MAGNÉSIE
Calcaire à chaux de pierre
traces.
Calcaire à chaux de terre
11 y a donc :
Dans 100 de calcaire n° 1 : 56 de chaux pour 0,3 de magnésie;
Dans 100 de calcaire n° 2 : 52 de chaux pour 6,40 d'argile, sable et magnésie ;
Et par suite la chaux cuite contiendra 95 de chaux réelle poar le n° 1 et seulement 89 pour le n° 2°; mais ce n'est pas tout.
1 hectolitre de chaux de pierre pesant 90k,250 représentera 85,737 de chaux réelle.
I hectolitre de chaux de terre pesant 63k,500 ne contiendra que 56\515 de chaux réelle.
Cet exemple prouve suffisamment la nécessité de compléter les données de l'analyse par leur application au volume vendu.
Je reviens à la chaux et à son action sur le sol.
Les agriculteurs ne sont pas d'accord sur les différentes manières d'employer la chaux; les uns préconisent son mélange avec le fumier avant l'enfouissage dans la terre, et ils se croient surtout autorisés à agir ainsi depuis qu'on a constaté dans le laboratoire l'innocuité de la chaux en présence des substances azotées qui n'ont pas subi un commencement de décomposition.
II y a eu sur ce sujet fort intéressant des éclaircissements très-
curieux consignés dans Y enquête sur les engrais industriels dont je vous ai souvent parlé. Je ne saurais, après y avoir beaucoup réfléchi et pris d'ailleurs connaissance des faits observés par des hommes fort intelligents, je ne saurais, dis-je, être aujourd'hui aussi affirmatif en blâmant les tombes chiux et fumier, que je Tétais naguère. Voici au surplus les lignes que j'écrivais il y a quelques mois en vue d'éclairer les laboureurs sur les principes du chaulage (I).
D. Peut-on mélanger la chaux avec le fumier ?
R. Je vais vous répondre en toute sincérité et vous prouver que les savants, eux aussi, doivent quelquefois mettre un sot amour-propre de côté et se montrer dociles. J'ai publié il y a quelques années un livre (-2), dans lequel j'ai écrit qu'il était absurde de mélanger la chaux avec le fumier. J'avais bien quelque raison de m'exprimer ainsi, puisque des chimistes très-savants, des agriculteurs de mérite affirmaient la même chose. Eh bien, aujourd'hui, je suis fort ébranlé et ne sais trop que croire. Je vous l'avoue sincèrement.
D. Veuillez nous donner la raison de votre hésitation.
R. J'ai lu avec soin les résultats d'une enquête faite sur les engrais industriels, alors que M. Béhic était minisire de l'agriculture, et j'y ai vu que, dans la Mayenne, des hommes dont l'esprit d'observation doit inspirer toute confiance ont été conduits à suivre la routine, c'est-à-dire à faire des tombes de terre et chaux (3) ; puis a y ajouter ensuite du fumier, le fumier restant alors de 2 à 6 mois au contact de la terre chaulée. C'est avec le mélange que l'on fume et il paraît qu'on s'en trouve trèsbien.
D. Alors, pourquoi les chimistes condamnent -ils cette manière de faire ?
R. Parce qu'en général la chaux décompose les substances animales en convertissant leur azote en ammoniaque qui s'évapore
(1) Simples notions sur rachat et remploi des engrais commerciaux. — Pari», Victor Masson et fils.
(2) La première édition de ces mêmes leçons que je réimprime aujourd'hui.
(3) Terre, 16 à 20 hectolitres; chaux vive, 4 hectolitres; fumier, 1 mètre cube.
promptement : et comme, dans le fumier, il y a de la matière animale, on peut regarder le mélange de cet engrais avec la chaux vive comme une cause de déperdition de son azote ; or l'azote du fumier vaut environ i,65 le kilogramme.
