‹ Leçons de chimie agricoleChapitre 76 sur 87 · ANALYSTES · texte numérisé non relu

ANALYSTES

Bobierre et Monde.

Isidore Pierre.

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des rivières de la Bretagne, enfin le mer/, produit excrété par des polypiers lithophytes et que Ton trouve sous forme de concrétions mamelonnées et irrégulières sur les fonds vaseux des mêmes localités, sont des amendements précieux sur la nature desquels la chimie nous éclaire complètement. J'engage ceux d'entre vous qui désireraient être plus complètement édifiés à consulter les nombreux résultats analytiques consignés par M. Besnou dans le compte rendu de Y enquête sur les engrais.

Marne, falun, tangue, sables calcaires, toutes ces substances qui agissent par leur carbonate de chaux, doivent être recherchées avec sollicitude et employées à haute dose dans les sols siliceux. Souvent, la stratification de quelques-unes d'entre elles dans les engrais mixles,ou leur emploi comme litière, auront pour effet de rendre le principe calcaire plus assimilable en même temps que la nitrification du sol sera facilitée. Si l'agriculteur des terrains primitifs qui dédaigne souvent des engrais minéraux très-actifs méditait sur les grandes lois auxquelles est subordonnée la production des êtres organisés, il constaterait l'état de diffusion extrême des molécules phosphorées et calcaires noyées dans Tirnmemité des mers ; il admirerait l'incessante activité avec laquelle des myriades d'animaux et de végétaux marins aspirent, condensent et organisent ces molécules; il comprendrait enfin qu'il ne faut pas se borner à chercher dans les profondeurs du sol les engrais minéraux nécessaires aux besoins d'une population croissante. La vapeur aidant, la mer est à nos pieds, elle nous offre d'incalculables trésors : azote, phosphore, alcalis et chaux, toutes les matières précieuses y abondent ; ayons donc l'énergie nécessaire à l'accomplissement du grand œuvre moderne et puisons à larges mains dans ce grand dépôt de vie que la Providence nous a libéralement ouvert. Ne semble-t-il pas d'ailleurs qu'en accumulant sur les rivages une partie de ses richesses minérales, l'Océan lui-même nous invite à le conquérir? J'appelle sur ce sujet vos plus sérieuses méditations.

Utilité de l'analyse des engrais. — L'agriculture et la balance. — Analyse d'un calcaire. — Analyse des produits osseux, noir animal, cendre d'os. — Analyse d'un phosphate fossile. — Analyse d'un guano. — Analyse d'un phosphate acide. — D<gré de solubilité ou de volatilité des engrais dans le têt.

Messieurs,

J'ai tenté de vous meltre en garde contre l'abus des analyses chimiques, ou, pour parler plus clairement, contre leur vicieuse application à la pratique agricole. Je vous ai dit que les déductions de l'essai effectué dans le laboratoire, devaient se compléter par l'examen de l'état physique des engrais. Sous cette réserve, je poserai en principe aujourd'hui qu'un cultivateur dédaigneux de connaître le sol de son domaine ou les engrais qu'il lui confie, commet un énorme contre-sens. Le sol, les engrais sont de véritables matières premières à l'aide desquelles, l'atmosphère aidant, l'agriculture constitue les récoltes. Les éléments pondérables de ces récoltes existaient tout créés. La Providence, en les accumulant dans les immenses réservoirs de l'air et du sol, nous a confié le soin de diriger les forces végétatives et vitales pour accomplir une œuvre d'intelligente condensation. Nous sommes, pour obtenir une récolte de trèfle ou de sainfoin, dans la même position qu'un directeur d'usine pour fabriquer du phosphore ou des lingots de cuivre ; et, de môme que les préoccupations de ce dernier sont particulièrement tendues vers les approvisionnements économiques d'os

et d'acide sulfurique ou de rainerai et de combustible, de môme l'attention du cultivateur doit être dirigée sur la connaissance des propriétés chimiques de sa terre arable, sur les besoins incontestés de la culture à entreprendre, enfin sur les engrais propres à jouer un rôle complémentaire de celui du terrain.

Depuis que j'étudie les questions relatives à la fertilisation du sol, j'ai causé avec beaucoup de cultivateurs, et il m'a été donné d'entendre quelquefois de singulières théories. Parmi ces théories, il en est une à laquelle je me suis souvent heurlé : je veux parler de l'apathie érigée en doctrine. Tel croit faire acte de haute philosophie et de grand sens en fermant ses oreilles aux enseignements modernes, et en s'en remettant, pour ses récoltes, à ce qu'il appelle l'inépuisable fécondité de la terre : Magna pavens frugum! Que de fois j'ai entendu de prétendus agriculteurs praticiens, qui n'étaient en réalité que des propriétaires indifférents, tourner en dérision les conquêtes de la chimie agricole et détourner systématiquement les yeux des résultats obtenus par un voisin docile aux préceptes d'une expérience raisonnée! Et, remarquez-le bien, Messieurs, ce fâcheux exemple sera toujours donné de préférence par le propriétaire éloigné. de son domaine et tout entier aux loisirs des grandes villes. Certes, le laboureur est peu lettré, les subtilités du raisonnement ne lui sont pas familières ; mais essayez de parler à son bon sens, et, sur le terrain de la pratique, vous arriverez très-souvent à le convaincre. En ce qui me concerne, j'ai vu des fermiers que j'ai facilement mis en garde contre la déplorable habitude d'acheter des engrais à bas prix, tandis que j'ai échoué près de maint propriétaire qui pensait agir sagement, en employant à petite dose des engrais payés le double de leur valeur.

