LITIÈRES
Paille de céréales 10 90
Paille de sarrasin 15 85
Sciure de bois 25 75
Feuilles mortes 25 75
Voici l'application de ces chiffres. Je prendrai pour exemple
une vache suisse ne sortant pas de Tétanie et recevant par année :
MATIKRK SK(
2,745 kilog. de pommes de terre ou.
68bk
foi n > • • •
tourteaux de colza...
Si je multiplie 5,313, chiffra des matières sèches, par le coefficient 2,30, qui se rapporte aux vaches, j'obtiens 12,249 kilog., soit environ 13 mètres cubes de fumier.
En désignant par a l'aliment ou la litière, par a! la matière sèche réelle qui y correspond, et par C le multiplicateur en rapport avec la nature de l'animal, on a pour le poids de fumier : x = ( a X a.') x C.
Un bœuf consommant 100 kilog. de foin, 250 kilog. de pommes de terre et 230 kilog. de paille — litière comprise — fournira donc :
Matière Pommes Matière Matière Foin. sèche. de terre. sèche. Paille. sèche.
(100 X 85 + 250 X 25 + 250 X 00) X 1,5 = 551,250 de
fumier.
Ces principes généraux admis, nous allons désormais passer en revue les moyens ordinairement adoptés pour produire, conserver et employer le fumier; chemin faisant, nous rechercherons la raison d'être de ces moyens.
Le fumier, vous ai-je dit au commencement de cette leçon, c'est la litière imprégnée d'excréments; mais cette litière ne sera pas toujours et nécessairement de la paille : le bon sens indique, en effet, que si la paille est rare, il sera quelquefois convenable de la réserver pour l'alimentation et de lui substituer des substances absorbantes, ou mieux encore, des substances à la fois absorbantes et fertilisantes. Les fanes de pommes de terre, les pailles de colza et de sarrasin, si riches en alcalis et en acide phosphorique, ne sauraient être dédaignées, et c'est un crime de lèse-agriculture que de les brûler comme on le
fait quelquefois en Bretagne. Des terres et des tourbes sèches, de la tannée, de la sciure de bois, des feuilles et des débris végétaux divers peuvent être dans telle ou telle circonstance employés avec grand profit. En pareil cas, on convertit directement la paille de céréale en lait, viande, laine, etc., en même temps qu'on utilise à l'état de lilière des substances dont la valeur agricole est trop souvent méconnue.
Une pratique éclairée doit nécessairement tendre à concentrer avec soin dans le fumier toutes les excrétions des animaux, et à paralyser les influences qui pourraient en gazéifier les principes utiles. Pour arriver à ce résultat, les méthodes sont variables selon les lieux et le plus ou moins d'instruction des agriculteurs.
On peut tout d'abord supprimer la paille lilière et l'employer pour l'alimentation du bétail ; elle sera remplacée dans ce cas, en raison des convenances spéciales de l'exploitation, tantôt par de la terre sèche, tantôt par de la tourbe ou des fanes et débris végétaux divers. C'est une pratique adoptée aujourd'hui par un grand nombre d'agriculteurs éminents. On ne saurait nier que l'emploi des litières terreuses ou tourbeuses ne soit avantageux lorsque Ton dispose de peu de fourrage et que l'on a d'ailleurs à sa disposition un espace convenable pour la conservation de la terre sèche. Dans certaines parties de la Loire- Inférieure, on peut se procurer des terres tourbeuses à bas prix: il suffirait d'en faire une couche de 10 à 15 centimètres de hauteur, d'y jeter de temps à autre un peu de phosphate fossile, et de ramener la masse en tas dans un coin de l'étable lorsque les excréments l'auraient imprégnée, pour constituer un excellent compost. Ce que je vous dis pour la tourbe s'applique aux terres elles-mêmes, et M. Malingié affirmait que, lorsque la litière terreuse est bien entretenue, les bestiaux la préfèrent à la paille. Je dois ajouter que le système mixte peut être suivi pour essai, et qu'il vous serait souvent facile d'assainir vos étabies et d'augmenter vos engrais, en plaçant des terres, sables et tourbes sous les litières ordinaires. Quoi qu'il en soit, il est fort délicat de louer ou de blâmer une méthode sans avoir égard aux cas spéciaux dans lesquels elle est appliquée : il en est ainsi, du reste, de beaucoup de procédés analogues; avant de les con-
damner, il. faut se rendre compte des chiffres qui s'y rattachent.
