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résultent de l'emploi de ces moyens sont incommodes et s'opposent à leur exécution.
Il faut citer parmi les moyens d'utiliser les eaux vannes de la vidange, dans une proportion restreinte à la vérité, mais qu'on ne saurait trop développer, la transformation de ces eaux en sulfate d'ammoniaque dont l'agriculture est avide depuis quelque temps.
Voici comment on opère cette transformation à Bondy d'après les conseils de M. Marguerite.
Les liquides (1) dont on a cherché infructueusement à propager l'emploi, même au prix réduit de i fr. le mètre cube, sont chauffés à la vapeur, puis versés sur des plateaux évaporatoires contenus dans des colonnes tout à fait analogues à ceux qu'emploient les distillateurs.
Le carbonate d'ammoniaque qui s'était formé dans les eaux vannes par la transformation de l'urée (2), puis le sulfhydrate d'ammoniaque, se volatilisent. Les vapeurs ammoniacales arrivent à 80 degrés de chaleur dans de l'acide sulfurique à 50 degrés Baumé et se transforment en sulfate qui cristallise facilement.
(1) Pour 1 kilog. de matières prises à l'entrée du réservoir de Bondy, on a trouvé :
Matières organiques 25,00
Ammoniaque toute formée exprimée en sulfate
d'ammoniaque 7,50
Potasse et soude. 1,50
Phosphate de chaux des os 2,05
Nitrate de potasse 0,09
Silice et oxyde de fer 5,08
Eau 950,00
Matières non dosées 8,78
Azote de l'ammoniaque 1,<;3
Azote des matières organiques 1,70
En comptant l'azote à î fr. le kilog. et le phosphate à 0fr,25, on voit que la valeur du mètre cube serait de 7 fr. environ s'il était facilement transportable.
(2) C* H* Az' 0* + 4 HO = (2 CO», Az H», HO)
Urée. Eau. Carbonate
d'ammoniaque.
Sur 2,200 mèlres cubes d'eaux-vannes que la compagnie fermière reçoit chaque jour, elle en traite i,200 dans deux colonnes distillatoires et en rejette 1000 dans la Seine.
Des projets d une application plus large ont été depuis quelques années soumises à l'édilité parisienne.
Dans un remarquable travail sur les irrigations du Milanais, M. l'ingénieur en chef Mille a établi, avec toutes les séductions d'une logique serrée et d'un style assez rare chez les savants modernes, que les liquides d'égout d'une grande cité, déjà purifiés par la récolte des fumiers flottants et le dragage des sables, peuvent être amenés à une dilution telle que les arrosages agricoles effectuésà leur aide soientextrômement fructueux. C'est ainsi que l'égout d'Asnières, où se rendent les eaux ménagères et les liquides désinfectés de la vidange, constitue une source de constante fécondité; c'est une véritable artère chargée de substance vivifiante et qu'il faut mettre en rapport avec les organes à nourrir (l). Je vous ai dit, Messieurs, le beau projet qui con-
(i) Je ne puis résister au désir de mettre sous les yeux du lecteur de ces leçons la description de l'égout d'Asnières, insérée pur M. Mille dans les Annales de Vavjours. Ce tableau d'un égout, tout modeste qu'il se fasse, offre un intérêt auquel un esprit éclairé ne saurait rester insensible.
• Au milieu du mouvement, la France ne pouvait se montrer ni indifférente ni inactive. Paris, qui la représente et qui doit rester la ville sans rivale, spra probablement la première à prouver qu'il est possible de concilier l'assainiesèment et la culture.
• Paris, que nous avons vu refaire dans son ensemble, de notre temps, est sillonné souterrainement par un drainage analogue à celui qui souvent s'exécute sous nos yeux à la campagne : le mérite en revient à deux noms appréciés des ingénieurs, MM. Dupuit et Belgrand. Ici les drains, qui bordent les maisons particulières, sont des égouts ovoïdes de 1,30/2,30, dans lesquels se meut sans peine un ouvrier avec sa brouette. Les collecteurs, posés sous les grandes voies parallèles à la rivière, sont des tuyaux circulaires de 3 mètres de diamètre, contenant un chemin de fer à la voie de 1-.20, et dans le vide des rails un canal de suite pour les eaux. Enfin, l'émissaire qui coupe en raccourci le faite compris entre la Seine du pont de la Concorde ei la Seine du pont d'Asnières, est un tunnel ellipiique de G mètres de diamètre horizontal, dont la largeur renferme un canal de 3™, 60, portant bateau, et des banquettes de 0m,90 pour la circulation à pied. Drains, collecteurs, émissaires, sont construits en ciment : leurs parois lisses et brillantes, leurs profils adoucis réfléchissent la lumière, propagent le son, et laissent glisser les liquides sans retenir d'ordures. De l'habitation partent les eaux ménagères, les graisses et les débris de cuisine, les liquides désinfectés des fosses d'aisances. De la rue tombent par les bouches d'égout la boue des chaussées pavées et la fange du macadam des boulevards ; enfin, les établissements publics, halles, marchés, abattoirs, casernes, envoient des fumiers, des détritus végétaux, du
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siste à élever les eaux de cet égout sur les plateaux de la Beauce et de la Brie pour les utiliser au profit d'une agriculture prospère.
sang, des urines, parfois des vidanges pures Cet amas confus, noyé dans l'eau de la distribution, se rend à l'égout d'Asnières sous forme d'un courant épais et noirâtre, et constitue un flot d'environ 1 mètre cube à la seconde.
• Débarrasser Paris, c'était bien ce que voulait l'assainissement de la ville; mais qui garantissait que l'égout d'Asnières, ainsi chargé, n'allait pas devenir un immense bourbier, impossible à curer, et que son embouchure en Seine ne reproduirait pas la voirie du moyen âge? On peut dire que le choix heureux du prolil a livré à l'exploitation la solution naturelle de ces difficultés.
o Curage mécanique. — Occupons-nous de l'émissaire, qui n'a pas moins de 4 kilomètres de longueur, incliné suivant la pente de 0,0005 par mètre, et cherchons d'abord les moyens de nettoyage. Puisqu'un bateau flotte sur le canal, nous pouvons armer l'avant d'une vanne qui embrasse la sectiou mouillée tout entière et qui descende, par une manœuvre d'engrenage, jusqu'à 0,15 d'écartement du radier. Le flot ainsi barré va s'accumuler derrière la vanne ; dès qu'il atteint 0,C0 de surélévation à l'amont, il chasse, par la lumière laissée vers le fond, un véritable torrent; les dépôts, les sables et même les pierres, amoncelés à l'aval, sous forme d'une longue dune de 100 mètres de longueur parfois, sont a flou i liés, roulés, lancés plus loin. Comme )e bateau participe de l'impulsion et descend lentement sous la charge de sa retenue, le torrent marche aussi, poussant devant lui la dune, qui fuit pour s'arrêter, mais qui, toujours reprise, finit par arriver en dix jours à l'embouchure. On remonte alors le bateau vers l'amont, en créant de kilomètre en kilomètre des biefs de niveau, au moyen de vannes fixes qui descendent de la voûte et barrent le courant à la manière des écluses.
