ou la moitié avec la semaille, 62fc,l,50 avant la
sortie de la tige 7,080 5,700
41l",66, ou le tiers au moment de la semaille, 4ikll,66
avant la sortie de la tige, 41k",66 vers la floraison. . 8,060 6,775
DIX-iNEUVIÉMh; LliÇON. 485
Dans l'étal actuel de l'agriculture, il est impossible de se passer du fumier d'é table. Les engrais végétaux ou lès fumures vertes peuvent seules le remplacer jusqu'à un certain point.
Vous voyez, Messieurs, dans quelles conditions il peut y avoir * avantage à employer le guano péruvien que, très-souvent, il y aura utilité à mélanger avec des guanos phosphatés. Cette utilité diminue, à vrai dire, en raison de la décroissance des doses d'azote dans le guano actuellement livré au commerce. Yous devrez surtout, en employant le guano péruvien, vous mettre en garde contre la trop facile évaporation de son ammoniaque (I). J'ai reconnu par des expériences rigoureuses que le mélange de cet engrais avec du noir animal vierge et fin est extrêmement avantageux à ce double point de vue. Le charbon de bois peut, à défaut de noir animal, être employé avec utilité.
Je ne saurais laisser échapper cette occasion de vous faire remarquer que plus nous allons, plus le prix des matières azotées s'élève. C'est au moment où le titre du guano péruvien tombe de J2 à 8 ou 9 p. 100 d'azole, que le prix du sulfate
(1) Selon M. Nesbit {Conférences sur la Chim c agricole), les règles pour l'application du guano sont les suivantes s
Le guano doit être employé par un temps humide.
II ne doit pas être appliqué aux prairies passé le mois d'avril.
Lorsqu'on emploie le guano à la fumure d'une terre arable, il doit être immédiatement mêlé au sol par un hersage ou par un labour.
Le guano ne doit, en aucun cas, cire mis en contact direct avec la semence.
Le guano, avant son application, doit être mélangé à cinq ou six fois son pouls de cendre de charbon de bois, de houille, ou de tourbe, ou encore de tenre légère ou de sable.
On ne mêlera jamais le guano avec la chaux.
Avant le mélange, il faut avoir bien soin de réduire le guano en poudre et d écraser toutes ses parties dures.
Le mélange terminé, il conviendra, pour le rendre bien complet, de le passer au crible ou au tamis.
On le conservera en lieu sec au moins huit jours avant d'en faire usage.
Le mélange indiqué est généralement assez humide pour être répandu à la main. Si, cependant, il se trouvait trop sec, il faudrait ajouter une faible quantité d'eau au moment de l'employer.
L'emploi du guano semé à la volée doit se faire soit avant, soit après la pluie, le plus possible par un temps calme et couvert.
La dose généralement e nployée varie d9 250 à 400 k log par hectare.
d'ammoniaque s'élève de 40 à 60 fr. dans certains ports de mer. Ces faits doivent éveiller l'attention des cul li valeurs intelligents et leur démontrer que tout en employant à l'avenir des engrais riches en ammoniaque, tels que les nitro-guanos, ils devront rechercher avidement les moyens de s'opposer à tout dégagement inutile d'azote. Ce but est réalisé par la fabrication du guano azote fixé dont la maison Matthcws, du Havre, est cosignataire en France. Dans ce produit, l'ammoniaque, transformée en sel relativement fixe, n'est employée qu'au fur et à mesure des besoins de la plante, et le phosphate basique, transformé en grande partie en phosphate soluble, aide à cette fixation de l'azote dès que celui-ci dégagé d'une combinaison urique tend à devenir carbonate d'ammoniaque volatil. Vous ferez donc trèssagement de faire l'essai de ce guano surtout approprié aux terrains de notre région.
On a successivement falsifié le guano péruvien, avec des terres jaunes, des guanos phosphatés tels que ceux de Mejilonnes, Nalden Island, Mavassa,Swan, etc., et on s'est généralement évertué à répartir dans ces mélanges des mottes intactes de guano Chincha normal : des plombs ont été fabriqués qui imitaient le plomb péruvien d'une manière presque parfaite pour des yeux peu attentifs. Enfin on a, dans ces derniers temps ajouté du sulfate d'ammoniaque à ces composés, pour en rehausser le titre en azote. Toutes ces pratiques deviendraient sans but si les cultivateurs avaient le soin de n'acheter le guano que conditionnellement à un titre déterminé sous le double rapport de l'azote et de l'acide phosphorique assimilable (I).
11 suffit d'énoncer ce principe, tant il est élémentaire.
En Angleterre, la marne jaune d'Essex, l'argile et la tuile pilée, ont été largement mêlées au guano, et M. Nesbit disait, en 1859, aux auditeurs de ses conférences (2) : « J'ai soumis à l'analyse des centaines d'échantillons de guano, et je dois vous
(1) M. Lachambre, cosignataire du gouvernement du Pérou, demandait à la commission des engrais (Enquête, vol. II, p. 120) que chaque vendeur de guano péruvien fût « obligé à porter sur sa facture les mots : Guano du Pérou, garanti pur et sans mélange, au titre de 12 à 14 centièmes d'azote. » Cette précaution, disait le déposant, est essentielle.
(2) Conférences sur la Chimie agricole, p. I?8.
prévenir que si vous achetez cet engrais autre part que chez des négociants d'une probité reconnue, il y a mille à parier contre un que vous serez trompés. » Ce que je vous dirai, moi, c'est que vous ne devez vous fler ni à l'odeur, ni à la couleur, ni à la présence des mottes. Vous devez examiner attentivement le plomb d'origine et vous faire garantir la composition de l'engrais. Tout est là.
Examinez les dix échantillons pris dans le commerce de Nantes que je fais passer dans l'amphithéâtre : ce sont des mélanges de guano péruvien avec d'autres substances. La teneur en azote varie de 4 à 40 p. 100 ; or, vous voyez que les caractères extérieurs sont ceux du guano Chincha : il convient donc de ne pas s y fier.
Au reste, et pour les raisons que j'ai développées précédemment il sera désormais de plus en plus difficile de présenter à l'acheteur des mélanges frauduleux comme guano provenant des Chincha, puisque ces lies sont épuisées et que l'opinion publique arrivera bientôt à le savoir (I).
Dans une de nos prochaines réunions, je vous parlerai de l'analyse des engrais en général ei de celle des guanos en particulier. Tout ce qu'on a dit à cet égard pendant longtemps s'appliquait spécialement au beau type péruvien contenant 12 p. 100 d'azote au moins. On ne saurait donc le reproduire
(1) V Enquête sur les engrais industriels, publiée par le ministère de l'agriculture, en 1865, contient (vol. I, p. 210) l'évaluation faite par M. Lachambre, consignataire du gouvernement péruvien, des quantités de guano exploitables après l'épuisement complet des îles Chincha. \oici les chiffres app:oximatifs fournis par M. Lachambre :
Tonnes.
Iles Lobos, guai.o 1" qualité, environ 3,000,000
lies Vacabi, — 1" — — 1,500.000
llesGuanape, — V — — ?, 500. 000
Total approximatif 8,000,ooo
M. Lachambre estimait qu'il faudrait 30 ou 40 ans pour que tout le guano péruvien fût consommé; mais il faisait entrer dans son évaluation le reste du gisement Chincha, qu'il évaluait à 8.000,000 de tonnes pouvant suffire aux besoins généraux pendant 16 ans environ. Or, l'épuisement a eu lieu en 5 années. 11 est facile de comprendre, au surplus, qu'en pareille matière les appréciations de gisements doivent être fort approximative.
avec profit en l'appliquant aux guanos Mâeabi et Guanape. Pendant denombreusesannées eteonformémentaux déclarations maintes et maintes fois réitérées des agents du gouvernement péruvien, le guano était une matière à peu près Gxe comme composition. 11 suffisait donc de doser soit son azote, soit, plus simplement, les éléments volatils, dont on prenait le quart plus un (I), et on connaissait son titre. Aujourd'hui celte simplicité dans les moyens d'investigation n'existe plus, et, encore une fois, le seul principe à faire prévaloir, c'est la nécessité d'analyser les guanos que l'on achète ou veut acheter.