Pour économiser la paille litière et supprimer les frais de transport et de conservation des terres absorbantes, il y a un autre moyen que je vous signalerai d'une manière succincte. Dans certains cantons de la Suisse, le sol de l'étable est en bois et incliné vers une fosse où l'on balaye les urines et les déjections, puis on lave le plancher. Si on emploie de la paille, on la purge des excréments et de l'urine par un lavage, et on la fait sécher pour l'employer de nouveau. On calcule que le liquide de la fosse représente quotidiennement un hectolitre par tête de bétail, lorsqu'on mélange deux volumes d'eau à un volume de déjections. Cet engrais encombrant est connu sous le nom de lizier; c'est, en somme, un mélange de bouse et d'urine.
Voici le plan d'une étable construite dans le. nord de la France, pour l'application du système suisse et la séparation du lizier. Le bâtiment est en maçonnerie, et le sol en grès.
Étable d'après le système suisse.
A, étable à vaches.
B, écurie aux chevaux.
C, latriues.
7, lanterne de siège sur les latriues.
D, cloison de séparation.
d d d d, citerne.
E, partie de la citerne dans laquelle on puise l'engrais à l'aide d'une pompe
pour en remplir les tonneaux d'arrosement. 3, 4, 5, 6, coulisses en bois de chêne placées dans les pavés deirière les animaux, avec pente vers la citerne.
8, loge pour les veaux .
9, huche pour la nourriture des chevaux.
10, lits des charretiers.
H, 12, entrée et couloirs.
Je vous citerai également pour mémoire la possibilité de conserver le fumier dans l'étable môme où il. a été produit. Ce moyen est en usage, bien que d'une manière très- grossière, dans certaines parties du Limousin, où on creuse l'étable de Om,50 au-o*essous du sol et où on accumule la litière formée d'ajoncs et de paille jusqu'à ce que l'animal touche aux solives du bâtiment. M. Decrombecque a amélioré cette pratique en rendant le râtelier mobile à l'aide de montants à chevilles, puis en additionnant la paille de terre absorbante. M. le docteur Brame a étudié avec soin ce procédé de fabrication de UHère- /wfWier(l),etill'aappliqué,deconcertavecM. Minangoin,dansles étables de la colonie de Mettray. Ici encore les crèches sont mobiles, le sol de l'étable est à 0m,80 au-dessous du sol extérieur, et il est recouvert d'une couche de terre ou marne sèche de 0ro,i0 à 0Œ,20. La litière consiste en couches alternatives de paille ou d'ajonc, et de terre ou de marne. Le piétinement des animaux rend la masse homogène, et la déperdition de 1 ammoniaque est insensible, à la condition que la paille ou l'ajonc recouvre toujours la terre ou la marne et soit renouvelé tous les jours.
La méthode d'accumulation du fumier dans les étables a pu donner des résultats satisfaisants, lorsqu'elle était appliquée par des agriculteurs soigneux et intelligents; mais je doute fort qu'elle se propage, et j'ajouterai qu'elle ne m'apparaît que comme un pis aller. La haute température des étables où le fumier se tasse, et les émanations qui s'y concentrent, sont autant de causes de maladies pour les animaux. Je ne saurais admettre d'ailleurs que l'existence d'un animal dans un air chargé de particules organiques, soit sans inconvénients graves. La propreté est une condition hygiénique aussi favorable au bétail qu'à l'homme, et M. le baron de Morogues n'a pu arrêter quelquefois la mortalité de ses bestiaux, qu'en faisant rehausser le sol des étables et prenant toutes les précautions convenables pour y entretenir la pureté de l'air.
On comprend facilement que toute méthode basée sur la conservation du fumier dans l'étable, nécessite des constructions dispendieuses, un bon système de ventilation, et enfin l'emploi
(1) La litière- fumier, par M. le docteur Brame. Tours, Imprimerie Lade- Yèze, 1860.
d'une grande proportion de litière. Ces conditions semblent remplies dans les étantes belges décrites par Schwerlz (I), et où, selon cet agriculteur, on peut recueillir et conserver une quantité de fumier beaucoup plus forte que dans lesétables ordinaires. Voici, Messieurs, comment Mathieu de Dombasle (2) apprécie ces étables.