« Dans l'égout d'Asnières, où l'on circule librement sur des banquettes propres comme une dalle d'escalier, où l'on est éclairé comme dans un atelier de manufacture, où l'on est averti par des signaux transmis à 3,000 mètres de distance, un ouvrier cure le canal rien qu'en manœuvrant une vanne et en laissant descendre son bateau au Ûl de l'eau. Voilà le travail mécanique que visitent avec étonnement les étrangers pour qui l'édilité est une fonction ou une étude.
u Mais si l'infection n'est plus dans l'égout, elle est en Seine; car le courant d'Asnières, tombant à angle droit sur celui de la rivière, va s'y briser, et dans l'eau morte du confluent se déposeront des vases tourbeuseg, espèce de fumier d'écurie formé de paille et de grains d'avoine broyés, de bouchons, de vieux linge, etc., mêlés à des sables et à des graviers noircis. Aux eaux basses d'été, il apparaîtra un delta qui, sous les rayons du soleil, passera par les divers degrés de la fermentation putride, et répandra aux alentours des miasmes de corruption.
« Revenons à l'analyse grossière des liquides d'égout; nous y avons trouvé des graisses, des fumiers, des sables. Ces différentes matières, violemment poussées par le torrent, tendent cependant, non à se mêler, mais à se partager suivant leur ordre de densité : les graisses voyagent à la surface; les fumiers et les matières organiques nagent entre deux eaux ; les sables roulent sur le radier.
« Faisons de la lévigation, et récoltons chaque produit dans sa couche spéciale.
Dans certaines grandes villes, celle idée est peut-être susceplibJe de belles interprétations pratiques; car on peut nous appliquer, à nous autres Français, ce que le coutelier agronome de
« Déjà, derrière le bateau «vanne s'amassent en grande partie les graisses, qu'on peut écurner, et qu'on livre à la fabrication commune des savons noirs de potasse .
« Les fumiers méritent une attention spéciale.
«Supposons une drague plongée à contre- courant entre deux eaux: elle saisira tout ce qui flotte dans la section droite qu'elle obstrue; voila l'idée qu'on a cherché à appliquer en donnant à la drague une largeur de â^GO, qui est celle du canal. Le premier appareil, qui n'était qu'une feuille de tôle percée de trous, n'a presque rien arrêté ; le tamis se bouchait, les matières glissaient sur le plan incliné et sautaient en déversoir par-dessus. On observa qu'une simplo barre d'entretoise s'était, au contraire, chargée de paille et d'ordures enroulées. Ce fut le trait de lumière : on construisit des grilles à barreaux longitudinaux de 0>»,02,avec écartement à peu près égal; la récolte devint réelle et importante; on allongea le plan incliné jusqu'à 8 mètres, en lui donnant une inclinaison de 0m,20 par mètre. Les ouvriers, armés de griffe», qui peignaient et cardaient les barreaux, arrivèrent alors à relever de 5 à 6 mètres cubes de débris encore chaque jour. En quatre mois d'un fervice qui n'était qu'une expérience, l'égout livra 500 mètres cube?, et ces 600 mètres cubes enlevés à l'infection furent aussitôt pris par la culture. Les pépinières du bois de Boulogne profitèrent d'un engrais qui, stratifié par couchts alternatives avec des marnes et des argiles, constitue un excellent terreau. Rien n'est actif comme le fumier d'égout; il n'a besoin que d'une exposition de vingt-quntre heures à l'air pour prendre feu, suivant l'expression des maraîchers. •
« Quant aux sables qui se trainenl sur le fond, on peut les récolter où l'on veut; il suffit de descendre une vanne sur le radier; la dune viendra y appuyer son sommet, et l'on n'aura qu'à draguer au moyen de la noria à vapeur que nous voyons fonctionner en Seine : les pièces mécaniques de l'appareil allaient être montées, quand les crues de décembre ont suspendu le cours des essais. Y a-t-il un parti agricole à tirer des sables ? Cela est probable; ils sont fins, noircis de matières organiques comme la terre de bruyère ; ils pourront devenir un amendement pour les sols calcaires et argileux.
• Parlons d'une dernière précaution relative au gaz. Les eaux d'égout amènent toujours un dégagement d'hydrogène carboné, qui monte en bulles nombreuses à la surface. Comme ici une cascade de0»,30 à 0",40 a été ménagée à la chute en Seine, les eaux divisées abandonnent sur ce point une part de gai dissous. On a par suite enveloppé la cascade d'une hotte qui aboutit à un foyer de coke incandescent; on aperçoit fort bien la flamme bleuâtre de l'hydrogène carboné, obligé de se brûler en montant à Ja cheminée d'appel, au lieu de bouillonner sur le courant qui fuit. .
«Les eaux d'Asnières sont plus riches que les eaux de la Durance, et on les dissiperait, quand on sait quelle fertilité est née des arrosages par l'eau trouble sur les bords des canaux d'Arles, de Craponne, des Alpines, et aujourd'hui de Marseille ! Il semble môme que la nature ait ici préparé le sol pour y appeler I irrigation et le colmatage. Toutes les presqu'îles de la Seine, dans ses nombreux détours, sont des alluvions sableuses, perméables, à peu près stériles. Us fonds du bois de Boulogne, de Gennevilliers, du Vésinet, de Saint-Germain,
4»i6 LEÇONS DE CHIMIE AGRICOLE.
