxygène et avec l'hydrogène, c'est-à-dire de l'acide azotique et de l'ammoniaque. Ces corps, au môme titre que l'acide carbonique et l'eau, fournissent à la plante les matériaux de ses tissus et de ses fluides nourriciers; il appartient donc au végétal de transformer la molécule minérale en substance organisée. Dans la plante, un cristal d'azolale d'ammoniaque et quelques fragments de phosphate humectés par de l'eau de pluie, deviendront bientôt caséine, albumine, fécule ou matière grasse. De tels phénomènes ne se produiraient pas chez l'animal, et M. Dumas a caractérisé nettement ces faits, en disant, que dans le règne végétal réside le grand laboratoire de la vie organique.

Vous rappeler ces faits, c'est vous dire que l'azote combiné, sera souvent d'un emploi avantageux pour fertiliser le sol.

Toutes les fois que les éléments ûxes de la récolle — acide phosphorique, chaux, alcalis — seront contenus dans la terre arable, on sera sûr de posséder les matériaux indispensables de la récolte, et l'atmosphère par son acide carbonique, l'eau par elle-même et par l'azotate d'ammoniaque qu'elle tient en dissolution, feront le reste. Ce serait, toutefois, s'endormir dans une fausse sécurité, que de se reposer ainsi sur les matières azotées de l'air, au moins dans certaines contrées; n'oubliez pas, d'ailleurs qu'en agriculture il y a toujours avantage à produire vite et à diminuer les intérêts du capital engagé dans l'exploitation; or, les combinaisons azotées salines, les substances azotées organiques — cela résulte de l'expérience — agissent tout à la fois en nourrissant le végétal et en favorisant la prompte assimilation des principes minéraux du sol.

La tradition et la logique sont d'accord pour nous démontrer que les débris de la végétation et de la vie sont des aliments pour une végétation nouvelle; aussi le sang, la chair musculaire, les excréments sont-ils recherchés par les agriculteurs qui tirent grand profit de leur emploi : il n'était pas sans intérêt cependant de chercher le comment de cette action fertilisante, et la chimie a jeté de vives lumières sur ses différentes phases.

La science a permis d'établir que l'azote des matières organiques, avant d'entrer dans le tissu du végétal, subit des transformations telles, qu'il devient bientôt élément constitutif de la molécule d'ammoniaque ou d'acide azotique. Ces deux corps sont éminemment fertilisants: des essais réitérés l'ont prouvé; il importe donc médiocrement de savoir si l'acide azotique passe à l'état d'ammoniaque au moment de son absorption, ou si l'ammoniaque passe à l'état d'acide azotique. Il y a, sous ce rapport, des incertitudes que les expériences de M. Kuhlmann et de M. Boussingault n'ont pas dissipées, mais l'assimilation de l'azote du salpêtre et celle de l'azote de l'ammoniaque sont aussi évidentes que possible. Au point de vue agricole, cela doit nous suffire.

Si la matière azotée organique est en général préférable comme engrais à des produits chimiques azotés, tels que sels ammoniacaux et azotates, c'est donc surtout parce que les conditions physiques où elle est employée sont favorables à une dé-

composition lente et régulière. Cette décomposition s'accomplit d'autant mieux que la matière est poreuse et facile à pénétrer par l'eau ou les gaz atmosphériques ; au fur et à mesure qu'elle se transforme, l'acide azotique, l'ammoniaque prennent naissance, et le végétal se développe, puisant dans cette double source les matériaux de sa substance.

Je me dispenserai, Messieurs, de vous signaler en ce moment des exemples de fertilisation du sol par des matières animales : ce serait chercher à démontrer un axiome, mais je vous citerai quelques essais relatifs à l'emploi du salpêtre et des sels ammoniacaux.

L'emploi du salpêtre a été, dans ces dernières années, l'objet d'études intéressantes de M. Boussingault(l).Ce savant a prouvé qu'en semant des graines dans un sol artificiel formé de quartz bien pur, l'azotate de potasse employé comme engrais communiquait à la végétation une impulsion remarquable. En analysant avec soin la graine semée, puis la récolte et le sol après l'expérience, on retrouvait à peu de chose près l'azote du salpêtre, et on reconnaissait que l'humus et en général la substance organique putrescible faisant complètement défaut, la constitution de la matière organisée était cependant effectuée par le végétal.

