‹ Leçons de chimie agricoleChapitre 70 sur 87 · fi · texte numérisé non relu

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du tas de fumier peuvent avoir des avantages. Voici également une disposition de la plus grande simplicité proposée par M. Joigneaux, et qui peut dans certaines circonstances être adoptée :

C'est là un moyen rustique qui défie tout reproche de complication. Au reste, voulez- vous procéder au point de vue de l'arrosage avec une économie analogue, employez la méthode suivante, qui supprime les pompes dans les petites exploitations. Faites creuser une fosse à purin et jeter le liquide qu'elle contient sur le tas de fumier au moyen de la pelle creuse appelée écope. Vous amènerez insensiblement le cultivateur à comprendre tout l'avantage de la pompe.

Le purin que l'on fait servir à l'arrosage du tas de fumier y entretient une fermentation favorable à la solubilité des principes fécondants de la masse. Comme il est riche en carbonate d'ammoniaque, on a conseillé d'y ajouter un peu de sulfate de fer (couperose verte) et d'agiter avec un bâton jusqu'à ce que la réaction ne fût plus alcaline. M. Schattenmann et un grand nombre d'agriculteurs suisses et français se sont parfaitement trouvés de cet emploi d'un sulfate soluble qui fixe les gaz ammoniacaux à l'état de sulfate d'ammoniaque relativement fixe. M. Schattenmann conseille de dissoudre 5 kilogrammes de sulfate de fer dans 5 litres d'eau, et de faire servir cette solution pour l'arrosage de 2,000 kilogrammes de fumier. Le plâtre, l'acide sulfurique étendu, produisent un résultat analogue.

On a combattu cette méthode en invoquant la transformation possible du bicarbonate de potasse en sulfate moins fertilisant. Je crois, avec M. Malaguti, que ce reproche est peu fondé, et en voici la raison :

Le sulfate de fer agit incontestablement sur les gaz ammoniacaux volatils (carbonate, sulfhydrate) plutôt que sur le bicarbonate de potasse. Dans la masse du fumier, en effet, les combinaisons volatiles vont à la couperose, et la pratique l'a démontré (I), puisque les émanations alcalines sont rapidement

(1)M. Schattenmann, qui avait à sa disposition le fumier dedeux cents chevaux, répandait sur le fumier du sulfate de fer dissous,ou de l'acide sulfurique faible, ou du plâtre en poudre.afln de convertir en sulfate l'ammoniaque qui se développe et qui se volatilise facilement à une température peu élevée. Il obtenait

annihilées en pareil cas (I). Remarquez bien, d'ailleurs, qu'en présence de matières organiques humides, il n'y a pas, à proprement parler, de sulfates longtemps fixes ; et, soit dans la fosse, soit dans le sol, les sulfates alcalins et terreux, subissant une énergique réduction, se transforment bientôt en sulfures, puis en carbonates : nos terres dérivent d'ailleurs de roches silicatéesoù la potasse est loin de faire défaut. Il n'y a donc pas d'inconvénient, lorsqu'on veut modérer une fermentation trop rapide et neutraliser le dégagement de l'ammoniaque, à ajouter un peu de couperose aux fumiers, alors surtout que ces derniers sont additionnés de matières fécales.

Encore un mot sur ce point. Faites une bouillie un peu claire de phosphates fossiles et d'acide sulfurique; laisâez la matière en repos pendant 24 heures, puis délayez dans l'eau, de manière à former avec un litre de bouillie 20 litres de liquide, vous aurez ainsi un mélange de phosphate acide et de sulfate de chaux, qui, ajouté en proportion convenable à des purins trop ammoniacaux, neutralisera les gaz volatils et formera, avec l'ammoniaque et les alcalis, des phosphates très-assimilables.

Comme je vous l'ai dit tout à l'heure, ces méthodes auxiliaires sont nécessaires dans des circonstances spéciales, telles que l'abondance de matières azotées en cours de décomposition : mais, lorsqu'il s'agit de fumier normal, il est rare que l'emploi des réactifs soit nécessaire.

Si j'ajoute à ces conseils celui de ne pas donner aux tas de fumier une hauteur de plus de deux mètres, afin d'éviter un tassement qui nuirait à la régularité de la fermentation ; si, en dernier lieu, j'appelle votre attention sur les avantages d'une division de la masse générale en masses partielles, par degré d'ancienneté, j'aurai résumé les indications les plus importantes qu'un bon agriculteur doit s'attacher à mettre en pratique.

par ces moyens simples et peu dispendieux, en deux ou trois mois, un engrais parfaitement fait, aussi gras et aussi pâteux que ie fumier de vaches et de bœufs, et d'une grande énergie qui se manifestait par les productions remarquables qu'il obtenait sur les champs et sur les prés pendant nombre d'années. (Girardin, Des fumiers considérés comme engrais, p. 112.)

(1) L'emploi de Vammonoscope, dont j'ai parlé plus haut, permet de const :ter ce fait.

Ou je me trompe fort, Messieurs, ou ces considérations sommaires sur la fabrication du fumier ont éveillé chez vous des idées de relation entre l'engrais obtenu et le bétail développé. L'animal reçoit, sous forme d'aliment, la matière de l'engrais et s'en approprie une portion qu'il nous rendra sous forme de viande, laine ou lait; il n'est qu'un instrument de trituration et d'appropriation en quelque sorte physique : pourquoi ne s'en passerait-on pas dans certaines exploitations, et ne remplacerait-on pas le fumier par l'aliment lui-même en l'enfouissant comme engrais?

Cette;hypothèsea dû nécessairement se présenter à votre esprit, et il y a longtemps déjà que Gioberti, de Turin, sous l'influence de la môme pensée, avait posé en principe qu'en enfouissaut les récoltes vertes on pouvait se passer de bétail. Cette opinion est complètement erronée; mais je conteste le droit de la traiter trop sévèrement à ceux qui font de l'appréciation du fumier une simple question de dosage d'azote et d'acide phosphorique.