Jusqu'ici, Messieurs, je vous ai entretenus des principaux engrais mixtes, et en vous parlant des fumiers, j'ai caractérisé leur composition la plus générale. Azote assimilable et phosphates terreux, tels sont les éléments les plus précieux de leur fabrication. 11 ne faut pas, toutefois, se dissimuler l'importance extrême de mélanger les principes fortement azotés ou phosphatés avec une certaine proportion de matières organiques.
(i) Voici ce que je disais dans la première édition de ces Leçom : • Je mentionnerai enfin que dans le guano péruvien type qui n'a pas été avarié parl'eau de mer, le chiffre exprimant les sels ammoniacaux et la matière organique, divisé par 4 et augmenté de 1 unité, donne à peu de chose près l'azote de l'engrais. Ainsi, séchez le guano à l'étuve, vous aurez un premier chiffre; incinérez-le dans le creuset de platine, vous aurez la somme des sels ammoniacaux et de la matière organique; prenez le quart de cette somme et ajoutez-y une unité, vous aurez l'azote. C'est là un résultat empirique auquel l'expérience m'a conduit, et qui n'a évidemment de valeur que comme renseignement et pour le cas où le guano n'a pas reçu de substances étrangères. Voici quelques exemples :
Trouvé en matières volatiles au rouge 57,30 = 14,32 0^14,32-4-1=15,32 pour l'azote calculé,., Vaz.t/osé = 15,5*
Trouvé en matières volatiles au rouge 51,27 = 12.81 Or,l2,8l-H=13,81 pour l'azote calculé. . . Y&i.dosé = 13,54
Trouvé en matières volatiles au rouge 52,52 L2^1 = 13, M Or, 13, 13+1=14,13 pour l'azote calculé. Vnz.dosé = 14,20
11 est bien entendu que les considérations pratiques sur lesquelles je viens d'appeler votre attention sont relatives au guano péruvien type. Quant aux guanos de diverses provenances, et notamment aux phospho-guanos qui arrivent plus spécialement à Nantes que partout ailleurs, leur valeur ne peut être déterminée que par une analyse complète, et lorsque cette analyse doit être effectuée sur des guanos contenant du phosphate d'alumine, ce phosphate devenant difficilement soluble dans les acides après sa calcination, il est iucessaire de confier son dosage à un chimiste de profession.
Non-seulement les planles trouveront dans le compost ainsi fabriqué un aliment en rapport avec leurs besoins, mais l'humus soluble, par ses transformations successives, aidera puissamment à l'action des phosphates et des silicates auxquels il sera intimement associé. Je vous l'ai dit bien des fois dans le cours de ces entretiens et je vous le répète à dessein : ne vous fiez pas exclusivement à la nature pour l'apport du carbone et de l'hydrogène à vos récoltes, sous ce prétexte qu'il y a dans l'air de l'acide carbonique et de la vapeur d'eau. Ne croyez pas, en un mol, qu'une bonne culture soit réalisable par la seule intervention des matières minérales du sol et des gaz atmosphériques; ce serait confondre ce qui est rigoureusement possible avec ce qui est avantageusement praticable ; ne croyez pas, enfin, que l'on puisse commercialement, — et il faut bien que l'agriculteur soit commerçant — remplacer des os et des débris animaux par du phosphate de chaux et des sels ammoniacaux ou encore du fumier par du guano péruvien. Scientifiquement, ces substitutions sont réalisables ; mais, dans le domaine des faits agricoles et pour les cultures ordinaires, n'oubliez pas que la meilleure manière d'utiliser les engrais riches, c'est de les répartir dans des composts de telle sorte que l'ensemble des conditions si heureusement réalisées par les fumiers soit autant que possible obtenu.
Ce que je dis là, Messieurs, s'applique à une culture normale, c'est-à-dire indéfiniment prolongée sans épuisement du sol et pratiquée d'ailleurs sur un sol normal lui-môme ; mais toutes les fois que les transports seront onéreux ou difficiles, que le sol sera dépourvu de calcaire et chargé de détritus organiques à réaction acide, que des phosphates, des sels ammoniacaux ou des nitrates pourront être obtenus à bas prix, il est bien entendu que l'emploi du guano, du noir animal, des phosphates divers, des sels azotés employés tels quels, pourront offrir des avantages très-grands. Ce que je me borne à affirmer, c'est qu'après avoir attaqué vigoureusement un domaine par les engrais spéciaux, il faut l'amener peu à peu au régime des engrais mixtes, et ceux-ci doivent être dilués dans une proportion de substances organiques qui les rende autant que possible comparabks au fumier par leurs propriétés chimiques et pht/siques.
De la solidarité des principes divers contenus dans les composts résultent de précieux avantages. La nitriûcation s'établit facilement dans les mélanges poreux et renfermant des alcalis ou des bases calcaires et magnésiennes. Toutes les fois, donc, que des tourbes, du tan, des tourteaux, des débris de brasseurs, des genêts, des ajoncs, etc., pourront être économiquement obtenus par vous, ne craignez pas les peines employées à les stratifler avec des matières de vidanges, des débris animaux, des osen poudre, des phosphates fossiles, des calcaires divisés ; arrosez ces masses pour y développer une fermentation régulière ; modérez le dégagement des gaz fécondants, tantôt par l'emploi du sulfate de fer dissous, tantôt en jetant du charbon d'os, de bois ou de tourbe sur les masses en fermentation : vous constituerez ainsi des engrais mixtes, qui maintiendront le sol dans un état permanent de fertilité, et vous serez quelquefois étonnés du bas prix auquel le résultat aura été obtenu.
Les fabricants de guanos artificiels opèrent leurs mélanges par deux méthodes distinctes. Quelquefois ils pulvérisent avec soin du sang, des chairs, des débris azotés divers, et les mélangent à l'état de siccité parfaite avec des cendres d'os, des phosphates fossiles, du noir animal, des os râpés, des phosphates acides, etc. Le titre de tels engrais est constant par suite de la facilité avec laquelle s'opère l'uniforme répartition de leurs principes constituants; les fiais de transport sont réduits par l'état de dessiccation de la marchandise ; enûn il n'y a pas déperdition sensible de gazammoniacaux, puisque la fermentation ne se développe pas dans la masse. Les engrais ainsi produits sont facilement transportables. Un inconvénient qu'on peut seul leur reprocher, c'est d'être accessibles à des myriades d'insectes dont les larves, se développant et se transformant, peuvent occasionner la dispersion d'une quantité notable de matière utile.
Dans d'autres circonstances, et notamment lorsque l'engrais fabriqué ne doit pas subir des transports lointains, on incorpore des matières liquides ou pâteuses à des substances absorbantes diverses et on favorise la fermentation tout en fixant par des sels métalliques les gaz ammoniacaux. Toutes choses égales d'ailleurs, un engrais qui a fermenté, et dans lequel par conséquent la molécule organisée est devenue humus, ammonia-
DIX-iNEUVlÉME LEÇON. 491
que, puis acides azotique, phosphorique ou silicique assimilables, donnera de plus prompts résultats qu'un simple mélange de déchets animaux soumis à la pulvérisation. Ici, toutefois, il sera important de ne pas opérer sur des masses trop considérables, car il deviendrait difficile d'éviter les déperditions d'ammoniaque.
Dans son usine d'Aubervilliers, M. Rohart soumet à l'action de la vapeur à toute haute pression des déchets de cuirs, laines, etc., et le liquide obtenu par leur dissolution est versé sur des tourteaux de matières animales mélangés à des débris osseux. Les liquides animaux divers sont également employés, et du charbon végétal alterné avec le tout modère le dégagement des gaz ammoniacaux. Au moment des expéditions, les tas attaqués par tranches et dans toute la hauteur fournissent une matière qu'une chaîne à godets emporte dans des engins destinés à la mélanger intimement.