M. Boussingault a observé que l'absorption de l'azote dans ces essais motivait une absorption proportionnelle d'acide carbonique. Gela devait arriver. Des expériences effectuées sur une grande échelle par M. Kulmann et plusieurs autre expérimentateurs ont permis de reconnaître que les azotates activent puissamment la végétation.

Comme les azotates de potasse et de soude entrent dans la composition des engrais préconisés par M. Georges Ville, on en a fait depuis quelques années une grande consommation et toujours avec succès, question de prix réservée bien entendu.

L'azotate de soude contient :

(1) Journal d'agriculture pratique. — 5 décembre 1855, 20 janvier 1856, 5 février 1857, 5 décembre 1858.

Acide azotique Soude

ce qui correspond à d6,4 d'azote pour 100 d'azotate de soude pur.

L'analyse de l'azotate de potasse donne :

soit 13,8 d'azote pour 1 00

En employant ce dernier produit on introduit dans le sol deux matières précieuses, l'azote et la potasse.

Vous ne sauriez, Messieurs, négliger les occasions d'essayer ces engrais riches en azote qu'on appelle nitrates, azotates, ou salpêtres. Ayez égard en le faisant à l'heureux effet de la potasse dans certains sols où il y a lieu d'en apporter, car ils n'en contiennent que des traces, et, dans le cas où cet alcali abonderait, n'oubliez pas que l'azotate de soude serait la matière à préférer en raison de sa plus grande richesse relative en azote. Ce dont je vous recommanderai toutefois de vous souvenir, c'est que par le chaulage des terrains primitifs et de transition vous mettez de la potasse en liberté et à bas prix; d'autre part, l'action de la chaux sur l'humus du sol favorise singulièrement la fixation de l'azote atmosphérique en concourant à la formation des nitrates. Toutes les fois, en un mot, que les engrais chimiques vous seront ofTerts par les réactions de votre propre terrain, ne négligez rien pour vous les procurer ainsi. Ce sera de l'économie bien entendue.

Le sulfate d'ammoniaque est une substance précieuse que je vous signalerai enfin comme source d'azote. 11 y a une vingtaine d'années, l'un de ses plus intelligents producteurs en France, M. Mallet, se plaignait de ne pas en trouver le placement à 32 fr. les 100 kilog. Or, en ce moment, et surtout sous l'influence des publications relatives aux engrais chimiques, ce sel dont les, efTets sont mieux appréciés, se vend 55 fr. et son prix tend à s'élever, Yoici du reste sa composition chimique :

Acide azotique Potasse

Acide sulfurique Ammoniaque — Eau

L'ammoniaque étant à son tour formée de :

Azote 14

Hydrogène 3

il en résulte que dans le sulfate d'ammoniaque il entre 21,21 pour 100 d'azote ; mais en général le produit commercial en renferme 20 pour 100. Il est prudent de n'acheter le sulfate d'ammoniaque qu'avec garantie de composition. Ce sel est le plus souvent extraitdes eaux de condensation du gaz de l'éclairage, on en retire aussi des eaux vannes de la vidange. Un jour viendra, et il n'est peut-être pas éloigné, où on reconnaîtra la nécessité de l'obtenir en distillant les immenses amas de tourbe que renferme la France. En même temps que les gisements de guano du Pérou s'épuisent, l'acide phosphorique, vous le voyez, nous est offert par les terrains du grès vert, et, si d'autre part l'agriculture peut concevoir des craintes en raison de la rareté des produits azotés, les tourbières demain et la mer plus tard ouvriront à notre activité un large débouché.