Il y a certainement des circonstances dans lesquelles l'engrais nécessaire à la végétation provient directement d'une végétation antérieure, nous en avons la preuve en sylviculture. Une plantation de pins, effectuée dans les dunes de nos côtes, donne lieu à l'accumulation de débris foliacés qui, peu à peu, forment une couche d'humus, et, l'eau des pluies aidant, les mêmes pins assimilent bientôt sous un état plus favorable à leur prompte croissance les matériaux qu'ils avaient extraits du sol et de l'atmosphère, puis abandonnés sur le terrain environnant. Mais, dans l'agriculture proprement dite, c'est-à-dire dans l'industrie, dans le commerce des productions de la terre, peut-on s'en tenir à l'imitation de ces phénomènes, et devons-nous assister calmes et patients à ces lentes évolutions de la grande nature pour laquelle le temps n'est rien? Gela, Messieurs, ne doit pas faire question pour nous.

Dans certaines contrées du Midi, il y a quelquefois avantage à enfouir des récoltes comme engrais; mais les cas où ce moyen est économique ne sont ni aussi fréquents ni aussi simples — au point de vue financier — qu'on pourrait se le figurer tout d'abord.

En Bretagne, l'exemple le plus significatif de l'emploi des en-

grais verts est certainement l'application du goémon à la culture ; mais cette pratique rentre dans un ordre de faits particuliers dont j'aurai à vous dire quelques mots, en vous entretenant des richesses de la mer et du large emprunt que l'agriculture de l'avenir est appelée à leur faire.

Lorsqu'on dit — en se plaçant au point de vue purement chimique et en appréciant le fumier à l'aide d'une balance — que le bétail n'est pas un créateur, mais bien un consommateur d'engrais, on dit vrai. Mais comme en toute chose la lettre tue, il importe de rechercher le véritable esprit de cette proposition.

Établissons tout d'abord, avec M. Boussingault, le rapport pratique de l'aliment au fumier — déduction faite par conséquent de la viande obtenue et des pertes par la respiration — nous aurons :

Fourrage Azote contrat*

sec. dans

Fourrages consommés. le fourrage.

Foin et regain 1,837 26,?o

Trèfle 562 9,55

Avoine 153 2,91

Pommes de terre 5,5 1,18

Son 71 0,10

Betteraves 4,5 1,37

Pois 80 0,17

Paille, litière et aliments fixes 422 1,27

Poids. Azote.

Poids obtenus. Quintaux. Quintiu.

! Poids vivant produit 135,4 4,93

Perte par exhalation (i) . . . » 4,51

Lait 282,4 1,54

Écurie ( Perte par exna,ation 8 0,92

I Perle par absence des chevaux » 1,92

PnrrhPriP I P°'ds ViVat,t Produit 2l'3 °'78 KOrcnme I Perte par exhalation » 0,27

Aiote distrait du fumier * 14,87

Entre l'azote employé à l'état de fourrage et de litière, puis

(1) M. Barrai a établi (Statique chimique des êtres organisés), qu'un mouton exhale en 21 heures environ 6 grammes d'aiote, soit du quart au tiers de l'azote de ses aliments. M. Reiset est arrivé aux mêmes résultats.

M. Barrai conclut de ses expériences qu'il faut, en 21 heures, 48 grammes û'azote aliment par 10J kilog. de poids vivant, et que le quart — soit 12 gram-

l'azote distrait, il y a une différence de 27,88 que Ton doit retrouver dans le fumier.

Or, ces 27,88 correspondent à 6,638 quintaux de fumier, que l'agriculture retrouve en effet dans la fosse aux engrais. Telle est la balance qu'établissent de concert l'expérieuce et la théorie.

Ainsi, perte par exhalation, c'est-à-dire perte sèche, transformation en viande , laine, lait, telles sont les causes de diminution de l'azote lorsqu'on suit l'aliment depuis son entrée dans l'étable jusqu'au tas de fumier. L'animal est-il jeune? est il soumis à l'engraissement? fournit-il du lait? Dans ces circonstances le fumier reçoit le minimun d'azote et d'acide phosphorique des fourrages. L'animal est-il, au contraire, à la ration d'entretien ? Il a chaque jour le môme poids, à la même heure, et le fourrage consommé fournil le maximum de fumier; cela devait être.

Il ne m'appartient pas d'aborder ici l'examen des questions complexes dans lesquelles on suppute les avantages relatifs à la production du fumier, de la laine, de la viande ou du lait. Cette tache incombe au professeur d'Économie rurale ; je me bornerai a constater que la ferme perd peu à peu de son capital, si les cultures fourragères ne font pas entrer continuellement l'azote atmosphérique dans son exploitation, et si en même temps certains engrais industriels ne compensent pas les déficit en matières minérales que la vente des grains, des pailles, de la viande et des os finit par occasionner dans un sol de nature ordinaire (i).

Tout le monde est d'accord sur ce point, que les animaux ne créent pas littéralement d'engrais ; mais certains agronomes vont trop loin, lorsque, se plaçant à un point de vue exclusivement chimique, ils méconnaissent la valeur agricole bien réelle que l'azote fourrage acquiert en passant dans l'organisme de l'animal et dans la fosse au fumier. Il faut avoir bien mal étudié la

mes — est exhalé dans l'atmosphère. En d'autres terme?, une tête de gros bétail, en pleine production de viande, lait et travail, consomme par année environ 6,000 kilog. de foin, et l'azote exhalé est celui qui serait contenu dans 1,500 kilog. de cet aliment.

(1) J'ai démontré précédemment que dans une terre exceptionnellement riche, la question se réduit, pendant longtemps du moins, à une question de travail, ayant pour effet l'utilisation des forces naturelles.

physiologie végétale^ il faul surtout avoir bien légèrement observé les faits pour méconnaître l'énorme différence qui existe entre un kilogramme d'azote fourrage et un kilogramme d'azote excrément. Comme engrais, l'un est fort inférieur à l'autre ; et s'il est vrai qu'en pratique le temps est de l'argent, on peut dire que fort souvent le fumier à dose relativement inférieure, produira plus que l'aliment total dont il dérive.