Londres, M. Melchi, disait en style énergique aux fermiers de son pays :
« Voulez-vous savoir, répétait-il aux fermiers dans un pam- « phlet d'une verve originale, ce que valent les eaux d'égout « que vous dédaignez ? Il y a en Angleterre vingt millions de « moutons, et vous les considérez à bon droit comme le pivot de « la culture. Quels cris partiraient de tous côtés, s'il s'agissait « de jeter à l'eau les déjections de vos moutons? Eh bien 1 les « déjections de vingt millions d'êtres humains représentent, « poids pour poids, la môme somme d'engrais. N'allez pas a chercher des difficultés où il n'y en a pas. Les machines de « Cornouailles, qui élèvent 240,000 mètres cubes d'eau par jour « pour les besoins de la métropole, n'auront pas plus de peine « à reprendre 240,000 mètres cubes d'engrais liquide pour « les livrer en irrigations dans la campagne. A 0f,t0 par « mètre cube, et l'on sait qu'on peut faire du service à ce prix, « 1,000 ou 2,000 mètres cubes de liquide répandus sur de pau- « vres terres pour les transformer, sur des pâturages pour les « engraisser, ne coûteront pas cher de fumure. Vous n'ignorez « pas que la prairie qui porte 1,000 plantes naturellement, en « porte 1 ,080 aussitôt qu'elle est arrosée. Il n'est pas plus im- « possible de canaliser la campagne, qu'il ne l'était de canaliser « les villes; mais la grosse difficulté, c'est de vous convaincre « que vous faites m il et que vous agissez contre votre intérêt. »
n'ont pas d'autre nature; les arbres, nourris par l'atmosphère, tiennent la place des récoltes que la terre ne nourrirait pas. Qu'on répande les eaux d'égout sur ces filtres naturels, et l'on jettera sur eux une couche susceptible de porter toutes les variétés des cultures épuisantes. La plaine de Gennevilliers est un champ de céréales et de légumes depuis qu'elle utilise les boues de Paris.
« Dv-s essais ont montré combien le résultat serait pratique. Un fond de fortification- près les sablières de Clichy, a reçu et dévoré une hauteur de 2 mètres en liquide d'égout : tout a passé dans le sous-sol, et il est resté un colmatage de 0"\015 d'épaisseur A ce taux, un hectare prendrait 20,000 mètres cubes, et il suffirait de 5 hectares par jour pour consommer les 100,000 mètres cubes de Piiris!
« L'administration municipale de Paris a commencé son œuvre avec un type de perfection et d'utilité publique devant les yeux; elle saura l'achever. L'eau pure donnée à discrétion au moindre logement, l'eau féconde mise à portée du moindre champ, sont des espérances que le temps et la volonté réaliseront. •
A Nantes, nous avons beaucoup à faire pour ne pas mériter des reproches analogues. Matières fécales, urines, presque tout est jeté au fleuve. Je dis presque tout, malgré les apparences du contraire. Faisons donc des vœux pour que l'usage des fosses mobiles se vulgarise, pour que la communication des fosses fixes avec la Loire, soit réellement supprimée, pour qu'une entreprise installe sous le patronage de l'administration municipale des urinoirs publics où les produits aujourd'hui perdus soient précieusement recueillis. Faisons des vœux, enfin, pour que, dans tous les lieux habités de notre région agricole, les cultivateurs comprennent l'intérêt qu'ils ont à recueillir les déjections qu'ils méprisent.
Je n'insisterai pas, Messieurs, sur ces considérations générales : elles nous conduiraient à l'examen du système préconisé, en i&*9, par Chadwick, et qui consiste à répartir les engrais à l'état liquide et à l'aide d'une canalisation analogue à celle du gaz; nous serions ainsi entraînés en dehors du terrain réservé à mes modestes elForts. Je ne vous citerai, d'autre part, que d'une manière toute sommaire les curieuses tentatives de certaines villes anglaises pour précipiter par la chaux les matières solides de leurs eauxd'égout : à Leicester, ville de 6 1,000 habitants, on obtenait ainsi des briquettes, contenant à l'état sec, d'après M. Hervé-Mangon :
Résidu siliceux 15,05
Alumine, phosphates, oxyde de fer 9,37
Magnésie traces.
Axote 1,25
Matières volatiles au rouge 22,30
Mille kilogrammes de ces briquettes renferment, en un mot, autant d'azote que 2,750 kilog. de fumier ou que 73k,3 de guano du Pérou.
En opérant sur l'eau de l'égout de la rue de Rivoli, M. Hervé- Mangon a trouvé que la chaux ne précipite que 30 p. 100 de l'azote dont on recherche la solidification industrielle. Les idées de l'édilité parisienne ont dû nécessairement, en présence d'un
ifi8 LEÇONS DE CHIMIE AGRICOLE.
tel résultat, adopter une direction nouvelle, et les expériences relatives aux irrigations par les eaux d'égout très-étendues ont acquis un intérêt nouveau.
D'autre part, on a essayé depuis quelques années de précipiter les eaux d'égout ou les eaux vannes par le sulfate d'alumine. A Reims, MM. Houzeau et Devedeix ont employé pour le même objet un mélange de chaux et de cendres pyriteuses, mais il semble que la conclusion à tirer de toutes ces tentatives, c'est que les procédés chimiques ne peuvent intervenir que comme un accessoire. Le grand but à atteindre, c'est l'irrigation ou la saturation de certains terrains poreux. Or, ces dernières méthodes impliquent de graves problèmes d'hygiène publique.
Tous les climats, toutes les natures de terrains ne permettent pas en effet la prompte transformation chimique, et ultérieurement, l'assimilation par les plantes des masses de matières organiques que vomissent nos grandes cités.
Comme vous le voyez, Messieurs, ces questions sont graves, leurs solutions sont d'autre part bien difficiles. On a cru un moment en Angleterre devoir sacrifier la question agricole à la question d'hygiène locale, et on a drainé les villes en rejetant aux fleuves et rivières les excréments de toutes sortes ; mais bientôt les émanations de ces cours d'eau ont été telles qu'il a fallu proscrire les méthodes adoptées, et condamner sévèrement la pollution des eaux courantes. De là un retour aux idées d'irrigation et de seivage. L'avenir nous dira si dans nos climats et sur une très-vaste échelle, ces idées sont bien pratiques (1)!
Il y a quelques années, un habile industriel, M. Mosselman, eut l'idée de solidifier les vidanges par la chaux éteinte et tamisée (â).
(I) A Milan, dans les plaines verdoyantes où les eaux d'égout coulent cependant par une pente de 0m,00*2 à travers les terres qu'elles irriguent, les affections paludéennes ne sont pas rare-, et, cependant, la dilution de ces eaux dépasse toutes les proportions connues et ne montre rien de semblable au flot de l'égout d'Asnières à son débouché en Seine.