Le sulfate d'ammoniaque, sa composition l'indique assez, ne serait à lui seul un engrais actif que dans un sol déjà riche en acide phosphorique, potasse et chaux; mais, en limitant son Me et en ne le considérant que comme source d'azote, il peut encore offrir de très-grands avantages. M. Lawes a récolté en douze ans, sur un seul et même champ, 23,?>53 kilog. de produits végétaux (grain et paille de froment) par acre (1), en employant pour engrais des substances fixes et des sels ammoniacaux. Un second champ fumé de la même manière lui fournil 24,091 kilog. Il employa ensuite des matières minérales fixes sur les terres fumées par les sels ammoniacaux et sur des terres non fumées. Il y eut, dans le premier cas, un excédant de récolte qui varia de 8,391 à 8,929 kilog. Ce fait reconnu exact par le savant professeur Liebig lui inspire les lignes suivantes : « On ne peut révoquer en doute que les sels ammoniacaux n'aient dans les deux cas remplacé l'action des matières organiques en décomposition et conséquemment augmenté le prc-

(1) 40 ares 46 centiares.

duit de la récolte; on est donc porté à croire que l'augmentation des produits lient à la môme cause. Plusieurs faits ont démontré que l'action des sels ammoniacaux ne peut dépendre de leur contenu en azote, et n'a même aucun rapport avec celui-ci; il est clair, d'après cela, que c'est en agissant comme sels qu'ils produisent leur effet, c'est-à-dire que les acides qui s'y trouvent doivent coopérer à cette action (1). »

Cette théorie, aussi étrange quenouvelle,a lieu de surprendre, et lorsqu'on entend nier l'efficacité de l'ammoniaque des sels ammoniacaux, on s'attend à ce que des faits décisifs vont être immédiatement allégués. M. Liebig se contente d'énoncer que « l'effet de la coopération des acides des sels ammoniacaux ri a pas é'é déterminé jusqu'à ce jour. » De là, dit-il, « les divergences d'opinion sur l'action des sels ammoniacaux. » Ici encore, Messieurs, mettant la vérité au-dessus des considérations de personnes, je dirai, sans oublier la déférence due à une illustration scientilique, que l'action de l'ammoniaque en tant que source d'azote assimilable est en dehors des choses discutables et qu'il faut, pour la révoquer en doute, une ténacité que l'amour exclusif d'un système préconçu peut seul faire excuser.

Parmi les raisons invoquées par M. Liebig dans ses Lettres sur l'agriculture moderne pour contester l'action de l'azote des sels ammoniacaux, vous remarquerez, Messieurs, la suivante : « La proportion notable d'azote naturellement contenue dans le sol rend insignifiante l'addition d'ammoniaque opérée par l'introduction d'engrais. » On peut répondre que c'est rétorquer un fait par une hypothèse, car rien ne prouve que la porosité du soi qui, selon M. Liebig lui-même — page 30, note 2 — peut retenir l'ammoniaque malgré de hautes températures, ne soit également suffisante pour paralyser l'action de ce gaz sur les plantes en deçà d'une certaine limite dans la richesse du sol en ammo niaque.

On discutera longtemps sur l'opportunité d'employer les sels ammoniacaux dans tel ou tel sol; on peut contester qu'il soit avantageux de les employer en fumure plutôt que les substances organiques riches en azote; toutefois, nier que les sels ammonia-

(l) Lettres sur ? agriculture moderne, p. 47 et suiv.

eaux agissent par leur azote, c'est ce que peu d'observateurs oseraient faire. Mais revenons, Messieurs, aux faits que je viens de vous signaler, et reconnaissons que l'azote peut être fourni aux récoltes : par la décomposition des débris organiques, par l'action des azotates, par les sels ammoniacaux.

Les faits nombreux dont j'ai eu communication m'ont permis d'exprimer l'opinion suivante sur l'action du sulfate d'ammoniaque à la dose de i 50 à 250 kilog. à l'hectare, soit qu'on l'employât à l'automne, soit qu'on s'en servît au printemps pour des prairies ou des plantes d'hiver qui avaient beaucoup souffert :

« Dans les terrains granitiques et schisteux, le sulfate d'am- « moniaque doit être considéré comme un engrais auxiliaire des « principes minéraux, et notamment de l'acide phosphorique « et de la chaux combinée, introduits dans nos cultures. On sait « que dans ces terrains la potasse est assez abondamment ré- « partie par la nature.

a Quelquefois, le sulfate d'ammoniaque utilisé au printemps o et en couverture peut rendre à la végétation des froments qui « auraient souffert, une vigueur extrêmement favorable. A son « aide, j'ai vu une récolte sur laquelle on ne comptait que mé- « diocrement malgré l'emploi de bon noir animal, être littéraa lement sauvée.