Prétendre remplacer 100 kilogrammes de fumier par une quantité d'engrais vert fournissant le môme nombre de kilogrammes d'azote et d'acide phosphorique, ramener, en un mot, une question physiologique à la simplicité d'un problème de mathématique, c'est méconnaître, comme je vous l'ai dit bien des fois, la nature essentiellement complexe des phénomènes agricoles. Je ne saurais mieux vous rendre ma pensée sur ce point qu'en vous disant : on a raison de nier que le bétail puisse créer de l'azote ou du phosphore, mais on n'a pas tout à fait tort lorsqu'on dit qu'il crée de l'engrais, si par engrats on veut désigner tout à la fois et Vezistence de la matière utile et l'orra** gement moléculaire qui la rend assimilable.

Par la môme raison, le fumier — à composition chimique égale — pourra posséder un pouvoir fertilisant variable, et il n'est pas étonnant que tant d'avis différents aient été successivement émissur la meilleure manièrede l'employer. En France on est assez généralement d'accord sur ce point, qu'il faut employer de préférence le fumier à un état de fermentation peu avancé. Les Anglais,au contraire, le relournentet activent sa décomposition avant de l'utiliser pour les pommes de terre et les turneps (I).

( 1) <« Pour les pommes de terre, dans un sol qui leur convient, on doit toujours faire fermenter le fumier en retournant le tas avant de remployer. On le retourne environ quinze jours avant le moment où on veut le répandre... Pour les turneps, on retourne le tas de fumier deux fois; la fermentation peut difficilement aller trop loin, car Fexpérience a appris que plus la fermentation a été rapide et forte, plus le fumier convient aux turneps, comme le savent tous les fermiers qui cultivent Lorsque la fermentation est passée, le fumier a l'apparence d'un savon mou; on l'enlève par mottes avec la fourche, et l'on pourrait presque le couper à la pelle.

« Beaucoup de fermiers conservent leur fumier pendant toute une année

DIX-SEPTIÈME LEÇON. - 4i(

Il convient d'apprécier les lieux et les besoins de la culture avant de se prononcer sur ces divergences.

Dans les régions où le sol est riche en phosphates assimilables, l'azote des fumiers a une grande valeur, et on doit éviter avec soin qu'une fermentation trop active ne détermine le dégagement de gaz ammoniacaux. Dans les terrains granitiques, il ne faut pas oublier que cette môme fermentation rend les phosphates du fumier plus assimilables, et qu'il peut y avoir avantage à l'utiliser, dût-elle causer la déperdition d'une certaine quantité d'ammoniaque. Donc, si vous cultivez un sol bien amendé par le noir ou les phosphates, je vous dirai : Employez des fumiers peu fermenlés. Opérez-vous sur des défrichements de Bretagne, je vous dirai : Stratifiez des phosphates fossiles, des cendres d'os, de os en poudre, etc., dans vos fumiers, et ne redoutez pas une fermentation qui rendra ces principes solubles. Ici encore la vérité n'est ni dans les exagérations ni dans ces doctrines absolues qui séduisent les esprits paresseux et qui semblent dispenser de toute observation.

M. Voelker a examiné avec soin la composition du fumier exposé à l'air pendant une année, et il a reconnu entre autres faits :

t°Que dans le fumier frais, l'azote se trouve principalement à J'état de combinaisons insolubles ;

2° Que les phosphates à l'état soluble existent dans le purin en notable proportion ;

3° Que le fumier décomposé est plus riche en azote, en matières organiques et en sels minéraux solubles que le fumier frais, à poids égal (i);

4° Que pendant la fermentation le phosphate de chaux devient plus soluble que dans le fumier frais;

parce que ce vieux fumier gras est indis} ensable pour la culture fies turneps. »

(Stephens, The book of the fnrm.)

Il n'est pas inutile de faire observer, à l'occasion de ces lignes, que la culture du turneps, qui semble réclamer l'emploi de fumier gras, est en même temps l'une de celles où les phosphates solubles donnent les résultats les plus avantageux. A. B.

(1) 11 ne peut être question ici, bien entendu, que d'un fumier dont la fermentation a été bien conduite, et dans lequel, selon M. Voelker, « la perte d'azote et de substances salines minérales ait été à peu près insignifiante. »

5° Que la perte résultant de l'exposition du fumier à l'air libre ne résulte pas tant du dégagement de l'ammoniaque en nature que de la disparition des sels ammoniacaux, des matières organiques azotées solubles et des sels minéraux qui sont entraînés par les pluies;

6° Que le fumier décomposé souffre plus que le fumier frais de l'action des pluies (lorsque l'eau de lavage n'est pas recueillie dans la fosse à purin.

Ces conclusions sont, vous devez le reconnaître, en accord parfait avec les préceptes que j'ai formulés il y a quelques instants, et ils vous prouvent que ce n'est pas seulement parce qu'il renferme tant d'azote et tant de phosphates que le fumier est le type des bons engrais. La richesse du fumier en humus soluble, sa texture si favorable à l'ameublissement du sol, sa faculté de lente décomposition, sont extrêmement précieuses, et, dans une terre maigre saturée d'azote et d'acide phosphorique sous forme d'os pulvérisés, il suffît d'introduire du fumier pour augmenter de beaucoup les produits.

La valeur commerciale du fumier ne peut donc être établie qu'en tenant compte de ses diverses conditions d'activité, et j'ajouterai que si cet engrais offre tout à la fois un aspect physique satisfaisant et une richesse normale en azote, on peut être certain qu'il est riche en humus soluble.

Mais celte leçon est déjà longue, et je me suis laissé entraîner par l'importance extrême du sujet. Permettez-moi cependant d'ajouter en terminant, qu'il ne faudrait pas toujours calculer la valeur agricole de l'azote et de l'acide phosphorique des engrais industriels d'après celle que ces mêmes principes semblent avoir dans le fumier. Non-seulement, en effet, l'azote trouvé parces analyses dans le fumier appartient en partie à des litières plus lentement décomposables que les déjections, mais, de plus, cet azote n'est pas économiquement transportable.