« C'est une chose à peine croyable, dit-il, que la différence qui résulte de la disposition des élables pour la quantité de fumier qu'on obtient. Dans la Belgique, les cultivateurs calculent que chaque vache nourrie à l'élable produit, dans l'année, cinquante à soixante voitures de fumier conduites par un cheval (c'est-à-dire 32,5C0à39,0C0kilog.). Celte quantité était tellement disproportionnée à ce qu'on obtient partout ailleurs, et à ce que j'avais obtenu moi-même jusque-là, qu'à mon arrivée à Roville j'ai fait disposer, afin de vériûer ce fait important, deux étables à la manière belge, l'une pour douze bœufs à l'engrais et l'autre pour douze vaches. Cette disposition consiste à pratiquer en avant des bôtes un passage pour leur donner la nourriture, et derrière elles un espace large et un peu enfoncé, dans lequel se rendent toutes les urines et où l'on jette tous les jours le fumier qu'on enlève sous les bôtes... L'expérience m'a démontré qu'il n'y a rien d'exagéré dans la quantité de fumier qu'on peut obtenir dans les étables disposées ainsi, lorsqu'on peut donner au bétail une grande abondance de litière. Si je suis resté au-dessous de cette quantité, je l'attribue uniquement à ce que le sol de mes étables n'étant pas cimenté, il se perd nécessairement une partie des urines par des infiltrations. Au reste la quantité de fumier que j'ai recueillie dans les étables disposées de cette manière a été constamment presque double de celle que me donnait le môme nombre de bôtes recevant la même nourriture, et placées dans une autre étable construite à la manière ordinaire, de sorte que le fumier s'y évacuait tous les deux jours ; le fumier étaitaussi plus gras et de bien meilleure qualité dans la première.
« Douze vaches laitières, recevaut des résidus de distillerie et du regain, donnent constamment dans l'élable belge sept voitures de fumier par semaine, c'est-à dire une voiture de fu-
(I) Agriculture be/ye.
fi) Annotes de Rovilte.
mier (650 kil.) pour douze journées d'une bête, ou un peu plus de trente voitures pour l'année. Je ferai remarquer que les vaches dont je parle ici sont de race du pays et par conséquent beaucoup plus petites que les vaches de Belgique. J'évalue la ration journalière des miennes à 20 livres de foin.
« Les douze bœufs, d'une taille qui permet de les assimiler aux vaches de la Belgique, donnent, en moyenne, neuf voitures de fumier par semaine, ou, pour l'année, trente-neuf voitures
Coupe transversale de l'etable selon la ligne xy de la figure ci-dessous.
par tête. Ces bœufs reçoivent, par jour et par tête, iO livres de foin ou de regain, 7 à 8 livres de tourteaux d'huile, et environ
Plan de l'étable.
un hectolitre de résidu de distillation de pommes de terre, en tout équivalant à 35 ou 40 livres de foin. »
42i LEÇONS DE CHIMIE AGRICOLE.
Les figures ci-dessus, dessinées sur le tableau, représentent les dispositions d'une étableoù les fumiers séjournent.
Vue de face des montants auxquels on attache les bètes, et du trottoir.
On aperçoit dans la figure suivante la cheville V qui entre dans le trou U, et qui sert à fixer le montant dans sa place, lorsque cette cheville se trouve audessous de la traverse IK (1).
A, trottoir planchéié ou cimenté, sur lequel on dépose, près desbétes, le fourrage ou les baquets contenant des alitnents liquides.
B, emplacement du bétail.
t C, emplacement un peu creux dans lequel le fumier reste
sur une plus déposé.
grande échelle. n galerie voûtée pour conserver les racines. E, vestibule et escaliers destinés à desservir les galeries voûtées et la partie
supérieure de Pétable.
FF, loge pour les veaux.