En Bretagne, et en général dans les localités où il y a des tourbières, on peut fabriquer d'excellents composts en prenant 100 hectolitres de tourbe tamisée à laquelle on fait absorber 50 à 60 hectolitres de matière fécale désinfectée; on laisse fermenter ce mélange pendant quinze jours, et on y enfouit les quartiers et les intestins de douze ou quinze animaux — chevaux, bœufs, etc. — on abandonne de nouveau à la fermentation en remuant deux ou trois fois et arrosant avec de l'eau légèrement chargée de couperose ; au bout de trois mois, on ajoute des phosphates fossiles, des râpures d'os, des cendres d'os ou du noir animal en proportion variable, et on obtient un excellent engrais fournissant tout à la fois l'humus, l'azote et les phosphates à un état des plus favorables pour la végétation.
Mais parmi les sources inépuisables auxquelles l'agriculture est appelée à avoir recours pour les besoins de l'avenir, je ne sache rien, Messieurs, de plus grandiose que l'immense domaine des mers. Là, en effet, se trouvent avec une abondance infinie des alcalis, le phosphore,^ l'azote, sous les multiples états par lesquels se manifestent le minéral, le végétal et l'animal. A l'appauvrissement du sol, la fécondité de la mer peut donc offrir un efficace remède, et l'industrie moderne est appelée à réaliser cette grandiose compensation.
Jusqu'à ce jour, l'homme n'a guère demandé à la mer que le minime tribut des pêches. Tout au plus l'habitant des côtes lui emprunte-t-il quelques vases, quelques calcaires, quelques goémons, pour fertiliser ses champs ; mais, tout intéressant que puisse être ce modeste emprunt au grand réservoir commun, il ne donne qu'une bien misérable idée des incalculables richesses offertes par la Providence à une agriculture industrieuse et prévoyante. Déjà de louables tentatives ont eu lieu pour exploiter à Terre-Neuve les immenses quantités de débris animaux qui proviennent de la pêche de la morue. Ces débris ont la composition suivante :
4 Chair de poisson Os de poisson Résidus de morue
en poudre. en poudre. en poudre.
Matière organique azotée... 77,50 34,20 67,50
Sels solubles 2,25 1,85 1,50
Phosphate de chaux 17,30 53,70 28,75
Silice 0,70 1,20 0,40
Carbonate de chaux, de magnésie et phosphate de
magnésie 2,25 0,05 3,30
100,00 100,00 100,00 Aiotep. 100 11,17 3,84 8,73
Ils ont donc une valeur considérable, et M. Demolon avait organisé à Concarneau un établissement où on les utilisait en les cuisant sous une pression de quatre à cinq atmosphères, les soumettant à la presse pour en extraire l'huile et l'humidité , puis faisant agir la râpe sur les tourteaux ainsi obtenus. J'ai trouvé 12 p. 100 d'azote et 15 à 20 p. 100 de phosphates dans l'engrais produit par ce moyen. Malheureusement la fabrication organisée à Concarneau a cessé d'exister. Elle sera reprise, je n'en doute pas, dans un grand nombre de localités, car aux déchets des fabriques de conserves de sardines, peuvent s'ajouter sur certaines côtes d'énormes quantités de poissons dont on ne trouve pas le débouché pour l'alimentation.
Il y a des contrées où l'on commence à comprendre le parti qu'on peut tirer des résidus de poissons. À Belle-Isle, ces débris provenant de la sardine et du thon, s'élèvent annuellement à 20 ou 25,000 kilog. ; M. Herouard a commencé à les recueilliren 1855:
il les paya d'abord 2 francs, puis3,etenfin 4francs50les iOOkilog. Ce chimiste, en se livrant à la fabrication des engrais, a reconnu «|iie la chaux pouvait rendre des services comme agent propre à leur conservation, et il opérait en divisant le poisson, le faisant égoutler sur des claies et le mélangeant intimement avec 15 à 25 parties p. 100 de chaux délitée à l'air. Lorsque le poisson est frais, cette opération réussit, et il ne dégage pas sensiblement d'ammoniaque. Toutefois, j'ai examiné des engrais de poisson fabriqués sur la côte de la Vendée à l'aide de la chaux délitée, et souvent j'ai reconnu que l'azote en avait été éliminé en très-forte proportion. La difficulté d'avoir constamment du poisson frais et de mélanger intimement sa masse avec la chaux, rend, en effet, le succès de cette fabrication incertain. Toutes lesïois que l'on pourra recourir économiquement à la cuisson et à la récolle de l'huile, ou à la dessiccation rapide par tout autre moyen, on fera donc bien de le tenter.
Il y a du reste une autre raison qui doit rendre peu avantageux l'emploi de la chaux en vue de conserver les débris de sardines. Ces débris en effet renferment en grande proportion des têtes dans lesquelles l'huile s'élève à une proportion considérable et paralyse l'action de la matière azotée sur les plantes, parce que la combinaison calcaire de cette huile est peu favorable à la dissolution de l'engrais dans le sol. J'ai étudié spécialement cette question depuis quelques années, et voici les résultais de mes expériences.
Sous la désignation commerciale de têtes de sardines, il faut comprendre non-seulement les têtes de poissons rejetées par le fabricant de conserves, mais aussi les inlestins de l'animal. Ces déchets se conservent assez bien lorsqu'on les additionne «te sel marin et peuvent être livrés à l'agriculture qui les recherche en raison de l'heureux assemblage de matières azotées et phosphatées qu'ils renferment.
La baie de Concarneau, les environs de Lorient, le Croisic et plusieurs points de la côte de Bretagne sont les localités où la production des sardines conservées est le plus considérable, aussi l'attention des agriculteurs a-t-elle été éveillée par la quantité relativement très-forte des déchets qu'on peut s'y procurer. On sait que parmi les substances fertilisantes, les débris de pois-
sons ont une action spécialement favorable et que l'azote et l'acide, phosphorique dont l'analyse y constate l'existence, sont assimilés par les.végétauxd'une manière extrêmement remarquable.
A bien des reprises depuis vingt ans, j'ai dû procéder à l'analyse des têtes de sardines — ou plutôt des déchets de sardines — que les agriculteurs me soumettaient. J'ai quelquefois conseillé de les stralifler avec du noir animal riche en phosphates de chaux et dépourvu de substance organique : j'en ai également fait mélanger avec des fumiers, et, en général les résultats de ces modes d'emploi ont été excellents. J'ai été frappé toutefois de ia difficulté d'expédier ces engrais en raison de la quantité d'eau qui grève leur transport ; si, d'autre part, on les enfouit dans le sol à l'état naturel, deux circonstances peuvent se présenter et le cultivateur intelligent ne saurait les méconnaître : en effet, et ainsi que je vous l'ai dit tout à l'heure, l'huile qui existe abondamment dans la tête de la sardine enveloppe la matière azotée et empêche sa décomposition pendant un temps quelquefois considérable ; enfin les rongeurs, les insectes dévorent l'engrais ou y déposent des œufs qui, par leur développement ultérieur, déplacent la matière organique dont l'agriculteur avait voulu localiser l'action.
Je crois qu'il serait possible de fabriquer, à l'aide des dé chets de sardines si abondants sur les côtBS de Bretagne, un engrais actif, assez riche pour supporter des frais de transport et tellement dépourvu de matière grasse que sa substance organique pût subir sans obstacle les phases de cette décomposition dont la croissance du végétal cultivé est si étroitement solidaire; mais, avant de décrire le procédé que je regarde provisoirement comme très-convenable pour arriver à ce but, je dirai quelques mots de la composition chimique des déchets de sardines. J'ai souvent fait des analyses de cette substance, et je dois constater que les résultats ont été extrêmement variables, en raison des quantités très-variables aussi d'humidité et de sel marin qu'on rencontre dans les types remis aux chimistes par les agriculteurs ou les fabricants. Si on ajoute à ces circonstances l'état d'altération plus ou moins avancé de la matière, on reconnaît bientôt que les analyses effectuées n'ont pas une grande signification.
La citation que je pourrais faire d'analyses diverses auxquelles je me suis livré et dans lesquelles on verrait l'azote et l'acide phosphorique varier du simple au double, n'aurait donc pas d'intérêt ; mais je mentionnerai, parce que je le crois utile, la composition que j'ai récemment déterminée, comme caractérisant un lot important des déchets frais dans lesquels on avait introduit 15 p. 100 de sel marin, en vue de s'opposer tout à la fois et à l'altération putride et à l'invasion des insectes.