Composition des excréments. — Gaspillage de forces vives dans les grandes villes. — Emploi des matières de vidanges dans le nord de la France. — Fabrication et composition chimique de la poudrette. — Procédés de désinfection et de condensation des matières fécales. — Application des eaux vannes à l'agriculture. — Emploi de la chaux pour la solidification des excréments. — Fabrication du taiïo.

Messieurs,

De l'étude des fumiers à celle des matières de vidange, il n'y a qu'un pas; aussi un agronome a-t-il cru pouvoir dire que les villes sont des étables d'hommes.

Faisant allusion à l'usage des excréments humains comme engrais dans les Flandres, le marquis de Turbilly écrivait en (1) : « Les cultivateurs de la châtellenie de Lille en Flandre reconnaissent des propriétés dans une autre espèce d'engrais que la politesse empêche de nommer : ils l'ont mis en commerce; le roy y perçoit de droit, et il ne se transporte pas loin sans acquità-caution. » Je serai, Messieurs, moins timoré que le marquis de Turbilly; j'appellerai aujourd'hui votre attention sur la nature des excréments humains, et j'essaierai de vous démontrer qu'un tel sujet est digne de la plus sérieuse attention des agriculteurs, des édiles et des économistes.

D'après la moyenne des chiffres obtenus par Sauvage pour le midi de laFrance, par Robinson et Kiel pour l'Écosse, et par Gor-

(I) Mémoire adressé à la Société économique de Berne.

ter pour la Hollande, l'homme adulte consommant 2k,382 d'aliments émettrait en moyenne :

7,2 p. 100 sous forme de fèces (excréments solides) ; 42,0 — sous forme d'urine; 50,8 — par exhalation pulmonaire et cutanée.

En consommant 2k,38v2 d'aliments, Thomme fournirait donc en moyenne 0g,171 de fèces et 1,000 d'urine. M. Barrai a trouvé, de son côté, ik,272 d'urine (1) et 0kJ07 de fèces, soit lk,379 de déjections totales. J'adopterai ces chiffres, en vous faisant observer, toutefois, que le régime, l'alimentation, l'âge et l'état de santé peuvent faire varier dans des limites assez larges la quantité et la nature chimique des déjections.

La composition moyenne des excréments solides et de l'urine serait ainsi représentée d'après M. Boussingault :

Fcccs i

Urine.

11 résulte de ces chiffres que dans les déjections mixtes des 24 heures un homme fournirait :

(1) Quarante-huit expériences faites par M. Lecanu ont fourni une moyenne de 1MG8, chiffre presque identique à celui de M. Barrai.

(2) Économie rurale. Ce chiffre parait faible, eu égard aux déterminations mentionnées plus loin.'

(3) Moyenne de sept expériences mentionnées par M. Boussingault {Économie rurale^ 1. 1, p. 796). Dans ces expériences, les urines d'enfants figurent à la vérité pour une a3sez forte proportion, mais l'abaissement de richesse en azote qui en résulte est compensé, parce que l'urine n'ayant pas fermenté n'a éprouvé aucune perte. Ce qui prouve que, pour le fabricant ou le consommateur d'engrais, ce chiffre de 0,8t d'azote p. 100 d'urine est à peu près normal, c'est qu'en opérant sur l'urine des pissoirs publics de Paris, MM. Boussingault et Payen ont obtenu 0,72 d'azote.

Dans leur tableau des valeurs comparées des engrais, MM. Boussingault et Payen ont reproduit, d'après Berzelius, le chiffre de 1,45 comme exprimant la richesse en azote de l'urine normale. Je préfère adopter la détermination citée plus haut.

Par ses urines — ingr,68 d'azote (1). Par ses excréments.. 0«r,42 —

Total 1 1«r,10 ou 4ka,062 par année, contenus dans 500 kil.

de déjections, soit 0,81 p. 100 (2).

Beaucoup d'ouvrages spéciaux élèvent à 3 p. 100 la proportion d'azote des excréments mixtes de l'homme. Ce chiffre est exagéré, et nous risquons d'autant moins en l'abaissant, que dans la pratique la fermentation des substances de cette nature cause toujours une déperdition assez notable de combinaisons azotées volatiles.

Quoi qu'il en soit, il demeure établi qu'un homme fournit 500 kilog. de déjections solides et liquides par année, d'où il résulte que dans une ville comme Nantes on devrait, à la rigueur, recueillir une quantité d'engrais qui serait environ de :

8,?60,000kl1 provenant de 33,oco jeunes individus ne produisant que 260 kil. par année.

33,500,000ul provenant de 67,000 adultes.

41,750,<)00ul sont donc produits;

et si l'on admet les pertes par infiltrations et autres causes analogues, on arrive à reconnaître qu'à Nantes il se perd, à peu de chose près, tous les ans 30 millions de kilogrammes de matière fertilisante. Cette source de richesse est jetée dans les égouts, elle va se répandre dans le fleuve (3) qui la porte à la mer, et vous

(1) M. Lecanu a trouvé 12 grammes.

12) Il s'agit ici des matières que peut rendre un homme, et non de colles qui constituent généralement le contenu des fosses. Dans celles-ci, en effet, toutes les urines ne sont pas mélangées avec la matière solide.