Les eaux de Milan ne contiennent que 11 grammes de matières organiques par mètre cube; celles de Paris en renferment parfois jusqu'à 2k«,,07l.
A Londres, les égouts sont encore plus chargés qu'à Paris de matières en putréfaction.
(?) Le mérite do cette idée est revendiqué par M. Herouard, ancien pharmacien à Belle-Isle. Tontefois, M. Mosselman enrobait les matières fécales avec la chaux, tandis que M. Herouard proposait un mélange intime de ces substances.
Mais la chaux « — penserez-vous — par son mélange avec la matière fécale, déterminera un rapide dégagement d'ammoniaque, et l'engrais sera appauvri au point d'être inférieur aux poudrettes elles-mêmes? Pour répondre à cette objection, il importe de rappeler :
1° Que la chaux, d'après les expériences de M. Payen, chasse l'azote des combinaisons ammoniacales, mais engage, au contraire, dans des combinaisons stables l'azote organisé. Traitez par la chaux du sang frais et du sang putréfié. Dans le premier cas, l'azote du sang sera fixé sous forme de matière peu décomposable; dans le second, il sera chassé à l'état ammoniacal;
2° Que le procédé auquel je fais allusion ne consiste pas dans un mélange de matière fécale avec la chaux, mais bien dans un enrobage, un pralinage qui ne comporte le contact des matières que sur une surface réduite — celle de la périphérie des pralines fécales obtenues.
S'il en était autrement, et si ce procédé consistait à faire un mélange intime, voici ce qui arriverait : comme dans les neuf dixièmes des cas la matière vidangée est en partie fermentée, une forte proportion de son azote se dégageraii à l'état d'ammoniaque. Mais arrivons à la pratique même du pralinage par la chaux.
On emploie :
1 hectol. 25 de chaux grasse pesant 112 k.
0 — 02 urines ou eaux vannes pesant au ,
Les urines sont employées à l'extinction de la chaux et l'on obtient ainsi une poudre fine dans laquelle M. Hervé-Mangon a trouvé :
moins
2 — 00 matières fécales
Total
Humidité
Matières organiques (non compris l'azote)
A*ote
Acide phosphorique
Chaux
Alcalis
Substances diverses non dosées
<1) Les urines employées étaient fraîches.
C'est avec la farine animalisée que s'opère l'enrobage des excréments solides. L'enveloppe calcaire des pralines obtenues agit tout à la fois comme absorbant énergique et comme substance isolante pour les parties centrales. Une notable portion de l'eau contenue dans l'engrais s'évapore d'ailleurs, ainsi que le prouvent les expériences suivantes.
Avec les 394 kilog. de matières dont je vous ai parlé tout à l'heure, on obtient au maximum 4 hectolitres pesant au plus 80 kilog., soit 320 kilog. 11 y a donc eu déjà évaporation de 74 kilog. Quelques jours après la fabrication, l'hectolitre ne
pèse plus que 7$, puis 70, puis enfin 60 kilog. Or :
* 75 kilog. X 4 hect. = 300 k. évaporation = 9» k. 70 — X 4 — = 280 — =114
Le transport de l'engrais devient donc moins onéreux après une dessiccation prolongée. L'analyse de la chaux animalisée a fourni des chiffres nécessairement très-variables, en raison de la nature variable aussi des matières employées. On peut dire que cette circonstance est le vice propre à la chose :
Analyse de
Analyse de
Analyse de
M. Faven.
H. Hervé-Mangon. M. Pierre (1).
3,4no
indéterminé.
Acide phosphorique . . .
Matières volatiles (non com-
Cendres (3) (non compris l'a-
cide carbonique et l'acide
Ces analyses prouvent qu'une notable portion de l'azote des déjections s'évapore pendant leur conservation, et l'importance de leur traitement, aussi prompt que possible à l'aide de la chaux, en ressort avec évidence. Le pralinage par la chaux
(1) Engrais fabriqué avec des déjections récentes.
(2) Je suis arrivé à ce chiffre, peut-être élevé, en interprétant comme phos phale des os le principe dénommé phosphates dans l'analyse de M. I. Pierre.
(3) Ces cendres renferment 36,173 de cbaux.
(4) L'acide carbonique est compris dans le poids des cendres.
est donc solidaire de l'installation des fosses mobiles, et, selon moi il y aurait grande importance à traiter dans celles-ci les déjections par un sulfate (de zinc, d'alumine ou de fer) qui fixerait ainsi les sels ammoniacaux formés. Lorsque la chaux interviendrait ensuite, elle ne réagirait sur le sulfate ammoniacal qu'à la surface des pralines, l'intérieur restant intact.
Ce procédé, malgré certains avantages réels, tels que la solidification et la désinfection immédiates des matières, a l'inconvénient de comporter l'emploi de fortes quantités de chaux. En outre, l'engrais fabriqué perd son azote avec beaucoup plus de facilité qu'on ne l'aurait tout d'abord supposé. La méthode proposée par M. Mosselman a dès lors perdu beaucoup de son intérêt au point de vue d'une pratique générale. Il y aura cependant des circonstances spéciales dans lesquelles on devra l'employer avec grand avantage. A son aide on pourra au moyen de chaux éteinte et d'un simple râteau solidifier en quelques instants les produits d'une fosse d'aisances et constituer un engrais d'une facile répartition. C'est surtout à ce point de vue que je vous la signale.
Sous la direction de M. Lucien Renard, la Compagnie chaufournière, renonçant à la production de la chaux animalisée, fabrique depuis quelques années un engrais façonné en briquettes et désigné sous le nom de taffo français ( I ) : c'est un composé très-habilement fait dans des mélangeurs mécaniques à l'aide d'écorces de cacao en poudre, de boues, de détritus de marchés et de matières fécales, l'engrais fabriqué peut évidemment être additionné des phosphates et subir des modifications en rapport avec les cultures. La Compagnie chaufournière a fabriqué divers engrais distincts, sous les noms de taffo, taffo azoté, taffo phosphaté, dont chaque type répond à des besoins spéciaux de la culture.
Vousvoyez, Messieurs, que la question desexcréments humains est aussi vaste au point de vue de l'agriculture qu'à celui de l'hygiène publique. A ce litre elle devait être dans ce cours l'objet d'un sérieux examen, et vous m'excuserez d'avoir si longuement insisté sur les difficultés qu'elle présente.