Voici le résultat de deux essais exécutés avec un soin minutieux.
DÉCHETS DE SARDINES FRAIS ADDITIONNÉS DE 15 p. 100 (l) DE SEL MARIN.
Eau 45,00
Huile 10,00
Azote faisant partie de
Matières volatiles au rouge. . 76,4') / la m itière organique. 2,00 (2)
(Matière organique déduction faite de l'a-
xote 19,40
' Sable ferrugineux 0,8 )
L Phosphates de chaux et
».«» \ ct^t^::. ,?£
/ Sels calcaires et alcalins,
' perte 1,00
Il n'est pas inutile de faire remarquer, à l'occasion de cette analyse, que les proportions d'huile varient selon les époques où la pêche est faite ; toutefois, les différences observées ne sont pas très-fortes.
Quoi qu'il en soit, voulant modifier une telle substance et sachant qu'on a dû renoncer aux moyens employés dans le passé,
(1) Le pesage du sel n'avait pas été fait vraisemblablement avec une trèsgrande précision. D'autre part, il y eut dessiccation partielle de la substance à partir du moment où le mélange fut effectué jusqu'à celui où il me fut permis de l'analyser.
(2) La sardine entière analysée par M. Payen renfermerait 6 p. 100 d'azote et 9,36 p. 100 de graisse. Sa dose d'humidité s'élève à 40,0* p. 100. En ce qui me concerne, j'ai plusieurs fois trouvé 4 et 5 p. 100 d'azote dans drs lots de déchets de sardines dénommés têtes de sardines; mais la dessiccation était assez avancée et il n'y avait pas eu addition des 15 p. 100 de sel marin dont il est question plus haut.
m LEÇONS DE CHIMIE AGRICOLE.
et qui consistaient, tantôt dans l'emploi de la chaux vive en poudre, tantôt dans le traitement par la vapeur, la pression et l'éluvage, je me suis demandé si la digestion dans le sulfure de carbone — méthode appliquée aujourd'hui au dégraissage des marcs d'huile, des étoupes et chiffons gras, des fragments d'os de boucherie, des pains de creton, de certains tourteaux oléagineux, etc., — ne serait pas convenable pour débarrasser l'engrais de sardine de l'huile qui s'oppose à son action immédiate dans le sol.
Les expériences auxquelles je me suis livré à cet effet ont été couronnées d'un plein succès ; le traitement par le sulfure de carbone enlève l'huile des têtes de sardines, et l'on peut espérer que les frais de cette opération seront couverts par la matière grasse recueillie. Le résidu est désormais friable, d'tme dessiccation extrêmement rapide, et sa pulvérisation s'effectue sans la moindre difficulté. On obtient par ce moyen un engrais jaune, analogue au guano par son aspect, et dans lequel l'aptitude à la décomposition et à l'uniforme répartition dans le sol ne laisse rien à désirer.
Celui que j'ai obtenu dans mes expériences renfermait près de 5 p. iOO d'azote et 12 p. 100 de phosphates très- assimilables, ce qui correspond déjà à une valeur agricole approximative de 12 fr. 50 par 100 kilogrammes ; mais si on calcule la valeur de la substance organique, du sel marin, etc., et si on suppute enfin la valeur très-réelle que communiquent à l'engrais la rapidité de son action et la commodité de son transport, on reconnaît que le traitement des déchets de sardines par le sulfure de carbone et sa conversion en guano de poisson auraient toute raison d'être et offriraient des avantages si le placement de la matière grasse était assuré.
En résumé, le procédé consisterait dans les opérations suivantes :
1° Traitement des déchets — salés ou bruts — par le sulfure de carbone;
2° Dessiccation à l'air;
3° Réduction en poudre et mise en sacs.
Une expérience en grand du dégraissage des têtes de sardines a eu lieu au Croisic à l'usine de Penbron. Voici le résultat des
'observations qui y ont été faites au point de vue purement 'technique.
Le prix des déchets de sardines varie de 3 fr. à 8 francs la barrique à la Turballe. A Penbron on les payait 3 francs, à Port-Louis 5 et 6 francs dans les dernières années. Les demandes plus ou moins abondantes des cultivateurs, la régularité des enîevages garantie aux fabricants de conserves, motivent ces variations considérables. Le fabricant d'engrais peut calculer que l'enlèvement, le transport, la mise en magasin, le déchet, élèvent en moyenne le prix des déchets de sardines à 10 ou 11 francs la barrique de 200 kilog.
100 kilog. de déchets contiennent 50 kilog. d'eau et M) kilog. d'huile. L'hectolitre de déchets dégraissés et desséchés pèse 70 kilog. Si on ne les dessèche pas, après le traitement par le sulfure de carbone, ils pèsent 75 kilog.
Au Croisic on mettait dans les appareils à sulfure de carbone 22 hectolitres de déchets desséchés. Ce volume se réduisait à 18 hectolitres. La composition chimique moyenne de l'engrais était la suivante :
Humidité 5,10
Ma lières organiques G9,90
Sels alcalins 3,00
Phosphate de chaux 12,00
Substances diverses 10,00
Azote 4,85 p. 100.
On avait recueilli d'autre part 400 kilog. d'huile brune, épaisse et qui, il faut le reconnaître, a été jusqu'à ce jour d'un placement peu avantageux. C'est donc à l'emploi de ce corps gras que la nouvelle fabrication que j'ai conseillée (\) et étudiée dans le laboratoire serait subordonnée en grand.
On calcule qu'à chaque opération, il y a une perte moyenne de 15 kilog. de sulfure de carbone dont la quantité nécessaire pour traiter 22 hectolitres s'élève à 4,000 kilogrammes.
Encore une fois, la possibilité de cette opération ne sera réelle •que le jour où l'industrie pourra utiliser l'huile obtenue. En ce qui concerne le point de vue technique, c'est-à-dire la con-
(1) Bulletin de la Société impériale et centrale d'agriculture de France.
version des têtes de sardines en engrais, je ne puis que reproduire les lignes suivantes que m'adressait M. Auvillain, directeur de l'usine de Penbron :
« Ce qu'il y a de positif, c'est que c'est une industrie fort belle « et donnant la solution du problème qu'on cherchait depuis « longtemps: enlever aux déchets de sardines l'huile qui entraa vait leur action dans la terre, puis réduire la matière ainsi « dégraissée en substance pulvérulente très-assimilable. »
La tenative la plus intéressante d'utilisation des débris de pèche est celle de M. Rohart, fondateur d'un établissement aux iles Loffoden. Pour vous donner une idée exacte de l'importance des débris à recueillir sur les côtes de Norwége, il me suffira de vous citer les chiffres suivants fournis par M. Rohart (1) :
« La pêche de la morue emploie 20 à 25,000 pêcheurs, montant de 5 à 6,000 embarcations ou canots de pêche. Le produit moyen, par année, est de 20 à 25 millions de morues, donnant un poids vif de près de 100 millions de kilog. Le tiers de ce poids, soit 30 millions de kilog. en nombre rond, représentant les têtes, vertèbres, viscères et queues, est jeté en grande partie à la mer, ou abandonné le long du rivage. Durant ces dernières années, les pécheurs ont vendu de 12 à 36 shillings les 120 têtes fraîches, soit, au prix moyen de 24 shillings (représentant 1 fr. 41), i fr. 45 les 100 kilog. rendant 33 kilog. de matière sèche propre au guano, et coûtant ainsi brute 4 fr. 48 les 100 kilog. Les vertèbres ont été vendues de 3 à 12 shillings les 120, ou en moyenne 8 shillings. A ce prix, les 100 kilog. de vei tèbres fraîches ressortent à 1 fr. 56 ; ils rendent 40 kilog. de matière sèche propre au guano, qui coûte ainsi, brute, un peu moins de 4 francs les 100 kilog. Outre les débris de pêche, on peut également utiliser à la fabrication du guano différentes espèces de poissons non comestibles, notamment des baleines, des squales, des narvals, des cachalots, etc., que l'on obtient à vil prix. Comme exemple à l'appui: j'ai eu occasion d'acheter, pour 55 francs, deux baleines auxquelles on n'avait enlevé que l'huile.