(3) J'ai démontré (Comptes rendus des travaux du Conseil de salubrité de Nantes, 1859) que les eaux de l'Erdre, retenues dans la ville par un barrage, et où se rendent les matières fécales et les urines de quartiers populeux, contenaient quelquefois une telle proportion de subftance putride, qu'un échantillon, prélevé à la,6? de profondeur, avait une densité de 1,0010, fournissait 49B,,U,« d'ammoniaque par litre et l,r,08 de résidu solide; ce résidu était une véritable poudrette à 2,57 d'azote p. 100! Dans le même lieu, l'échantillon prélevé à la surface de l'Erdre avait une densité de 1.0001, l'ammoniaque dégagée s'élevait à 4B,U,«,80, le résidu d'évaporation à 0«r,3i7. Le mémoire que j'ai publié à ce sujet contient les courbes de l'infection pendant les années 1858 et 1859. La confirmation de ces résultats a été obtenue d'une manière éclatante pendant l'été de 1861. A. cette époque, la construction des quais de l'Krdre a motivé le dessèchement de son lit, et 3,200 mètre i cubes de vases riches en débris pailleux et substances végétales diverses ont été mis à nu, sur une

4iC LEÇO.NS DE CHIMIE AGRICOLE.

pouvez désormais apprécier la haute utilité qu'il y aurait à exécuter sérieusement les arrêtés municipaux supprimant les communications des fosses d'aisances avec les égouts. A l'aide d'une police bien faite, on mettrait fin à un gaspillage des plus déplorables.

En résumé, les excréments de l'homme représentent sous forme d'engrais les deux tiers environ de l'azote alimentaire et tous les matériaux fixes qui s'y trouvaient sous forme de froment, de viande, etc. ; c'est donc un crime de lèse-humanité que de les laisser perdre.

Les Chinois, qui sont en partie bouddhistes, ne mangent pas de bœuf; aussi ne trouve-t-on pas chez eux toutes ces pratiques en honneur dans notre agriculture, et qui ont pour effet de combiner la culture des plantes fourragères avec l'élevage des bestiaux et la production des fumiers. El cependant le froment rend parfois,en Chine, jusqu'àcentvingtfoissasemence,eton considère comme une récolte moyenne celle qui rapporte quinze fois la semence. Tout le succès de l'agriculteur chinois réside dans le soin méticuleux avec lequel il fait retourner au sol les déjections humaines.

longueur de 100 mètres environ. A 1,012 kilogr. le mètre cube, cette vase représentait donc 5,254,400 kilogr., renfermant en moyenne p. 100 de matière sèche et d'après trois analyses que j'ai effectuées :

Matières organique? 20,8

Résidu siliceux 73,0

Sels terreux et alcalins 5,5

Perte 0,7

Azote = 0,0092, soit près de t p. 100.

Acide phosphorique = 0,007, correspondant à 1,5 de phosphate de chaux des os.

En admettant le prix minimum de l fr. 50 c. pour le kilogramme d'azote, et celui de 0 fr. 15 c. pour le kilogramme de phosphate de chaux, et en négligeant les substances organiques et alcalines, on voit que les 100 kil. de vase sèche de l'Erdre avaient une valeur minima de 1 fr. 72 c.

Ces vases renfermaient à cette époque 35 p. 100 d'eau ; leur poids réel était donc ramené de 5,25i,400 kil. à 3,4 15,360 kil., contenant :

Azote, 34,153 kil., à 1 fr. 60 c 51,229fr,50

Phosphate des os, 51,179 kil., à 0 fr. 15 c. .. 7,C7C'r,85

Total 58,90o",35

Ce véritable fumier, riche en détritus d'abattoir, n'a pas trouvé acheteur à 1 fr. le mètre cube. On a dû l'employer pour faire des remblais!

Fortune raconte (1) que, dans toute maison chinoise, on voit dans des endroits fort apparents des cuvettes en terre ou des citernes murées avec tout le soin possible, dont on considère le produit avec un intérêt marqué. Un Chinois regarderait comme impoli l'hôte qui quitterait son domicile sans lui laisser le tribut auquel il a droit en retour de son hospitalité. Ce tribut est évalué à deux Teu par jour pour un ménage de cinq personnes : cette mesure représente 20 hectolitres au prix de 14 fr. l'hectolitre. Les excréments sont convertis en tourteaux ou briquettes que l'on expédie facilement et qu'on délaie dans l'eau au moment de les employer. Toutes ces pratiques contrastent d'une manière bien éloquente avec l'insouciance dont les neuf dixièmes de nos villes européennes offrent le triste exemple (2).

Ce n'est pas, il faut le reconnaître, que de saines et fécondes traditions ne soient quelquefois appliquées : à Grenoble, par exemple, il paraît qu'on ne perd pas un litre de matière de vidange.

La production annuelle dans les fosses de celte ville est de 15,000 mètres cubas.

Les fermiers viennent chercher les matières et les payent aux propriétaires des fosses sur le pied de 3 fr. à 3 fr. 50 le mètre cube.

Les frais de vidange, de voirie et de transport sont à la charge des cultivateurs.

La population de la ville de Grenoble étant de 30,000 individus en nombre rond, il en résulte que la production de matière fécale est d'un demi-mètre cube par tôle.

(1) The tea districts of China and India, t. I, p. 221.

(2j On peut consulter avec profit, au sujet de l'agriculture chinoise, l'enquête officielle sur les engrais publiée par M. Bénie, ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics.

On y lira entre autres détails fort curieux, qu'en Chine, la densité absolue de la popula:ion est de près de 4 habitants par hectare, et que dans certaines provinces, grandes comme le tiers de la France — celle de Kiang-nan, par exemple — cette moyenne s'élève jusqu'à 10 habitants. Il est même quelques grandes plaines, comme celles de Pékin ou de Telientou, tout piès du Tiiibet, où Ton compte 15 à 17 habitants par hectare. Or, eu France, le sol nourrit à peine un habitant par hectare. Pour M. Simon, consul de France à Ning-Pô, ce résultat est surtout dû au soin avec lequel on recueille et distribue l\ flânais.

Si toutes les matières fécales étaient aussi bien utilisées dans toute la France, la production, pour une population de 36,090,000 d'individus, serait de 18,000,000 de mètres cubes. Cette masse d'engrais couvrirait une surface annuelle de 222?200 hectares.