Il ne faudrait pas donner aux récits de Schwerlz et de Mathieu de Dombasle une portée plus grande que de raison et croire, en définitive, que la proportion de fumier obtenue d'un animal peut devenir une affaire pure et simple d'architecture rurale. N'oubliez pas, Messieurs, que les déjections de l'animal nourri à l'étable, représentent une somme de matière que la qualité et la quantité des fourrages font seules varier ; à cette somme de matières, si l'on peut ajouter abondamment et incorporer énergiquement de la paille litière, la masse totale du fumier sera augmentée : toutefois, il est facile de comprendre qu'on arriverait à une augmentation analogue, en s'attachant à mélanger des pailles ou des litières végétales diverses dans un tas de fumier quelconque où lafermentation serait bien conduite.
Qu'est-ce donc qu'un tas de fumier bien fait ? Je vais vous le dire, bien qu'on l'ait développé des milliers de fois, et qu'on le ressasse chaque jour. A ce sujet, l'auteur de l'article Éngrats,
(1) Les mêmes lettres indiquent les mêmes objets dans toutes les figure*.
dans le Dictionnaire de chimie industrielle de M. Barreswil, fait observer « que les auteurs déclament contre les pratiques généralement suivies, et que, sauf de rares exceptions, les agriculteurs persévèrent dans leurs pratiques (4). » Gela est dû, ajoutet-il plus. loin, « à ce que la plupart des écrivains ne cultivent pas, et que la plupart des cultivateurs ne lisent pas. » La première partie de la phrase est difficilement soutenable, et l'on peut affirmer hautement que les autorités les plus élevées de la pratique agricole sont d'accord sur les méthodes générales de fabrication du fumier. Ce n'est pas par ignorance de la pratique que les auteurs conseillent aux fermiers de supprimer les cloaques de leurs cours ; ce n'est pas sous l'empire de théories nuageuses qu'ils signalent aux agriculteurs d'une région les bonnes habitudes qui sont en honneur dans une région voisine. Je sais bien que, pour ma part, tant que j'aurai sous les yeux le gaspillage des engrais et l'accumulation des substances fétides autour des habitations; tant que les tas de fumier qui doivent être la richesse des fermes, ne seront que des témoignages d'apathie et d'ignorance, je ne croirai pas ma tâche remplie, et dussé-je tomber dans les redites, j'insisterai périodiquement sur ce sujet en répétant avec le vieux Caton : Sterquilinium magnum stude ut habeas (2).
On peut conserver le fumier sur une plate-forme ou dans une fosse. Admettons la première hypothèse.
L'ardeur dévorante du soleil, la perméabilité et la vicieuse inclinaison du sol, l'exposition à des courants d'eau de toit ou de ruisseau, sont autant de conditions fâcheuses qu'il faut éviter avec soin.
(1) Dictionnaire de chimie industrielle, art. Engrais, t. Il, p. 302.
(2) Combien d'étables à tœufs ou à vaches qui sont encore, dans la Bretagne, le Poitou, la Sologne, etc., de véritables cloaques dans lesquels on ne peut éviter d'enfoncer jusqu'à la cheville! Combien de ces bâtiments où les animaux vivent couchés dans la fange, où leur entassement produit une chaleur qui les fatigue, et les oblige à se tenir toujours couchés; où le vrai cultivateur éprouve, à la vue d'un tel spectacle, un sentiment de dégoût et de tristesse! Proposez à un cultivateur de ces contrées de changer ces conditions, il sourira, et, avec la naïveté qui le caractérise, il vous répondra qu'un tel système n'est pas la coutume de la contrée qu'il habite. Ê«pérons que ces déplorables idées ne tarderont pas à disparaître.
(G. Wtivzt, Matières fertilisantes, p. 4C2.)
Fraull, directeur de la ferme-école de Mandoul (Tarn). C'est une pompe foulante dont le service est excellent.
a, corps de pompe.
b, tuyau d'ascension d'un diamètre in-
térieur plus petit que celui du corps de pompe, excepté dans le cas où est placée une soupape.
r, piston plein, en bois, un peu conique; il doit jouer librement; il est entouré par une bande de cuir forte de 0œ,i0 de largeur, clouée par le haut et libre par le bas, pour qu'en descendant elle s'ouvre et s'applique contre les parois du corps de pompe.
</, </, soupapes placées au bas du corps de pompe, au dessous du tuyau g* et dans le tuyau d'ascension, au-dessus du tuyau y, qui sert à réunir ces deux parties de la pompe.
A, h, ouvertures au bas du corps de pompe pour permettre l'entrée du liquide; elles sont garnies d'un grillage pour empêcher l'introduction des pailles ou autres corps étrangers qui engorgeraient la pompe.
