IM
Ce qui revient à dire que le fumier représente environ 73 p. 100 d'humidité normale : on calcule même souvent 80 p. 100 lorsqu'une charge en renferme 1,000 kilog., les trois ou quatre chevaux qui la traînent aux champs transportent en réalité 800 kilog. d'humidité. Mais ne nous empressons pas de déplorer ce résultat, avant d'avoir étudié et compris le vrai rôle du fumier dans la fertilisation du sol.
Lorsqu'on dose l'azote du fumier, on a une mesure assez exacte des combinaisons azotées assimilables (ammoniaque, acide azotique), auxquelles cet engrais peut donner naissance — si on admet que l'azote doive être exclusivement transformé en ammoniaque, ce qui est vraisemblable dans le plus grand nombre des cas — on est dès lors conduit à adopter l'échelle que je mets sous vos yeux.
Ammoniaque correspondant à l'azote trouvé.
Dans 100 kilog. de fumier de Bechelbronn 0*,50O
— — d'une ferme anglaise 0 ,760
— — de Grignon 0 ,870
— — du Liebfrauenberg (1854). 0,430
— — du Jardin des Plantes.... 0 ,600
Si l'on ramène ces fumiers à l'état sec, l'analogie de composition est plus facile à saisir, et l'on obtient:
DIX - SEPTIÈME LEÇOiN. 413
Azote Equivalant Acide
assi-
à phospho-
milable, ammoniaque, rique.
Dans 100 kilog. de fumier de Bechelbronn.
— — d'une ferme an-
— — du Liebfrauen-
— — du Jardin des
Anticipant sur ce que j'aurai à vous dire bientôt au sujet du rôle du fumier dans le sol, je dois vous mettre en garde contre l'opinion qui tendrait à vous faire considérer les dosages d'azote et d'acide phosphorique comme les seuls moyens d'appréciation de la puissance fertilisante du fumier.
Mais poursuivons l'examen de la composition chimique de l'engrais d'étable.
Les déjections de cheval, de mouton, de porc, diffèrent sensiblement des excréments de vache; les fumiers qu'elles produisent se ressentent de cette différence.
Les chiffres suivants, obtenus par M. Girardin, vous permettront d'apprécier la nature de ces diverses matières :
F.XCRKMENTS
de vache. de cheval, de mouton. de porc.
tëau.; 79,724 :8,360 68,710 75,000
Matières organiques 16,046 19*100 23,160 20,150
Matières minérales 4,230 2,540 8,130 4,850
La proportion relative de la substance organique et des matières minérales explique pourquoi le fumier de vache, par exemple, est d'un effet moins rapide et plus durable que ceux de cheval, de mouton et de porc. Du reste, le fumier normal employé par l'agriculture est d'une nature mixte, et celui que M. Boussingault a choisi comme type, provenait de trente chevaux, de trente bôtes bovines, de quinze à vingt porcs; à un état moyen de décomposition, il renfermait :
Année 1838-39 j £au; .* 77>8
t Matière sèche. .. . 22,2
Année 1839-40 |STÎ.V*1V 80,4
f Matière sèche 19,6
Ce qui fournit pour la moyenne I ' • * : • • 80»4
J \ Matière sèche 19,0
L'analyse complète d'un tel fumier a donné :
Fumier humide. Fumier sec.
Eau 79,300 »
(Carbone 7,400 35,800
Matières orga-J Hydrogène 0,900 4,200
"iques | Oxygène 5,300 25,800
l Azote O. ino t,tOO
(Acide carbonique 0,134 0,644
Acide phoaphorlquc. 0,*oi <ko««;
Acide sulfurique 0,127 0,612
Chlore. ... 0,040 0,193
ralps s Silice, argile et sable.... 4,449 21,381
fa eS J Chaux 0,576 2,769
f Magnésie 0,241 1,159
! Oxyde de fer, alumine. . 0,409 1,964
\ Potasse et soude 0,523 2,512
Dans le fumier fait de Grignon, M. Soubeiran avaittrouvé :
Ea» 69,40
Matières organiques l«?20
Sels alcalins 0 87
Carbonates de chaux et de magnésie. 1,75
Sulfate de chaux l't3l
Phosphate ammoniaco-magnésien 1,13
Autres phosphates et principalement phosphate de
cnaux 0,47
Matières terreuses 5^7
Ce fumier renfermait i,34 d'azote p. 100. Cet azote était ainsi réparti :
Azote des sels ammoniacaux soluhles 0,1 1
— du phosphate ammoniaco-magnésien.. 0,06
— de la matière organique 1,17
Voici enfin une analyse de Braconnot, effectuée sur un fumier consommé, habituellement désigné sous le nom de beurre noir :
Eau .