D'après M. Gueymard (l), on emploie à Grenoble 81 mètres cubes pour fumer 1 hectare. Cette fumure dure quatre ans et produit un chanvre, un blé géant, un trèfle et un blé fin. C'est l'équivalent de 40 hectolitres de blé au moins. Les 40 hectolitres, à 75 kîlog. l'un, donneraient donc 3,000 kilog. pour 81 mètres de matières fécales. Or, 81 mètres cubes sont produits par 162 personnes. Donc la production en blé serait de 18k,5 par an, soit la nourriture de trente-sept jours.

Il manque en France, en moyenne, du blé pour huit jours. Si nous prenions l'année la plus défavorable, celle de 1832, où il fallut recourir au sol étranger pour 19J,23, on voit qu'en utilisant toutes les matières fécales nous aurions toujours une surabondance de blé.

Si l'on admettait seulement un boni de 20 p. 100 sur les engrais produits en France, nous pourrions exporter 900,000,000kilogr.de blé par an, ayant une valeur de 234,000,000 fr.

Avec le trop modeste chiffre de 10 p. 100 nous pourrions livrer aux nations étrangères 378,000,000 kilog. de blé valant 98,280,000 fr.

Or, en moyenne, nous importons en France 144,000,000 kilog. de blé qui coûtent à la nation française 47,520,000 francs.

Il est donc bien vrai dédire que les questions d'engrais, si modestes en apparence qu'on les dédaigne quelquefois, touchent aux intérêts les plus graves de la société.

Dans le nord de la France, l'emploi de Vengrais flamand est populaire; on désigne cet engrais sous les noms de courte-graisse, vidange, gadoue, tonneaux. Lorsqu'il est retiré des latrines où l'on n'a pas jeté d'eau, il possède une densité de 1032, ce qui correspond à 4°,5 de l'aréomètre de Baumé, et contient par litre, d'après M. Girardin (2) :

(1) Société impériale et centrale d'agriculture de France. Juin 1S62.

(2) Archives de l'agriculture du nord de la France. Lille, 1860.

Eau 980«',37

Matières organiques 26 59

Ammoniaque 7 63

Potasse 7 14

Acide phosphorique 3 43

Chlore, acides sulfurique, carbonique et sulfhy-

drique; alumine, chaux, soude et magnésie.. 5 77

Silice et oxyde de fer h «7

L'azote contenu dans un litre de cet engrais est ainsi réparti :

Azote des sels ammoniacaux 6,r,293

Azote de la matière organique 2 870

Total 9«r,163

Remarquez bien, Messieurs, que cette matière normale de vidange, sans addition d'eau, constitue un type qu'on peut considérer comme exceptionnel. Or, il renferme 0,88 p. 400 d'azote seulement, et non 3 p. 400, comme l'admettent quelques auteurs.

L'engrais flamand, à l'état où il se vend généralement aux cultivateurs des environs de Lille, ne possède guère qu'une densité de 4007 ou 4044 (soit un à deux degrés à l'aréomètre de Baumé) et ne contient que 0,19 p. 400 d'azote. Vous voyez ici quelle peut être l'influence de la dilution par l'eau et avec quelle facilité les consommateurs de matière de vidange se trompent lorsqu'ils ne prennent pas pour base d'appréciation la vérification de la densité.

A Nantes, les matières sont d'autant plus étendues d'eau que l'usage déplorable des toucs (4) autorise l'apport d'énormes quantités d'eaux ménagères dans les lieux d'aisances. Toute entreprise de vidange devra tenir compte de ces habitudes.

11 ne faudrait pas croire que le nec plus ultra du progrès consistât dans l'élimination des urines et la conservation exclusive des excréments solides. N'oublions pas que ces urines représentent l'excrétion azotée la plus abondante, et en voici la démonstration tout industrielle.

En 4853, on a obtenu, à Bondy :

En poudrette 363,577 fr.

En sels ammoniacaux des liquides 438,109

801,686 fr.

(1) Petits ëgouts communiquant avec le fleuve.

Dans la même année , on avait jeté au ruisseau environ 87,864 mètres cubes de liquides, ou 221,000 fr. La valeur totale des liquides pouvait donc être de 659,000 fr. en nombres ronds. Ces chiffres motivent les remarquables études faites depuis quelques années, sous le patronage de l'édilité parisienne, en vue d'utiliser les liquides d'égoût ou môme les matières totales, en les appliquant tels quels à la culture (I). Comme conclusion sur ce point, je vous mettrai en garde contre l'emploi trop exclusif d'appareils diviseurs ou séparateurs, qui ne conserveraient que la substance solide des excréments. Commodes au point de vue de l'hygiène et de la salubrité du particulier, ces appareils ne sont admissibles par l'économiste préoccupé des questions d'intérêt général, qu'à la condition que les liquides seront ultérieurement utilisés soit comme élément de sewage, soit en irrigation.

Vous avez probablement entendu parler de l'influence de l'alimentation sur la qualité des excréments. Ce fait un peu exagéré peut-être dans des récits devenus classiques est cependant exact dans certaines limites. Voici des chiffres qui l'établissent. Ils se rapportent à deux échantillons d'engrais flamand, l'un provenant d'une usine où les ouvriers consommaient surtout du pain et des légumes, l'autre d'une maison habitée par des personnes riches et consommant beaucoup de viande.

Alimentation Alimentation

végétale. animale.

Eau 95,190 95,100

Matières organiques 3,299 v 2,519 i

. Ammoniaque 0,260* 0,740 1

Potasse 0,161 j 0,207 j

Acide phosphorique 0,ltî7 1 1,251 0,323 1,581

Chlore, soude, chaux, etc 0,923 ' 1,051 1

Azote

De l'ammoniaque 0,214 0,G10

Des matières organiques 0,33S 0,259

(CORENWINDER.) (GlRARDlN.)

(1) On consultera avec profit, à cet égard, le 1 raité des engrais liquides de M. Barrai, les Annales de Vaujours, par MM. Mol! et Mille, le Rapport au Préfet de la Seine, sur tes irrigations du Milanais, de M. Mille, Y Engrais humain, de M. Maxime Paulet, Des fumiers et autres engrais, par Girardin.