K, planche clouée au-dessous de la pompe pour fermer exactement le tuyau d'ascension.
/, /, cercles en fer serrant au moyen d'une vis pour réunir ensemble le corps
de pompe et le tuyau d'ascension, m, m, cercles en fer pour serrer la partie supérieure du tuyau d'ascension et
l'empêcher de se fendre.
Dans cette pompe, le tuyau et les soupapes sont presque toujours sous l'eau et dans aucun cas ne sont aussi exposés à se dessécher que lorsqu'ils sont placés dans la partie supérieure de l'appareil.
Dans son excellent petit livre sur ce sujet, M. Girardin cite la manière dont Schwertz disposait ses fumiers à l'Institut agricole d'Hohenheim. Le sol, rendu imperméable, était de niveau avec le terrain de la cour. Le tas de fumier était séparé en deux parties b, b} par une fosse a; les pentes étaient calculées
pour que l'écoulement du purin eût lieu dans la direction de cette fosse.
Voici du reste le plan de cette fosse à fumier dans laquelle une rigole imperméable c c c c, recevait le purin qui pouvait
s'écouler des surfaces extérieures et le ramenait au centre. Vous comprenez déjà, Messieurs, le but d'une telle disposition et si j'ajoute que dans la fosse a, on peut conduire les urines des étables et des écuries, puisque sur elle et au côté opposé à la pompe, c'est-à-dire en d, on dispose des latrines, vous entré-
es
voyez l'accumulation possible de toutes les matières fertilisantes que la ferme peut produire.
On ne .réfléchit pas assez à l'énorme pouvoir dissolvant d'une masse de fumier maintenue en fermentation régulière sous l'influence d'un arrosage de purin bien régulier. J'entends souvent se plaindre de ce que tel noir d'os — offert d'ailleurs à très-bas prix — est dépourvu de substances organiques ; on l'achèterait volontiers $7/ était plus chaud : tel phosphate fossile
tenterait bien aussi; mais on craint qu'il ne soit pas suffisamment soluble: c'est d'autres fois un détritus animal ou végétal que Ton néglige, parce qu'il semble d'une cohésion, d'une insolubilité trop difficiles à vaincre. Eh bien, Messieurs, soyez persuadés que, stratifiées dans un tas de fumier bien aménagé, toutes ces matières seraient rapidement transformées, et que La masse d'engrais en serait notablement augmentée (4). Laissez, Messieurs, laissez les ignorants propager que le fumier ne saurait être amélioré : c'est la pire des hérésies; et d'ailleurs, demandez à ceux qui professent une telle doctrine, de vouloir bien préciser la nature de ce fumier plus que parfait, auquel ils font allusion. Je doute qu'ils puissent vous répondre.
A Tréguel. M. Liazard avait organisé de la manière suivante la production et le traitement des fumiers :
La place où ils étaient déposés était un parallélogramme de 9 mètres de largeur sur i3 mètres de longueur. Cet espace était entouré de murs de im,66 de hauteur. Le terrain était bien pavé et disposé en pente vers le centre, où se trouvait un petit réservoir recevant l'égout des fumiers et les urines de toutes les élables. Ce petit réservoir communiquait, en dehors des murs, avec un autre beaucoup plus grand, bien couvert et bien clos, sur lequel se trouvaient les lieux d'aisances des domestiques et des ouvriers. Une pompe placée dans ce bassin rendait facile l'arrosage par le purin.
Tous les jours les écuries étaient curées et la litière était portée dans la fosse. L'étable aux vaches était vidée de môme tous les trois ou quatre jours seulement, et celle des bœufs,
(t) m Le hasard voulut que, récemment, un Anglais, en vidant son écurie, remarquât dans le fumier une substance pulvérulente blanche, qu'il reconnut, «près examen, pour Être des os, sans pouvoir toutefois s'expliquer par le secours de quel agent ils pouvaient s'être transformés dans cet état. Après beaucoup de vaines réflexions, il lui vint en idée que ce devait être uniquement le fumier de cheval qui avait produit ce résultat. Pour s'en assurer, il fit faire dans son verger un tas composé d os de cuisine frais et de fumier de cheval, et il recueillit ainsi, dans le cours de l'année, une quantité notable de substance d'os, qui parut finement pulvérisée quand, au printemps, on la transporta dans les champs. Les os employés étaient tout frais, mais on peut s'attendre à ce que les os vieux se laissent également dissoudre par le fumier de cheval, lorsque ce fumier est mélangé frais avec les os. »
{Journal d'agriculture pratique. Juillet 1K57, p. 82.)