« 11 y a également des occasions avantageuses d'achat de
11) Journal de l'agriculture, £0 mars 1870.
cargaisons de bons poissons avariés par les mauvais temps, soit lors de la levée des lignes et des filets, soit pendant l'époque du séchage, ou à la mer pendant le transport. Il en est de môme de certains poissons communs dont la pèche est souvent trèsabondante L'été, et que Ton peut obtenir à très-bas prix. Gomme exemple, pour la campagne de J866, différentes parties de poissons avariés ont été achetées à l'état sec au prix de 7 fr. 75 les 100 kilog. »
« Voilà pour ce qui concerne les îles Loflbden seulement, c'est-à-dire le Nordland proprement dit. Le Finmark, comprenant la partie nord des Loffoden, depuis Tromsôe jusqu'à Vadsôe, en suivant la côte Est du cap Nord, passant par Hammerfest et Vardsôe, oflre également des ressources trèsimportantes. »
Quelques chargements de guano de poisson expédiés des îles Loffoden par M. Rohart ont été analysés en France. Voici leur composition :
Gomme vousle voyez par cette composition chimique, l'exploitation des matières fertilisantes en vue d'une production agricole plus considérable soulève de hautes questions d'économie agricole et industrielle; parmi celles-ci, je n'en sache pas de plus vaste et de plus séduisante que la mise en rapport des richesses de la mer avec la couche arable vivifiée par le travail humain. Qu'elle fournisse aux populations la nourriture directe, sous forme de poissons ou de mollusques, ou la nourriture indirecte, sous forme d'engrais, la mer nous apparaît comme un réservoir de vie d'une éternelle et incommensurable fécondité.
A ce point de vue agricole, une vaste industrie accessoire de la pêche est à créer en effet; plusieurs fois déjà on avait tenté
Humidité
Matières organiques, combustibles ou
.Malaguti. Girardiu. Bobierre.
volatile?, non compris l'azote
Azote en combinaison
Phosphates
Sels divers de chaux et de magnésie.
Sels de potasse et de soude
Matières non dosées
Total
de la réaliser, mais dans des conditions trop onéreuses ; un courageux pionnier de l'agriculture, M. Rohart, a fait mieux : avec peu de ressources matérielles, mais avec un grand courage, il a donné l'exemple d'une énergique tentative, et il s'est imposé la pénible tâche d'aller sur les côtes où s'effectue la pêche pour en recueillir les débris trop souvent dérobés à l'agriculture. C'était là une belle entreprise, mais aussi une bonne action.
La nature a donné aux détritus dérivant de l'organisme, et particulièrement aux débris de poisson, une constitution chimique et une agrégation physique telles, que, sous les influences multiples du sol et des forces végétatives, les matériaux de ces détritus sont graduellement assimilés par les plantes. Ainsi agirait l'engrais norwégien, dont tout l'azote et tout l'acide phosphorique pourraient être utilement employés, contrairement à ce qui arrive souvent dans l'usage du guano du Pérou, cet engrais ne répondant pas toujours en effet aux espérances qu'on avait conçues en l'achetant.
Utiliser au profit de l'agriculture des résidus naguère abandonnés, concourir tout à la fois à l'amélioration du sort des pauvres pécheurs norwégicns et des cultivateurs français, créer un fret à la marine et un lien nouveau entre deux peuples dont le temps et les événements semblent augmenter chaque jour la sympathique solidarité, c'est, comme je l'ai dit il y a quelques années, et comme j'aime à le répéter aujourd'hui, faire tout à la fois une chose sensée et une bonne action. A ce double titre la fabrication courageusement tentée sur la côte de Norwége par M. Rohart mérite des encouragements qui, je l'espère, ne lui feront défaut ni en France ni dans une contrée où la qualité de Français est un titre à la plus cordiale hospitalité (1).
Je dois ajouter en terminant qu'en dehors des saisons propres à son activité, le pôcheur est souvent inactif et presque toujours malheureux, tandis qu'il serait facile d'améliorer son sort, de lui assurer du travail et de créer de nouvelles ressources à la marine et surtout à l'agriculture, en faisant recueillir les poissons
(1) Ces ligne?, que je reproduis aujourd'hui, étaient écrites à une époque où la prospérité financière rendait les entreprises industrielles faciles. J'espère que l'avenir leur rendra l'opportunité.
DIX-NE l'VIÈME LEÇON. 5()t
non comestibles, qui ne sont eux-mêmes que des destructeurs de bons poissons, et dont la dessiccation pure et simple à l'air fournit des engrais, contenant de 6 à 14 p. 400 d'azote et autant de phosphates.
Voici quelques exemples :
Le squale, espèce de chien de mer que l'on pêche le long des côtes de la Manche, est livré par les pêcheurs pour 2 francs. La chair de cet animal est impropre à la consommation, comme celle de tous les individus de la même famille, et particulièrement le requin. On compte aussi parmi les plagiostomes, dont la raie forme le type principal, ceux des genres roussette, lamie, aiguillât et auge, qui sont généralement abondants. *
Le scatt des Norwégiens, la seye, le stenbider, le mourte, le hoquérine, le haubrand, foisonnent dans les mers du Nord, dans lesquelles on rencontre aussi le requin et la baleine, sans parler d'une foule d'autres poissons qui n'ont aucune utilité pour l'alimentation des hommes, mais qui n'en possèdent pas moins une valeur agricole importante.
Les eaux courantes, quel qu'en soit le volume, dépouillent perpétuellement la terre des matériaux solubles qu'elle renferme, pour les porter à l'Océan. Ce que deviennent ces principes de vie, la science le suppute, et elle appelle de tous ses vœux le jour où l'industrie, venant en aide à l'agriculture, s'attachera à la récolte des produits marins, et rapportera dans nos champs un principe de vitalité qui s'en était échappé.
Utilité de la restitution des cendres aux terrains. — Nature chimique des cendres. — Méthode pour leur essai approximatif. — Leur rôle agricole. — Cendres de tourbe. — Cendres de varech. — Charrées. — Leur composition. — Fraudes dont elics sont l'objet. — Méthode d'essai. — Leur action agricole. — Elles agissent quelquefois plus énergiquement que les cendres vives. — Charrees de varech. — Cendres de marais. — Chaux et calcaires divers.
Messieurs,
Que la science agite et discute les questions relatives à l'assimilation de l'azote par les végétaux, qu'elle recherche les conditions dans lesquelles l'atmosphère peut intervenir comme un vérilable engrais, cela se comprend; mais lorsqu'il s'agit des matières minérales indispensables aux récoltes, il n'y a pas de discussion possible, et tout le monde reconnaît la nécessité des pratiques qui ont pour but la restitution au sol des cendres des végétaux.
Ce que je vous ai dit des différences de composition des cendres, selon les terrains, et selon les espèces végétales, vous permet de comprendre que les cendres agissent avec plus ou moins d'énergie sur les cultures, selon leur origine et leur composition. Pour nous, les plus riches en phosphates seront les meilleures ; et sans nier l'utilité de la silice soluble, des alcalis et de la chaux qu'elles renferment, nous devrons reconnaître, en observant les faits, que sur nos sols feldspathiques — donc riches en potasse — la cendre privée de ses matériaux solubles est, à poids égal, plus précieuse que la cendre vive.
MM. Malaguti et Durocher, dans un long et utile travail que je vous ai déjà cité, ont prouvé que l'analyse des cendres n'a d'intérêt que si elle est effectuée sur une plante sauvage et considérée en tenant compte du sol où a eu lieu son développement. Ce qu'il est surtout important de connaître pour vous, c'est la nature alcaline, terreuse, phosphatée ou siliceuse de la cendre. M. Malaguti conseille d'effectuer cette recherche en opérant comme il suit (I).
On introduit dans une fiole 10 grammes de cendre avec 100 grammes d'eau de pluie et on fait bouillir pendant quelques minutes, on jette le mélange sur un filtre, on lave et on dessèche le filtre à 100 degrés; on le pèse en le plaçant sur l'un des plateaux d'une balance, et mettant dans l'autre plateau un filtre n'ayant pas servi et bien semblable à celui dont on s'est servi.