Vous entendez chaque année préconiser de nouveaux engrais. Les annonces des journaux en disent merveille, les affiches apposées sur les murs des plus infimes communes sont plus éloquentes encore, et des voyageurs émérites renchérissent sur le tout. Il y a quelques mois, on m'apportait un guano perfectionné vendu sous plomb spécial et qui n'était autre chose qu'un mélange de terre jaune et de guano du Pérou ; il parait qu'on en vendait énormément. Vous avez tous

souvenance des scandales causés par la grande croisade des engrais homéopathiques : on eût pu faire entrer dans une tabatière l'engrais nécessaire pour fertiliser un hectare. Eh bien I remarquez, Messieurs, que pas une de ces industries ne manque de l'élément essentiel à ses succès du moment — les seuls qu'elle ambitionne — je veux parler des certificats favorables.

Il y a énormément de cultivateurs par à peu près. Pour eux, l'affirmation est facile. Il suffit que l'emploi d'un engrais ait motivé un résultat relativement bon pour qu'une loi générale soit formulée : réserve antérieure du sol d'expérimentation, épuisement après une première récolte, influences météorologiques spéciales, tout cela est négligé. L'engrais qui a brûlé la récolte, ou qui l'a tardivement fournie est impitoyablement condamné. Celui qui a donné une impulsion immédiate est vanté sur tous les tons. L'observateur sérieux n'agit pas ainsi.

L'observateur sérieux, Messieurs, est celui qui procède du connu à l'inconnu, qui apprécie et pèse les matériaux de l'expérience, qui ne prononce qu'après un laps de temps convenable — j'allais dire long — et qui a toujours en vue ce grand et sage principe : que les indications de la balance constituent le critérium d'une pratique éclairée. Combien de matières premières ? Combien de matière récoltée? Combien d'argent? Combien de temps?.... Voilà la pierre de touche d'un raisonnement agricole. Et, quant aux à peu près, admettons-les pour les inductions à priori, mais bannissons-les des comptes rendus de l'expérience.

Lorsqu'il y a lieu d'analyser des masses considérables de matières premières ou de produits agricoles, une difficulté peut se présenter. L'échantillon prélevé représentera-t-il la moyenne de la masse totale ? Oui, s'il est choisi avec soin. Lorsque je vous dirai que des fumiers, que des fourrages analysés par un grand nombre d'opérateurs ont fourni des chiffres identiques, vous vousexpliquerez,Messieurs,qu'il soit peu difficile d'obtenir l'échantillon moyen d'un sol ou d'un engrais. Il se fait à Nantes des milliers d'analyses chaque année; eh bien, l'expérience a prouvé que les rares divergences qui se présentent de temps à autre sont motivées par des échantillons pris sans aucune précaution. Toutes les fois, au contraire, que les pré-

cautions nécessaires sont observées, l'identité des chiffres obtenus prouve que les experts arrivent facilement à reconnaître la composition d'un grand volume de matière.

On ne saurait donc, lorsqu'un engrais doit être soumis à la vérification,prendre un trop grand nombre d'échantillons partiels; cela se fait soit avec une pelle, soit avec une sonde en forme de gouge. Si le tas d'engrais est considérable, on creuse profondément avec la pelle et on réunit tous les échantillons du centre et de la surface sur une surface bien propre. On procède ensuite à un mélange intime avec la pelle, on étend régulièrement la matière et on forme un nouvel échantillon en prélevant sur vingt ou trente points de la masse étendue. Le volume de ce nouvel échantillon doit varier selon l'homogénéité de l'engrais. Dans certains cas, il sera bon qu'il représente un litre; s'il s'agit d'un noir, un volume moindre suffira. Il est difficile de préciser sur ces points ; mais ce que je ne saurais trop vous recommanderr, c'est de considérer la prise d'échantillon comme aussi importante que (analyse elle-même.

Lorsqu'un marchand vous dira que la petite quantité de substance sur laquelle opère l'analyste ne permet pas d'obtenir la composition d'un tas considérable d'engrais, vous voyez, Messieurs, que le reproche tombe à faux. Cette petite quantité, ne représentât-elle qu'un demi-litre, résume en elle des portions de toute la masse ; or, si on vient à la pulvériser et à la passer au tamis, il suffira désormais d'en prendre un gramme à dix reprises pour avoir dix fois le môme résultat, et ce résultat sera applicable à la transaction commerciale effectuée. Au surplus, l'expérience prolongée a établi ce fait, et il faut s'en applaudir.