(1) Ce nom est donné par les Chinois aux matières fécales épaissies avec de l'argile et desséchées au soleil.
Fientes de volailles et de chauves-souris — Guano naturel. — Son origine et ses gisements. — Sa composition chimique. — Son rôle déduit de cette composition. — Falsifications. — Guano à azote fixé. — Considérations géneiales Fur les engrais mixtes. — Engrais de poissons. — Fécondité de la mer.
Messieurs,
Dans une intéressante étude sur la science des engrais chez les Romains, M. I. Pierre a reproduit les opinions de Varron, de Cassius, de Columelle, de Palladius, sur les déjections des oiseaux et notamment des pigeons. Ces déjections étaient extrêmement recherchées et la fiente des oiseaux avait une importance énorme en raison de la multiplicité des colombiers et des volières (1 ). Ces engrais, que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de colombine, poulenée, poulaitte, sont le plus souvent très négligés dans nos contrées et les analyses suivantes vous donneront une idée précise de leur valeur.
En 4859, M. Girardin a trouvé dans des fientes de poule recueillies aux environs de Douai :
(I) Il n'était pas rare, dans les derniers temps de la république romaine et au commencement de l'empire, de trouver, dans les environs des grandes villes et de Rome surtout, des volières contenant cinq à six mille pigeons ou pareil nombre d'autres oiseaux, tels que grives, merles, cailles, perdrix, etc., dont l'éducation et l'engraissement étaient très-lucratifs. Les grives particulièrement rapportaient d'énormes bénéfices à ceux qui pouvaient les fournir hors de leur saison ordinaire aux tables somptueuses des Lucullus de ce temps-là, et ils étaient nombreux.
Isidore Pikrre. (Annu!e< agronomiques.)
DIX-NEUVIÈME LEÇON. V73 Sur 100 parties de poulette récente :
Eau 81
Matières solides 19
Dans 100 de la matière desséchée à 110°, il y a :
Matières organiques et sels ammoniacaux 73,35
Sels alcalins solubles 0,90
Phosphate de chaux (des os) 8,10
Autres sels insolubles 3,15
Gravier, sable et argile 14,50
L'azote sur 100 de la matière sèche est de 1,739, ainsi réparti :
Dans les sels ammoniacaux 0,139
Dans les matières organiques 1,600
En opérant comparativement sur de la colbmbine prise à l'état frais, puis desséchée à 100°, M. Girardin a trouvé dans celle-ci beaucoup plus d'azote, mais moins de phosphates que dans la poulaitte, ainsi qu'on le voit par les nombres suivants :
Aiote sur 100. Phosphates sur 100.
Poulaitte desséchée à 100°. 1,739 8,10
Colombine id. 5,35 (I) i,43
Ces engrais sont énergiques, mais il y a lieu de les employer avec discernement, car ils pourraient brûler les récoltes ; on les apprécie dans le Pas-de-Calais, où on les applique à la culture du lin et du tabac. La colombine de 600 à 650 pigeons se vend en moyenne 100 fr. et représente presque la fumure d'un hectare.
« Dans certains pays, dit Bosc, l'on porte toutes les semaines dans les colombiers et dans les poulaillers une couche de terre franche que Ton étend sur le plancher. De cette manière, la lîente des poules ou des pigeons s'incorpore avec la terre, et
(1) M. Boussingault a trouvé 9 p. 100 d'azote dans la colombine sèche de Becbelbronn. Les analyses effectuées sur de telles matières diffèrent souvent à cause du mélange de paille et de plumes qui se trouve dans l'engrais.
ce mélange peut rester pendant plusieurs mois sans inconvénient dans le colombier ou le poulailler en hiver.
« Pendant le reste de l'année, on enlève le mélange d'autant plus souvent qu'il fait plus chaud, c'est à-dire au moins une fois par mois, et môme deux lorsqu'on le peut.
« On dépose cet engrais dans un lieu abrité de la pluie, mais on l'arrose cependant quelquefois pour favoriser le mélange et le rendre plus intime.
« Dans d'autres endroits, on enlève lacolombine de l'habitation de la volaille toutes les semaines, et on la transporte dans une fosse sous un hangar, où on la mêle couche par couche avec de la terre franche, de manière qu'il y ait dix parties de cette dernière contre une de la première, et l'on utilise le mélange au fur et à mesure des besoins (I). » A ces conseils, j'ajouterai que la tourbe pulvérisée constitue un excellent excipient de la colombine. Le colza, les choux, le trètle, peuvent recevoir avec grand avantage le compost ainsi formé.
En Sardaigne, en Algérie et dans le département du Jura on a remarqué depuis quelques années des accumulations considérables de fientes de chauves-souris, qui ont été analysées à diverses reprises. Opérant sur les dépôts des grottes de l'Enfer, de Pozzo-Majore, de Borutta, de Sedini, de Laern (2), M. Barrai a constaté que ces engrais renfermaient de 18 à 29 p. 1 00 d'humidité, de 6 à 16 p. 100 de phosphate de soude, et 4,30 à 7,35 p. 100 d'azote. L'engrais analogue envoyé d'Algérie se rapproche beaucoup de ces types.
J'ai été chargé d'analyser des fientes de chauves-souris provenant égalementde Sardaigne. Cette matière était distincte de celle qu'avait analysée M. Barrai : elle était légère, brune, peu odorante, extrêmement richeen débris d'insectes, et contenait en moyenne 15,18 d'eau, 69,57 de matières organiques et 15,25 de substances inorganiques. L'azote s'élevait à 8,65 p. 100 et les phosphates alcalino-terreux à 8,40 p. 100.
L'examen des déjections d'oiseaux m'amène à vous parler du guano, ce détritus mixte dans lequel on trouve tout à la fois des
(1) Nouveau Cours complet d'agriculture, t. IV, p. 53G.
(2) Provinces de Sassari et d'Alghero \Sardaigne).
DIX-NEUVIÈME L£ÇON. 47a
Gentes, des plumes, des débris de poissons, et donl les ïncas favorisaient l'incessante production en défendant sous les peines les plus sévères de tuer les guanaes, même en dehors des gisements de fientes appelés kuaneras(\).
Sur certains points de la côte du Pérou on exploite le guano d'oiseau (guano de pajaro) ; sur d'autres, le gisement d'engrais est surtout constitué par des excréments et des squelettes de phoques, de marsouins, de loups de mer (guano de lobo). Ces origines spéciales motivent les explications diverses qui ont été fournies par les navigateurs sur la nature du guano.