Si la cendre traitée par l'eau a perdu la moitié de son poids, on en conclura qu'elle appartient à la classe des cendres alcalines. Admettons qu'elle ait perdu 52 p. 100.
Il est vrai que tout ce qu'une cendre abandonne à l'eau n'est pas du carbonate de soude ou du carbonate de potasse; il est vrai qu'elle renferme du sulfate de potasse, du chlorure de sodium ou de potassium, et même des silicates alcalins, et du phosphate de potasse; mais les carbonates alcalins et le carbonate de potasse surtout, constituent la plus grande partie des principes solubles.
En considérant donc comme des carbonates alcalins, les principes solubles d'une cendre, l'agriculteur est certain d'arriver à des conclusions suffisamment exactes dans la pratique.
La richesse en alcalis une fois déterminée, on introduira le résidu de cette même cendre lavée dans une fiole, on ajoutera de l'acide chlorhydrique étendu de la moitié de son poids d'eau, et l'on fera bouillir pendant 15 à 20 minutes; on desséchera le mélange au bain-marie; on le chauffera ensuite trèsfortement, et on le reprendra par l'eau. Les4g,8 deviennent 1«,8. Cela indique, par conséquent, que pour 55 de principes alcalins, il y a 30 de principes calcaires et magnésiens solubles clans l'acide. Cependant on doit savoir si, dans ces principes, il y a des
(1) Chimie appliquée à Cagvkulture, t. I, p. 3i0.
phosphates : or, nous verrons bientôt à quel moyen on doit avoir recours pour les doser.
J'ai à peine besoin de vous dire que le résidu du traitement par l'eau et par l'acide constitue le sable siliceux.
Les cendres vives agissent admirablement sur les sols acides qu'elles neutralisent au grand profit de la végétation, elles favorisent en général la nitriflcation , désagrègent les silicates et rendent la silice solubîe, enfin elles apportent au sol des matériaux facilement assimilables et en particulier des phosphates de chaux et de. magnésie. Sous leur influence, on voit rapidement disparaître les mauvaises herbes. Il est convenable /Je les employer à petites doses réitérées ; la proportion nécessaire est extrêmement variable selon les terrains : tantôt elle est de 25 et tantôt de 50 hectol. par hectare.
Les cendres de tourbe sont riches en sulfates (I), elles font merveille sur les prairies artificielles et notamment sur le trèfle. Elles ne contiennent pas sensiblement de phosphates, parce que les phénomènes de décomposition qui ont marqué la transformation des végétaux en tourbe, ont causé la dissolution de ces sels et leur entraînement par les eaux. On les emploie à la dose de 50 hectol. par hectare. Cet engrais donnera donc de meilleurs résultats s'il est additionné de phosphates, ou mieux alterné avec des fumures normales.
Les cendres de varech, qu'il ne faut pas confondre avec ce qu'on appelle cendres de Noirmoutier, sont peu employées telles quelles. L'incinération des plantes marines se fait le plus souvent en vue de l'extraction de l'iode et des sels de potasse ; quelquefois
(1) m Le citoyen Daguin nous a indiqué les ressources que peuvent procurer au besoin les grandes et nombreuses tourbières des départements de la Vendée et de la Loire-Inférieure. Ces tourbes, par leur simple incinération, fournissent une telle quantité de sulfate de soude, qu'il y a des tourbières, comme celles de Montoir, au dessus de Nantes, dont les cendres, suivant le* endroits où on les prend, rendent le quart de leur poids de ce sel. C'est ce qu'il a consigné dans la description qu'il fait de son procédé au directoire des brevets d'invention, en 1791. En 1792. il fabriqua par la lessive de ces cendres 100,000 kilog. de sulfate de soude, et il nous écrit qu'en faisant ramasser toutes les cendres de ce pays et des environs, on pourrait aisément fabriquer 250,000 kilog. de ce sel par an. Cette ressource est grande et n'est nullement à négliger. •
(Description des divers procédés pour extraire la soude du sel marin. lm~ primée par ordre du Comité de salut public, an III.)
VINGTIÈME LEÇON. Mo
cependant le varech est brûlé dans des fosses, pour les besoins agricoles; d'autres fois — à Jersey, par exemple — il est utilisé comme combustible dans les habitations ; le résidu de la combustion agit sur les prairies, en détruisant les mauvaises herbes. Les analyses suivantes donnent une idée de ce que peuvent être les cendres, mais il ne faut pas oublier qu'elles sont généralement mélangées à une notable quantité de sable grossier.
Fucus
Fucus
Fucus
Fucus
digitatus.
vesiculosus.
nodosus.
serratus.
Généralement, les produits minéraux des varechs ne sont livrés à l'agriculture que privés de leurs sels solubles par les fabricants d'iode. Cela m'amène à vous parler des charrées ou cendres lessivées, qui sont, dans l'Ouest, l'objet d'un important commerce.
Vous avez souvent remarqué, Messieurs, aux abords des bateaux de blanchisseuses de Nantes, des petits monticules de matière grise et dure, à la surface desquels se forme une efflorescence blanche : c'est de la charrêe ou cendre lessivée, dépouillée en très-grande partie de ses sels alcalins et dont notre agriculture recherche avidement les propriétés fertilisantes. Saintes; La Rochelle, Rochefort, les lies de Ré et d'Oléron, nous en expédient par navires. Nous en recevons également par la Loire, de la Charité, Nemours, Gien, Orléans et Tours. J'ai calculé que, de 18.50 à 1860, 400,000 hectolitres de cet engrais, représentant 900,000 francs, avaient été expédiés à Nantes pour les besoins de l'agriculture locale.
Les charrées pures et récentes exhalent naturellement, et sur-
(1) Godechen», Analyse de varechs de la côte occidentale de t Ecosse.
tout pendant leur dessiccation à la chaleur, l'odeur savonneuse prononcée des lessives, que développe encore mieux l'action sur elles de l'eau bouillante. Elles sont fines, contiennent peu de sable et laissent à peine apercevoir quelques débris de charbon; leur saveur est fraîche, alcaline et elles verdissent le sirop de violettes ; après leur dessiccation à l'air libre, elles restent en mottes, assez dures.
Yoici la composition d'une belle charrée, recueillie par moi près d'un bateau de blanchisseuses :
Matières organiques et charbon O.S')
Sels alcalins 1,05
Silice en partie solublo 13.60
Phosphate de chaux mélangé d'alumine et d'oxyde
de fer 27,30
Carbonate de chaux 47,10
Pertes et matières complémentaires 1,15
Mais ce type est exceptionnel, et on peut adopter comme base d'appréciation les chiffres analytiques suivants.
Charrée Charrée Charrée.
de Nantes, de la Rochelle, de la Flotte.
Charbon et matières organiques 8,15 C,00 2,90
Sels alcalins 1,?0 2,00 3,40
Silice, en partie soluble 30,00 42,70 50,20
Phosphate de chaux mélangé d'alumine
et d'oxyde de fer 12,00 12,35 10,00
Carbonate de chaux 46,65 34,80 26,60
Matières complémentaires 2,00 2,15 6,00
Dans les charrées marchandes de Pont-Rousseau, il y a généralement de 20 à 25 p. 100 de résidu siliceux; M. Manier, habile pharmacien de Château-Gontier, en opérant sur des charrées types de cette localité, a trouvé :
I" année. 2» année.
Charbon, matières organiques 10 12
Sels alcalins 2 2
Sels solubles dans l'acide chlorhydrique
(phosphate ( 1 ) et carbonate de chaux) . 75 74
Réaidu siliceux 13 12
(1) Mélangé d'alumine et d'oxyde de fer. 12) VOuest. - Février 1803, p. 236.