« En thèse générale, il convient de faire remarquer, notam- « ment pour les terrains non calcaires de la Bretagne, que le « sulfate d'ammoniaque doit être considéré, non comme un « engrais complet (on s'exposerait à des déboires en le pen- « sant), mais comme un élément complémentaire des fumures. « J'ajouterai que ce sel, qui renferme 20à 21 pour 100 d'azote, « peut être utilement employé pour rehausser la richesse en « azote de certains guanos dits phosphatiques et activer l'assi- « milation de leur acide phosphorique par les végétaux. »

Azotates ou sels ammoniacaux, toutes ces matières qui à la rigueur peuvent être remplacées par l'action atmosphérique, ne sauraient dispenser d'acide phosphorique et d'alcalis; aussi plusieurs d'entre vous ont-ils gardé le souvenir des ruines causées naguère à Nantes par la fabrication d'engrais riches de sang, de matières fécales, d'issues d'abattoir, mais où le principe osseux faisait défaut. La végétation foliacée fut puissamment sur-

excitée, le grain fut peu abondant, et la verse advenant, le désastre fut complet. Lorsque je vous entretiens des engrais surtout caractérisés par une grande proportion d'azote, j'ai donc en vue leur emploi pour la fabrication des engrais mixtes, l'enrichissement en azote de certains sols déjà pourvus de principes minéraux fixes, la fumure des prairies artificielles, ou enfin l'amélioration des fumiers. S'agit-il en Bretagne de défricher une lande, de cultiver le froment, l'avoine, le sarrasin ou môme le chou, l'utilité des phosphates apparaît immédiatement avec son éclatante signification.

On peut donc favoriser et compléler l'action de l'acide phosphorique au moyen de substances azotées, et h l'aide de tels mélanges on rend même cet acide très-actif dans des sols qui ne semblaient pas comporter son emploi. Dans le Nord et dans l'Est, MM. Kuhlmann et Schattenmann ont obtenu sur des prairies un effet rapide mais peu durable des sels ammoniacaux, tandis que les résultats devenaient remarquabjes lorsqu'on saturait du phosphate acide de chaux par les eaux ammoniacales du gaz. Dans une culture de sarrasin, aux environs de Gaen, M. Isidore Pierre a sextuplé la récolte du grain et triplé celle de la paille par l'emploi du* phosphate ammoniacomagnésien.

Entre nous, Messieurs, il ne saurait donc exister de malentendu, et le terrain sur lequel je me place pour vous parler de principales matières azotées du commerce est désormais biep> déterminé.

On a dit souvent et avec raison que les bestiaux ne sont pas des producteurs, mais bien des consommateurs, en ce sens qu'ils exportent du sol, sous forme de viande et d'os, une quantité considérable de matière nutritive; toutes les fois, par conséquent, qu'il sera possible de faire retourner au sol les débris des animaux, il sera d'une suprême logique de le faire. Les produits d'équarrissage, tels que sang, chair musculaire, substances cornées, les déchets de boucherie dont on a extrait la graisse et qui contiennent des chairs, cartilages, tendons, poils et petits fragments d'os, enfin certains résidus industriels, tels que les débris de la tannerie, les rognures de cuir, les poils, chiffons de laine, tontisses, etc., ne sauraient être dédaignés par une agricul-

ture progressive. L'examen chimique des matières que je viens de vous citer, suffira pour vous convaincre de leur puissance fertilisante.

Lorsqu'on abat un cheval de taille moyenne, on obtient en moyenne 18 à c20 kilog. de sang. Les bouchers des petites localités en recueillent, de leur côté, des quantités importantes. La composition de ce précieux engrais azoté mérite tout d'abord de fixer votre attention.

Le sang contient environ 80 pour 1 OOd'eau, et cette proportion énorme de liquide aurait le double inconvénient de grever son transport et de faciliter sa décomposition. On le constate facilement toutes les fois qu'on abandonne le sang à lui-môme; au bout de peu de temps, il s'en dégage de l'ammoniaque, et sa richesse en azote, qui approche de 3 pour 100 à l'état normal, tend à décroître rapidement. Yoici les divers moyens de condenser el de fixer les matériaux altérables du sang.