Je suppose donc un échantillon prélevé avec soin, et la matière transportée dans le laboratoire ; voyons comment on pourra reconnaître sa composition (I).

S'agit-il d'un calcaire. Vous savez que, pulvérisé, additionné d'un peu d'eau et mis en contact avec de l'acide nitrique ou

(1) Je préviens les chimistes de profession, sous les yeux desquels ces leçms tomberaient, qu'il s'agit ici d'essais pratiques et sommaires et non d'analyses scientifiques.

Réaction d'un acide énergique sur uu calcaire.

chlorhydrique, il donnera lieu à une effervescence indice du

dégagement de l'acide carbonique. Je vous ai dit également que cette effervescence une fois calmée, si on ajoute un excès d ammoniaque et si on filtre, on obtiendra une solution limpide dans laquelle l'acide oxalique ou l'oxalate d'ammoniaque déterminera un précipité blanc d'oxalatede chaux : voilà pour l'analyse grossière et purement qualitative.

Mais il s'agit de savoir désormais combien dans un calcaire ou dans une marne il y a de chaux réelle, de sable et d'argile, puis de magnésie. Il faut employer à cet effet une méthode plus précise.

Je suppose que vous ayez pulvérisé et passé au tamis de soie l'échantillon moyen du calcaire ; vous en pèserez 5 grammes que vous verserez dans un grand verre, vous y ajouterez 100 grammes d'eau de pluie et verserez peu à peu de l'acide chlorhydrique pur, en ayant soin de laisser tomber l'effervescence après chaque addition duréactif. Lorsque l'introduction de l'acide chlorhydrique ne déterminera plus de dégagement d'acide carbonique, vous laisserez reposer pendant une heure, puis vous jetterez le tout sur un petit filtre et laverez à l'eau de pluie jusqu'à ce que l'eau de lavage ne

Lavage d un précipité. . , ., ,. °..

soit plus acide. Les liquides filtrés renfermeront la chaux et la magnésie, à l'état de chlorure de calcium et de chlorure de magnésium ; le filtre retiendra le sable ou l'argile. On desséchera ce filtre à la chaleur de

l'eau bouillante ou dans l'étuve, on pèsera son contenu, et par différence on aura le carbonate de chaux. Si Ton dispose d'un bon fourneau, on contrôlera cet essai en prenant un gramme du calcaire et le chauffant au rouge vif (1) pendant une demiheure, dans un petit creuset. Comme le carbonate de chaux pur est formé de 44 d'acide carbonique et de 56 de chaux, la perle éprouvée pendant la calcination devra correspondre exactement à la proportion de carbonate de chaux trouvée par la voie humide. Je remets sous vos yeux un sable calcaire jaunâtre employé en Touraine comme amendement ; eh bien ! si vous le traitez par l'acide chlorhydrique, vous obtiendrez :

Argile et sable ferrugineux insoluble 38

Matières solubles considérées comme carbonate de chaux 62

La calcination au rouge vif, effectuée pendant une demiheure sur un gramme, donne une perte de 28 centigrammes, correspondant par le calcul à 63 p. 100 de carbonate de chaux. L'opération est donc contrôlée, et ie vous ai déjà cité cet exemple.

Toutefois, si le calcaire renferme du carbonate de magnésie, l'opération est plus compliquée. Il faut tout d'abord rendre ammoniacale la solution acide séparée de l'argile et du sable, puis y verser de l'oxalate d'ammoniaque, laisser pendant quelques heures la matière en repos, jeter sur un filtre qui retient l'oxalate de chaux, laver ce filtre, le dessécher et le calciner au rouge vif dans une capsule en platine ou en têt un terre cuite. Le résidu de cette calcination est de la chaux vive et pure que Ton pèsera (2). Têt p0Ur calcination à la

Tous les liquides de filtralion ayant été mou,îe* réunis, on les concentrera par l'évaporation dans une capsule de porcelaine de manière à les réduire de moitié, et on y ajoutera du phosphate de soude dissous dans l'eau distillée. Si le liquide

(1) Ces calcinations se font très-bien dans le fourneau à moufle dont il sera .parlé plus loin.

(2) On s'assurera que cette matière est de la chaux non carbonatée en l'éteignant avec quelques gouttelettes d'eau et constatant qu'elle se délite bien. Cela fait, on versera 10 centimètres cubes d'eau sur cette chaux et on y ajoutera un acide qui ne devra produire aucune effervescence.

reste limpide, c'est que le calcaire n'est pas magnésien ; dans le cas contraire, on laisse le dépôt de phosphate de magnésie se

faire, on s'assure que le réactif ne détermine plus aucun trouble dans la partie supérieure et bien claire et on fait une flltration nouvelle. Le produit retenu par le filtre est lavé à l'eau pure, desséché et calciné au rouge. C'est du Év.por.uoa d'un liquide. phosphate de magnésie. On

aura donc tous les éléments du calcul. Voici du reste les bases nécessaires pour l'effectuer.

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