‹ Leçons de chimie agricoleChapitre 64 sur 87 · L II · texte numérisé non relu

L II

Matières organiques 51,0 60,5

Sable siliceux 29,0 32,0

Alumine, oxyde de fer et phosphate de

chaux 5.8 5,4

Carbonate de chaux et sels alcalins 14,2 12,1

M. Suquet a proposé de mélanger le sang liquide avec 5 p. 100 en volume d'une dissolution de per sulfate de fer à 18 degrés de l'aréomètre de Baumé : la masse est ensuite abandonnée en tas, les liquides suintent abondamment, et au bout de quelque temps le sang offre l'aspect d'une terre sèche. Lorsqu'on aura à sa disposition de la couperose à bas prix, on pourra recourir à ce moyen ; je lui préfère toutefois celui que j'ai fait employer par M. Bonnet, adjudicataire du sang des abattoirs de Paris, et que les auteurs ont pris l'habitude d'attribuer à ce négociant. Il consiste à coaguler le sang à l'aide du chlorure de manganèse que rejettent les papeteries et les fabriques d'eau de javelle ou de chlorure de chaux; non-seulement ce procédé est économique, mais encore il assure au produit obtenu une résistance assez grande à la décomposition.

M. Peplowski mélange le sang avec 1 /32 de son poids de chaux vive. Il se forme ainsi une masse facile à diviser et dont la décomposition dans le sol n'est pas trop rapide.

Toutes les fois qu'on aura recours au sulfate ou au chlorure

de fer, au chlorure de manganèse ou à la chaux pour solidifier le sang, on reconnaîtra prompteraent que l'opération, pour être bien faite, nécessite remploi d un sang frais. Dans le cas contraire, la coagulation se fait incomplètement, et si on a recours à la chaux, il y a déperdition d'ammoniaque.

Mais, comme les substances azotées ne dispensent pas de l'emploi des engrais riches en matériaux fixes, tels que les phosphates, la fumure par le sang ne devra être considérée que comme supplémentaire, et si, pour certaines plantes fourragères, on peut utiliser le sang à l'état de division convenable, le plus souvent il conviendra de l'associer à d'autres substances. Je reviendrai sur ce sujet en vous parlant des engrais mixtes ; mais je dois mentionner dès aujourd'hui que des matières tourbeuses ou mieux encore du noir d'os fm imprégné de sang frais, donnent un engrais fort actif; le noir d'os en particulier préserve le sang de la décomposition. Des phosphates fossiles stratifiés avec du sang, ou mieux encore avec des tourbes imprégnées de sang, acquerront par ce contact une puissance d'assimilation très-remarquable.

Les animaux abattus dans les établissements d'équarrissage sont généralement cuits dans des autoclaves, et les chairs musculaires pressées, puis séchées à l'étuve, constituent une matière fort recherchée par l'agriculture. M. Rohart (I), calculant sur les produits de cinq chevaux, estime qu'un animal fournit ihect, 40 de chairs cuites et pressées, soit 89k,600. Ces chiffres correspondent à i60k,937 de chair crue. M. Payen. dans son excellent Mémoire sur les animaux morts (2), arrive au chifTre de 164 kilogrammes.

Une chair sèche destinée au commerce et préparée à Aubervilliers, a fourni à M. Soubeiran:

Azote p. 100 6,5 0,2

Eau 10,0

Matières animales 84,7

Cendres riches en phosphates 6,3

Réduite à l'état sec, cette chair contenait 13,23 p. 100 d'azote.

(1) Guide de la fabrication économique des engrais % p. 545.

(2) Mémoires de la Société impériale et centrale d'agriculture, année 1830.

J'ai analysé un grand nombre d'échantillons de chairs sèches expédiées à Nantes pour la fabrication des guanos artificiels: j'y ai trouvé en moyenne 12 p. 100 d'azote, et lorsque la dose de ce principe s'abaissait notamment au-dessous de cette limite, le phosphate des os croissait proportionnellement.

Les chairs sont expédiées en poudre grossière. On les emploie à la volée, à la dose de 3 à 400 kilog. par hectare pour certaines cultures herbacées, mais le plus souvent elles entrent dans la fabrication des engrais composés. La décomposition de ces substances est rapide, alors surtout que l'humidité intervient.

Dans certains cantons de Belgique (I), dès qu'on perd l'espoir de guérir un animal malade, on le conduit sur un champ: là on lui ouvre les veines et on lui fait répandre son sang en marchant jusqu'à ce qu'il tombe. On le dépouille alors de sa peau, et après l'avoir grossièrement dépecé on enfouit ses morceaux dans une fosse, sous une couche de terre assez épaisse, jusqu'à ce que la viande se sépare facilement des os ; on divise alors celle-ci avec la terre, soit par un simple mélange, soit en ajoutant de la chaux qui favorise la dissémination, mais aux dépens de la richesse en azote. Souvent, en Bretagne, onx>père d'une manière analogue en employant des terres ou des tourbes. Lorsque la décomposition est jugée suflisante, on retire les os pour les vendre aux fabricants de noir animal, et le compost à base de chair sert à la confection des mélanges avec le noir de raffinerie ou certains engrais riches en phosphates.

Il y a quelques années, M. Rohart avait propagé avec succès l'usage de tourteaux de matières animales provenant des menus déchets de boucherie et des détritus d'abattoir dont on avait retiré la graisse. Ces engrais, dans lesquels la matière animale est associée à de la sciure de bois, consistent principalement en chairs, cartilages, tendons, poils et petits fragments d'os. Voici les analyses de quatre échantillons de ces tourteaux que l'on n'appréciait pas à leur valeur avant que M. Kouart les fit connaître à l'agriculture.

(!) Isidore Pierre, Chimie agricole, p. 342.

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