VINGTIÈME LEÇON. 507 En opérant sur une charrée de Gaen, M. I. Pierre a obtenu :
Et si vous me demandez, Messieurs, d'où provient celle grande différence entre la belle charrée type recueillie à Nantes ou à Château-Gontier et celle dont le commerce nous fournit souvent les mauvais échantillons, je vous répondrai en mettant sous vos yeux cette poudre grise de tufau de Saumur, trop souvent mélangée aux charrées, et qui renferme :
Matières organiques — sels solubles 2,20
Carbonate de chaux 2i,H0
Oyyde de fer et alumine io',< 5
Itésidu siliceux 58,12
Matières complémentaires 4,83
La falsification est grossière ; cependant elle est fréquente, et bien souvent j'ai vu des propriétaires regretter, mais trop tard, d'avoir acheté, sans garantie d'analyse, des charrées ainsi fraudées.
L'essai des charrées peut se faire avec rapidité, en suivant la méthode conseillée par M. Malaguti pour les cendres vives. Il faudra, toutefois, à l'aide de la combustion dans un petit creuset, pratiquer préalablement le dosage du charbon et de la substance organique.
Employées à la dose de 30 à 50 hectolitres par hectare, les charrées donnent de bons résultats dans les terrains non calcaires et dans les défrichements. Le froment, le blé noir, le
Charbon
Sels alcalins
Sable
Carbonate de chaux
Oxyde de fer, alumine et phosphate de chaux
Carbonate de magnésie et perte
seigle, venus sur cet engrais, n'ont pas l'inconvénient de fournir trop de paille. Dans les prairies, on remarque que l'action des charrées est bonne et persiste longtemps, mais, dans le plus grand nombre des cas, on a constaté que cet engrais procure d'excellents effets lorsqu'il est mélangé avec le fumier. « Dans l'est de la France, dit Puvis, le fumier employé seul fait venir de belle paille; mais cette paille a peu de consistance, verse souvent et donne- peu de grains : avec les cendres lessivées, la paille est plus forte, se soutient mieux, et le grain est plus gros. » Ces faits ont été maintes et maintes fois constatés dans nos régions de l'Ouest.
Remarquez bien, Messieurs, qu'en raison de leur composition, les charrées doivent agir, non-seulement en fournissant le calcaire et les phosphates à la végétation, mais aussi en devenant le siège d'une abondante nitrification. C'est en eflet le propre des matières basiques divisées que de favoriser la transformation en acide nitrique de l'azote des substances organiques. De là, l'excellent effet des fumiers mélangés aux charrées.
Un habile cultivateur disait, il y a quelque temps : « Il est reconnu qu'en Dombes, les cendres lessivées ont plus d'efficacité que les cendres vives (1). » Dans son mémoire sur le noir animal, lu à l'Académie le 9 février 1852, M. de Romanet le dit ■ au sujet de ses défrichements de bruyères du centre de la France. Selon cet agriculteur, i mètre cube de charrée produirait le môme effet que 2 m. cubes de cendres neuves. Dans ses propriétés voisines de Châteaubriant (Loire-Inférieure), M. le comte deBois-Péan m'a dit avoir plusieurs fois constaté le môme fait, en employant comparativement des cendres de belle qualité et des charrées produites dans les conditions les plus normales; j'ajouterai, enfin, qu'à ma connaissance, ce fait se remarque dans tous les sols à réaction acide, tels que les bruyères, les landes chargées de matière organique, les terrains tourbeux, etc. Depuis longtemps, Puvis avait signalé la préférence des agriculteurs pour les cendres qui ont été privées de leurs sels solubles. « Le raisonnement, ajoute-t-il, n'appuie-
(1) Annuaire des Engrais, de Rohart. — Mars et avril 18G3, p. 109.
rait pas ce fait. » Je crois, Messieurs, que le raisonnement permet au contraire d'interpréter avec rigueur cette apparente anomalie.
Tantôt les charrées agissent par leur carbonate alcalino-calcaire, tantôt elles fertilisent par leurs phosphates. Or, certaines terresacidesrécemmentdéfrichées dissolvent ces phosphates avec une remarquable rapidité. II vous sera facile de vous en convaincre en faisant bouillir ces terres avec de l'eau, filtrant la décoction et la mettant en contact avec du phosphate de chaux. 500 grammes de terre tourbeuse ont été traités par 500 grammes d'eau, la décoction a été ramenée par évaporation au volume de 2 décilitres, je l'ai mise pendant 10 jours en contact avec 2 grammes de phosphate de chaux des os ; elle en a dissous 0*,375, soit 18,7 pour 100.
Vous savez, d'autre part, que les substances calcaires, telles que la marne et la chaux vive, empêchent l'action des phosphates pendant plusieurs années, ce qui s'explique par l'état de neutralité où ces engrais ont mis le sol.
Enfin, votre expérience vous a appris que les noirs des sucreries, qui renferment jusqu'à 25 p. 100 de carbonate de chaux, sont inférieurs dans leurs effets aux noirs des raffineries, et que, généralement, on les améliore en les pulvérisant et les faisant entrer dans les composts riches en substances organiques.
Ces faits conduisent à une proposition unique, qui est la suivante : toutes les fois qu'on détruira, par l'emploi de bases calcaires ou alcalines, la propriété acide oT un sol tourbeux ou récemment défriché, on diminuera Vaptitude dissolvante de ce sol pour les phosphates à base de chaux ou de magnésie. Or, la potasse des cendres joue ici le rôle des carbonates terreux, et la rapidité de son action neutralisante est en raison directe de sa solubilité.
A cette proposition dont j'ai établi l'exactitude par des expériences de laboratoire (1), opposerez- vous le peu d'importance que peut avoir la potasse, puisque le carbonate de chaux, à la dose de 40 p. 100 au moins, existe en tout état de cause dans
(1) Thèses pour le doctorat, p. 107.
les cendres lessivées et n'empêche pas l'assimilation des phosphates? Je répondrai, Messieurs, que la potasse agit instantanément, tandis que le carbonate de chaux ne fait sentir que lentement son action; j'ajouterai que le phosphate de chaux est ici sous un état tel, que sa dissolution dans le sol est d'ailleurs facile. J'avoue que dans le phénomène qui s'accomplit en cette circonstance il y a bien un côté mystérieux; mais les faits et les expériences de laboratoire sont d'accord pour établir l'action nuisible de l'alcali trop abondant. Acceptons donc cette conclusion, au nom d'un principe^qui, en agriculture, domine tous les systèmes : experientia rerwn mogistra.
On appelle charrées de goémons les résidus de la lixiviation des cendres, traitées dans les fabriques d'iode et de brôme. Ces résidussont assez variables dans leur composition qui, en moyenne, peut être exprimée comme il suit :
Eau 58,50
( j 1 1 il r 1)0 1 1 • •••••••••••••••••••••••«•••■••••«•»•«» (y fi*)
Sel marin 0,25
Sulfate de chaux 4,23
Carbonate de chaux 21,15
Phosphates trace8.
Alumine, oxyde de fer 10,25
Résidu siliceux insoluble 28,60
Perte. 0,77
Cet engrais peut être favorable aux prairies et propre à la confection des composts dans lesquels il favorise la nitrification ; il apporte d'ailleurs du calcaire aux sols qui en sont dépourvus ; mais sa forte proportion de matières inertes — eau, charbon, résidu siliceux — rend son transport difficile, aussi son emploi sera-t-il toujours limité aux localités très-voisines de son lieu de production.
Je dois enfin vous entretenir de l'engrais particulièrement em ployé dans le marais de la Vendée sous le nom de cendres, et qui donne de très-bons résultats dans les riches terrains d'ail uvion dont je vous ai cité naguère la composition chimique. Sa production offre un intérêt d'autant plus grand, qu'elle semble en contradiction flagrante avec les traditions généralement adoptées par les agronomes.
Les cendres de marais sont le résidu de l'incinération du fumier des étables.
Pour rendre le fumier propre à être brûlé au foyer de la ferme et de la chaumière, on en forme des espèces de gâteaux que Ton appelle bouses et que Ton fait sécher au soleil pendant toute la belle saison; pour cela on les expose sur une prairie spécialement consacrée à cet usage.