D. En résumé, les chimistes avaient-ils tort ou raison?
R. Il se pourrait fort bien qu'ils eusseut tort et voici pourquoi : les inconvénients de la chaux sont compensés par des avantages, et il semblerait que la balance n'est pas défavorable à la coutume ancienne. Grâce à la chaux, en effet, les débris végétaux de la terre sont transformés en humus, le fumier subit bien entendu la môme action : enfin une masse de terre, fumier et cl aux, que l'on recoupe et que l'on enfouit dans la terre devient une véritable nitriere: or si d'une part on a perdu de l'azote, on en gagne d'un autre côté, car on fixe l'azote de l'air en faisant du salpêtre et, somme toute, il y a peut-être gain. Quant à moi, je serai moins tranchant désormais lorsque je parlerai de cette question et je crois que je ne démériterai pas à vos yeux pour la franchise avec laquelle je vous en fais l'aveu. Je pousserai même la sincérité plus loin, et je vous dirai que tout savant—même illustre — arrivé à la cinquantaine aurait un bon livre à faire ; il devrait avouer franchement les erreurs contenues dans ses premières publications, expliquer le pourquoi et le comment des modifications de sa pensée, et les gens sérieux ne lui en sauraient pas mauvais gré.
Telles sont, Messieurs, les explications que j'ai cru devoir fournir récemment sur une évolution de mes idées relativement aux tombes de terre chaux et fumier. Pour faire la lumière sur cet intéressant problème, des expériences comparatives seraient nécessaires. Faut-il le dire? On en connaît peu qui aient un cachet de rigueur propre à satisfaire les esprits droits. Je signale à votre sérieuse attention cette lacune de la chimie agricole.
Je vais désormais donner la parole aux adversaires du mélange de la chaux avec le fumier.
Dans l'arrondissement de Château- Gontier, dit M. Jamet (1), « les fumiers sont mis dans les tombes avant ou après la chaux ; le premier mode occasionne une plus grande perte, sans contre-
(1) Agriculture de r Ouest, vol. IV, p. 257.
dit, mais ils n'en sont pas moins détestables l'un et l'autre. On ne saurait trop s'élever contre une coutume aussi barbare. »
Et plus loin : « Le résidu, de couleur brune, offre l'aspect de la tourbe humide ; il est onctueux au toucher : il y a des gens qui l'estiment beaucoup en cet état ; ils prétendent qu'il est plus gras, c'est-à-dire plus fertilisant. Mais il faut avoir bien peu l'habitude de l'observation des faits, pour n'être pas convaincu, par la pratique, de la fausseté de cette opinion : en horticulture, par exemple, où les expériences sont si souvent renouvelées, je ne conçois pas l'erreur à ce sujet. »
Après avoir constaté que souvent les mélanges de chaux et de fumier s'enflamment au bout de 24 heures de contact, M. Jamct ajoute avec raison : « Il serait beaucoup plus avantageux de répandre simultanément le terreau calcaire et le fumier, et de les enfouir, par un labour, avec la semence ; la décomposition et les diverses combinaisons ammoniacales se feraient dans le sol même, au profit des plantes qui y végètent. »
« Je faisais autrefois, je l'avoue, ce que je blâme aujourd'hui ; mais l'étude et surtout la pratique m'ont démontré que j'étais dans l'erreur ; je suis parvenu à convaincre, à l'aide d'expériences comparatives, des hommes incapables de comprendre à priori le vice de cette méthode. »
Mais je n'insiste pas.
Je dois appeler votre attention , Messieurs, sur l'abus qu'on a fait de la chaux lorsqu'on a supposé que son emploi pouvait suppléer aux fumures normales. C'est la plus dangereuse des hérésies.
Non- seulement la chaux ne dispense pas des fumures, mais plus elle accélère la décomposition des substances organiques en réserve dans le sol, et plus elle nécessite l'entretien du fonds destiné à subvenir aux besoins de l'avenir.