430 LEÇOiNS DE CHIMIE AGRICOLE.
tous les quinze jours dans l'hiver et tous les huit jours à l'époque où abondent les fourrages verts. Les loges à porcs étaient nettoyées tous les deux jours. La bergerie restait souvent trois semaines sans être curée; mais chaque fois que cette opération se faisait, on avait le soin de faire répandre sur le sol, avant de remettre de nouvelle litière, deux ou trois hectolitres de suie ou d'argile sèche et de plâtre ; ces matières empêchaient le dégagement de l'ammoniaque et absorbaient parfaitement tous les liquides.
Le fumier, au sortir des étables, était immédiatement porté sur le tas et recouvert d'une légère couche de tourbe quand il y en avait, d'argile et de plâtre, à son défaut. On arrosait largement avec le purin enrichi de matières fécales et de tourteau. Ce fumier était onctueux, dense et parfaitement homogène.
Lorsque M. Liazard n'avait pas assez de fumier pour une culture à laquelle il est nécessaire d'en donner, il faisait sortir de fosse tout l'engrais qui y était entassé; il prenait de jeunes ajoncs, des feuilles, des fougères ramassées dans les bois, les litières des cours, et il stratiflait le tout avec le fumier d'étable; il y ajoutait par couche quelques hectolitres de tourteau, puis de l'argile et du plâtre; il arrosait avec le purin, et dans l'espace de dix à douze jours, l'engrais était parfaitement bon à être employé. La fermentation s'y développait si bien, qu'un tas de fumier de ce genre a pu absorber plus de 40 hectolitres de purin dans l'espace de huit jours.
En 1857, M. Liazard voulut savoir à combien reviendrait le mètre cube d'un fumier artificiel ne contenant presque pas de fumier d'étable : il mélangea à des broussailles, de la lande, 38 mètres cubes seulement de fumier sortant des étables et y ajouta :
4 hectolitres poudre d'o?, à I0rr,00 4 »fp,00
20 — tourteaux d'arachides, à 10 00 200 00
18 — cendres de varech, à 0 C0 10 80
25 — urine, à 0 75 18 75
12 — matières fécales, à 1 ?5 15 00
Frais pour ramasser les broussailles, transports, arrosements — 165 00
Total 44'J 55
11 obtint 242 mètres cubes d'excellent fumier. En retran-
chant les 38 mètres de fumier d'étable qui y avaient été mêlés, il restait 204 mètres de fumier artificiel représentant la somme de 449 fr. 55 e., ce qui porte le mètre cube à 2 fr. 20 c.
o On pourrait certainement, dit avec raison M. Abadie (I), faire, avec beaucoup moins de frais, du fumier bien meilleur que celui qui se voit chez la plupart de nos cultivateurs, qui laissent couler leur purin dans les rues, font fermenter leurs engrais sans discernement et croient avoir fait un excellent fumier quand ils y ont mélangé la moitié et quelquefois davantage de lande bien sècbe, qui arrête la fermentation et dessèche le tas. »
Au lieu de placer notre tas de fumier sur un espace imperméable de niveau avec le sol, supposons que nous ayons trouvé plus convenable de l'enterrer quelque peu, nous aurons constitué ce qu'on appelle la fosse à fumier.
Réduite à sa plus simple expression, la fosse à fumier est une cavité rectangulaire, dont le fond, légèrement incliné vers l'un des petits côtés, est rendu imperméable par une bonne couche
fr il
Plan de la fumière de M. Dargenl.
de béton. Au milieu du petit côté vers lequel a lieu la pente, on peut établir la fosse à purin, les latrines et la pompe d'arrosage;
(I) Le Domaine de Treguel, par M. Abadie, vétérinaire, p. 20.
telle est la disposition adoptée à Grignon par M. G. Heuzé. Quelquefois le fond de la fosse représente un tronc de pyramide, de telle sorte que tous les liquides se réunissent en son milieu : c'est ce qui a lieu chez M. Dargent, à Yvetot (Seine-Inférieure). Vous avez sous les yeux la disposition réalisée par cet agriculteur.