Dans les fermes, | environ du tas de fumier est réduit en bouses par les domestiques; le reste appartient aux moissonneurs. Mais comme c'est là, avec les pailles de fèves, Tunique chauffage de la plus grande partie de ce pays, il est d'usage que chaque ferme ait un certain nombre de familles pauvres auxquelles elle vient en aide et qu'elle fait admettre au partage avec les moissonneurs. Ceux-ci et leurs copartageants sont chargés de se diviser le fumier et de le disposer convenablement dans les lieux destinés à faire sécher les bouses. Ces dispositions prises, les différentes parts sont tirées au sort, et chacun procède, quand ses occupations le lui permettent, à la manipulation de celle qui lui est échue.
La fabrication des bouses dure depuis les premiers jours de mai jusque vers la fin de juillet. La part de chacun peut exiger environ trois ou quatre journées d'homme.
Le procédé de fabrication des bouses est le môme partout. Chaque part de fumier étant disposée en tas sur le bord d'un fossé ou d'une rigole qui lui amène de l'eau, on fait, sur Pan de ses côtés, une petite chaussée demi-circulaire de 30 centimètres de hauteur environ. L'intérieur de cette petite chaussée constitue une espèce de cuve, que l'on nomme maie, et dans laquelle on jette du fumier avec de l'eau en quantité suffisante; les hommes le foulent avec les pieds en ramenant de temps en temps à la surface les parties inférieures, jusqu'à ce que toute la masse ait acquis une consistance et une homogénéité convenables; alors on transporte sur le pré cette espèce de pâte, et on la divise en gâteaux circulaires ayant environ 40 ou 50 centimètres de diamètre sur Sou 10 d'épaisseur. Ce sont les bouses.
C'est par ce procédé, dont j'emprunte la description à M. Hurtaud, pharmacien très-instruit de la Vendée, que l'on obtient le produit destiné au chauffage des habitations du marais ven-
déen ; la cendre de foyer de celte région agricole est amoncelée dans la cour et reste exposée à l'action de la pluie. Quatorze analyses, effectuées par M. Hurtaud, lui assignent la composition moyenne suivante :
Chaux 6,98
Potasse et soude 3,83
Magnésie 1,99
Oxyde de fer 4,27
Chlore 1,63
Acide silicique 7,30
Acide phosphorique 4,54
Acide carbonique 3,90
Acide sulfurique 1,75
Matières organiques 4,52
Sable 59,35
Employés à haute dose dans les riches alluvions du marais vendéen, ces engrais suffisent à y entretenir la fertilité. La chaux et les alcalis des cendres, en présence de sols riches en humus, déterminent la production facile des nitrates, et le résultat exceptionnel, constaté dans cette région, s'explique par les circonstances non moins exceptionnelles dans lesquelles il est obtenu. Il ne faudrait donc pas appliquer au premier domaine venu, la méthode de culture par les cendres de fumier qui réussit dans les alluvions riches en matières organiques du marais vendéen ,
Ce qu'on appelle improprement, à Pornic, cendres ou cend?*es de Noirmoutier, est un mélange dans lequel entrent des cendres de varechs, des varechs, des coquillages, des vases de mer et quelquefois des débris de poissons et du fumier, le tout est arrosé d'eau de mer, mélangé, transporté à dos d'âne au lieu d'embarquement, expédié à Pornic ou sur la côte vendéenne. Cet engrais renferme le plus souvent des quantités énormes de sable, aussi l'emploie-t-on quelquefois à la dose de 80 à 100 hectol. par hectare.
Il me reste à vous parler, Messieurs, de l'introduction de la chaux dans le sol. Comme vous le savez, elle se fait par différents moyens, et, selon les ressources de la région observée, vous voyez l'agriculteur employer tantôt la chaux vive, tantôt la marne,
souvent enfin ces nombreux calcaires acilement assimilables que nous offrent les côtes et parmi lesquels je vous citerai particulièrement la tanguet \emearl, les sables coquilliers. Sur l'utilité du principe calcaire dans le sol, j'ai peu de mots à vous dire : vous savez en effet que la chaux entre comme élément nécessaire dans les récoltes. Or, lorsqu'on réfléchit que sur des terrains granitiques et schisteux une récolte d'avoine de 35 hectol. appauvrit un hectare de 22 kilogr. de chaux, et que cet emprunt s'élève à 16 kilogr. pour le seigle et à 28 kilogr. pour le froment, on comprend tout à la fois ce que réalise l'intervention de l'engrais en général et l'usage de la chaux en particulier.
Si l'utilité du principe calcaire se présente avec une évidence qui dispense de longs développements, il n'en est pas de même des méthodes qui régissent les pratiques généralement connues sous les noms de chaulage, marnage, falunage, amendement par les sables calcaires, etc.; sur ces différents points aussi bien que sur les gisements calcaires, des travaux spéciaux ont été rédigés avec une incontestable autorité, par MM. Puvis (1), Isidore Pie rre (2), Boussingault (3), Jamet (4), Hosiin (5), Borticr (0), Mazure (7), enfin, M. Besnou, pharmacien major de la marine, a publié (8) une longue série d'analyses qui éclairent d'une manière toute spéciale la composition des divers produits sous-marins utilisables par l'agriculture. A ceux de vous qui désireraient étudier avec soin ces sujets, j'indique donc les sources où ils puiseront avec profit, me réservant ici de jeter un coup d'œil général sur les grands faits relatifs à l'emploi de la chaux et des engrais analogues.
(1) Traité des amendements, 3e éd.
(2) Anna/es agronomique*, t. I, mat 1851.
(3) Annales du Conservatoire impérial des Arts et Métiers, n« 6. — Septembre 18GI.
(4) Emploi de la chaux dans la Mayenne (Agricult. de l'Ouest), t. IV, p. 245.
(ô) Mémoires sur quelques calcaires de la basse Bretagne (Annales agronomiques).
(G) Des coquilles marines employées pour r amendement des terres, 1853, imp. de Firmin Didot.
(7) De la marne,
(8) Rapport sur l'enquête relative aux engrais industriels (Ministère de l'agriculture, du commerce et des travaux publics).
La chaux agit certes en apportant à nos sols un principe nécessaire aux récoltes; mais si son effet était borné à cet apport de matière utile, on pourrait se demander pourquoi, dans bien des circonstances, il ne serait pas avantageux d'employer les calcaires tels quels. L'expérience prouve qu'on n'arriverait pas aux mêmes résultats et vous allez en comprendre la raison.
Non-seulement la chaux fournit un aliment aux plantes, mais par son alcalinité, par sa réaction sur les matières organiques, elle leur en prépare qui n'eussent été sans elle que lentement assimilables. C'est ainsi que, par sa portion caustique, elle désagrège les silicates — mettant ainsi de la potasse en liberté (1), elle n'eutralise les principes acides, change les substances organisées en humus soluble, décompose les matières azotées fixes et provoque un dégagement d'ammoniaque sous l'influence duquel la végétation est singulièrement activée. En ce qui concerne la portion de chaux non alcaline, on comprend que l'acide carbonique du sol la transforme facilement en bicarbonate bientôt entraîné par les eaux dans l'organisme végétal. Faut-il ajouter qu'un sol imprégné de chaux est facilement accessible aux phénomènes de nitrification sur l'importance desquels vous êtes désormais fixés? A tous les points de vue, vous le voyez, Messieurs, l'action de la chaux mérite de fixer la plus sérieuse attention des agriculteurs. Souvent un gisement calcaire a été une véritable mine d'or.
La pierre à chaux ou calcaire est facilement reconnaissais par la propriété qu'elle possède de donner avec les acides une vive effervescence due au dégagement de son acide carbonique ; mais ce caractère est commun aux calcaires riches et à ceux qui sont magnésiens. Il convient donc, pour être fixé, d'avoir recours à une analyse complète par les méthodes que je vous indiquerai bientôt.
J'emprunte à mon registre de laboratoire les chiffres relatifs à
(l) J'ai récemment reconnu, en analysant comparativement des cendres d'ajonc recueilli dans des landes et les cendres de la même plante cultivée par M. Rieffel dans des terres chaulées, que la potasse était dans le premier cas beaucoup moins abondante que dans le second.
l'essai de deux calcaires de Bergon (Loire-Inférieure). J'y ai trouvé :