Selon M. de Rivero, celte prodigieuse accumulation de détritus s'explique par la multitude des guanaes, désignés sur les côtes du Pérou sous les noms de : piqueros, sarcillos, gaviotas, akatraces, pajaros~ninos,patillos, etc. Si aujourd'hui, dit-il, malgré la persécution qu'ont soufferte et quesouffrent encore les guanaes, on en voit néanmoins des milliards sur les récifs ou sur les sommets escarpées des îlots, qu'était-ce avant l'occupation du Pérou par les Européens, lorsqu'ils étaient, pourainsi dire, les seuls habitants du littoral? Cet ingénieur ajoute que, pour concevoir la formation du guano des îles Ghincha, évaluée à 500 millions de quintaux espagnols, il suffit d'admettre, ce qui n'a rien d'exagéré, qu'un guanaes rend chaque nuit une once d'excrément etque toutes les vingt-quatre heures deux cent soixante-quatre mille de ces oiseaux fonctionnent dans les huaneras. En six mille ans — M. F. de Rivero ne va pas au delà par égard pour la date du déluge — le guano déposé pèserait 361 millions de quintaux, et l'on ne doit pas oublier qu'aux déjections se sont ajoutées nécessairement les dépouilles des oiseaux. Deux cent soixante-quatre mille guanaes habitant à la fois les îles Chincha est un nombre que l'on ne répugne aucunement à accepter quand on a vu se mouvoir ces nuées de volatiles dont, pour employer l'expression de Ulloa, « on n'aperçoit ni le commencement ni la fin, » qui font naître l'obscurité, et, en rasant la surface de la mer, empêchent un navire de manœuvrer. Ce nombre peut d'ailleurs subir une sorte de contrôle. Les guanaes ne pèchent que pendant la jour- Ci) Boussingault. — Sur les gisements du guano. — Ani al «s du Conservatoire, janvier 18(51.
I7(j LEÇONS DE CHIMIE AGRICOLE.
née ; la nuit ils se retirent dans les hmneras : dans l'hypothèse de M. F. de Rivero, les îles Chincha en recevaient deux cent soixante-quatre mille ; la question est donc de savoir si la place ne leur manquerait pas. Or, la surface de ces îles est de 1,450,224 varas carrées; un guanaes y pourrait donc disposer de S varas 6/10, soit à peu près 4 mètres carres, sur lesquels il se trouverait parfaitement à l'aise.
Que le guano, dit à son tour M. Boussingault, appartienne à l'époque actuelle ou qu il ait été déposé àune époque antérieure, toujours est-il qu'il représente une masse énorme de substances organiques ayant appartenu aux habitants de l'Océan, et comme les déjections dérivent des aliments, les poissons détruits par les oiseaux pêcheurs en ont été la matière première ; tous les éléments enfouis dans les huaneras ont incontestablement fait partie de leur organisme, et il n'est pas impossible d'estimer la quantité de poisson qui a été consommée.
En négligeant ce qu'un oiseau de mer dissipe pendant la combustion respiratoire, l'on est autorisé à croire que la presque totalité de l'azote de la nourriture se retrouve dans les déjections, et, par conséquent, dans le guano ammoniacal, qui n'est autre chose que la déjection conservée par l'effet de circonstances particulières. L'albumine, l'acide urique, ont donné lieu sans doute à une production d'ammoniaque, ou ont éprouvé d'autres modifications dans lesquelles se trouve l'azote qui entrait dans les fèces des guanaes, et, par conséquent, dans le poisson digéré par ces oiseaux. Un poids donné de nitro-guano ou guano ammoniacal aura donc pour équivalent un certain poids de poisson dans lequel il entrera la même quantité d'azote.
Le guano du Pérou, quand il vient d'être extrait, renferme environ 14 p. iOO d'azote.
Le poisson, à sa sortie de la mer, contient 2,3 d'azote p. 100(1).
Ainsi 100 kilogrammes de guano contiendraient l'azote de 600 kilogrammes de poisson de mer, et comme dans les huaneras,
(I) Le poisson entier, non vidé, était desséché à l'étuve, pulvérisé et analysé.
avant qu'on eût poussé aussi activement leur exploitation, il y avait 378 millions de quintaux métriques de guano, on aurait pour équivalent 2,268,000,000 de quintaux de poisson de mer.
Telle a dû être, selon M. Boussingault, l'énorme quantité de poissons dévorés dans le cours des siècles, par une suite de générations non interrompues de guanaes ; et les 53 millions de quintaux d'azote qui s'y trouvaient avaient réellement appartenu à l'atmosphère, car l'azote n'a pas d'autre gisement primitif.
Voici la composition chimique moyenne du guano péruvien type :
Matières organiques (1) et sels ammoniacaux 52,52
Phosphate de chaux tribasique 19,52
Acide phosphorique à l'état soluble 3,i2 (2)
Sels alcalins 7,50
Humidité 15,82
Sable siliceux 1,40
Azole, 14,29, correspondant à ammoniaque 17,32
Cette analyse est la moyenne de quinze essais faits, il y a plusieurs années, en Angleterre, par M. Nesbit, et je ne puis mieux vous démontrer la constance du type de guano des îles Chincha qu'en vous citant l'analyse faite par moi, à une date bien ultérieure; sur un chargement débarqué à Nantes. Ce chargement renfermait :
Matières organiques et sels ammoniacaux 51,27
Acide phosphorique à l'état soluble 1,49
Sels alcalins ' 2,48
Sable siliceux 1,20
Humidité 18,50
Azote, 13,56, correspondant à ammoniaque 10,40
Mais le guano Chincha renfermant au moins 12 p. 100 d'azote a été complètement épuisé. Le gouvernement péruvien a com-
(1) Riches en acide urique et en acide oxalique.