Non-seulement, Messieurs, vous trouverez dans ces chiffres un intéressant parallèle en ce qui concerne les produits de l'alimentation variée, mais vous y trouverez aussi une notion très-significative sur la véritable richesse en azpte des matières fécales. En réalité, nous voyons ici (analyse Girardin) 49 grammes de substance sèche provenant de matières solides et liquides contenant 8gr,69 d'azote, soit environ 18 p. 100. Ces chiffres me rappellent la surprise que j'éprouvai lorsque, desséchant un jour des matières fécales très-fraîches et mêlées d'urine, je trouvai dans ma poudrette ainsi obtenue à l'étuve, c'est-à-dire sans altération, la dose énorme de 7 p. 100 d'azote. M. Barrai, de son côté, était arrivé au chiffre de 6 à 7 p. 100.

Dans beaucoup de petites localités, les matières fécales sont jetées comme sans valeur. Je ne saurais trop vous recommander de les recueillir, lorsque vous pourrez le faire économiquement. Il y a quelques années, un savant agronome, M. Reiset(l), avait remarqué qu'à Dieppe on conduisait les vidanges à la mer; il organisa un service de tonneaux qui lui permit de les apporter chez lui à raison de 1 fr. 50 le mètre cube. Or, selon M. Reiset, elles renfermaient 1,10 p. 100 d'azote; il en répandait jusqu'à 50 mètres cubes par hectare, et il obtint bientôt jusqu'à 102,000 kilog. de betteraves et 46 hectol. de colza. Un tel exemple eut des imitateurs, et, au bout de quelques années, le mètre cube de vidange s'élevait à Dieppe de 12 à 15 fr.

Je vous ai déjà montré comment on pouvait incorporer les

matières fécales dans le fumier. J'ajouterai aujourd'hui qu'il y (1; Recherches pratiques et expérimentales sur l'agronomie, 1S63, p. 8.

a quelquefois avantage à faire servir immédiatement à l'arrosage ces matières convenablement étendues d'eau. Un tonneau placé dans une charrette ordinaire ou mieux encore monté de la manière précédente, permet de réaliser cette opération, populaire dans le nord de la France et en Belgique. Une barrique montée, que l'on roule à bras, permet encore de

transporter l'engrais ; on le verse dans un baquet d'un quart de mètre cube environ; puis, à l'aide d'une pelle en bois, deim,50 de longueur , qu'on nomme écope, on puise et on répartit la substance fertilisante qui retombe sous forme de pluie; les cultivateurs flamands exécutent, dit-on, celte opération avec

une remarquable dextérité. Voici quelques formes d'écopes employées dans le Nord.

On peut encore, si l'arrosage ne doit avoir lieu que sur une petite étendue de terrain, ou entre des lignes de végétaux, opérer à l'aide d'un baril portatif, maintenu par de fortes bretelles sur le dos d'un ouvrier. La figure que je mets sous vos yeux en dit plus que toutes les descriptions orales.

Ce que de tels engrais ont de répugnant pour l'odorat, peut être masqué par des méthodes assez nombreuses : je me bornerai à vous signaler l'emploi de la couperose commune (sulfate de fer), qui forme avec le sulfhydrate d'ammoniaque, du sulfate d'ammoniaque fixe et du sulfure de fer qui n'a pas d'odeur. 2 à 3 kilog. de couperose en dissolution suffisent à la désinfection de 1 hectolitre de matière fécale (I).

On a cru pendant longtemps et on a mainte et mainte fois publié que l'emploi des matières fécales nuisait au goût des fourrages, et par suite à la valeur du lait, des fromages et du beurre. Comme réponse à cette assertion, je vous citerai la fumure des vignes, des orangers et des violettes de Parme, à l'aide de cet engrais, puis celle des choux- fleurs du Rosendal, près de Dunkerque. J'ajouterai qu'aux environs de Paris, MM. Moll et Mille ont résolu cette question de la manière la plus nette à l'avantage de l'engrais de vidange, et que le lait obtenu par ces expérimentateurs a été trouvé parfait, non-seulement par M. Hervé Mangon, au laboratoire de l'École des ponts et chaussées, mais encore aux hôpitaux de la Salpétrière et La Riboissière, où pendant dix jours on l'a expérimenté (2). « Pour moi, dit M. Corenwinder, je puis affirmer que mes asperges, fumées avec de la gadoue, ne le cèdent en rien,

(1) Le Bulletin de la Société d* encouragement^ n° de mai 1847, renferme un rapport de M. A. Chevalier sur la désinfection des matières fécales. A ce travail est annexé un extrait de l'intéressant ouvrage manuscrit de M. Krnest Vincent, intitulé : Recherches historiques sur la construction des fosses d'aisances et remploi des matières fécales, et dans lequel l'auteur a donné dans un tableau chronologique, utile à consulter, tous les procédés de désinfection publiés depuis 1 762.

('•) Application des vidanges à la culture, 1857, p. 1C.

45t LEÇONS DE CHIMIE AGRICOLE.

pour la finesse et le goût, à celles qu'on achète à grand prix chez les premiers restaurateurs du Palais-Royal (i). »

11 ne faudrait pas, Messieurs, donner à mes paroles une portée plus grande que de raison, et considérer l'engrais humain comme propre à dispenser de toute autre matière fertilisante. C'est, à coup sûr, un utile auxiliaire, mais ce n'est pas un élément de production qui — surtout dans les sols compactes et non calcaires — puisse remplacer le fumier. Une terre argileuse serait promptement engorgée et les végétaux y pourriraient, si une division assez énergique du sol n'intervenait en pareil cas (2). La verse se manifesterait hientôt d'ailleurs dans nos froments et nos blés noirs, si des engrais riches en phosphates n'agissaient en même temps que les matières fécales. Quoi qu'on puisse objecter contre cette assertion, nos champs de Bretagne ont été si souvent le théâtre de démonstration de ces faits, que je me borne à vous les rappeler.