On peut faire chauffer fortement des terres et les arroser de sang liquide. Le pouvoir absorbant de la terre agit alors d'une manière efficace, une portion du liquide s'incorpore à la masse et une notable proportion d'eau s'évapore. Si la terre est riche en détritus organiques et si on la chauffe fortement dans un four à peu près clos, elle agit mieux encore, parce que le charbon disséminé dans sa masse possède une propriété absorbante et désinfectante qui ralentira La décomposition de l'engrais dans le sol. Cette décomposition sera rendue plus lente encore et la fabrication de l'engrais donnera lieu à moins d'émanations désagréables si on fait cuire le sang avant de le mélanger à la terre, ('/est ainsi qu'opérait, il y a quelques années, M. Cornali d'Almeno (1), dans le domaine de la Choltière (Indre); cet agriculteur employait comme matière absorbante une terre argilo-siliceuse ayant la composition suivante :

Matières organiques et eau de combinaison 8,09

Sable 59,00

Argile 32 01

Il calcinait fortement 18 hectolitres de cette terre dans un, four

(I) Journal d'agriculture pratique^ 5 janvier 1855.

rectangulaire dont la sole était une plaque de fonte chauffée inférieurementà l'aide d'un stère de bois environ. Une grille recouverte de terre formait la paroi supérieure du four, et cette terre était destinée à remplacer celle que l'on soumettait à la calcination. Dans une chaudière située près du four, on introduisait alternativement du sang que l'on faisait bouillir, puis de la terre carbonisée. Le tout était écrasé et offrait alors à l'analyse :

Eau 15,55

Matières organiques H, 70

Matières minérales 77,"5

Azote, 0,75 p. 100. — L'hectolitre pesait 98 kilogr.

L'engrais, vous le voyez, n'était pas riche en raison de l'énorme quantité de substance siliceuse contenue dans la terre absorbante. Mieux que cette terre, du charbon de bog-head, des terres tourbeuses carbonisées auraient rempli le but. Il pourra cependant être quelquefois avantageux de suivre cet exemple ; mais je ne vous le conseillerais pas, si la matière fabriquée devait subir un transport quelque peu coûteux. Il convient de ne faire peser les frais de ce transport que sur une substance utile.

Remarquez bien, Messieurs, que si j'insiste sur l'importance de condenser autant que possible les principes eflicaces d'un engrais, je laisse entière la question de son emploi. Dans le plus grand nombre de cas, en effet, il est convenable de diluer la matière fertilisante ; mais cette dilution peut se faire sur le terrain d'action et je ne vois pas la nécessité de transporter à grands frais des matières qui souvent n'agissent que comme diviseurs physiques.

Ceci bien compris, je vais vous indiquer brièvement les procédés employés pour éliminer du sang l'eau qui rend son transport impossible.

On a successivement adopté l'opération à l'air libre qui répand une odeur infecte, la coagulation par la vapeur qui offre le môme inconvénient bien qu'à un moindre degré, la solidification par des agents chimiques, tels que l'acide sulfurique, la chaux, le sulfate de fer, le chlorure de fer, le chlorure de manganèse.

La coagulation pure et simple à feu nu, au bain-marie, ou sous l'influence d'un jet de vapeur, donne un assez bon produit qui, par la pression et la dessiccation, arrive à un degré remarquable de richesse en azote et se conserve bien. Cette substance est expédiée aux agriculteurs et aux fabricants d'engrais composés; elle est constituée par des petites masses grisâtres dont la cassure est noire et brillante, et qui contiennent généralement, d'après mes analyses, 12 à 15 d'azote pour 100 parties de sang rigoureusement sec. L'humidité de la matière telle que la livre le commerce varie de 12 à 20 pour 100. Il est très-utile de ne pas juger l'engrais sur ses caractères extérieurs, car des échantillons d'un aspect satisfaisant m'ont fourni les résultats suivants rapportés à 100 parties de substance sèche :

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