(2) Je n'ai jamais trouvé dans le guauo Chincha une aussi forte dose d'aeide phosphorique à l'état soluble.
mencé récemment l'exploitation des îles Guanape etMacabi(l), dont le produit est notablement inférieur et atteint à peine 9 p. 100 d'azote. Récemment des agriculteurs, se flant à la tradition et croyant que le plomb bien connu du gouvernement péruvien leur garantissait comme autrefois une composition fixe, ont acheté comme guano du Pérou — ce qui implicitement voulait dire guano Chincha — des chargements dans lesquels le sable, au lieu de représenter 2 p. ICO de la masse, en formait les 14 à 22 centièmes. L'azote ne s'élevait qu'à 7 p. 100 en moyenne dans ce guano obtenu par le grattage du sol des îles Chincha, et que les agents du Pérou avaient la prétention de livrer au prix de l'ancien type sans avoir préablement averti que non-seulement sa composition n'était plus la môme, mais qu'elle était bien inférieure à celle du guano Guanape. Fort heureusement les tribunaux ont fait justice d'une telle prétention. Toutefois les consommateurs éclairés feront bien désormais de n'acheter que sur garantie de richesse déterminée par l'analyse, et s'il arrive encore quelques chargements des îles Chincha, comme ils ne pourront provenir, ainsi que je viens Je vous le dire, que du grattage d'un sol à la surface duquel l'épuisement presque complet a eu lieu, il conviendra de ne prendre livraison qu'à bon escient. Dans les échantillons de Guanape et de Macabi que j'ai analysés depuis deux années les phosphates se sont quelquefois élevés jusqu'à 33 p. 100, mais l'azote n'a jamais dépassé 9 p. 100.
Un échantillon de guano guanape, importé à Nantes en janvier 1870, m'a donné :
Guauo
Mottes
mis en vente.
triées par
Matières organiques et sels ammo-
(I) D'après les déclarations de MM. Thomas et Lachambre, consignées à V Enquête sur les engrais industriels, il faudrait environ trente ans pour épuiser les îles Lobos, Guanape et Macabi actuellement exploitées.
Un échantillon de guano Macabi m'a donné 35,50 de phosphate de chaux des os, et 8,22 p. 100 d'azote ; Phumidité atteignait 31 p. 100.
Guano Macabi, analysé par moi en février 1871.
Humidité 3(>,80
Sable 1,50
Acide phosphorique 16,38, soit en phosphate des
os ... 35,50
Matières diverses !.. 12,20
Vo.ici maintenant l'analyse de deux chargements importés du Pérou à Nantes en avril 1871 par les navires Java et Canton et que les agents du gouvernement du Pérou voulaient vendre sous la désignation et au prix du guano Chincha.
Java. Canton.
Humidité 9,50 13,0 12,00
Matières organiques et sels ammoniacaux 3G,70 3-,0 19,' 0
Sable 15,00 H.O 22,00
Complément llt3» 8,2 «,50
100,00 100,0 100,00 Azote 7,87 p. 100 6,21
Portions des mêmes chargements prélevées dans des livraisons effectuées au commerce.
Échantillon Échantillon
moyen prélevé
de 1,900 dans
sacs. une gabare.
Humidilé 13,00 H.50
Sels ammoniacaux et matières organiques 37,00 35,20
Sable 14,00 13,00
Phosphate de chaux 27,80 33,00
Complément 8,V0 4,30
Azote . 8,00 p. 100 8,30
Il résulte de ces constatations : !• que les guanos de cet envoi n'étaient pas très-homogènes, bien qu'ils fussent vendus sous la dénomination de guano péruvien provenance Chincha et facturés à 33 fr. 75 les 100 kilog. ; 2° qu'au point de vue de leur richesse (7,82 p. 100 en moyenne pour l'azote et 29,7 pour le phosphate)
ils étaient inférieurs au type Guanape offert cependant à 30 fr. leslOOkilog. Aussi des jugements parfaitement motivés firentils justice de la prétention des vendeurs.
Je vous citerai maintenant des analyses qui se rapportent à des guanos appartenant à la classe des nitro- guanos, mais dans lesquels cependant l'azote existe en proportion plus faible que dans le type des lies Ghincha.
Guano de Raiatea (île située dans les mers du Sud) (i) :
Humidité 29,400
Matières organiques comprenant acide urique et
sels ammoniacaux 38,618
Sels solubles formés principalement de chïoruie
de sodium 2,501
Sable, gravier ou silice 4,430
Phosphate de chaux 17,974 j ^
Sels calcaires et magnésiens 7,047 j *
Azote par 100 parties de guano 7,272
Guano d'Ichaboe (ile à proximité de la côte ouest d'Afrique), analyse faite à l'origine de l'exploitation par N. Nesbit.
Matières organiques, etc 41,52
Phosphate de chaux tribasique 20,08
Phosphate de magnésie 1,83
Phosphate de potasse 4,71
Potasse 1,05
Soude 0,34
Chlorure de sodium 1,01
Sulfate de chaux hydrate 2,28
Oxyde de fer et alumine , 0,48
Silice et sable 0,44
Matières indéterminées 0,10
Eau 25,50
Azoto dosé 7,92
Représentant : ammoniaque 9,60
Dans le guano importé en 1858, on a dosé :
Matières organiques 17,50 * 17,49
Phosphate de chaux tribasique 21,97 20,4S
A reporter 39,47 37,94
(1) Analyse de M. Uaudrimont.
Report
traces
Sels alcalins
Sulfate de chaux hydraté
Carbonate de chaux
Oxyde de fer et alumine..
Silice et sable
Eau
Azote dosé
Représentant : ammoniaque .
Guano de Saldanha.
Matières organiques 10,30
Phosphate de chaux tri basique 13,90
Phosphate de magnésie 1,4 1
Phosphate de fer et alumine 6,17
Sels alcalins 0,90
Oxyde de fer et alumine 1 ,47
Sulfate de chaux hydraté 7,99
Silice et sable 48,80
Eau 9,00
Azote dose ••••••••■•••*••••••••••«••••••»«•••• 1 ,09
Représentant : ammoniaque 2,05
Les guanos du Chili renferment rarement plus de 5 p. iOO d'azote, et leur phosphate s'élève de 45 à 48 p. 100 en moyenne. Dans le guano de Bolivie on trouve 3 à 5 p. 100 d'azote et de 45 à 60 p. 100 de phosphate de chaux. Enfin, dans les guanos de pingouin et de shag (\) recueillis sur les côtes de Patagonie, M. Malaguti a trouvé :
Shag. Pingouin.
Phosphate de chaux mêlé d'un peu de phosphate
d'alumine et de magnésie 32 à 34 35 à 30
Azote 9 à 12 3,25 à 4,35
Dans ces différents engrais, on voit en général les phosphates suivre une progression ascendante lorsque l'azote diminue.
( l j Espèce de cormoran.