Je vous mettrai également en garde contre l'application de l'engrais liquide à la fumure de plantes en pleine végétation. Il est utile, en eflet, qu'avant de réagir sur le végétal, la matière fécale ait été en partie transformée dans le sol. Il est donc logique de la répandre pendant l'hiver; si on méconnaît cette loi, on remarque que, même dans les terres les plus favorables à cette pratique, l'emploi de l'engrais flamand fait taller les froments outre mesure, et donne des tiges au détriment du grain (3). Excellent pour la culture maraîchère et les plantes fourragères, l'engrais humain liquide ne sera pas aussi convenable pour les froments et les blés noirs; en pareil cas, la matière fécale devra surtout servir à la confection de composts, de poudrettes et à l'amélioration des fumiers.

Je vous ai cité , il y a quelques instants , une analyse de

(1) Considérations sur l'emploi de V engrais flamand (Journal d'agriculture pratique, 1860, 20 août).

(2) Il y aurait danger pour celui qui cultive des terres fortes et argileuses à employer a profusion l'engrais flamand, surtout si on prétendait se passer de fumier... Un cultivateur ne doit pas perdre de vue qu'avant toute chose, il importe de maintenir ses terres dans un état de porosité convenable. Recherches sur l'engrais flamand par Cnrenwinder. Mémoire de la Société imper iule de Lille, 1865.

(3) Rapport sur l'emploi de l'engrais flamand, au nom d'une commission prise dans le comice agricole de Lille, par M. Coreirwinder.

M. Girardin, d'où il résulte que les vidanges d'une maison particulière de Lille renfermaient 95 p. 100 d'eau. On comprend facilement que l'élimination de cette eau en vue d'enrichir l'engrais et de le rendre économiquement transportable, ait été le but incessant poursuivi par les industriels. Solidifier les vidanges sans évaporation nolable de leurs principes fertilisants, c'est le problème depuis longtemps poursuivi et dont la réalisation laisse le plus souvent beaucoup à désirer.

Le procédé le plus généralement suivi pour solidifier les matières fécales est celui qu'emploient les fabricants de poudrette. Ce n'est pas, je m'empresse de le dire, un spécimen bien flatteur de nos connaissances industrielles.

La fabrication de la poudrette consiste dans l'abandon des excréments mixtes aux influences combinées de l'évaporation par l'air, et de la séparation des matières solides par ordre de densité. Cette double opération a lieu dans de vastes bassins en étage communiquant à l'aide de vannes, et que je ne saurais mieux comparer qu'à d'immenses et infects marais salants. Les dépôts suffisamment épais sont étendus sur des terrains en d'os d'âne où ils achèvent de se dessécher. Quelquefois des terres absorbantes permettent d'accélérer cette opération. A Nantes, par exemple, on emploie souvent la tourbe sèche pour arriver à ce résultat, et finalement on obtient un engrais assez pauvre.

Soubeiran a trouvé dans la poudrette de Montfaucon en 1847 :

Eau 28

Matières organiques 29

Sels alcalins 4,3

Carbonate et sulfhydrate d'ammoniaque »

Carbonate de chaux 3,87

Sulfate de chaux 3,87

Phosphate ammoniaco-magnésien. 6,65 0,36

Phosphates exprimés en phosphate

des os 3,46

Matières terreuses 24,8 1

100,00 contenant 1,78 d'azote.

L'azote était ainsi réparti dans l'engrais :

Dans la matière animale 1,18

Dans le phosphate ammoniaco-magnesien 0,36

Dans les sels ammoniacaux solubles 0,24

45fr LEÇONS DE CHIMIE AGRICOLE.

La proportion d'humidité peut s'élever de 32 à 40 p. 400, et le poids de l'hectolitre varie de 65 à 67 kilog.

Lapoudrette fabriquée aujourd'hui à Bondy contient de 1,50 à 2 p. 400 d'azote d'après M. Meugy, ingénieur des mines et vérificateur des engrais du département de Seine-et-Marne (1).

En 4855, M. le professeur Baudrimont, vérificateur des engrais de la Gironde, trouvait 1,78 p. 100 d'azote dans les poudrettes pures de Bordeaux, et 1,59 p. 100 dans les poudrettes additionnées de matières terreuses. Le résidu siliceux inerte était de 49 p. 100 pour la première catégorie, et de 21,5 pour la seconde (2;.

A Nantes, la poudrette est fabriquée sur une échelle fort restreinte, les minimes quantités de matières vidangées étant le plus souvent employées à animaliser des tourbes qu'on destine au mélange avec le noir animal. On vend cet engrais 2 fr. 75 à 3 fr. l'hectol. de 75 kilog. 11 renferme 20 p. 100 d'eau et contient à l'état sec, d'après mes analyses :

Matières volatiles au rouge 55.00

Sable siliceux 23,00

Alumine, oxyde de fer et phosphate de chaux 7,52

Sels alcalins !,»0

Carbonate de chaux et de magnésie. — Perte. .. . 12,58

Azote 4 ,80 à 2 p. 100.

En 1842, une commission officielle publiait quelques analyses de la poudrette de Nantes; et sans fournir de chiffres exprimant sa richesse en azote, elle établissait que cet engrais renfermait de 36 à 46 p. 100 de sable siliceux et de 34 à 46 p. 100 de matière organique.

Dans notre région, et sauf certains cas particuliers, on n'emploie guère les poudrettes seules, et les minimes proportions de matières fécales utilisées, le sont sous forme de composts riches en noir animal. Dans les arrondissements riches en prairies naturelles ou voisins de la mer — dans celui de Paimbœuf, par exemple — les poudrettes sont au contraire recherchées. Bordeaux en expédie à Pornic des

(1 Compte rendu de la lérification de quelques engrais, 1854, p. 10 et suiv. (ft Rapport sur ta vérification des engrais^ 1855, p. 18 et suiv.

quantités importantes, dont voici la composition pour 100 de matière sèche, d'après mon registre d'analyses :

MATIÈRES

organiques.

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