C'est donc à la condition de rendre à la terre des engrais mixtes en quantité suffisante et de lui consacrer une partie des richesses obtenues par les premiers chaulages, que l'on pourra admettre, avec Puvis, la proposition suivante, alors seulement exacte : « Avec des soins et des engrais proportionnés aux produits, la fécondité du sol se soutiendra, » Mais concéder à cet auteur, si riche d'ailleurs en documents utiles, que les sols chaulés ont besoin de moins de fumier que les autres et que ce fu-
mier s'y consomme relativement moins vite (I), me parait au moins fort difficile. La balance et les réactifs ont un langage qui, dans ce cas, est en concordance parfaite avec l'expérience agricole, et qui conduit à la conclusion suivante : c'est en augmentant le bétail qu'on petit maintenir la fécondité d'un sol chaulé.
Malgré ces divergences, on s'accorde sur ce point, que la production de la chaux à bas prix est un bienfait pour l'agriculture ; or, on s'est trop longtemps endormi dans cette croyance que la Bretagne était presque absolument dépourvue de calcaire. L'examen d'une carte géologique de la Loire-Inférieure démontre que plusieurs gisements calcaires importants sont exploitables avec avantage. A Pornic, on fait une chaux d'assez belle qualité avec des calcaires sous-marins, extraits à marée basse à quelques kilomètres du rivage. M. Hoslin établissait, dès 1851, que 100 gisements calcaires — soit 40 dans les Côtes-du-Nord, 45 dans le Finistère et 15 dans le Morbihan — existent dans celte région. Sur ce nombre, une quarantaine sont formés de sables coquilliers, dont la proportion de sable quartzeux rendrait l'exploitation difficile ; mais une soixantaine pourraient fournir les éléments d'une chaux convenable pour les besoins agricoles, et ils se décomposent en : calcaire silurien 13, calcaire tertiaire moyen 1, millipores 19, coquilles ou débris 27. Le développement des voies de communication multipliera progressivement les lieux de consommation accessibles à ces matières ; mais en tout état de cause, et, comme l'ont démontré MM. Hoslin et Bortier, il y aurait souvent avantage à transformer sur place les sables calcaires en chaux et à imiter les Hollandais, qui ont construit entre Harlem et Amsterdam plus de cinquante fours à chaux alimentés par les coquillages du littoral.
En Hollande, on se sert d'un four circulaire où l'on superpose des couches de tourbe et de calcaire coquillier. En Bretatagne, il serait plus convenable d'avoir recours au four donj je vous soumets la coupe longitudinale et que M. Bortier emploie avec profit en Belgique.
En A se trouve le foyer sur la grille duquel on place le combustible ; la flamme passe au-dessus de l'autel B et lèche les co-
(I) Traité des amendements, p. 223.
quilles placées sur les deux soles G et D, avant de s'échapper par la cheminée E. On jette les coquilles pir la trémie F, sur la sole supérieure D, légèrement inclinée ; après quelques minutes, à l'aide d'un ringard qu'on introduit par la porte I, on fait tomber les coquilles déjà effritées sur la sole G, où on les repousse
SOTAIN
2 Mctrcs
en les étendant jusqu'à l'autel B. Pour faire ce travail, on introduit le ringard par la seconde porte P. Au bout de quelques autres minutes, on ouvre, à l'aide d'un crochet G, un registre qui ferme un canal descendant B', et l'on fait tomber par fournées successives la charge composée d'un demi-hectolitre dans la cave placée au-dessous du canal B'.
Un four ainsi construit produit par jour 100 hectol. de chaux légèrement calcinée au prix de 50 centimes par hectolitre, et sur bien des points du littoral, son application serait précieuse.
Le falun ou calcaire coquillier dont les gisements sont exploités dans les Landes, la Gironde, Maine-et-Loire, la Loire-Inférieure et notamment dans Indre-et-Loire ; la tangue ou vase de mer que l'on extrait si abondamment sur les plages du département de la Manche; le trezy autre vase calcaire des rades et de l'embouchure