La richesse en azote des principaux types de nitro-guano peut être, au surplus, résumée par le tableau suivant :
Azote dans 1 00
Origines. parties. Analystes.
Àngamos 17,20 Nesbit, moyenne de 8 dosages.
Iles Chincha 14.-10 Nesbit, moyenne de 15 dosages.
U 14,56 Bobierre, moyenne de 20 dosages.
Id 12,25 Bobierre, dosage des 3 dern. années.
Pérou, «ans autre désignation . 13,30 Girardin, moyenne de 15 dosages.
Pérou {guano blanco). 16,90 Girardin, moyenne de 15 dosages.
Guano d'origine inconnue et vendu sans plomb de la Compagnie péruvienne 1 2,74 Bobierre, moyenne de 3 dosages.
Bolivie 3,70 Nesbit, moyenne de 15 dosages.
Chili 5,20 Nesbit, moyenne de 15 dosages.
Palagonie 2,20 Girardin, moyenne de 4 dosages.
Patagonie (îles Falkland) 1,90 Nesbit, moyenne de 10 dosages.
Ichaboe 4,oo Nesbit, moyenne de 6 dosages.
Saldanba 1,60 Nesbit, moyenne de 6 dosages.
Guano du Pérou, mélangé avec des guanos phosphatés et vendu à Nantes sous divers
plombs 8,24 Bobierre, moyenne de 40 dosages.
Ici ne figurent pas les phospho-guanos dont je vous ai déjà entretenus, et qui ne sauraient être étudiés au même point de vue que les engrais dont l'action est due à la fois à l'ammoniaque et à l'acide phosphorique.
La composition chimique du guano nous indique le rôle qu'il pourra remplir. Évidemment sa richesse en ammoniaque imprimera à la végétation foliacée un énergique et prompt développement. C'est tout à la fois et l'avantage et l'inconvénient de cet engrais. Dans les régions granitiques et schisteuses, il pourra convenir pour certaines cultures fourragères et hâtives; mais ce serait s'abuser étrangement que de le comparer au noir animal ou aux engrais à base de phosphates pour favoriser la grenaison d'une manière soutenue. Souvent il poussera à la paille et produira la verse, et toujours il appauvrira le sol, si d'abondantes fumures ne sont pas alternées avec son emploi.
Il y a longtemps que M. Rieffel, à la suite d'expériences comparatives instituées dans les landes de Grand-Jouan, avait émis celte proposition : « A 30 francs les 100 kilog. le guano est un présent des Grecs, » et l'habile agronome l'établissait en dé-
montrant rigoureusement que malgré le luxe de végétation obtenu par son emploi, le guano est inférieur au noir de raffinerie et bien plus encore au fumier de ferme (1). Ce qui était vrai lorsque le guano valait 30 francs, l est à fortiori, lorsqu'il en coûte 34 ; et les cultivateurs qui font du guanopéruvien autre chose qu'un engrais auxiliaire utile dans des circonstances limitées, se préparent d'inévitables mécomptes. Vous trouverez dans maint ouvrage, Messieurs, une comparaison de la quantité d'azote, d'acide phosphorique, de potasse, etc., du guano, avec les mômes substances considérées dans le fumier. La conclusion est toujours à l'avantage du guano, parce qu'on ne parle ni de la somme dépensée par hectare, ni des phases de la décomposition dans le sol, ni enfin de la durée des engrais examinés.
Le bon sens dit tout d'abord, que le guano ne saurait produire les effets utiles de C3t humus soluble, de ces silicates assimilables, de ce véritable drainage du sol, et, en un mit, de cet ensemble de conditions si favorables que nous oflVe un bon fumier d'étable. Mais si, pour un instant,nous faisons bon marché de ces faits pour nous occuper uniquement du calcul de l'azote et de l'acide phosphorique, il nous faudra reconnaître que ces principes sont graduellement et utilement cédés à la plante par le fumier, tandis que le guano, après avoir per.lu de l'ammoniaque par simple évaporation, dès qu'il a été confié au sol, a d'autre part fourni son maximum d'effet dans la période végétative qui a précédé la floraison. C'est là surtout un des inconvénients des guanos de la nature du type Chincha, si longtemps livrés au commerce.
M. Eugène Marie a inséré dans le Journal d'agriculture pratique {%) un résumé très-lucide d'expériences faites en Allemagne par MM. Stockhardt et Rauch, en vue de démontrer les inconvénients justement reprochés au guano. Or, voici des chiffres qui sont significatifs et auxquels on ne contestera pas le caractère pratique.
(1) Agriculture de rOuest. — 1811, t. III, p. 23 et suiv.
(2) 1859, 5 mai, p. 391.
Poids de la matière sèche obtenue
Guano
Sans Os et nitrate
Période de la végétation. fumure, pulvérisés, de soude.
kil. kit ktt.
Depuis la germination jusqu'à la formation
de la tige (46 jours) 5,61 5,79 12,85
Depuis la formation de la tige jusqu'après la
floraison (20 jours) 12,62 33,66 50,02
Depuis la floraison jusqu'à la maturité (30
jours; 5,14 20,57 10,75
La différence de solubilité des engrais employés dans celle expérience explique parfaitement les résultats obtenus par M. Stoekbardt. Promptemenl solubles, ou facilement volatils, les matériaux utiles du guano agissent surtout dans les premières pbascs de la végétation, tandis que les os pulvérisés, donl la dissolution s'opère plus lentement, prolongent et fonl sentir leurs effets jusqu'à la maturité de la plante. Moins énergique au début et dans la période moyenne que celle du guano, l'action des os est plus marquée à la fin, et elle peut s'exprimer en cbiffres par le rapport 5,79 : 12,85 dans le premier cas et 20,57 : 40,75 dans le second.
M. Slockhardl s'est demandé si, sans recourir à des mélanges d'engrais de solubilités différentes, on ne pourrait pas obtenir les mêmes effets au moyen de substances très-solubles et promptemenl acthes, en les employant par doses répétées, au lieu de les répandre en une seule fois sur la récolte. Nous n'avons pas sous les yeux les résultats complets de ces essais, qui, commencés en 1852, se sont successivement appliqués au froment d'hiver, au seigle et aux betteraves ; mais voici du moins le résumé des faits observés en 1857 et en 1858 sur deux avoines de printemps fumées avec du guano.
Poids des gerbes par hectare.
kil. kil.
Sans fumure 4,265 1,755
125 kil. de guano au moment de la s < maille 1,799 5,080