Coupe de la furaière.
M, mur des écuries.
T, trottoir de 4 mètres de largeur longeant les écuries.
tas do fumier placé dans la fosse pavée sur un fond d'argile battue, et qui présente une pente modérée des bords jusque vers le centre, où la profondeur est de 0m,75.
C, grille en fer recouvrant l'orifice d'un caniveau conduisant à la fosse à purin.
I, caniveau ayant pour section un carré de (T^O de côté, recouvert de grosses pierres assemblées au mortier.
P, fosse à purin de 2*,40 de largeur et de longueur et de 2 mètres de profondeur, terminée en fond de chaudière et entourée d'une couche de béton.
bh, deux poutres de 0m,10 d'épaisseur, destinées à soutenir les lieux d'aisances des domestiques de la ferme.
R, lieux d'aisances placés immédiatement au-dessus de la fosse à purin.
0, petite trappe destinée à introduire le corps de la pompe à purin. Cette fosse à fumier a 20 mètres de longueur sur 10 mètres de largeur.
Comme vous le voyez, la conservation des fumiers peut avoir lieu, soit par le système des plates- formes, soit par celui des fosses.
Voici l'avis d'un homme fort compétent, M. Bella, ancien directeur de Grignon, sur la question du choix relatif à l'un ou à l'autre de ces moyens :
« Dans les exploitations trop peu importantes pour admettre un homme spécialement chargé de cette fabrication et pour donner une grande dimension aux tas de fumier, les fosses sont préférables aux plates- formes, parce que les matières qu'on y en-
tasse y sont protégées contre les conséquences d'une mauvaise stratification ou d'arrosages insufQsants. Cela est surtout vrai dans les climats chauds et secs qui dessèchent rapidement les parois du fumier et y laissent établir les végétations cryptogamiques connues sous le nom de blanc de fumier.
« Mais lorsque les tas de fumier peuvent être construits et soignés par un homme spécial, c'està-dire lorsqu'ils peuvent êlre régulièrement aménagés et que la masse > en est considérable, la plate- forme nous a paru préférable parce que les abords en sont partout faciles . »
Voici le plan et la coupe de la plate- forme de G rignon qui peut recevoir 3 millions de kilogrammes de fumier.
On se plaint quelquefois de l'abondance des pluies, fdu lavage des fumiers, et, par suite, de l'écoulement du purin dans
Coupe.
les cours des fermes. On évitera facilement ces inconvénients en calculant le cube d'eau qui tombe pendant la période de temps où la conservation du fumier a lieu, et en donnant à la purinière une capacité qui soit en rapport avec les chiffres fournis par l'udomètre. Comme exemple de cette sage prévoyance, je vous signalerai la fosse de M. Boussingault et les chiffres qui ont trait à son installation.
D'après les observations udométriques de Strasbourg, il tombe à Merkwiller :
Soit 132 litres par mètre carré. Or, la surface de la fosse étant de 77 mètres carrés, elle doit recevoir, dans les quatre mois, 12 à 13 mètres cubes d'eau ; on a donc donné à la purinière une capacité de 44 mètres cubes, et l'expérience a démontré que celte dimension était suffisante. Je n'insiste pas, Messieurs, sur ces chiffres dont vous pouvez facilement multiplier les applications selon les localités.
Quelques praticiens agitent beaucoup depuis quelque temps la question de savoir s'il faut couvrir les tas de fumier ou les conserver à l'air libre. Les avis sont partagés. On ne peut se dissimuler, toutefois, que les constructions sont coûteuses, facilement altérables par les émanations chaudes, humides et alcalines qui se dégagent du fumier, et qu'en résumé on a jusqu'à ce jour — à Grignon, par exemple — fait d'excellents fumiers sans couverture. Il est vrai que les Romains recouvraient quelquefois leurs fumiers avec des branchages pour les préserver de l'action dévorante du soleil, mais dans nos contrées cette pra-
tique est rarement nécessaire ; toutefois, l'emploi du gazon en couverture, les plantations d'ormesjt proximité de la fosse ou
En novembre, environ
Décembre
Janvier
Février
5,5 de pluie.