Matières organiques et sels solubles (parti-
culièrement des sels de potasse)
Sels insolubles, sable, etc
Paille convertie en tourbe
Matière tourbeuse très-divisée analogue à
la précédente
En résumé, le fumier nous'représente une matière dérivée de la végétation, et contenant dès lors tous les principes nécessaires à une végétation nouvelle. L'état physique du fumier, les phénomènes chimiques qui motivent et accompagnent sa fermentation, rendent certaine l'assimilation régulière de ses principes actifs. Le sol enfin est ameubli de la manière la plus heureuse, et amené à un état très-favorable à l'absorption et à la conservation des principes atmosphériques fécondants, en raison de ses propriétés acquises sous l'influence tl'un fumier convenablement préparé.
Pour en terminer avec ces questions de chiffres, j'appellerai votre attention sur lè poids du mètre cube de fumier et sur les moyens de calculer à priori l'importance de sa production.
Divers auteurs adoptent :
Pour le fumier fait de bœuf 700 kilog.
Pour le même fumier frais 580 —
Pour le fumier fait de cheval 405 —
Pour le fumier fait du bélail 700 à 750 —
Pour le même fumier fortement tassé.. 820 —
M. Heuzé fait observer avec raison que le degré d'humidité des fumiers ainsi que leur entassement plus ou moins considérable dans les fosses ou sur les plates-formes, exercent une grande influence sur le poids du mètre cube.
D'après le résultat de différentes pesées, Boussingault admet comme poids moyen du mètre cube de fumier normal :
Pour le fumier sorti depuis peu des étables, mais
bien tassé (A) 700*
Pour le fumier à demi consommé et très-humide tassé en fosse (H) 800
Pour le fumier Irès-consommé, humide et fortement
comprimé (C) 900
Pour le fumier frais très-pailleux, à la sortie des
étables.
41b' LEÇONS DE CHIMIE AGRICOLE.
Or, en supposant trois zones à peu près égales des fumiers, A, B, G, entassées dans une fosse, le poids moyen du mètre cube de ce fumier arrivé à l'état où on le transporte sur les champs sera, en place, de 800 kilog.
Les méthodes d'évaluation du fumier relativement à la litière et aux aliments employés, ont été l'objet de nombreuses recherches. Depuis longtemps, les praticiens qui se sont donné la peine d'observer avec quelque soin, ont constaté que pendant une année :
Un cheval pouvait donner 10,500 kilog.
Un bœuf de Iravail 0,400 —
Un bœuf à l'engrais 25,300 —
Une vache en stabulation 11,400 —
Une béte à laine 550 —
Une béte porcine * i,i00 —
Bien des circonstances, telles que la mauvaise disposition des étables et la perte des urines, puis aussi le séjour plus ou moins prolongé des animaux au dehors des bâtiments, la nature des aliments, influent sur le rendement des fumiers. M. Heuzé rapporte qu'à Grignon, en 1838, les bœufs de trait qui ont travaillé en moyenne 6h 59ffi pendant 300 jours, n'ont produit que 10,100 kilog. de fumier, tandis que dans l'année 1837, où chaque tête n'a travaillé que 4h 51™ pendant le môme temps, la production du fumier s'est élevée à 12,300 kilog. par chaque bœuf.
Ges résultats obtenus à la suite de longues expériences, peuvent vous guider pour l'appréciation du fumier que donneront les animaux d'une ferme; mais la science agricole exige davantage : elle cherche le comment, sinon le pourquoi des choses et demande au raisonnement plutôt qu'à l'empirisme un guide pour ses opérations.
Meyer, Thaer, Koppe, de Thunen, de Yulfen, Bloch, Dom* baslc, Kreissig, Gœritz, Schwertz, Burger, et dans ces derniers temps MM. Dupeyrat et Heuzé, ont cherché un coefficient propre à déterminer le fumier en fonction de la litière et de la nourriture. Je me bornerai à vous décrire la méthode de M. Heuzé, qui est aussi simple dans son principe que dans ses applications ; elle est basée sur les expériences faites vers 1842, à Grand- Jouan, et consiste dans l'opération suivante : réduire la nour-
Mure et la litière; de quelque nature qu'elles soient, à l'état de siccité, et multiplier le résultat par l'un des chiffres que voici:
Multiplicateur pour les chevaux = 1,30
— bœufs de travail = 1,50
— vaches = 2,30
— porcs = 2,50
— bétesàlaine = 1,20
Chiffre moyen = 1,80
Il est nécessaire de bien s'entendre sur ce qu'on doit appeler aliment sec. Ainsi le foin ordinaire n'est pas complètement privé d'eau : il en renferme 15 p. 100 qu'il faut déduire du poids brut de cette nourriture avant d'effectuer l'opération. Voici, du reste, pour faciliter le calcul, les proportions d'humidité contenues dans les principales substances alimentaires et dans les litières :